Faeris : Le Royaume des Duels

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Re: Le Démon d'un autre monde

le Dim 11 Fév - 22:02
Ca faisait un petit moment que je n'avais pas touché à ce topic. Je l'ai donc dépoussiéré et posté les chapitres 19.5 à 29.5, terminant par la même occasion le deuxième arc de cette saison. Et pour ceux qui se demandent où en est l'écriture pour le moment ... eh bien, la saison est presque terminée, il me reste encore près de 80-90 pages à rédiger, soit huit chapitres (sachant que j'ai réduit le nombre total de chapitres + chapitres spéciaux de 95 à 89). Le tout devrait être terminé d'ici trois-quatre mois si je me concentre uniquement dessus.


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Dim 25 Fév - 16:19
Comme je ne sais pas trop quoi faire, j'ai envie de poster la suite de la fic...

Arc III - L'Expédition d'Elhahr

Chapitre 30 - Aventure à risques ...

Spoiler:
Dans une petite salle d'un étage du palais d'Endlenda, Elhahr est assis sur une sorte de siège en pierre, à méditer. Une association de deux questions bien particulière le perturbe depuis de nombreuses journées : Est-ce qu'il est nécessaire de mener une expédition dans les montagnes de l'Est ? Est-il nécessaire de courir le risque de perdre des soldats si c'est pour s'assurer que les Démons appartiennent bel et bien au passé ? À vrai dire, le Seigneur du Palais cogite sans trouver un aboutissement à sa réflexion. Il passe une vingtaine de minutes assis en tailleur, yeux fermés, inspirant et expirant profondément. En fait, ces apories intentionnelles le clouant sur son siège, il profiter de cette opportunité pour respirer et être en paix avec lui-même. La séance de méditation vient à s'interrompre brutalement lorsqu'un des gardes du palais entre dans cette petite salle :

- Alors … Quel peut bien être le motif de votre entrée dans cette salle, au beau milieu de ma méditation quotidienne, soldat ?
- C … Comment avez-vous remarqué ma présence ?, répond le garde.
- Vous avez un problème sur l'articulation de la cheville droite, ce qui provoque des légers craquements. Mes sens, l'ouïe en l'occurrence, ne me trompent jamais.
- Je vois.
- Bon, revenons à ce dont vous me vouliez.
- Seigneur Elhahr, veuillez m'excuser pour ce dérangement, dit le garde avant d'être coupé.
- Vous savez pertinemment que j'abhorre toute perturbation extérieure pendant cette heure de méditation. Vous avez le droit de vous exprimer en vingt mots, pas plus. Dépêchez-vous !

Le garde est en train de compter sur ses doigts les mots qu'il compte prononcer devant le Seigneur du Palais. Ce dernier semble sourire devant le défi lancé au garde qui transpire un peu. Il n'a toujours pas esquissé le moindre geste, restant figé dans sa posture identique à un Bouddha. Enfin, il finit par soulager la conscience du garde :

- Je plaisantais … allez-y. Exprimez-vous sans contrainte. C'était juste pour tester votre capacité de réflexion et de décision.
- Euh … eh bien … Kaly souhaite vous voir.
- Kaly ?
- Euh … oui. Elle a quelque chose à vous annoncer.
- … Faites-la entrer.

Elhahr a semblé hésiter quelques secondes et finalement, a fait un signe au garde pour qu'il puisse faire venir Kaly dans la salle. La jeune Elfe vient annoncer à Elhahr qu'elle vient de renvoyer Dan, Mina, Warren, Nejma et Veneko dans leur monde. En la voyant arriver, Elhahr ne peut s'empêcher de repenser à la petite scène qu'il a eu avec Warren, en se disant que c'est la première fois qu'il s'amuse autant à jouer avec l'esprit humain de cette manière. Au moment où Kaly s'assied en tailleur face à Elhahr, cette dernière lui dit :

- Je crois que je dérange le cours de votre pensée. Est-ce que je me trompe ?
- On ne peut vraiment rien vous cacher. Mais à vrai dire, je n'ai pas trouvé de réponse à mes questions, à ma plus grande peine, si je puis dire. Je parachèverai mon labyrinthe spirituel ultérieurement. Alors … de quoi est-ce que vous voulez me parler, mon petit blanc argent ?
- Je voulais savoir si oui ou non vous vous êtes effectivement décidé à mener votre expédition.
- Moi, je suis tout à fait enclin à diriger cette expédition mais … il va falloir que le Conseil approuve ma décision.
- Mais en tant que Seigneur de ce Palais, vous n'avez pas la possibilité de pouvoir imposer votre décision ?
- Il m'a semblé vous l'avoir dit. Je le pourrais en effet mais ce genre de décision est trop autocratique. Je préfère m'en remettre à l'aval du Conseil.
- Je vois.
- …
- Qu'y a-t-il ?
- Je crois que je me souviens pourquoi, avec le Conseil, on avait insisté pour que vous n'en fassiez pas partie.

Kaly se sent un peu gênée après cette réponse d'Elhahr. Visiblement, cette réplique fait ressortir de vieux souvenirs qui auraient dû être chassés. En effet, Kaly s'était montrée un peu trop ''turbulente'' il y a quelques années face à un des membres du Conseil, qui avait décliné sa requête – elle voulait entrer dans le Conseil – mais l'accès le lui a été refusé, entraînant une petite scène de combat. À vrai dire, selon Elhahr, Kaly est parfaite en tant que prêtresse divinatoire et chef de la garde du Palais, alors qu'en premier lieu, Elhahr était tout à fait d'accord pour que son apprentie en fasse partie.

- À quand est prévu la séance devant le Conseil ?, demande Kaly.
- Demain, en milieu de ce que les humains appellent ''après-midi'', répond Elhahr. Et je voulais vous demander quelque chose ?
- Faites …
- Que direz-vous si je vous demandais de m'accompagner lors de cette audience ?
- Êtes-vous sérieux ?
- Tout ce qu'il y a de plus sérieux.
- Vous n'avez pas peur qu'une petite scène se renouvelle ?, plaisante Kaly.
- À vrai dire, nous allons considérer ceci comme une formation personnelle, dans le cas d'une potentielle entrée au sein du Conseil … En tant qu'apprentie, il vous faut assister à une de ces fastidieuses et sempiternelles réunions.
- Je ne sais pas quoi dire … Je serais vraiment ravie de pouvoir vous assister.
- Formidable. Je crois que ça vous sera très utile.
- Je vais vous laisser. À demain, Elhahr.
- À demain Kaly.
- Juste avant de partir, je veux vous donner quelque chose.

Avant de la laisser partir, Elhahr vient déposer un petit baiser sur le front de la jeune Elfe. Kaly sort de la salle, visiblement le sourire aux lèvres. Elhahr ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire avant de se diriger vers le balcon de la salle. En fait, le mur à droite quand on rentre dans la salle est plus une sorte d'ouverture sur l'extérieur. C'est un peu comme dans les couloirs extérieurs des monastères. Il y a des sortes d'ouvertures avec une architecture gothique avec une série d'arcs brisés sur le mur qui donne sur l'extérieur. Elhahr sort donc de la salle par un de ces arcs et s'assied sur un petit banc en pierre, illuminé par les rayons orangés du soleil couchant. Il reste un long moment assis à contempler le soleil se coucher, tout en inondant de lumière le versant sud des montagnes d'Arhènyor. ''Que c'est calme depuis ce temps …'', pense Elhahr.

Une fois que les rayons de soleil laissent place à ceux de l'astre lunaire, il décide enfin de rentrer dans la salle à manger du Palais. Pas mal de choses se sont passées aujourd'hui dans le Palais. Il a fait connaissance avec les probables quatre récipiendaires des médaillons sacrés et obligé l'un d'entre eux à se battre en Duel contre une réplique d'un des Anciens Guerriers Obscurs, généralement utilisée pour l'entraînement des novices. Encore quelques heures plus tard et Elhahr finit par rejoindre son lit. ''Quelque chose me dérange avec ce Warren. Le médaillon que j'ai confié au jeune Veneko m'indique une aura sombre qui plane au-dessus de lui. C'est comme si quelque chose empêche la connexion entre l'esprit de l'Ace et son esprit à lui … comme si une autre présence faisait office de parasite'', se dit-il avant de se focaliser sur la séance du Conseil qui aura lieu quelques heures plus tard.

Au même moment, vers une heure à laquelle il n'est pas tellement recommandé de travailler de manière plutôt intensive – aux alentours de 2h du matin –, Kaly est dans la bibliothèque, à manipuler une boule de cristal posée sur un coussin de soie pourpre et dorée. La jeune Elfe, en tant que prêtresse divinatoire, à la possibilité de sonder l'avenir d'une personne et surtout si elle pense que cette personne court un risque.

- Un mal persistant … un chemin sinueux … le visage de l'au-delà … un ravage … Autrement dit … je crois que cette volonté d'entreprendre une expédition n'est pas la bonne chose. Je dois aller en parler à Elhahr demain, dit l'Elfe avant d'aller rejoindre sa chambre pour s'endormir.

Le lendemain, au moment où le soleil est en train de décliner après être arrivé à son zénith – donc aux alentours de 14h –, Elhahr se rend dans la bibliothèque où Kaly passe le plus clair de son temps, non seulement à apprendre mais aussi à enseigner. Lorsque le séraphin remarque où la jeune Elfe se trouve, celle-ci est en train de noyer son regard sur un très vieux livre de runes. Elhahr décide donc de se faufiler derrière a jeune Elfe, pour ne pas être repéré pendant son étude, et au moment où il se trouve à deux mètres derrière elle, il pose sa main sur l'épaule gauche de Kaly et lui dit :

- Prête ?

Cela a pour effet de faire sursauter Kaly. Elhahr remarque la présence de cernes sous les yeux de Kaly. ''Je devrais sans doute la forcer à arrêter de travailler un peu ici.'', se dit-il. Au moment où Kaly se retourne, Elhahr se met à sourire. Kaly respire un grand coup et répond à Elhahr après cette petite blague.

- C'était cocasse.
- Cocasse, certes mais amusant.
- Vous êtes trop sérieux pour vous abaisser à ce genre de blague, Seigneur Elhahr.
- Oh … mais il n'y a pas d'âge pour se livrer à ce genre de chose … Il faut sourire de temps en temps. Faites-moi un beau sourire, mon petit blanc argent.
- Vous m'avez fait peur …, dit-elle en soupirant. Vous êtes la deuxième personne ayant utilisé cette blague puérile, que je trouve fastidieuse et insipide.
- Ah … et qui est le premier ?, demande Elhahr.
- Vous le savez très bien … et j'aimerais qu'il revienne ici. Il me manque cruellement depuis tout ce temps.
- Impossible. On en a déjà parlé. Son état ne lui permet pas de revenir vivre au Palais. Déjà que je suis obligé de répondre aux demandes du chef pour multiplier les soldes des gardes par trois, pour ne pas qu'ils désertent un endroit déjà effroyable, alors si je le laisse revenir au Palais … je n'ose pas imaginer la pagaille qu'il provoquerait …
- Sachant en plus que c'est vous qui l'avez envoyé dans cet endroit …
- Je n'y pouvais rien.
- Sinon … pourquoi êtes-vous venu ici ? Et pour quoi devrais-je être prête ?
- Je suis venu ici pour vous demander quelque chose. La séance du Conseil va débuter dans une demi-heure … enfin, si vous avez toujours envie de m'accompagner et … si vous n'avez pas la tête dans le brouillard.
- Ce que vous voyez sous mes yeux, ce n'est pas des cernes mais du fond de teint. Les femmes dans l'autre dimension adorent s'en mettre, tout comme certains hommes. Vous le savez bien.
- Oui, je sais. C'est même moi qui vous ai appris cela. Et ce n'est pas tellement avec du fond de teint que vous réussirez à me cacher les cernes dus à vos longues heures d'étude, répond Elhahr avec le sourire. Mais pour être honnête, je trouve que ça vous va très bien.
- Et sinon, je suis toujours partante pour vous accompagner cet après-midi. Suivre votre enseignement est un grand honneur pour moi.
- Formidable.

Kaly range le vieux livre qu'elle était en train de lire dans son rayon et suit Elhahr en dehors de la bibliothèque. Ils marchent tous les deux en direction d'un vaste couloir qui suit une trajectoire circulaire. Elhahr et Kaly passent devant une trentaine de portes avant de débouler dans une salle également circulaire. Il y a beaucoup de sièges, Kaly n'arrive pas à les compter. C'est la première fois qu'elle remet les pieds dans cette salle. La dernière fois, c'était quand elle s'est emportée et que ses nerfs ont lâché. Le mode d'entrée dans la salle est assez complexe. Question architecture, celui qui a imaginé les plans de cette salle semblait avoir du temps à perdre. À l'intérieur, on peut voir une sorte de grand hémicycle mais élargi au trois-quarts de cercle. Chaque siège d'un membre du Conseil n'est accessible que par le couloir. En fait, à mon avis – l'auteur –, je pense que cet endroit correspond au Sénat Galactique dans Star Wars, mélangé à l'architecture de l'Assemblée Nationale française. Ça fait des sortes de petits balcons avec des sièges. En tout, il doit bien y avoir au moins 500 sièges, si ce n'est plus. Le matériau utilisé pour façonner cet endroit est la pierre. Le mur du fond est orné de sculptures qui exposent tout le savoir-faire elfique en terme d'art. Les détails sont réalisés à la perfection.

Il convient de s'attarder un peu sur la perfection de ces gravures, pendant que tous les Elfes entrent dans cette vaste salle. Elles représentent deux armées, avec des troupes à pied et d'autres dans les airs. L'armée pédestre bande des arcs en direction des espèces de créatures ailées, présentant des similitudes avec les chauves-souris. Des flèches enflammées sont tirées par salves vers ces créatures. Les flammes et quelques crépitements s'élèvent et se distinguent. Tandis que ces flèches, carreaux et matras terrassent ces obscures créatures, quatre personnes présentant un air diabolique sont placées au-dessus de ces créatures. La personne la plus massive d'entre elles fait deux mètres sur cette gravure. Et elle est comme aveuglée par les rayons assassins de l'astre solaire, déclenchés par quatre autres combattants quasiment indescriptibles. Leurs armures m'empêche d'enchaîner sur leur portrait mais il semble que ce sont eux qui en appellent à la lumière solaire pour se défaire de ces quatre créatures obscures. Elhahr est même représenté dans cette gravure, les bras au ciel, comme implorant l'intervention de ces quatre personnes célestes. Il s'agit des Quatre Aces, dont les noms ont été donnés aux quatre médaillons sacrés.

Il ne faut pas penser qu'il n'y a pas de raison apparente. Chaque Ace a donné son nom à la pierre qui lui correspondait dans la première langue elfique d'Endlenda : Myurnir pour le diamant ; Hebsunir la chrysolite connue sous le nom de topaze ; Alvunir l'améthyste et Orksunir l'émeraude. La langue elfique regorge de difficultés en matière de transcription d'une époque à une ultérieure. Et quant à une possibilité de faire de la version avec de l'elfique d'Endlenda, c'est chose à oublier car totalement impossible.

Les sièges se remplissent au fur et à mesure, permettant de distinguer les Elfes plus âgés et les autres. Les nouveaux entrants sont toujours placés avec un ''tuteur'' et sont donc assis dans le même ''balcon''. Ensuite, ils doivent se placer au fond de la salle. Mais l'apprentissage dure parfois plus de deux cents ans – pouvant aller jusqu'à près de six cents ans – et le passage d'apprenti à membre du Conseil à part entière est assez rare. Beaucoup de personnes abandonnent au bout de cinquante ans d'apprentissage. Mais ceux qui tiennent jusqu'au bout de cette formation gagne un certain honneur, un certain prestige et une certaine sagesse. Elhahr dit toujours que l'apprentissage ''se fait tout au long d'une vie, et que dis-je ? Une vie, c'est même insuffisant.''.

Spoiler:
Au moment où la myriade de personne est prête à débuter la séance, chaque membre du Conseil siège à son petit balcon personnel, certains ayant emmené leur apprenti avec eux. Kaly est assise à un balcon à l'extrémité gauche du pupitre du chef de l'Assemblée du Conseil. Elhahr s'assied à côté d'elle et remarque que ses mains tremblent :

- Pourquoi est-ce que vous tremblez ?
- Au … Aucune idée. Je dois être encore un peu fatiguée.
- Ça va aller ?
- Je … je pense que oui.
- Évitez simplement de dormir où de faire une quelconque remarque. J'ai réussi à convaincre le chef de l'Assemblée d'accepter votre présence, alors ne me faites pas honte. Et pour votre fatigue, je vous conseille de dormir un peu plus et de ne pas passer une partie de la nuit à la bibliothèque.
- Oui, Elhahr … j'essayerai de faire un peu plus attention.
- Je l'espère, je l'espère … Le sommeil est un élément important. Ne jamais le négliger ou bien l'oublier.

Elhahr semble s'adresser à Kaly comme un père à sa fille. Elle se contente de faire un signe de tête et de rester calme. La séance commence et le chef de l'Assemblée demande à Elhahr de prendre la parole. La raison est qu'il est le seigneur de ce Palais et que cela lui donne la parole en premier, sauf s'il décide de la laisser à quelqu'un d'autre. Visiblement, Elhahr a envie de débuter la séance du Conseil en premier.

- Chers membres du Conseil, dit Elhahr en se levant. Je prends la parole pour demander l'autorisation du Conseil d'envoyer une expédition de reconnaissance dans les montagnes de l'Est.

Après avoir prononcé l'expression ''Montagnes de l'Est'', une grande partie d'Elfes soupirent. D'après Kaly, c'est déjà la cinquième réclamation d'Elhahr à ce sujet en une semaine et les quatre précédentes se sont toutes soldées par une impasse dans les débats. Ensuite, Elhahr se rassied, laissant le reste de l'Assemblée répondre et débattre à nouveau à propos de ce sujet. Un des Elfes les plus puissants au sein du Conseil, Irhàn, se lève de son siège et lance à Elhahr.

- Arrêtez de nous exaspérer avec votre demande redondante de maudite expédition. Vous savez très bien que le Conseil ne peut pas trancher la décision sur cette question. Pourquoi est-ce que vous vous obstinez à vouloir cette exploration ? Est-ce que vous n'avez pas d'autres choses à faire au Palais ? Après tout, vous en êtes le Seigneur …

Irhàn est ensuite repris par un autre Elfe dont Elhahr a été le tuteur, un Elfe auquel Elhahr a toujours apporté son soutien. Le débat entre les deux personnes est ensuite repris par quelques autres Elfes. Pendant qu'ils discutent, Elhahr adresse à Kaly :

- Le début prévisible …
- Qu'y a-t-il, Elhahr ?
- Le Seigneur Irhàn m'exaspère.
- Pourquoi ? Parce qu'il refuse d'accepter votre idée ?
- Entre autre … mais il a toujours été un boulet pour le Conseil. S'il est ici, c'est grâce à moi. À voir comment il me remercie pour tout ce que j'ai fait pour lui, ça me répugne un peu. Ce type a été un de mes apprentis et il n'a jamais été en mesure de garder son calme lors des séances du Conseil. Pourtant, il était plutôt brillant au début de son apprentissage mais il a décliné.

Kaly regarde attentivement Irhàn, qui est en train de débattre avec d'autres Elfes. Elhahr est en train de lire quelques feuilles pendant que tout le monde discute de la proposition d'Elhahr et de la réaction d'Irhàn. Le débat continue pendant près de dix minutes avant que le chef de l'Assemblée finisse par intervenir, afin de calmer un peu tout le monde :

- Je demande le silence dans l'Assemblée. Maintenant que vous avez bien parlé, laissons la parole à Elhahr, qu'il expose à nouveau ses arguments.
- Merci, dit Elhahr en se levant, tandis que les autres Elfes reprennent leur place en silence. Alors, vous savez déjà qu'on a pu observer divers phénomènes étranges dans les montagnes de l'Est ces derniers temps. Tous ici peuvent l'affirmer, n'est-ce pas ?

Des murmures entres les membres du Conseil se font entendre dans la salle et tous semblent être d'accord avec ce que dit Elhahr. Visiblement, ce qu'il vient de dire laisse ses compatriotes dans une certaine incertitude. Le fait qu'il mentionne ces manifestations laisse certains Elfes perplexes. Ce n'est pas qu'Elhahr est connu pour raconter des mensonges. Au contraire, sa sincérité le rend tout à fait menaçant. Chaque mot qu'il place dans une conversation est pesé avec une très grande sagesse. Le Seigneur du Palais reprend ensuite sa petite harangue :

- Vous aussi, vous êtes d'accord, Irhàn. ''Oui seigneur Elhahr, oui je suis d'accord avec vous'', dit-il pour se moquer un petit peu de son adversaire. Vous savez, chers membres du Conseil, à quel point la protection de ce territoire est l'une de nos prérogatives, si ce n'est la plus importante. Je suis absolument certain qu'il faut envoyer une expédition dans les montagnes de l'Est … ou, pour reprendre le terme en ancienne langue, en Ostiàr.
- Et qu'est-ce qui vous fait dire que tous les membres du Conseil vont accepter votre requête ?, interrompt Irhàn. Vous avez beau être le seigneur de ce Palais, vous n'avez aucun pouvoir d'influence dessus.
- Seigneur Irhàn, ne m'obligez pas à être malpoli, dit Elhahr. Je vais vous dire pourquoi est-ce qu'il faut envoyer cette expédition. Vous savez bien que si les Forces Obscures revenaient parmi nous, notre monde aurait sans doute beaucoup de mal à s'en remettre. Est-ce que vous vous rappelez de ce conflit apocalyptique qui a eu lieu à cet endroit même ? Je sais que certains d'entre vous n'étaient pas nés. Je sais que certains d'entre vous ont pris part à ce combat. Vous aviez côtoyé la mort de près. Vous vous êtes battus pour que la lumière reste en Endlenda. Tout le monde espère que ce conflit qui a eu lieu il y a des années sera le dernier. Personne n'a envie de faire face aux créatures obscures à nouveau. Tout le monde désire vivre dans la paix. Et si on s'est rendu compte d'un phénomène douteux en Ostiàr, alors il faut vérifier nos craintes. J'exige de ce Conseil qu'il valide ma requête. Je laisse la parole à qui veut bien ajouter ou contredire quelque chose.

Elhahr se laisse tomber sur son siège, sous le regard curieux de Kaly. ''Quelles sont les raisons qui peuvent bien motiver Elhahr à vouloir entreprendre cette expédition ?'', pense la jeune Elfe. Visiblement, pas mal de membres du Conseil semblent approuver cette demande d'Elhahr. Il faut dire que la plupart d'entre eux sont assez vieux et ont sûrement dû participer à cette guerre, qui avait eu lieu il y a des siècles. L'idée d'une nouvelle guerre avec les ténèbres provoque les résurgences de cicatrices ayant mis un long moment avant de se refermer.

Il faut savoir que les personnes qui habitent en Endlenda ont une espérance de vie immensément grande, pouvant excéder plus de trois mille ans. Concernant le système calendaire d'Endlenda, il est un peu différent de celui sur Terre. Les Kephòr, qui sont un peu comparables aux siècles humains, sont en fait liés aux mouvements des étoiles et au passage d'une comète à la queue verte émeraude. Ce phénomène se passe tous les 78 ans lors du solstice d'été. Et au moment où Elhahr souhaite mettre en place son expédition, on se situe à 35 ans du prochain passage de cette comète, surnommée Emerarudo. Ce n'est pas comme le système de calendrier terrestre, reposant sur le calendrier grégorien. Le système de calendrier en Endlenda est tellement compliqué que même un homme qui y aurait vécu pendant un Kephòr tout entier ne pourrait pas réussir à le comprendre. Les Kephòr font suite à un autre espèce de calendrier cyclique qui sont qualifiés de ''Temps Anciens'', reposant également sur le mouvement des corps célestes mais personne n'est capable de déterminer combien de temps ce calendrier a duré. Elhahr semble avoir sa petite idée mais, la mesure du temps de l'époque était au mieux lamentable, peu d'ouvrages sur la chronologie de l'Endlenda dans la Bibliothèque du Palais sont accessibles ou même déchiffrables dans leur intégralité.

Pendant qu'Elhahr est en train de griffonner quelque chose sur un bout de papier, que Kaly n'arrive pas à comprendre, les discussions commencent à s'envenimer du côté de ce Seigneur Irhàn, qui invective directement Elhahr :

- Dites-moi, seigneur Elhahr ?
- Qu'y a-t-il ?, répond Elhahr en griffonnant toujours son bout de papier.
- Ne pensez-vous pas que si le Conseil accepte votre fichue expédition, cela risque de causer des problèmes dans tout l'Endlenda ?
- C'est un risque que je suis prêt à courir. Et de plus, il y a quelque chose dont j'ai oublié de vous faire part …
- De quoi s'agit-il ?
- Je crois que cette prophétie va enfin se réaliser étant donné que les quatre élus ont finalement été réunis et chacun d'entre eux possède un des quatre médaillons sacrés.

Des expressions de joie semblent s'afficher sur les visages des membres du Conseil. Elhahr est en train de faire mention de Dan, de Warren – auquel il s'est personnellement assuré de lui remettre son médaillon –, de Nejma et de Veneko. ''En ce moment, tout le monde doit avoir réussi sa petite épreuve'', dit Elhahr à Kaly. Cette dernière lui répond : ''Tout s'est parfaitement déroulé et chacun est en possession de l'un des médaillons''. ''Excellent. Tout se met en place.'', répond Elhahr.

- S'il y a un conflit alors nous saurons répondre avec ces quatre armes secrètes.
- Vous ne croyez pas que s'appuyer sur quatre jeunes gens d'une autre dimension soit la meilleure chose à faire ? Vous vous souvenez de ce qui est arrivé à Aïr ?, lance Irhàn, ce qui semble jeter un froid glacial dans toute la salle.

Elhahr s'arrête soudainement de griffonner sur le bout de papier et se lève de son siège. Il s'envole ensuite jusqu'au siège d'Irhàn, situé une dizaine de rangées au-dessus de celle d'Elhahr. Irhàn, sentant qu'il a peut être poussé la conversation un peu trop loin, recule devant son adversaire avant de tomber sur son siège. Elhahr s'approche doucement, jusqu'à arriver à sa hauteur. L'air patibulaire, il se penche pour arriver au niveau de son visage pour lui adresser :

- Ce qui est arrivé à Aïr n'est pas du ressort de ce Conseil. Tout ce qu'il a fait était entièrement de sa faute. C'est à cause de lui que nous avons dû lutter jusqu'à la mort pour pouvoir obtenir cette paix durable dans tout l'Endlenda. De plus, si je me souviens bien, sans ma présence au combat … il n'aurait fait qu'une bouchée de vous sur le champ de bataille. Je ne dis pas que je regrette de vous avoir sauvé la vie lors de ce satané combat, bien au contraire. Personne ne mérite d'être abandonné au combat, même s'il a une jambe cassée et une épaule disloquée, … mais j'aurais espéré que vous auriez retenu la leçon … Après tout, c'est moi qui ai été votre tuteur pour vous faire entrer ici. Vous étiez mon apprenti lors de cette guerre et votre excès d'engagement et votre impatience ont failli vous coûter la vie. Que vous soyez mon adversaire sur des petites questions traitant de la vie du Palais est logique mais … quand il s'agit des Forces Obscures, j'aurais quand même voulu ne pas en arriver là. Vous auriez dû me soutenir depuis le début, et non pas rester campé sur vos positions. Je ne désire pas réitérer ce genre de réunion au Conseil alors j'espère que pour cette fois, vous accepterez de me soutenir. Et de toute façon, si elle sera acceptée, je ne vous demanderai pas de m'accompagner en Ostiàr … je sais que vous avez été traumatisé par cet endroit. Mon respect pour vous est important, Seigneur Irhàn, alors veillez à ce qu'il ne soit pas diminué.

Irhàn reste assis, penche la tête et fixe le sol tandis qu'Elhahr recule un peu. Tout le monde détourne le regard lorsque l'Elfe décide de retourner à son siège à côté de Kaly. Visiblement, parler de cet Aïr en présence d'Elhahr n'est pas la meilleure chose à faire. Irhàn est tout déboussolé et se résigne à accepter la requête d'Elhahr. Tout le Conseil ayant accepté à l'unanimité, l'expédition pourra finalement voir le jour. Le Conseil se termine lorsque le chef de l'Assemblée ordonne à Elhahr de désigner les personnes qui vont l'accompagner avant le lendemain. Ce dernier, le sourire aux lèvres, et Kaly ressortent de la salle du Conseil pour se rendre dans la salle où Elhahr vient souvent pour méditer.

- Vous devez être content que votre exploration voie enfin le jour ?
- Je n'aurais peut-être pas dû pousser la discussion sur l'affectif, dit Elhahr.
- En tout cas, j'espère que tout se passera bien pour vous.
- Je l'espère aussi …
- Et sinon, est-ce que vous avez une idée de qui est-ce qui vous accompagnera dans cette expédition ?, demande Kaly.
- J'y réfléchissais pendant la séance du Conseil. Voilà pourquoi …
- Voilà pourquoi vous étiez en train d'écrire quelque chose en langue ancienne sur une feuille.
- Comment vous avez compris ?
- J'ai pu prévoir l'avenir hier soir et j'ai vu que votre projet serait finalement accepté. Et j'ai deviné la langue ancienne car c'est un dialecte que je ne maîtrise pas du tout.
- Kaly, je sais que vous voulez bien faire … mais évitez d'entrevoir l'avenir pour ce genre de décision … Même s'il n'est jamais gravé dans le marbre, il reste quelque chose de vague et dangereux. À l'avenir, j'aimerais que vous gardiez vos prédictions pour vous. Ce que je vous dis n'est en rien une critique mais juste une remarque. Je sais que vous ferez à nouveau un tour dans votre boule de cristal pour voir de quoi l'avenir de l'exploration sera fait et … je vous déconseille de m'en faire part, sinon ce ne serait pas une exploration.
- Je comprends … mais sinon, est-ce que vous avez une idée de qui vous allez emmener avec vous ? Et combien de personnes seront présentes à vos côtés.
- En tout cas, une chose est sûre … je te demanderai de rester ici et de remplir toutes mes tâches administratives jusqu'à mon retour. Tu seras responsable de la garde du Palais, tu iras à ma place aux séances du Conseil et d'autres trucs dans ce genre. Tu iras à tout cela en mon nom.
- De … De quoi ? Vous vous moquez de moi ?
- Je te laisserai des instructions on ne peut plus précises. Ne t'en fais pas pour ça.
- Je veux venir avec vous. Mes capacités en magie et en combat vous seront plus qu'utiles. J'insiste pour faire partie de cette expédition.
- Et j'insiste pour que vous restiez ici. Tu ne vas pas être comme Dan lorsqu'il a fallu que je l'oblige à rester dans son monde. Il est vital pour toi que tu restes ici. Comme ça, en cas de gros pépin, ce qui a des chances d'arriver, tu pourras prévenir toute la petite équipe qu'il y a de gros problèmes en Endlenda. Tu les accompagneras dans leur quête pour vaincre le Mal.
- Mais … je voulais tellement explorer Endlenda moi aussi. J'aurais voulu traverser la forêt d'Okahara, les marais de Veselia et la forêt de Keliyith.
- Crois-moi, … si tu pénètres dans Okahara, il y a des chances pour que ton esprit ne soit plus jamais le même. Bref, fin de la discussion. Je vais aller chercher les dix-neuf autres personnes qui vont m'accompagner. Je crois que vingt personnes en tout seront amplement suffisant pour arriver jusqu'en Ostiàr.
- Je … je pense que oui. Et quand est-ce que vous partez ?
- Je dirais dans deux jours. J'aurai encore une petite affaire à résoudre demain en lien avec cette exploration. Après avoir réuni tout le groupe, je crois que j'irais bien manger un morceau. Cette séance de débat m'a ouvert l'appétit.

Spoiler:
La fin de la journée se déroule exactement comme Elhahr l'avait énonce. Il fait le tour du Palais pour trouver dix-huit personnes présentant un courage à tout épreuve et désirant l'assister pendant son exploration. Certains parmi ces membres sont des hommes de confiance totale, d'autres sont simplement désireux de montrer leur vaillance en n'hésitant pas à se porter volontaire pour protéger le Seigneur d'Endlenda, Elhahr. Kaly l'accompagne pendant cette recherche dans le Palais. Ensuite, une fois les consignes données, Elhahr se dirige vers la salle à manger où il compte se rassasier, à ce moment-là, la jeune Elfe lui demande :

- Et qui est le dernier membre de cette expédition ?
- Le dernier membre ?
- Oui, vous avez dit que vingt personnes seront suffisantes. Mais pour le moment, on n'en a dénombré que dix-neuf, en vous comptant dans la liste. J'aimerais savoir qui est-ce que vous avez choisi comme vingtième personne ?
- C'est mon affaire de demain …
- Et de qui s'agit-il ?
- Quelqu'un que j'espère convaincre de m'accompagner. Ne me pose plus de questions maintenant. Je dois aller voir quelqu'un avant de revenir pour ton entraînement aux armes. À moins que tu ne veuilles reporter cette séance à mon retour.
- Je crois que je vais aller me reposer un peu. Tant pis pour cette séance d'entraînement, dit Kaly en souriant.
- Tu me manqueras beaucoup pendant mon expédition, dit Elhahr en s'approchant de Kaly. J'ai beau avoir plus de deux mille ans, je suis toujours quelqu'un de très sensible envers ceux que j'ai pu avoir sous mon aile. Et en particulier ceux que j'ai pu connaître depuis leur plus jeune âge.
- Vous n'avez pas changé et je crois que vous êtes parfait comme ça.
- Tu comptes énormément pour moi. Et je suis absolument sûr que de là d'où elle nous regarde, elle pense beaucoup à toi.

Elhahr pose sa main sur l'épaule de Kaly et la serre dans ses bras, ce à quoi elle sourit également. Kaly considère Elhahr comme un père depuis que celui-ci l'a choisie comme apprentie. Ça va même au-delà de ça, étant donné qu'il l'a élevée depuis son plus jeune âge. Cela se voit dans sa façon de parler à la jeune Elfe. Il peut la vouvoyer et la tutoyer dans la même phrase. Quand il vouvoie, c'est qu'il s'adresse à la Grande Prêtresse du Palais. Et le tutoiement relève plus de l'intimité la plus stricte, réduite au lien père-fille, en oubliant totalement ses fonctions au Palais. Ensuite, il la laisse rentrer dans sa chambre et il se dirige vers une salle qui est gardée par deux soldats :

- Je souhaite voir le Seigneur Tarhèn.
- Oh … Seigneur Elhahr, dit l'un des gardes. Vous pouvez entrer.
- Merci beaucoup, dit ce dernier en entrant dans la salle.

Le Seigneur Tarhèn est assis sur une chaise en bois sculpté. Il est à un bureau avec des feuilles de parchemin et deux plumes dans un encrier. Au moment où la porte s'ouvre et que le Seigneur Elhahr entre, il s'arrête immédiatement d'écrire et se lève de sa chaise.

- Ah … Seigneur Elhahr, dit Tarhèn. Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion d'avoir une conversation avec vous. Asseyez-vous.
- En effet, cela fait longtemps.

Le Seigneur Tarhèn serre Elhahr dans ses bras en souriant. Ce sont deux bons amis et qui ont eu quelques combats mémorables ensemble lors de leur jeunes années. Elhahr est invité à s'asseoir sur une des splendides chaises présentant une armature en bois de noyer, et qui donne l'impression d'être parfaitement neuf alors qu'en réalité, ces chaises sont très vieilles. Les effets du temps ne se sont pas fait ressentir ni sur le bois, ni sur les pièces de cuir avec une doublure moelleuse, laissant une douce impression de confort. S'asseoir dans ce genre de fauteuil avec une tasse de thé, quelques gâteaux et un opéra dans les oreilles doit être un plaisir sans équivoque.

- Qu'est-ce que je peux faire pour vous rendre service ? Je sais que vous êtes en train de vous préparer pour votre exploration en Ostiàr.
- C'est à propos de ça que je suis venu vous voir.
- Et qu'y a-t-il ?
- Vous êtes toujours le responsable de Lietas.
- Évidemment, même que c'est vous qui m'avez nommé à ce poste. D'ailleurs, étant donné le nombre d'internés qui augmente légèrement depuis ces trente dernières années, je pense qu'il faudrait augmenter les soldes des gardes qu'on envoie là-bas.
- J'y penserai.
- Pourquoi me posez-vous cette question ?
- Je crois que vous connaissez la question qui va suivre …
- Ne me dites pas que …
- Bien sûr …
- Vous voulez une autorisation de sortie pour cette personne …
- Exactement … je crois qu'il cause toujours des problèmes aux gardes stationnés là-bas.
- S'il n'y avait que lui …, dit Tarhèn en se levant de sa chaise.

Le Seigneur Tarhèn se dirige vers une armoire et en sort deux verres et une petite bouteille d'un excellent cognac que lui a offert Elhahr lors d'un de ses voyages dans le monde des hommes, un cognac d'appellation d'origine contrôlée charentais, mis en bouteille en 1910, après avoir été conservé douze ans dans un fût en chêne. Il ouvre la bouteille et sert deux verres, puis, il en tend un au Seigneur du Palais, tout à fait content d'en revoir la couleur et de goûter un arôme de caramel. Après une gorgée savourée, Tarhèn reprend :

- … presque la moitié des gens qui résident à Lietas ont un quelconque problème mental et ont une fâcheuse tendance à se battre … mais celui que vous me demandez de faire libérer … je n'ai jamais vu un tel niveau de violence. Et laissez-moi deviner, vous allez essayer de le convaincre de faire partie de votre expédition.
- On ne peut rien vous cacher.
- Mais comment est-ce que vous allez faire pour le convaincre ? Il a déjà réussi à tuer deux soldats alors qu'ils lui apportaient son repas du soir alors qu'il n'avait pas faim.
- Oui, il a quelques problèmes mais c'est pour ça qu'on l'a amené à Lietas. Sinon, il aurait massacré les trois-quarts du Palais.
- Je ne sais pas trop quoi vous dire … je ne suis pas contre le fait de le libérer pour que vous l'emmeniez. Mais honnêtement, j'espère qu'il décédera atrocement pendant le voyage, qu'il y ait une cellule en plus et plus de chances pour que les soldats postés là-bas aient plus de chance de terminer leur période de mutation en un seul morceau. Cette personne est une vraie plaie dans tout l'Endlenda. Encore merci de me l'avoir confié !
- Qu'est-ce que vous faites pour qu'il se calme ?
- On a d'abord commencé à l'endormir mais … je crois que le bougre commence à s'habituer aux narcotiques … et ce n'est pas une supposition. Les drogues n'ont plus aucun effet sur lui et l'alcool encore moins. Il a développé une résistance physique inouïe durant son internement.
- Comment faites-vous pour le calmer ?
- On est obligé d'avoir recours à une méthode bien moins … ''prestigieuse''.
- C'est-à-dire ?
- Il n'a jamais levé la main sur une femme … et encore moins mangé de cette chair.
- Ah … je vois, donc vous en faites venir exprès pour lui.
- Il s'agit de femmes du village de Tombolin qui acceptent une forte somme d'argent pour aller passer du temps dans sa cellule. Il discute avec elles et puis il se calme pendant une semaine. Au moins, on a la paix plus souvent.
- Simple curiosité, de quoi discutent-ils ?
- On demande aux femmes qui viennent le voir le sujet de leur conversation et il s'avère que ce détenu adore tout ce qui attrait à la littérature.
- De la littérature ?
- Oui, de la littérature, et dans tous les genres. Les personnes qui viennent le voir sont très cultivées et entretiennent des conversations digne des salons littéraires.
- Je vois … et je vois aussi que vous vous souvenez de notre expédition dans le monde des hommes.
- Si vous voulez des détails sur le sujet, je peux vous donner les adresses des personnes qui lui ont rendu visite. On les suit psychologiquement après leur visite chez ce détenu et étrangement … elles n'ont pas de problèmes mentaux. Elles nous envoient beaucoup de demandes pour lui rendre visite.
- Cela ne sera pas nécessaire mais merci quand même. J'irai le chercher demain.
- Ce détenu doit avoir un certain effet sur les femmes qui lui envoient énormément de courrier. Faudrait payer un service de poste spécialement pour lui étant donné qu'il écrit abondamment tous les jours.
- Il y a tout un tas de choses que je dois faire pour améliorer cette prison … Mais l'expédition dans l'Ostiàr est ma priorité.
- Tenez … voici votre autorisation … et j'espère que vous ne me le ramènerez pas …
- Ne vous inquiétez pas pour ça, dit Elhahr en rangeant l'autorisation dans son sac et en ressortant de la petite salle.
- Faites attention à vous quand même.
- Je devrais pouvoir m'en sortir …

Elhahr rejoint ensuite sa salle de méditation. À présent que son expédition a été validée, il va devoir faire face à bon nombre d'éléments plus ou moins dangereux. La dernière fois qu'Elhahr s'est rendu en Ostiàr, c'était pour sceller les tombeaux contenant les esprits obscurs de ceux qui avaient tenté de ravager le monde, il y a des années de cela. Après tout, ce qui a déclenché tous ces événements, c'est la découverte de phénomènes étranges dans ces montagnes maudites. Rien ne dit que les Démons sont forcément de retour. Peut-être que cette expédition n'est qu'en fin de compte un moyen de faire resurgir cette puissance obscure. Est-ce donc un piège ? Où est-ce qu'il fallait attendre un peu et laisser les ombres gagner en puissance pour devoir lutter pour survivre ? De toute façon, mieux vaut prévenir que guérir. Elhahr s'est résolu à construire son expédition et il ne lui manque plus que cette dernière personne, qui se situe pour le moment à Lietas.

Lietas ? Il s'agit de la prison sacrée d'Endlenda. En fait, c'est un ensemble de dix tours reliées par une centaine de couloirs. Et ce bâtiment gigantesque se trouve sur une petite île en haute mer, l'île de Nofer. Le seul moyen rapide d'accession à cette île, c'est encore de voler. Elle se situe au sud-sud-ouest du Palais. Pas mal de soldats de la garde sont envoyés travailler comme gardiens de prison. Cette prison n'est pas que pour les hommes, beaucoup d'Elfes y sont enfermés. Et concernant cette personne qu'Elhahr doit rencontrer, il s'agit du prisonnier au matricule 000001. En effet, il s'agit du premier interné dans cette prison. Et comme pour les prisons sur Terre, il y a un système d'immatriculation. Elhahr se lève du siège où il se trouve et s'avance vers une ''fenêtre'' et soupire un grand coup :

- Il y a deux endroits que je ne voulais plus voir … et je vais obligatoirement devoir y aller. Dire que je pensais couler des jours tranquille depuis ce conflit.

Au même moment, à Lietas, frappée par une tempête des plus violentes, dans la plus haute cellule de la plus haute tour, une personne se tient devant les barreaux de la cellule et observe les éclairs qui déchirent le ciel. Cette personne est dans l'obscurité la plus totale, il n'y a même pas une seule bougie pour éclairer cette cellule. Le fait que cette personne soit plongée dans le noir total est vraiment étrange. Normalement, le soir, on préfère avoir au moins une petite bougie, histoire de ne pas taper contre quelque chose par inadvertance. Mais là, même les gardes qui sont postés aux multiples portes placées les unes devant les autres n'ont aucune idée de pourquoi ce détenu est dans l'obscurité totale. La seule chose que les gardes demandent, c'est de ne pas être affecté à sa surveillance. Il est devenu une véritable source de crainte parmi toute la garde elfique.

- Je sens que vous n'allez pas tarder à venir … Elhahr … et je vous attends, murmure-t-il en souriant de façon dérangeante.

Au Palais, Kaly est encore dans la bibliothèque en train de travailler sur son livre de runes. Puis, elle jette un coup d'œil à sa boule de cristal qu'elle a toujours avec elle. Elle la saisit et décide d'entrevoir l'avenir. Juste pour cette fois, elle décide de ne pas écouter les conseils d'Elhahr et entreprend de regarder l'avenir de son exploration. ''La forêt obscure … beaucoup de douleur … de souffrance … de violence … de haine … une présence dérangeante … mais … qu'est-ce … que c'est que cette horreur ? … '', murmure-t-elle en toute discrétion. Au moment où ses yeux reprennent conscience. Elle essaye de comprendre et d'interpréter cette vision. Ayant ouvert le livre de divination, elle se rend compte de quelque chose d'extrêmement grave : Elhahr est en train de courir un très grand danger en menant cette expédition.

Kaly regarde ensuite l'avenir proche d'Elhahr et … elle en tombe à la renverse. ''Je ne peux pas croire ce que je viens de voir …, se dit-elle. Si Elhahr va jusqu'au bout de son projet … il risque de … mourir … ''. Elle est tout chamboulée quant à ces visions. Au moment où Kaly allait se précipiter pour annoncer ce qu'elle a vu à Elhahr, les paroles que ce dernier lui a énoncé plutôt lui reviennent à l'esprit. Est-ce que Kaly doit annoncer à Elhahr sa future mort ? Est-ce qu'elle doit le laisser dans l'ignorance la plus totale et le laisser entreprendre son expédition sans rien faire ? En attendant, elle décide de retourner étudier encore un peu en essayant de penser à autre chose, comme le devoir qu'aura à accomplir les quatre possesseurs des médaillons, à savoir Nejma et Veneko, Warren et surtout Dan.


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Dim 25 Fév - 16:40
Chapitre 31 - Le Détenu Fou de Lietas ...

Spoiler:
La veille du départ de l'expédition, Elhahr se lève aux aurores. D'habitude, bien qu'il soit le seigneur du Palais d'Endlenda, il préfère se lever à des heures un peu plus tardives. Aux alentours de 9h30 – heure humaine, Kaly, en se dirigeant vers la bibliothèque où elle doit donner un cours de divination, passe devant la salle d'entraînement du séraphin. Elle entend qu'Elhahr est en train de s'entraîner au combat à l'épée. Elle pose ses livres délicatement et écoute à la porte. L'expression de son visage tourne vers un sentiment de tristesse. Elle n'a pas oublié ce qui s'est passé la nuit précédente.

La vision qu'elle a eu dans sa boule de cristal reste toujours ancrée profondément dans son esprit. Elle s'adosse au mur et se laisse tomber, une larme coulant sur sa joue. ''Je devrais lui faire part de ce que j'ai vu'', se dit-elle. Elle continue à écouter à la porte de la salle et entend Elhahr qui semble s'entraîner durement. Elle entend les bruits répétés des coups d'épée sur les différents mannequins animés par la magie elfique. En effet, il est possible d'animer les mannequins d'entraînement si on a assez de compétence en sortilèges. Et d'après ce que Kaly peut entendre, Elhahr est en train de perfectionner ses techniques de combat. Les coups qu'il donne sont souvent donnés avec une furtivité sans précédent, comme s'il se bat de façon enragée. Puis, les bruits provenant des coups d'épée s'arrêtent subitement et Elhahr lance :

- Je sais que vous vous trouvez devant cette porte, Kaly. Entrez donc …
- …

Elhahr est extrêmement surprenant. Comment est-ce qu'il fait pour découvrir que Kaly se trouve de l'autre côté de la porte ? Kaly écarquille les yeux et rougit de honte. Ce n'est pas son genre d'écouter aux portes mais … sa curiosité l'a un peu prise au dépourvu. Elle se relève, ramasse ses livres et ouvre timidement la porte qui donne sur la salle d'entraînement. Kaly ressemble un peu à une petite fille toute intimidée sur le point de se faire gronder par son père. Elle n'ose pas tourner la poignée mais se décide à le faire quand même. Lorsque la porte est totalement ouverte, elle constate le résultat de l'entraînement d'Elhahr : une cinquantaine de mannequins jonchent le sol. Certains sont justes transpercés et d'autres sont complètement réduits à l'état de pièces détachées. Elhahr est une fine lame certes mais il n'en demeure pas moins monstrueux lorsqu'il s'agit de combat à l'épée.

D'ailleurs, ce dernier a revêtu sa tenue d'entraînement. Elle consiste en une sorte de grand kimono blanc auquel se mêle de nombreux renforcements en métal, principalement au torse, aux épaules, aux tibias, aux poignets et aux cuisses. Par-dessus tout cet ensemble, il porte un espèce de manteau noir ample, un peu comme s'ils étaient constitués d'un très grand drap auquel on aurait fait un peu de couture. Les Anges peuvent mettre ce genre de tenues sans se soucier de leur paire d'ailes. Il leur suffit de prononcer une petite formule qui annule le caractère solide de leurs ailes. Ça peut paraître étrange quand on n'y est pas habitué. Enfin bref, Elhahr vient de se défouler sur tout ces mannequins d'entraînement, ce qui force l'admiration de Kaly, qui sait qu'Elhahr les anime de façon à ce qu'ils soient impitoyables.

- Vous … Vous n'y avez pas été de main morte ce matin, dit-elle en constatant la pagaille dans la salle.
- Oh … vous parlez de tout ça …, dit Elhahr. Si ça vous gêne de voir ce bazar, je vais nettoyer vite fait. Reculez d'un pas.

Kaly s'exécute. Elhahr lève sa main gauche et effectue un cercle avec son index et son majeur. Avec cela, tous les morceaux des mannequins reviennent à leur place d'origine. Ceux qui n'ont qu'un ou plusieurs creux voient les perforations se reboucher. Kaly assiste à une petite démonstration de pure magie. Elhahr ferme les yeux et agite sa main gauche dans plusieurs directions, afin de déplacer et ranger les mannequins. Kaly a une grande puissance magique mais quand il s'agit d'Elhahr, c'est une autre question. Sa puissance est telle qu'il est capable de manipuler la vie de l'effet corrosif du temps. Autrement dit, … il peut créer une certaine forme de vie. Elhahr lui-même ne connaît pas toute l'étendue de ses pouvoirs. Il sait parfaitement qu'il peut contrôler l'esprit d'une autre personne pour la faire déplacer à sa guise, Warren en a fait les frais. Mais jusqu'où il peut aller, c'est une des questions à laquelle il refuse de se confronter.

Après cette petite démonstration magique, il invite Kaly à s'asseoir en sa compagnie quelques minutes, le temps pour lui de récupérer un petit peu. Pendant qu'il se rafraîchit le visage, la jeune Elfe lui demande :

- Pourquoi est-ce que vous êtes venu ici assez tôt ?
- C'est-à-dire ?
- C'est extrêmement rare de vous voir debout à cette heure-là …
- Je suis censé aller explorer les montagnes de l'Est … alors je dois me préparer à toute éventualité concernant un combat. Tous les soldats que j'ai chargé de m'accompagner sont également sur le pont et s'entraînent d'arrache-pied toute la journée. Et concernant l'heure d'entraînement, un peu de changement est toujours le bienvenu.
- Je vois …
- Mais sinon, qu'est-ce qui vous arrive pour que vous vous mettiez à écouter aux portes comme ça ? C'est bien la première fois que ça vous arrive …
- Et je me demande comment vous avez fait pour me surprendre …
- Le souffle de votre respiration et l'accélération de votre rythme cardiaque.
- Disons que je suis un peu angoissée à l'idée de vous voir partir dans ces fichues montagnes.
- Est-ce qu'il y aurait quelque chose dont vous voudriez me faire part ?, dit Elhahr en fixant Kaly d'un œil plutôt curieux.
- N … non. Il n'y a rien.
- Bon, très bien. Tu peux retourner donner ton cours qui commence dans quelques minutes.

Kaly se dépêche de quitter la salle, tout en saluant Elhahr, et de rejoindre la bibliothèque. Pendant ce temps, Elhahr reprend son entraînement. Il anime à nouveau les mannequins et les dote d'armes puissantes. Une dizaine sont d'abord déployées face à lui. La rapidité des coups données par Elhahr est telle qu'il est pratiquement impossible de le voir bouger. Sa vitesse de déplacement est incroyablement élevée et chaque coup est donné avec une précision si élevée que le bruit de l'épée est ce qu'on entend de plus clair. Même le vent ne pourrait pas produire des sons comme cela. Il reproduit la même chose avec l'ensemble des mannequins encore intacts et les réduit en pièce un pau un voire même trois en un seul coup. Puis, à nouveau, il reproduit son petit tourbillon magique de réparation. Une fois tout cela terminé, Elhahr remet son épée dans son fourreau et s'assied.

Son épée est une véritable œuvre d'art. Il s'agit d'une Zweihänder avec une lame de type flamberge, présentant une ondulation sur une lame qui fait exactement 195,82 centimètres. Cette épée pèse plus de trente kilos. Le pommeau de cette épée représente une amarante, symbole de l'immortalité, gravée sur un alliage d'or et de platine, faisant ressortir un perpétuel éclat pour signifier la prédominance de la lumière sur les ténèbres. La fusée est recouverte d'un cuir incroyablement doux au toucher, un peu comme du velours. La garde est tout ce qu'il y a de plus basique. La lame a été forgée dans un alliage de bronze, d'acier et de tungstène, ce qui lui confère une masse assez élevée, mais manipulable si la personne qui en prend possession dispose des ressources physiques qui conviennent. Son tranchant est tel que même la roche la plus dure serait fissurée par un coup de cette épée. Quant au fourreau, la chape et la bouterolle sont en platine et en palladium, et le reste en cuir. Selon Elhahr, c'est une épée qu'il a forgé lui-même pendant son apprentissage. Il voulait, selon ses dires, posséder une arme plus majestueuse que toutes celles qui peuvent exister. La lame a été aiguisée sur un diamant dont la solidité est si fabuleuse que malgré les coups, ni la lame ni le diamant ont été rayés.

Cependant, ce n'est pas la seule arme blanche manipulée par Elhahr. Il possède une dizaine d'épées en tout genre, souvent provenant du monde des hommes où il avait l'habitude de faire un petit tour. On retrouve dans sa collection des katanas de diverses époques japonaises allant de l'ère Kyūju à l'ère Heisei, mais aussi des armes européennes avec des claymore écossaises – venant des Highlanders des années 1450, ou encore des cimeterres venant du Moyen-Orient. C'est dire à quel point Elhahr est une fine lame. Il est également doué avec une arbalète. Elhahr a avoué à Kaly qu'il adore se promener dans le monde des hommes et ramener quelques ''souvenirs''. Il estime que les lames humaines n'ont pas leur pareil, et ce même s'il utilise des lames elfiques. L'artisanat humain est, à ses dires, une merveille. D'ailleurs, l'épée flamberge qu'il manipule pendant cet entraînement a été renforcé avec une lame elfique à laquelle il était attaché et qu'il avait malencontreusement brisé lors d'un entraînement. De plus, chaque épée qu'il a ramené du monde des hommes est conservée dans un linge blanc symbolisant la pureté d'esprit. Certaines de ces armes ont été forgées il y a des millénaires – la plus vieille étant une épée grecque de l'Antiquité, elles sont parfaitement conservées et régulièrement aiguisées.

Après avoir fini de ranger la salle, Elhahr s'assied en tailleur et ferme les yeux pour méditer quelques minutes. La seule chose qu'il a en tête, c'est son expédition qui débutera le lendemain. Mais avant tout, il lui reste encore une personne à convaincre de venir. Ses pensées convergent vers un seul endroit : la prison de Lietas sur l'île de Nofer. Jamais il n'aurait pensé y retourner ne serait-ce qu'une seule fois depuis le jour où il a interné une certaine personne. Cet endroit est synonyme de cauchemar pour tous ceux qui ont dû y travailler, c'est-à-dire la plupart des Elfes. Il compte mettre les voiles dans quelques minutes, le temps de préparer quelque chose à manger pour la route. En temps normal, il devrait s'y rendre à pied mais … comme les événements sont assez spéciaux, il va plutôt s'envoler. Il décide de se changer et de se rendre à la bibliothèque, où Kaly est en train d'enseigner la divination.

- Seigneur Elhahr, dit Kaly en s'inclinant, imitée par toute sa classe.
- Mes respects, dit Elhahr en s'inclinant également. Kaly, est-ce que je peux vous parler en privé, juste deux minutes.
- Bien sûr, répond-t-elle. Les enfants, ne faites pas de bruit pendant que je discute avec le seigneur Elhahr.
- Kaly, dit Elhahr en marchant un peu avec elle parmi les rayons de la bibliothèque, je vais devoir me rendre à Lietas pour la journée. Alors, j'aimerais que vous preniez en charge les diverses affaires dont j'ai à m'occuper aujourd'hui.
- Il y en a beaucoup ?
- Trois fois rien. C'est juste que si quelqu'un me cherche, il devra s'adresser à vous. J'ai prévenu tout le monde. Tu es mon apprentie et je crois que pendant cette expédition, tu auras acquis une expérience qui te permettra d'achever cette formation.
- Vous croyez ?
- Absolument. Je suis fier de tous les efforts que tu as pu faire depuis que je t'ai pris sous mon aile. Tu es devenue quelqu'un d'extrêmement puissante et de sage, et je suis certain que tu deviendras une grande Elfe … et j'appuierai ta présence au Conseil des Sages.
- Oh … je suis enchantée de vous entendre dire ça. Je suis contente d'avoir pu apprendre à vos côtés.
- Je vais vous laisser poursuivre votre cours et aller sur Nofer.
- Bonne chance. Et … si jamais vous le voyez, transmettez-lui mes amitiés. Je sais que venant de moi, il sera plus calme.
- J'y veillerai.

Sur ce, Elhahr quitte la bibliothèque, laissant Kaly continuer son cours, et se dirige vers l'extérieur du Palais. Il a décidé de se rendre dans cet endroit seul, laissant les autres membres de son expédition s'entraîner sans relâche. Une dizaine de minutes à peine après avoir quitté le Palais, il prend son envol vers le sud, en direction de cette fameuse prison. Le trajet est plutôt calme pendant la première partie qui le mène jusqu'à la forêt de Lamista. Les montagnes de Kalurt, encore un peu plus au sud, marquant la frontière sud entre le domaine du Palais et le reste de l'Endlenda, sont relativement calmes, si ce n'est qu'Elhahr a dû se défaire d'une petite troupe de pillards qui n'avaient pas vraiment la tête à réfléchir de la personne ou non à abattre. En effet, il était la cible de carreaux d'arbalète, qu'il a esquivé de façon plutôt magistrale. Il décide de faire d'une pierre deux coups en amenant les pillards avec lui directement à Lietas. ''Comme ça, je ne serai pas venu les mains vides'', se dit-il en traînant les six personnes attachés solidement à une corde dans les airs. De loin, on pourrait croire à un espèce de grand cerf-volant.

Après s'être arrêté une dizaine de minutes pour manger un morceau, il reprend la route en direction de cette île de Nofer, tout d'abord en survolant le village de Tobolin, situé à l'est de l'embouchure du fleuve qui prend sa source dans les deux lacs sacrés qui bordent le Palais. Tobolin est une place forte du commerce fluvial avec le Palais et il n'est pas rare de voir des membres du Conseil des Sages se promener dans la ville.

Ensuite vient la partie la plus délicate. Le village de Tobolin est littoral et la mer est vraiment des plus houleuses lorsqu'on franchit les trois mille nautique soit 5,556 kilomètres. L'île est souvent frappée par des vagues atteignant une vingtaine de mètres de haut. Les vents sont en moyenne à 190 km/h. La circulation par bateau est généralement des plus compliquées mais il s'agit d'une des deux seules voies d'accès sur l'île de Nofer, l'autre étant l'envol. L'île est située à environ dix milles de la côte et du village de Tobolin. Beaucoup de personnes condamnées disparaissent en mer avec les gardes qui sont chargés de les emmener. À vrai dire, Elhahr n'ose pas tellement se rendre dans cette prison. Juste avant de voir l'île apparaître dans le violent va-et-vient des vagues, des quelques orages qui jonchent le ciel et de la pluie battante qui sévit dans les envions depuis plus de deux cents ans, il dit :

- J'ai horreur de la pluie … Accrochez-vous, les gars, dit-il à ses prisonniers solidement attachés par des cordes. Ça risque de secouer.

Les six personnes qu'Elhahr traîne écarquillent les yeux. Elhahr inspire un grand coup et se décide à accélérer. Ses accélérations sont furtives. Le battement de ses six ailes deviennent de plus en plus rapide, un peu comme un insecte. Sa vitesse dépasse les 200 km/h, ce qui écœure un peu les ''passagers''. Un quart d'heure après avoir traversé cette tempête, Elhahr parvient finalement à poser les pieds sur la terre ferme, accompagné de ses six prisonniers, qui profitent d'être arrivés pour vomir.

- Vous seriez restés bien sagement chez vous, vous n'auriez pas eu à subir cette épreuve, dit Elhahr. Estimez-vous heureux, j'aurais pu vous faire tomber par inadvertance dans cette mer houleuse.

Il amène les prisonniers dans l'entrée et il les confie aux gardes. Il se rend vers le salle du responsable de la prison. Il saisit son autorisation donnée par le seigneur Tarhèn la veille. Devant la porte, il frappe et entre dans la salle.

- Ah … Elhahr, j'espérais depuis longtemps d'avoir une de vos visites, dit le responsable.
- Seigneur Garia … en effet, ça faisait longtemps, dit Elhahr en saluant.
- Quel vent vous amène ici ? J'ai ouï dire que vous avez ramené une bande de pillards des montagnes de Kalurt.
- Quand vous parlez de vent, c'est une blague. Ce n'est pas trop épuisant d'avoir une tempête pendant plus de deux cents ans ? Avez-vous essayé de changer cette météo infâme ? Sinon, oui, ils m'ont visé avec une arbalète et j'ai jugé bon de les amener ici, histoire de ne pas venir et repartir les mains vides.
- Vous savez bien qu'on ne peut rien pour la météo. Je pense que vous pouvez être capable de faire quelque chose contre la tempête …
- Parlons d'autre chose. J'ai une requête à vous faire.
- Faites …
- Je viens vous demander la libération d'un détenu.
- Et lequel ?

Elhahr penche la tête sur la gauche et fixe Garia d'un air plutôt nonchalant, comme s'il s'attendait déjà à sa réponse. Il soupire un coup et regarde l'expression du visage de Garia. Ce dernier se rend finalement compte de la demande d'Elhahr.

- Ne me dites pas que vous parlez de …
- Vous avez compris.
- Mais qu'est-ce que vous comptez en faire ?
- Justement, je vais vous l'expliquer. J'ai convaincu le Conseil des Sages de mener une expédition dans l'Ostiàr, non sans mal. Et il me reste encore une personne dans mon expédition, et j'ai pensé à faire venir cette personne.
- Vous savez bien que c'est le seul détenu qui doit rester confiné dans sa cellule. Il n'a aucun droit de sortie et je suis censé renouveler les gardes affectés à la tour tous les cinq jours. Vous savez bien que c'est un enfer de le surveiller. Les gardes commencent à devenir fous au bout de trois jours. Depuis que vous me l'avez apporté, c'est une véritable calamité pour tout le bâtiment.
- Ben raison de plus de lui faire goûter l'air frais, relativise Elhahr.
- Savez-vous combien de gardes ont perdu la raison et ont dû être enfermés à Lietas ?
- Je l'ignore.
- Huit cent quinze, et ça, rien que durant le dernier Kephòr, précise Garia.
- Quelle joie …
- Je ne sais pas trop si je dois vous le confier. Je sais que vous êtes le seigneur du Palais mais je crois qu'il risque de vous avoir à l'usure.
- Je vous promets de le garder à l'œil et de vous le ramener s'il survit.
- Me le ramener ? Je ne suis pas trop sûr de vouloir le récupérer.
- En tout cas, je souhaite le voir.
- J'appelle un groupe de gardes qui va vous escorter jusqu'à sa cellule.
- Vous ne m'accompagnez pas ?
- Euh … non, cette personne m'exaspère à chaque fois que je viens le voir.
- Vous allez le voir combien de fois ?
- Tous les quinze jours.
- Je vois, dit Elhahr au moment où quelqu'un frappe à la porte.

Il s'agit de la garde dépêchée par Garia pour escorter Elhahr jusqu'à la cellule de cette personne. Elhahr salue Garia et ouvre la porte dans un moment de détermination totale. Dix gardes ont été chargés de l'accompagner jusqu'au sommet de la plus haute tour, dans laquelle cette personne est internée. Chaque membre de cette garde porte une tenue constituée d'une armure en bronze, d'une cape rouge sang et d'une lance. On pourrait croire qu'il s'agit de généraux de l'armée impériale romaine. Tous marchent de façon synchronisée. Chaque personne marche du même pied, c'est-à-dire que lorsque le haut du pied gauche s'apprête à quitter le sol, le talon du pied est posé sur le sol. Tout le groupe marche de cette façon, passant devant les diverses cellules, sous les yeux des détenus qui sont comme scotchés par l'aura dégagée par ces onze personnes. Elhahr ne se préoccupe pas de regarder autour de lui. Tout ce qu'il a en tête, c'est de persuader la personne à laquelle il rend une visite.

Spoiler:
Après avoir marché pendant dix minutes à la manière d'une armée, tout le groupe finit par arriver devant l'entrée de la tour dans laquelle cette personne est enfermée. Les deux gardes en première ligne ouvrent les portes d'un ascenseur avec deux petites clefs en or. Cela éveille la curiosité d'Elhahr qui ne peut pas s'empêcher de poser la question.

- Dites-moi, est-ce que cette personne est toute seule dans sa tour ?
- Absolument, dit un des gardes. Il y avait du monde avant mais tous ont été soit transférés vers une autre cellule ou bien ils se sont pendus.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Il a terrifié tout les détenus ainsi que les gardes.

''J'espère que sa folie ne s'est pas aggravée depuis qu'il a été interné ici'', se dit Elhahr tandis que l'ascenseur monte pendant exactement trois minutes et seize secondes. Au fond de lui-même, il sait que l'esprit tordu de la personne qu'il s'apprête à rencontrer s'est probablement accru. Une fois arrivés au sommet de la tour, Elhahr est à nouveau escorté dans le petit couloir qui mène à la cellule où le détenu numéro 000001 est consigné depuis des années. Étrangement, il ne semble y avoir qu'une seule cellule dans ce couloir et … ce dernier n'est vraiment pas long. Elhahr se souvient qu'il fallait que ce prisonnier soit enfermé seul dans ce couloir et que si jamais il y avait un quelconque autre détenu enfermé dans ce couloir, ce dernier serait égorgé dans son sommeil.

Le couloir en lui-même ne fait qu'une dizaine de mètres de long et aboutit à une porte blindée. La luminosité y est assez forte, pour ne pas se laisser abuser par le détenu. Évidemment, il y a des protections magiques mises en place par Elhahr lui-même pour éviter toute évasion. Deux gardes restent constamment devant la porte. Une relève a lieu toutes les heures. Il s'agit du seul prisonnier qui soit dans cette situation, tous les autres détenus n'ont qu'une relève toute les dix heures. Arrivés à mi-chemin entre l'ascenseur et la porte, l'escorte d'Elhahr le laisse avancer seul. Ce dernier marche pas à pas en direction de cette porte. Une fois arrivé à un mètre de la porte, l'un des deux gardes crie :

- Quelqu'un va entrer dans cette cellule. Un geste et vous serez immédiatement tué !

Aucune réponse ne provient de l'intérieur de la salle. Sur ce, un des gardes ouvre la première porte. Celle-ci donne sur une autre porte blindée, puis une troisième, une quatrième, jusqu'à la dixième porte blindée. Une fois ouverte, elle laisse place à une petite porte en bois présentant une quantité de fissures. Il n'y a encore aucune vue avec la personne résidant dans la cellule. Elhahr pose sa main sur la clanche de la porte en bois et ouvre la porte.

Cette porte donne sur du noir. On n'y voit même pas à un pas devant soi. Les gardes n'osent pas regarder à l'intérieur, histoire de ne pas sombrer dans la folie. Elhahr entre dans la salle en refermant la porte avec une certaine force. Les autres portes se referment automatiquement dans le dos d'Elhahr qui se retrouve seul dans le noir avec une personne dont il ne distingue pas le visage. La personne en plus d'Elhahr se met à lui adresser :

- Je savais que vous viendriez au moins une fois pour me rendre visite, dit cette personne.
- Un peu de lumière serait la bienvenue, non ?, dit Elhahr.
- Faites comme vous voulez. Je sais que vous avez appris à vivre dans l'obscurité la plus totale mais bon …

Sur ce, Elhahr claque des doigts et toutes le bougies de la salle s'illuminent, révélant une salle plutôt étrange. Les murs sont en pierre et présentent de nombreuses fissures. De plus, les bougies sont fixées sur des crânes dans des petits creusements dans le mur. La salle est octogonale avec des os un peu partout contre les murs. Il y a une table en bois avec une pile d'assiettes, avec trois chaises. La seule fenêtre dans la salle est condamnée, mais permet de recycler l'air de la salle. Il y a un espèce de grand canapé qui doit également servir de lit, qui accueille sûrement les femmes qui viennent rendre visite à cette personne. Des camisoles sont accrochées au mur, dont certaines tachées de sang. Cependant, Elhahr constate un cadre sur une petite tablette à côté du canapé. Ce cadre contient un dessin d'une Elfe qu'Elhahr a vite reconnu, le portait de Kaly.

La personne qui loge dans cette cellule se lève de son siège et se dresse devant Elhahr. Physiquement, d'un point de vue humain, on ne lui donnerait pas plus de trente ans, un peu en dessous du mètre quatre-vingt dix. Cette personne a les cheveux noirs qui arrivent au niveau du cou. Ses yeux sont d'un noir de jais unique. Son visage est extrêmement pâle sauf au niveau des yeux avec un petit trait hâlé de deux centimètres qui les traversent de façon perpendiculaire ; soit un signe qui indique que cette personne manque d'exposition au soleil, ou bien, et plus probablement, cette personne a eu un flirt avec cette pécheresse Dame Folie. À l'extrémité des yeux, limite en partant des tempes, un autre trait parcours les joues en faisant une petite courbe. Ses lèvres sont également noires. Sa tenue est entièrement sable, pour reprendre un terme du vocabulaire héraldique. Est-ce que c'est une tenue en deux pièces ou non ? En tout cas, les mains de cette personnes, également blafardes, sont marquées de bandages assez crasseux. Cette personne écarte les bras et dit en souriant :

- Elhahr, je suis content de vous voir. Bienvenue dans mon antre.
- Votre antre … Un bel endroit au demeurant sinistre.
- Ne soyez pas si hautain et installez-vous. Je suppose que vous devez être épuisé après un si long voyage. Dites-moi ce qui vous amène dans ce merveilleux endroit qu'est la prison de Lietas.
- Senji … je n'ai pas osé venir ici mais … c'est un cas de force majeur.
- Est-ce qu'elle est venue avec vous ? Je rêve de la revoir …
- Vous pensez bien que je n'allais pas faire venir Kaly avec moi juste pour discuter avec vous.
- N'oubliez pas que je lui ai sauvé la vie lorsqu'elle était enfant. Vous avez fait l'erreur de la laisser seule. Un serpent est passé et elle s'est faite mordre. Sans moi, elle ne serait plus là. Je n'y peux rien si elle s'est liée d'amitié à moi.
- Mais vous avez dérivé un peu après avoir tué quinze personnes d'un seul coup. Je n'y peux rien si vous avez sombré dans la folie
- Tout de suite les grands mots, ''la folie'' … cette guerre m'a traumatisé comme pas permis.
- Et tiens, qu'est-ce que c'est que tous ces crânes et ces os qui traînent par terre ?, demande Elhahr en s'asseyant sur un siège.
- Oh … c'est les restes des gardes qui n'ont pas survécu à mes côtés … je leur donne une sépulture au chaud dans mon estomac. On ne me refuse pas le fait de manger ces cadavres … en même temps, pour un charognard comme moi.

Le teint d'Elhahr commence légèrement à virer au vert. Ce Senji est devenu anthropophage avec toutes ces années passées derrière ces portes blindées. C'est à se demander pourquoi on en est venu à tout cela, à toutes ces mesures de protection et toute cette isolation. Senji était autrefois un Elfe respecté et un soldat vaillant qui s'était battu aux côté d'Elhahr pendant cette terrible bataille qui a failli ravager l'Endlenda. Après cette guerre, il est devenu quelqu'un d'honorable au sein du Conseil des Sages. Puis, des centaines d'années plus tard, il a fait la connaissance d'une toute jeune Elfe qui a été nommée Kaly. Tous les deux se sont vite liés d'amitié, ce dernier étant son maître-épéiste, et il l'a même sauvée d'une mort certaine. Mais … toute cette gentillesse de la part de Senji finit par le consumer et il a sombré dans la folie lorsqu'il s'est promené dans la forêt d'Okahara, lieu important de cette terrible bataille. Son esprit a perdu toute capacité de raison et Senji est devenu plus violent, plus effroyable et moins digne d'être un Elfe. Sa rage mêlée à sa démence a été un cocktail explosif en pleine assemblée du Conseil des Sages où, comme l'a dit Elhahr, quinze personne ont trouvé la mort sous les coups de Senji. Depuis ce moment, il est et reste connu comme le Détenu Fou de Lietas où on lui a attribué le matricule 000001.

Elhahr sort de son sac deux longues pipes en bois et un petit sachet de feuille. Il en bourre une et l'allume en claquant des doigts. Senji se rassied sur le canapé et demande à ce qu'Elhahr lui lance la pipe et les feuilles restantes, ce à quoi le séraphin s'exécute. Senji opère la même manœuvre qu'Elhahr et dit alors :

- Ça faisait longtemps que je n'avais pas fumé …, dit Senji.
- Et j'espère que vous continuerez à ne pas fumer.
- Bon, si je me concentre un peu, j'arriverai à deviner le motif de votre visite.
- L'occlumancie ne vous aidera en rien … vous n'y arriverez pas sur moi, dit Elhahr. Vos pensées sont trop confuses pour arriver à un résultat.
- C'est pour me faire sortir de cet endroit définitivement, dit Senji en souriant un peu comme un enfant.
- Et puis quoi encore ? Pour que vous preniez plaisir à massacrer tout le Conseil des Sages ?
- Me faire revoir Kaly ?
- Non plus …
- Je me couche … allez-y, balancez votre proposition.
- Vous n'avez jamais été homme à apprécier les devinettes, je me trompe ?
- Vous le savez bien. Bon, pourquoi est-ce que vous êtes là ? Pour me faire tuer ?
- Non
- Je vous préviens que la moindre personne qui entre ici pour m'exécuter finira avec des plumes d'acier plantées dans chaque centimètre carré de son corps.
- Je souhaite faire appel à votre aide pour partir en expédition en Ostiàr.

Après avoir entendu cette dernière phrase, Senji se met à rire, un rire digne des plus grands psychopathes que la Terre ait pu connaître, un rire semblable à celui d'un homme aux cheveux verts, un rire presque diabolique. À l'extérieur de la salle, les gardes qui surveillent la porte sont un peu pétrifiés par ce rire qu'ils en laissent tomber leur lances. Mais Elhahr ne se laisse pas perturber par ce rire. Il se contente de rester fixe et de tirer un peu de fumée et de l'expulser par le nez et les oreilles. Senji réussit à se calmer et reprend ses esprits :

- Vous êtes sérieux ? Vous allez remettre les pieds en Ostiàr ? Et vous avez besoin de moi pour vous accompagner ?
- Oui, oui et encore oui.
- Et d'où vous vient cette idée saugrenue ?
- Je vous raconterai tout ça si vous venez … ça occupera un peu le trajet.
- Et qui vous dit que j'ai envie de vous accompagner ?, demande Senji en tirant un peu de fumée et en l'expulsant en lui donnant la forme d'un corbeau qui se rue sur Elhahr.
- Parce que si vous acceptez, j'aurai un petit geste de gratitude envers vous, répond Elhahr en tirant également de la fumée qu'il laisse échapper sous la forme d'un nuage qui absorbe le corbeau.
- Et quoi comme geste ?
- La liberté …
- Non, ça ne me convient pas.
- De … de quoi ? La liberté, ça ne vous convient pas ?
- Ça ne me convient pas.
- Vous préférez rester cloîtré ici éternellement ?
- Tout à fait. Je suis bien ici, j'ai de quoi manger, j'ai des occupations, j'ai les gardes qui discutent un peu donc je suis très bien ici.
- Même pas une liberté conditionnelle ?
- Une … une quoi ?
- Ah oui, vous n'avez pas été dans le monde des humains qui est relié au nôtre. Laissez tomber. Qu'est-ce qui vous plairait ?
- Je sais pas mais … rien que le fait de vous voir, vous, Elhahr, essayer vainement de trouver des idées de récompense, ça me fait rire.
- Bon, un rendez-vous avec Kaly ?

Là, au moment où le nom de Kaly intervient dans la négociation, Senji fronce un sourcil et change son expression pour une plus sérieuse. Il dit ensuite :

- … Vous avez trouvé mon point faible. Mais je ne veux pas retourner au Palais.
- Eh bien, je ferai en sorte qu'elle vienne vous voir toutes les semaines. C'est bien la seule, en plus de moi, qui arrive à supporter votre personne.
- Toutes les semaines ? Juré ?
- Juré.
- Ça mériterait que je réfléchisse.
- Ne réfléchissez pas trop, on est censé partir demain.
- J'accepte de venir … mais à condition de tenir votre promesse.
- Vous êtes sûr de ne pas vouloir être libre et revenir au Palais. Au moins, vous pourriez voir Kaly plus souvent.
- Je préfère rester dans une certaine forme d'isolation et recevoir des visites régulières. Ça m'occupe. Ah … et je souhaiterais qu'elle vienne également avec un pot de confiture et du pain à chacune de ses visites.
- Vous ne voulez pas un service à thé tant qu'on y est ?
- Va pour le service à thé également. Donc, quand est-ce qu'on part ?
- Vous allez également passer la nuit au Palais ?
- C'est obligé ?, dit-il en soupirant.
- Oui, et nous partirons aux aurores.

Spoiler:
Senji semble sourire de façon enfantine, un peu comme si le fait d'apprendre que son amie viendrait lui rendre visite le rend vraiment heureux. Par contre, le fait qu'il demande du pain, de la confiture et du thé paraît très étrange pour Elhahr. Étant donné qu'il est devenu à moitié anthropophage, il mange les cadavres des soldats et il s'abreuve de leur sang qu'il réchauffe. Lorsque Elhahr pose la question, il obtient comme réponse : ''Un fou aliéné a bien le droit de demander des choses qui ne lui ressemblent pas. Un dangereux personnage peut très bien avoir des plaisirs simples et … j'aime la confiture et le thé.''. Puis, lorsque Elhahr s'apprête à quitter la salle, Senji lui lance une plume d'acier qui passe à neuf millimètres de l'arrière du crâne du séraphin. Elhahr ne se retourne pas et se met à sourire, tout comme Senji.

- Vous croyez bien que je ne peux pas vous laisser repartir comme ça, dit Senji.
- Et vous avez raison, dit Elhahr. Ce serait bien impoli de ma part de remercier mon hôte pour son accueil si … chaleureux.

En moins d'un millième de seconde, Elhahr se déplace de la porte jusqu'à vingt centimètres derrière Senji. Ce dernier est totalement surpris de la rapidité à laquelle le séraphin s'est déplacé. En une fraction de seconde, Senji se retrouve projeté dans un des murs. Elhahr se déplace à nouveau furtivement en direction du corps de Senji encastré dans le mur, en étoile. Il lui adresse ensuite :

- J'allais oublier le vingtième membre de cette expédition. Et ceci n'est qu'un avant-goût de ce qui vous attend si vous n'osez pas m'obéir. J'ai d'ailleurs prévu un petit jouet pour vous interdire de faire le moindre faux-pas.
- Et … de … quoi … il … s'agit ?, demande Senji, qui ouvre à nouveau les yeux alors qu'il est toujours dans le mur.
- Je l'ai sur moi, et il s'agit d'un petit collier qui va être soudé à votre peau. Et si jamais vous tentez de l'enlever, vous recevrez une décharge. Et si vous vous faites la malle, il va automatiquement exploser, ainsi que votre tête de dégénéré. C'est la seule condition que je vous impose si vous voulez que je respecte ma promesse d'envoyer Kaly vous voir une fois par semaine. Je l'ai inventé tel pour que même vos compétences en magie ne l'arrachent pas.
- D … D'ac … D'accord, dit ce dernier en se détachant du mur et en tombant face contre terre.

Elhahr s'agenouille devant le corps de Senji et sort le fameux collier de son sac. Il se présente un peu comme une sorte de col rembourré qui peut se détacher en appuyant sur un bouton Elhahr applique alors le collier à son futur compagnon et le referme avec le petit bouton qui est placé au niveau de la première vertèbre et enfoncé de telle sorte qu'il est impossible de le débloquer. Cela a pour effet de faire hurler Senji qui a l'impression que la peau de la nuque est en train d'être brûlée. Même si on est psychopathe, la douleur est atroce lorsqu'on s'en prend à la peau de quelqu'un de vivant. Deux larmes coulent des yeux de Senji, dont les jambes commencent à s'agiter, presque sous la forme de convulsions.

Visiblement, Elhahr est en train d'appliquer la main de son futur compagnon sur le collier. La conséquence est donc une décharge électrique de plus de 450000 volts. La douleur à ce stade est telle que même le fait de se faire transpercer le cœur par une épée paraît plutôt agréable. Après tout, est-ce que la douleur est quelque chose qui affecte Senji ? Son esprit a tellement subi de modifications qu'il ne ressent pas ou peu la douleur. En tout cas, ce collier semble surpasser tout ce qu'il a pu ressentir dans sa vie. Cependant, il ne supplie pas Elhahr de lui enlever ce collier, sachant que s'il ne le suit pass, il ne pourra pas revoir son amie Kaly.

Les hurlements de Senji ont pour effet de terrifier la plupart des gardes présents dans la tour. De même que dans les cellules les plus proches, les personnes détenues parviennent à entendre les cris de douleur de Senji et commencent à être terrifiés. Même le seigneur Garia a pu ressentir ces hurlements. Autrement dit, Elhahr réussit à effrayer près du quart de la prison. Les cris durent une dizaine de minutes pour finalement s'estomper dans un mouvement de la main du Seigneur du Palais. Il vient d'avoir recours à un sortilège qui calme automatiquement la personne sur laquelle il est utilisé.

Ensuite, Elhahr relève Senji et prend quelques unes de ses affaires qu'il range dans son sac. Après cela, Elhahr sort de la salle par l'ensemble de portes, suivi ensuite par Senji qui a la tête qui tourne. C'est la première fois depuis près de quatre cents ans qu'il se trouve en dehors de la cellule. L'air du dehors est en train de l'assommer. Elhahr est obligé de le porter sur ses épaules. Cette petite scène rend les gardes perplexes car ils ne savent pas si Elhahr a tué Senji ou si tout cela n'est qu'une mascarade pour le faire évader. Tout le monde, sur le trajet qui mène de la cellule de Senji jusqu'à la sortie de la prison, a les yeux écarquillés. C'est la première fois qu'ils le voient inconscient et inoffensif. D'habitude, même quand il dort, il est capable de tuer sans même prendre garde à la personne qui sert de victime. Une fois, c'est un pauvre novice qui en a fait les frais. Quelques heures après avoir tué le pauvre Elfe, Senji se lève et s'exclame : ''Mon petit-déjeuner est déjà prêt … formidable !''. C'est à cause de cet événement que les novices n'ont plus le droit d'être affectés à la surveillance de Senji.

Une heure plus tard, Elhahr salue Garia, ayant toujours Senji sur ses épaules. Mais ce dernier reprend conscience et peut enfin refouler le sol. Garia commence à avoir un peu peur, même en constatant la présence du collier explosif.

- Cela faisait longtemps que j'attendais le moment de voir le ciel. Oh, seigneur Garia, content de vous revoir.
- J'espère que vous mourrez sur le trajet, que je puisse remplir à nouveau cette tour.
- Oh … je ne compte pas partir de ma cellule maintenant. J'espère quand même que les gardes vont faire le ménage dedans.
- Ils vont préparer la place pour le prochain locataire …
- Ne soyez pas si pessimiste, rassure Senji avec un large sourire. Vous savez qu'entre les mains d'Elhahr, il ne peut rien nous arriver. N'êtes-vous pas d'accord avec cela, Seigneur Elhahr ?
- Allez, dit Elhahr. On a de la route à faire jusqu'au Palais. Vous êtes toujours capable de voler ?
- Ma foi … oui.

Elhahr déploie ses ailes, suivi ensuite par Senji qui développe une paire d'ailes noires, un peu comme celles des corbeaux. Il salue le seigneur Garia de la main et suit Elhahr à travers la tempête. Leur trajet dure jusqu'à la fin de l'après-midi et ils arrivent au Palais au moment où le soleil se couche, sans la moindre encombre.


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Dim 25 Fév - 16:53
Chapitre 32 - Début calme ...

Spoiler:
Une fois Elhahr et Senji arrivés au Palais, ils se dirigent immédiatement en direction de la salle d'entraînement, où les dix-huit autres soldats sont en train de se préparer pour le grand départ qui aura lieu aux aurores. Lorsque le séraphin ouvre la grande porte de la salle, tout ceux qui sont à l'intérieur se mettent directement au garde-à-vous. Tous forment une ligne parfaite, sans aucune mauvaise conduite.

- Rompez !, dit Elhahr. J'ai l'honneur de vous présenter le vingtième et dernier membre de cette compagnie. … Bon, vous entrez dans cette salle au lieu de raconter votre vie aux femmes … Voici Senji.

Lorsque Senji entre dans la salle, il devient plus facile de deviner quels sont les Elfes les plus anciens et ceux qui sont des novices. En effet, tous ceux qui connaissent Senji ont tous eu une réaction mêlant effroi et incompréhension. L'Elfe vêtu de noir leur fait à tous un petit signe de la main, mais quelque chose de niais. Elhahr le laisse se présenter à tout le groupe.

- Laissez-moi me présenter. Je suis Senji, Ancien Seigneur Elfe d'Endlenda et actuellement le détenu immatriculé 000001 dans la prison de Lietas. Je suis ravi de pouvoir faire partie de cette expérience en votre compagnie. Des questions ?
- Une, dit un Elfe plutôt jeune. Pourquoi est-ce que vous êtes là si vous êtes censé être en prison ?
Le Seigneur Elhahr a réussi à me faire obtenir une liberté conditionnelle pour pouvoir prendre part à cette exploration. Je dois avouer que s'il m'avait laissé dans ma cellule, j'aurais été bien plus tranquille.
- Oui ben il faut bien ça pour pouvoir enlever les morceaux de chair collés sur les murs, dit Elhahr.

Cette remarque fait pâlir une grande partie des autres membres. Avec cette réplique, Elhahr vient de dévoiler le cannibalisme de Senji. Ce dernier essaye de rassurer du mieux qu'il peut mais … le fait d'avouer à des Elfes qu'on mange de la chair d'Elfe, ça ne place pas tellement en position avantageuse. Au lieu d'essayer de calmer le jeu, Senji continue à parler de son expérience au combat, le fait qu'il a participé à la Guerre d'Endlenda, et le fait qu'il a été un Maître d'Armes, jusqu'au fait qu'il est interné à Lietas depuis des centaines d'années. Ce dernier passage a un peu terrifié certains Elfes, y compris parmi les plus téméraires. Ensuite, Elhahr annonce un repas collectif entre chaque membres de l'expédition, histoire de renforcer la cohésion de groupes. À vrai dire, Senji s'est trouvé un peu déboussolé pendant ce repas. Étant donné que les trois-quarts de ses précédents repas depuis près de quatre cents ans étaient constitués de chair humaine, le fait de voir des plats style verdure et poisson l'a un peu perturbé. Pendant que tout le monde mangeait, Senji a ressemblé de plus en plus à un abruti incapable de comprendre ce qui lui arrive. Il a fallu une apparition de Kaly qui est entrée dans la salle à manger par inadvertance.

- Excusez-moi, dit-elle en voulant refermer la porte au plus vite. Je suis désolée … je n'avais pas …

Elle s'arrête immédiatement de parler au moment où son regard croise celui de Senji. ''L'Elfe Noir'' – car c'est le surnom qui lui a été attribué lorsqu'il a été transféré – la fixe d'un œil plutôt admiratif, un peu comme s'il assiste à l'éclosion d'une magnifique fleur après l'avoir vu à l'état de bourgeon depuis des siècles. Plus aucun mot ne résonne dans la salle à ce moment. Aucun mouvement n'est également remarqué. Elle entre timidement dans la salle et Elhahr se lève. Il s'approche de la jeune Elfe et vient lui dire :

- Est-ce que vous voulez vous joindre à nous ?, demande Elhahr.
- De … de quoi ? … Me … joindre à vous ? Pourquoi ?
- Oh ! Je crois qu'il y a quelqu'un qui aimerait vivement passer quelques instants avec vous. N'est-ce pas, Senji ?

Senji ne répond pas. Tous les regards convergent vers lui. La seule expression qui lui passe en tête, c'est l'admiration qu'il ressent envers Kaly. Il ne l'a pas vu depuis des siècles et la seule trace qu'il lui restait d'elle jusqu'à maintenant, c'est le dessin qu'il avait fait avec une plume de corbeau, trouvée par hasard dans sa cellule, et son propre sang, ce qui explique le fait qu'il ait recouvert sa main gauche d'un bandage noir. La jeune Elfe finit par accepter l'invitation et vient s'asseoir entre Elhahr et Senji, dans un silence des plus pesants. Le repas continue normalement après cette scène, excepté un petit détail. Ce dernier concerne Kaly et Senji. ''L'Elfe Noir'' a dû se dire que comme c'est la première fois en plus de quatre siècles qu'il n'a pas côtoyé son amie, il peut être aux anges. Mais il a choisi d'agir de façon plutôt infantile. Et en même temps, Kaly n'a pas tellement fait quelque chose pour empêcher cela :

- Cela fait longtemps que je n'ai pas eu un vrai repas, dit Senji.
- C'est vrai ?, demande Kaly, sans doute un peu naïve. Est-ce que tu veux que je te fasse manger ?
- Tu n'es pas sérieuse ?, répond Senji.
- Si tu es déboussolé, alors je vais t'aider, dit Kaly en prenant un morceau de poulet qu'elle tend à Senji.
- Et comment tu faisais pour manger tous ces cadavres ?, chuchote Elhahr qui regarde la scène d'un œil perplexe.
- Je me transformais en corbeau et je mangeais. Je n'allais pas le faire en Elfe, j'ai des limites. Ça fait plus de quatre cents ans que je n'ai pas mangé sous cette forme.

Il est important de préciser que Senji n'est pas un Elfe ordinaire. Durant sa période pré-internement, il a pu inculquer une quantité phénoménale de connaissances dans divers domaines magiques. La seule personne qui soit capable de lui tenir tête dans un Duel de Magie, c'est bien évidemment Elhahr. Mais il y a un domaine que Senji a appris à maîtriser et qu'il est sûrement le seul Elfe à connaître, c'est celui de la métamorphose. Il est le seul Elfe de tout l'Endlenda qui sache se métamorphoser en un animal ou en une autre personne. Ce genre de savoir n'a jamais été obligatoire dans l'apprentissage et même à l'heure actuelle, il est extrêmement rare de réussir à trouver un traité de métamorphose dans la Grande Bibliothèque d'Endlenda qui soit compréhensible – parce qu'ils sont évidemment en ancien elfique. Et la cerise sur le gâteau, c'est que si quelqu'un venait à traduire cet ouvrage, le savoir qu'il renferme est réellement long et compliqué à maîtriser à la perfection. Senji est bien le seul à avoir pu conquérir ce savoir. Il est capable depuis de se transformer en corbeau, son animal fétiche, mais également en d'autres créatures, généralement démoniaques, ce qui est utile pour les entraînements contre des démons. De plus, Senji ne craint pas les blessures. Étant un Elfe, il maîtrise les capacités de guérison corporelles. C'est sans doute pour ça qu'Elhahr a insisté pour que Senji soit également du voyage. Il serait en effet vain de s'aventurer dans une terre hostile sans une arme très puissante telle que Senji.

Cependant, il n'a qu'un gros point faible : Kaly. La jeune Elfe est bien la seule personne qui puisse amadouer Senji en un temps record. Et à table, elle remplit cette ''fonction'' à merveille. Elle est en train de donner à manger à cet ''Elfe Noir'' comme s'il s'agissait d'une maman avec son bébé. Il sourit de façon niaise. Elhahr le regarde d'un air plutôt étrange et se demande comment un être aussi psychopathe soit totalement différent quand il se trouve en compagnie d'une femme. ''Est-ce que cette personne est bipolaire ?, se dit-il, Il est totalement étrange. C'est vraiment la première fois que je vois quelqu'un de ce genre dans certaine situation.''. En même temps, les autres soldats trouvent que cette image de Kaly en train de donner à manger à Senji enlève son image de monstre anthropophage et sanguinaire, le laissant plutôt au niveau d'un Elfe à peu près normal. Le repas continue pendant encore une petite demi-heure, suivi ensuite par un petit temps de repos et de détente entre tout le monde. La plupart des Elfes, en compagnie d'Elhahr, partent dehors fumer la pipe, tandis que Senji reste avec Kaly un petit moment. Ces deux personnes discutent un peu :

- Je suis plutôt heureuse de vous revoir, même si ce n'est que temporaire, dit Kaly.
- C'est pareil pour moi, dit Senji. Cela faisait une éternité que je n'ai pas passé un peu de temps avec vous.
- Pourquoi est-ce que vous avez décidé de revenir ici ? Vous retournerez en prison après cette expédition ?
- Bien sûr. Mais j'ai réussi à négocier un compromis.
- Lequel ?
- J'ai demandé à ce qu'une certaine personne vienne me voir au moins une fois tous les quinze jours.
- Vous parlez de qui ?
- De vous.
- Vous voulez que … je passe dans votre cellule régulièrement ?
- Oui.
- Mais pourquoi ?
- Parce que j'apprécie d'être en votre compagnie, Kaly.
- J'apprécie le compliment mais je ne sais pas tellement si je dois forcément répondre positivement à cette invitation. Elhahr dit que cette prison où vous êtes enfermé est un véritable enfer. Je dois avouer que cet endroit m'effraie rien que d'y penser.
- À vrai dire, si on dit que cet endroit est effrayant, c'est en partie à cause de moi.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai une petite tendance à manger un peu les cadavres qu'on m'amène, que je suis très violent, dangereux, hautement gardé et que j'effraie n'importe quelle personne qui ose passer ne serait-ce qu'une journée dans le même couloir que moi.

Avec cette explication, Kaly commence à trembler tandis que Senji en tire un léger sourire. Kaly ne dit plus rien après cette réponse et décide de quitter la salle pour aller étudier un peu à la bibliothèque. Elle n'oublie pas de saluer Senji et le reste de l'expédition. Ces derniers décident de se diriger ensuite vers une salle d'entraînement, celle où Elhahr s'entraînait le matin avec les mannequins animés.

- Senji, est-ce que vous pourriez montrer à certains de ces jeunes soldats pourquoi est-ce que je vous ai demandé de venir avec nous ?
- Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ?
- Transformez-vous puis j'explique ensuite le but de l'exercice.

Senji s'exécute, sachant qu'il peut rapidement recevoir une décharge électrique dans le cou. Il ferme les yeux puis une mini-tornade noire prend place à l'endroit où il se trouve. Deux petites lumières jaunes-orangées remplacent les yeux noirs de cette personne. Lorsque la mini-tornade disparaît, elle laisse place à un soldat de sept pieds de haut, ayant une solide armure et un casque qui lui couvre la totalité du visage, ne lassant apparaître que les yeux et la bouche. De plus, la masse musculaire de ce soldat est au moins le triple de celle de Senji. Il est armé d'une épée assez massive, du style adaptée pour un combat rapproché. Tous, excepté Elhahr, sont bouche bée devant ce qui vient de se produire sous leurs yeux. Le Seigneur du Palais reprend ensuite :

- Voilà la raison pour laquelle j'ai insisté pour que Senji fasse partie de cette expédition. Il est capable de se transformer en à peu près ce qu'il veut.
- Pourquoi est-ce qu'on ne l'a pas eu plus tôt ?, demande un des Elfes.
- Parce qu'une stupide personne a réussi à retarder le début de cette expédition en ayant quelque chose à redire à chaque fois que je voulais proposer quelque chose au Conseil des Sages. Et parce que je ne pouvais pas le faire libérer sans une raison valable.

Personne n'ose redire quelque chose à Elhahr. Ce dernier explique après cela que Senji sera très utile pour connaître les forces et les faiblesses des soldats Obscurs. Puis, pendant au moins trois bonnes heures, tous s'entraînent à essayer de mettre Senji au sol, souvent avec plus ou moins de réussite. Après cette ultime séance d'entraînement, tout le monde décide s'aller se reposer pour être en forme car aux aurores du jour suivant, ils partiront vers l'Est. Senji, à son grand malheur, est obligé de passer la nuit dans la même salle qu'Elhahr.

- Vous plaisantez ?
- Ça ne me réjouit pas plus que vous, dit le séraphin. Et j'ai pour ordre de vous garder à l'œil.
- Je commence à regretter ma cellule à Lietas.
- Plus vous vous plierez aux ordres et plus vite vous la retrouverez votre cellule, … mais laissez-leur le temps de nettoyer un peu tout le bazar que vous avez laissé. À présent, dormez ou vous recevrez une décharge.

Les vingts soldats passent donc la nuit tranquillement, jusqu'aux premières lueurs du jour où Elhahr fait appeler tout le monde au niveau de la Cour du Palais. Chaque personne présente dans l'expédition est au garde-à-vous, un paquetage d'une trentaine de kilogrammes, digne des impedimenta de l'armée romaine. Senji n'est pas encore tout à fait réveillé que Kaly vient lui apporter de quoi tenir le voyage. On croirait voir un couple qui doit se séparer temporairement. La façon dont Kaly arrive en courant pourrait être visionnée au ralenti, tellement ce moment est dramatique. Senji finit quand même par garder les yeux ouverts plus d'une minute alors qu'Elhahr donne le départ de cette expédition. C'est le moment que choisit Kaly pour adresser quelque chose à Elhahr.

- Qu'y a-t-il ?
- Il faut vraiment que je vous confesse quelque chose.
- De quoi s'agit-il ?
- Je sais que ça ne va pas vous plaire mais …
- Mais quoi ? Qu'est-ce que vous voulez me dire ?
- J'ai … pu entrevoir … votre avenir, dit Kaly, qui visiblement se retient de pleurer. Et …
- Et vous avez raison, cela ne me plaît pas. Je vous l'ai pourtant dit, que je ne veux absolument pas connaître les détails du temps à venir.
- Je croyais …
- Je vais vous dire quelque chose. Si jamais je ne revenais pas de cette expédition, l'avenir du monde sera entre ces jolies mains qui sont les vôtres. Et je vais faire quelque chose pour vous prouver que je tiens à vous : Je considère votre apprentissage comme accompli avec perfection et je suis fier de vous accepter au sein du Conseil des Sages. J'ai mis le parchemin dans votre sac. Vous êtes une Elfe avec un potentiel très immense et je sais que vous pourrez mener le Palais sur le chemin de la paix en mon absence. Maintenant, je vous salue, Dame Kaly d'Endlenda.

Kaly essaye de retenir ses larmes. La jeune Elfe ne s'attendait pas à une telle annonce de la part d'Elhahr. La voilà devenue une Dame du Palais d'Endlenda – l'équivalent de Seigneur, une membre du Conseil des Sages et elle a la charge de remplacer Elhahr pendant la durée de son expédition. Elle se force à sourire tout en retenant ses larmes. Elle regarde une dernière fois les vingt personnes s'avancer en dehors du Palais, au son des trompettes et avec une haie d'honneur de la part de la plupart des membres du Conseil des Sages et d'autres Elfes vivant au Palais. Ces soldats, Elhahr en tête, semblent extrêmement confiants dans la tâche qui leur a été confiée. Ils savent que cette expédition est très dangereuse et que la possibilité de ne pas revenir plane sur chacun d'entre eux, y compris Senji et Elhahr qui sont sans doute les deux Elfes les plus puissants de cette compagnie.

Spoiler:
Une fois sortis de la Cour du Palais, Elhahr présente une carte d'Endlenda à sa troupe. Leur itinéraire passera par la tour de Zhàn Ji, où ils doivent arriver aux alentours du coucher du soleil. Chacun commence donc à déployer ses ailes, y compris Senji, qui préfère garder sa métamorphose pour un moment plus propice. Chose étrange, Senji est le seul Elfe de toute la compagnie à posséder des ailes noires. Cela ne le dérange pas tellement mais, d'après Elhahr, cela peut devenir vite un problème en matière de discrétion.

C'est ainsi que l'expédition d'Elhahr débute donc. Les vingt personnes traversent le ciel avec une vitesse assez élevée, malgré le poids des paquetages de chacun. En à peine trois heures, soit un peu avant midi, tout le groupe finit par arriver en plein milieu des collines vertes d'Ustiyàr, une partie de la frontière orientale du Palais d'Endlenda. Cet endroit est un terrain d'entraînement pour les Elfes, et plus particulièrement pour les combattants volants à l'épée. L'altitude moyenne dans les collines d'Ustiyàr est d'environ 841 mètres. La topographie collinaire est assez propice à des séances de combat plutôt passionnantes. Il n'y a pas que des collines. À vrai dire, la partie orientale de ce massif collinaire est en fait une ancienne petite chaîne de montagnes culminant à mille mètres et qui a subi une érosion assez particulière. En effet, il y a un fleuve, autrefois divisé en une multitude de petits affluents, qui traverse ces collines et il a connu une crue assez importante et qui a attaqué ces monts. Ces monts ont ensuite provoqué des éboulis assez sonores qui ont bouché tous les affluents. Depuis, les blocs imposants de ces anciens monts ont pu former des collines assez escarpées sur lesquelles il est intéressant de s'entraîner en Duel à l'épée.

Justement, Elhahr a profité de cette pause repas dans ces collines d'Ustiyàr pour improviser une séance d'entraînement dans ces collines, ce à quoi la plupart des soldats approuvent. Pendant trois heures, chaque soldat s'entraîne à se dissimuler et à attaquer de façon furtive. La raison de cet entraînement est que dans l'Ostiyàr, les montagnes présentent un peu la même constitution, à savoir des reliefs très escarpés, des fourches, des cols et des petites vallées étroites correspondant à un ancien cours d'eau encaissé puis asséché. Il est vrai qu'Elhahr affectionne cet endroit pour une petite séance d'entraînement avec ses apprentis, y compris Kaly. D'ailleurs, cette dernière n'a pas tellement aimé s'entraîner dans cet endroit car Elhahr avait osé agir de façon un petit peu agressive et qu'elle s'était perdue en voulant le fuir – c'était au tout début de sa période d'apprentissage et Senji n'était pas encore devenu fou.

Une heure après avoir rangé tous les paquetages et après avoir récupéré Senji qui était en train de jouer à lancer des cailloux sur un arbre pour essayer de dégommer les oiseaux qui se posaient sur les branches, toute la compagnie fait route vers le nord-nord-est pour atteindre la tour de Zhàn Ji. Pour comprendre la présence d'une tour, il faut remonter dans le temps. Le Palais d'Endlenda est entouré de cinq tours d'une centaine de mètres de haut chacune. Ces tours ont été érigées dans des blocs de basalte pure, une roche des plus solides et des plus lourdes que le temps pour construire chaque tour a été de trois Kephòrs, soit plus de deux cents ans. La décision de construire ces tours est survenue après le conflit qui a ravagé l'Endlenda, celui qui est un peu à l'origine de cette expédition. Chacune de ces tours est en fait une tour d'observation et de garnison militaire, chargée de surveiller les différentes contrées aux alentours du Palais d'Endlenda et de remarquer d'éventuelles traces des Forces Obscures. Ces tours ont pour nom Hyìan, la tour au nord-ouest ; Jerhàn au nord ; Kyàn au nord-est ; Zhàn Ji à l'est ; et pour finir Ythòr au sud-est. Il n'y a pas de tour méridionale puisqu'il s'agit encore d'une zone appartenant à l'influence du Palais. Ni au sud ni à l'ouest car cette terre est sacrée pour les Elfes et maudite pour chaque personne corrompue par le Mal. Bref, chaque tour se dresse sur une plaine, ce qui fait que le champ d'observation est très vaste.

Deux heures et demi après avoir quitté l'Ustiyàr, au moment où le soleil commence à se coucher, les vingt personnes s'arrêtent au pied de la tour de Zhàn Ji. Là, ils sont accueillis par le Régent de la Tour, nommé par le Seigneur du Palais, c'est-à-dire Elhahr. De l'extérieur, cette tour paraît plutôt sinistre. Les murs sont criblés de pointes sans doute acérées placés tous les dix mètres. Il y a des sortes de meurtrières plutôt larges pour permettre l'établissement d'un poste d'observation. Senji remarque que sur chaque facette de la tour, construite sur un plan octogonal, la présente de huit postes d'observations à la verticale et de quatre à l'horizontale – une sur chaque point cardinal. De rayon, la tour fait exactement 34,50 mètres, donc pas étonnant que le temps de construire ces édifices ait été assez conséquent. À l'intérieur, la tour ressemble un peu comme à l'intérieur du Palais d'Endlenda, avec des teintures sur les murs, des dorures, des piliers un peu partout et du mobilier un peu comme dans les différentes salles du Palais. C'est une véritable citadelle à elle seule. Il y a des chemins de ronde à chaque niveau de poste d'observation. Rien que dans la tour de Zhàn Ji, il y a au moins sept cents personnes qui y résident – avec des renouvellement de postes chaque année.

La compagnie décide alors de prendre une journée de repos – qui est en fait la journée de repos obligatoire de chaque Elfe. Lors de cette journée, personne n'est autorisé à prendre les armes, ni à sortir de l'endroit où il réside actuellement sauf en cas d'extrême urgence. Dès qu'Elhahr a annoncé cela à son groupe, seul Senji a pesté, estimant que cette journée est la plus ennuyeuse du mois. En prison, ces journées étaient les seules où il n'avait pas le droit de manger les cadavres qui lui étaient apportés. S'il faut effectuer une comparaison avec le monde des hommes, cette pratique de ne rien faire pendant une journée entière s'apparenterait au sabbat dans la religion juive – note de l'auteur : je n'ai aucune haine envers les religions. La différence avec le sabbat est que ce genre de journées a lieu deux fois par mois, la veille de chaque nuit de nouvelle lune.

Pendant cette journée de repos forcé, Elhahr passe sa journée à méditer, imité par certains soldats. D'autres s'instruisent à propos de l'Ostiàr ou bien sur d'autres sujets d'étude. La seule personne qui ne participe en rien à tout cela, c'est bien Senji. Lorsqu'il était encore sain d'esprit, l'une de ses résolutions en tant que membre du Conseil des Sages était justement de supprimer cette journée, qu'il estimait contre-productive. Mais, comme il faut s'en douter, tout le monde lui a ri au nez et il a un peu perdu les pédales, agressant l'un des Elfes qui s'était vivement moqué de cette décision. Pendant la journée entière, Senji s'est ennuyé à mourir, en train de contempler le paysage à travers un des postes d'observation. Il reste assis sans bouger pendant au moins sept heures, ce qui éveille la curiosité de certains soldats. Personne ne l'a dérangé de la journée mais les seules choses qu'on pouvait entendre en tendant l'oreille ont donné à penser que Senji était en train de replonger à nouveau dans un état de folie plutôt dérangeant : ''Morts … morts, ils le sont tous … Du sang … liquide précieux et aussi succulent que du nectar … que ne donnerais-je pas pour goûter à un cadavre … Nous les tuerons tous … ils mourront tous … et nous nous délecterons de leur chair …''. Un des membres de l'expédition a pu retranscrire ce que Senji a pu dire à son insu et l'a immédiatement transmis à Elhahr, le dérangeant au passage pendant qu'il faisait une sieste.

- Seigneur, j'ai un message à vous montrer.
- Et de quoi s'agit-il ? … Mais … qu'est-ce … qu'est-ce que c'est que ce … tout ce charabia ? Vous m'avez dérangé pour ça ? Un vulgaire bout de papier glauque ?
- J'ai pu écrire cela en écoutant des paroles étranges de la part de cette personne étrange que vous avez intégré à cette expédition et qui, à l'heure actuelle, est en train de contempler l'Ostiàr au loin.
- C'est vrai que c'est étrange quand on y pense, dit Elhahr.
- Pensez-vous qu'il va nous trahir et nous tuer ?
- Aucun risque, je vois que vous n'êtes pas observateur pour ne pas avoir remarqué le collier solidement attaché à son cou. Ce collier a été conçu pour exploser en cas de trahison. Et puis, il peut toujours lui asséner une petite décharge pour lui faire comprendre qu'il n'a aucun pouvoir de décision sur moi.

Après cette discussion, Elhahr se décide à aller voir ce que peut faire Senji. Le séraphin se rend alors au quatrième étage de la tour pour voir ce que cette personne est en train de faire. Étrangement, le séraphin ne paraît pas déçu en voyant que Senji est en train de fixer le ciel tout en lançant des petits cailloux dans le vide. Les seules choses qu'il parvient à entendre sont : ''Vivement que cette expédition s'achève, que je puisse retrouver ma cellule et avoir cette chère Kaly qui viendra me voir.'' ou encore ''Cette expédition me rend fou .. je ne sais pas si mon esprit va tenir''. Quelques minutes après avoir entendu tout cela, Elhahr décide de retourner dans la chambre où il se repose et prend un cahier où il note tout un tas de choses, remplissant en tout et pour tout une dizaine de pages en l'espace d'une demi-heure. Le reste de la journée se déroule dans la continuité des précédentes heures.

Le lendemain de cette journée de repos, tout le groupe se remet en chemin en direction de l'Ostiàr. Cette fois, le groupe décide de continuer leur expédition à pied, ayant franchi la frontière qui sépare le domaine du Palais du reste de l'Endlenda. Pendant une semaine, toute l'expédition avance plutôt lentement. La raison est que ces Elfes ont un équipement plutôt lourd, et ce malgré l'expérience des combats et des entraînements. De plus, le temps commence à être un peu orageux, ce qui ralentit un peu l'avancée de l'expédition. Normalement, l'expédition est prévue pour durer au maximum quatre mois.

Au bout de cinq jours de marche plutôt forcée et intensive, les vingt personnes viennent de traverser le cours d'eau qui passe dans les collines d'Ustiyàr, lesquelles ont vu les membres de l'expédition s'entraîner plusieurs jours auparavant. À une centaine de milles devant eux se dresse le prochain obstacle de leur expédition. L'un des Elfes demande à Elhahr :

- Excusez-moi, Seigneur Elhahr, mais quelle route prendrons-nous pour atteindre l'Ostiyar ?
- Je crois que je n'ai pas tellement le choix de l'itinéraire. Nous passerons par la forêt d'Okahara.
- La forêt d'Okahara ??, s'écrient certains Elfes parmi les plus sages. Vous n'êtes pas sérieux, Elhahr ?
- Je suis tout ce qu'il y a de plus sérieux. La contourner nous prendrait trop de temps et nous serions un peu trop justes en réserves.
- Mais la forêt d'Okahara est un véritable enfer, dans lequel nous aurions du mal à en ressortir tous vivants.
- C'est un risque qu'il faut prendre, et je suis prêt à assumer ce risque.

Personne n'ose redire quelque chose de plus à ce sujet. Et pourtant, certains ont raison de s'inquiéter à propos de l'itinéraire choisi par Elhahr. La forêt d'Okahara est considérée comme la porte qui mène aux Enfers. Tout d'abord, lorsqu'on la traverse d'ouest en est, elle donne directement sur l'Ostiàr et les ruines des temples démoniaques. De plus, le climat dans cette forêt est à la limite du supportable, un peu comme si de nombreuses dimensions se mélangeraient. Le temps est à la fois humide et sec. La pluie peut y être battante ou bien fine. Les vents varient entre la petite brise d'été toute agréable à la tempête et aux courants d'air excédant facilement 180 km/h. En plus de défier les lois de la météorologie, cette forêt est assez ancienne. Elle a même été un de théâtres de cette fameuse guerre qui a sévi en Endlenda. Elhahr lui-même n'ose pas pénétrer dans cette forêt parce qu'elle a failli le rendre fou lors d'un combat. Mais là, il n'a pas le choix. La seule option pour avoir le trajet le plus court, c'est de traverser cette forêt maudite. La forêt est extrêmement longue, aux alentours de cinq cents kilomètres de long et deux cents de large. Question végétation, cet endroit est une mine d'or absolue pour tous les botanistes. Cette forêt constitue un biotope absolu, avec des espèces de plantes médicinales rares et des arbres assez singuliers. Mais le problème, c'est qu'une sorte de mauvaise aura plane sur cette forêt. L'atmosphère est assez pesante et les esprits commencent à perdre petit à petit leur raison. Certains Elfes ont voulu raser cette forêt mais, d'autres et notamment Elhahr ont décidé de maintenir tout ce couvert végétal sur l'Endlenda.

Tous les Elfes sont donc prêts à traverser cette forêt, tous sauf un. En effet, Senji n'a pas tellement écouté ce que Elhahr a dit. La seule chose qu'il remarque en regardant droit devant lui, c'est les dix-neuf autres visages le fixant d'un œil plutôt curieux. Avec un air ahuri, il se demande ce qui peut bien se passer pour qu'on le fixe avec ces paires d'yeux. Sans même réfléchir, il dit :

- Ne me dites pas qu'on va passer dans cette maudite forêt.
- Alors je suppose que vous comptez faire le double de la distance escomptée par le sud, seul, dit Elhahr.
- Allez savoir, j'aime être dans un état de solitude.
- Et ça, c'est de la solitude, dit Elhahr.

Immédiatement après cette réplique, Elhahr assène à Senji une décharge électrique via le collier autour de son cou. La douleur est telle qu'il tombe à terre en suppliant d'arrêter cette douleur. Visiblement, cette douleur semble surpasser toutes celles que Senji peut normalement supporter. Il faut dire que le collier que Senji est obligé de supporter est fixé à même la chair du cou. Après une minute passée à entendre des hurlements à glacer le sang, Elhahr stoppe sa petite séance d'électricien. Et pour éviter d'avoir à subir de nouveaux chocs comme celui-ci, Senji est bien obligé d'accepter de traverser la forêt d'Okahara en compagnie de tout le corps expéditionnaire d'Elfes, même si c'est la décision qui doit lui déplaire le plus.

Le soir de cette décision, tous décident de passer la nuit à la belle étoile, à l'abri de potentielles attaques. Elhahr est en train de remplir à nouveau son carnet de notes, Senji est étendu sur le sol à regarder les étoiles. Les autres jouent aux cartes ou discutent de choses et d'autres quand un drôle de phénomène survient. Une légère secousse se fait ressentir dans un périmètre d'environ deux cents kilomètres. C'est à ce moment là que chaque Elfe, Senji inclus, s'envolent temporairement, le temps que la secousse stoppe. Heureusement, la compagnie d'Elfe se trouve à une distance très raisonnable de l'épicentre de cette secousse, qui s'apparenterait presque à un tremblement de terre de magnitude 8,4 sur l'échelle de Richter. Elhahr estime l'épicentre en plein dans la forêt d'Okahara mais … le couvert végétal est si résistant qu'aucune faille ne peut se créer à l'intérieur de cette forêt, étant elle-même un enchaînement de ravins et de crevasses peu profondes recouvertes par des arbres.

De plus, quelque chose semble attirer l'attention de Senji. Ce dernier décide de se métamorphoser en corbeau pour pouvoir observer quelque chose de dérangeant. La vision de Senji est cent fois plus précise lorsqu'il se transforme en corbeau. La première chose qu'il fait est de prévenir Elhahr :

- Je sens qu'un grave danger va prochainement s'abattre sur nous.
- Que dites-vous, Senji ?, demande Elhahr.
- Je vois la présence d'éclairs rouges et violets scinder un ciel parsemé de nuages noirs menaçants.
- D'é … D'éclairs rouges ? Vous êtes sûr ?
- Parfaitement sûr, dit Senji en reprenant sa forme Elfe.
- Et où est-ce qu'ils se trouvent, ces éclairs ?
- Au-delà de Zeist.
- De … de Zeist ? De la … Tour de Zeist ?
- Certain.

Spoiler:
Le Palais d'Endlenda est entouré par cinq Tours d'Observation et de Garde mais il en existe une autre, plus éloignée. Celle-ci se trouve pratiquement à mi-chemin entre le Palais d'Endlenda et le cœur des Montagnes de l'Est. Le nom de cette tour est Zeist. Cette tour est totalement étrange. Étrange dans le sens où personne en Endlenda ne sait qui a pu ériger cette chose. Elle fait près de huit cents mètres de haut. De forme, c'est un pilier dont la base a un rayon de 70,32 mètres tandis que celui du sommet est à 31,57 mètres. Le sommet de la tour consiste en une petite plateforme entourée par cinq espèces de sur-élèvements pointus faisant chacun 12 mètres de haut. De plus, la première fois qu'elle a été explorée, Elhahr, qui faisait là-aussi partie de cette exploration, s'est rendu compte que la matière avec laquelle elle a été construite … est normalement introuvable en Endlenda. Les murs sont faits d'une pierre noire des plus sombres, dures et résistantes que même une épée des plus aiguisées se briserait au premier coup donné. Un coup de massue donné à pleine puissance par l'être le plus fort de l'univers n'arriverait pas à provoquer la moindre égratignure. Autrement dit, cette tour est indestructible. À l'intérieur de la tour, ceux qui l'avaient exploré ont pu apercevoir des morceaux d'os jonchant le sol ainsi que des bouts de ce qui semble être des épées. Ils en avaient conclu qu'une bataille aurait pu avoir eu lieu dans cette tour. Depuis, elle est laissée à l'abandon et personne n'en parle, malgré le fait qu'elle surplombe pratiquement le centre de l'Endlenda.

D'ailleurs, cette tour fait l'objet d'une légende plutôt macabre. Un jour, où l'un des Elfes les plus respectés d'Endlenda – Darhyàn, un Elfe des Temps Anciens – s'ennuyait alors qu'il se promenait seul dans la plaine, il a voulu s'allonger pour contempler le ciel étoilé. C'est alors qu'une étoile filante a traversé le ciel. Juste pour le plaisir, Darhyàn a décidé de faire un vœu. Il aurait demandé les moyens de pouvoir construire un monument pouvant rendre hommage à son épouse, morte prématurément. Il souhaitait construire quelque chose qu'il pourrait emprunter pour la rejoindre directement au ciel. C'est ainsi que l'étoile filante est réapparue et qu'elle s'est écrasée à quelques mètres de Darhyàn. Ce dernier a pu voir ce qui s'est crashé et a décidé d'user de ses techniques de démultiplication pour produire des quantités astronomiques de cette pierre venant des étoiles. Pendant des jours, il a construit cette tour, tout seul. Ce travail lui a coûté toute son énergie et toute sa vie. Au bout d'un millier d'années, alors qu'il en était arrivé à la hauteur à laquelle on peut voir cette tour, il s'est mis à genoux et a imploré le ciel de lui rendre son épouse, ou alors il continuerait à agrandir cette tour pour aller la chercher lui-même. En réponse, le ciel s'est déchaîné et un éclair rouge a frappé le sommet de la tour, faisant perdre l'équilibre de l'Elfe, qui a fait une chute mortelle pour finir la tête éclatée contre le morceau de roche qui est à l'origine de la tour qu'il a conçu. Ainsi, il a pu rejoindre son épouse au ciel. C'est une légende qui est peu connue mais qui est quand même retranscrite dans certains livres de mythes et légendes d'Endlenda et même dans le monde des hommes.

Chaque Elfe est dans les airs pour regarder l'orage qui sévit au niveau de la Tour de Zeist. Cet orage semble être acharné. De plus, la masse nuageuse est trop importante pour pouvoir observer ce qui provoque l'orage. Quelques courants d'air n'excédant pas les 90 km/h traversent le ciel et obligent les Elfes à retourner sur la terre ferme. Une petite heure plus tard et tout le monde a pu trouver refuge dans une petite caverne à l'abri des vents. Elhahr et deux autres Elfes ont également crée un champ magique pouvant empêcher tout éboulis en cas de secousse plus ou moins puissante. Le seul à qui cet endroit convient parfaitement, c'est bien Senji. Lorsque tout le groupe est arrivé au pied de la petite caverne, ce denier s'est égaillé comme un enfant de cinq ans dans une aire de jeux. Il a répété plusieurs fois que cet endroit lui rappelle un peu sa cellule à Lietas. Pendant deux heures, tandis que tout le monde mange tranquillement, Senji s'est ouvert à plusieurs endroits dans le corps et s'est amusé à peindre sur les murs avec son sang, sous les regards plutôt dégoûtés des autres Elfes devant ce travail de psychopathe dégénéré. Ensuite, tout le monde décide d'aller dormir. À chaque heure, deux Elfes doivent se réveiller pour surveiller les alentours de l'endroit où ils sont stationnés. Une relève toute les heures débutant à 23 heures et se terminant à 7 heures, c'est le planning prévu par Elhahr. Et le Seigneur du Palais a même prévu que Senji sera de garde dans la dernière ronde en sa compagnie, ce qui ne l'a pas trop rassuré.

Le lendemain, après n'avoir rencontré aucun imprévu dans le système de surveillance, les vingt personnes reprennent leur route en direction d'Okahara, prochaine grosse étape de l'expédition. Cependant, malgré le fait que cette forêt représente un danger pour tous ceux qui s'y aventurent, la traverser comporte au moins un avantage : elle donne directement sur l'Ostiàr. Ce doit être la raison pour laquelle Elhahr a décidé d'emprunter ce chemin sinistre. Toute la compagnie avance des jours et des jours jusqu'à arriver à une petite dizaine de kilomètres d'Okahara. La nuit commence à tomber et tous décident de passer la nuit à l'abri du vent qui commence à être de plus en plus fort. Le lendemain marquera leur entrée en territoire malsain.

De l'autre côté de la forêt, dans une sorte de ruine qui aurait été un ancien temple, une créature se tient devant les restes d'un autel et s'assied devant une sorte de miroir. Cette personne porte une sorte d'armure plutôt résistante, avec des lanières de cuir solide renforcées par des lamelles de ruthénium. Son visage est celui d'un démon aux yeux noirs. On pourrait voir trois petites cornes se distinguer mais il s'agit de mèches de cheveux. Cette personne se dresse devant l'espèce de miroir et dit :

- Eyazon ?
- Qu'y a-t-il, Dilvolg ?, répond la voix glaciale d'Eyazon à travers le miroir.
- Je sens que la troupe du vieux débris se dirige vers l'Ostiàr à grands pas.
- Et alors ? Tu sais qu'on va intervenir quand ils seront chez nous. Pourquoi est-ce que tu m'appelles ?
- Parce que j'ai pu sentir leur peur … leur peur à l'idée de traverser cette infamie qu'est la forêt d'Okahara.
- Intéressant. Alors comme ça, ce bon vieux Elhahr va mettre les pieds dans cette forêt. Si c'est comme ça, on va lui envoyer un petit comité d'accueil. Je vais m'occuper de ça demain.
- Un comité d'accueil ?
- Tu as bien conservé quelques reliques sous la trappe sous l'autel devant lequel tu te tiens ?
- Euh … je ne m'en souviens plus …
- Ah ben quand il s'agit de mémoire avec toi, c'est plus compliqué. Essaye de garder au moins plus de trois neurones actifs. Ça peut toujours être utile.
- Arrête un peu tu veux !
- C'est amusant ce genre de réaction de ta part. Bon, assez plaisanté, j'ai besoin que tu fasses quelque chose pour les dix guignols que tu as réussi à joindre à notre cause.
- Et qu'est-ce que je dois faire ?
- Transformer certaines tablettes ancestrales représentant des créatures maléfiques en cartes de Duel de Monstres.
- Combien est-ce qu'il t'en faut ?
- Environ une soixantaine, voire plus si toi et Andralon êtes bien avancés. Encore heureux qu'il ait pu diriger cette boîte de production de cartes, ça va grandement accélérer les choses.
- C'est pas faux.
- Ils doivent avoir ces cartes au moins deux jours avant ce Golden Tournament qui aura lieu dans huit jours. Je t'envoie Andralon dans les deux prochaines heures.

Après cela, la lueur bleue qu'avait pris le miroir s'estompe et l'obscurité revient dans la ruine. Le démon Dilvolg s'accroupit face à l'espèce d'autel et ouvre une petite trappe fixée tout en bas. En plus de la poussière qui s'éparpille un peu partout dans la grande salle, Dilvolg saisit ensuite un gros grimoire qu'il pose sur l'autel. Le titre de ce grimoire, écrit en elfique noir, est Incantations maléfiques. Que compte-t-il faire avec ce grimoire et quelle surprise est-ce qu'Eyazon réserve à Elhahr, sur le point de pénétrer dans la sombre forêt d'Okahara ?


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Dim 25 Fév - 17:12
Chapitre 33 - Okahara partie 1 - Visions ...

Spoiler:
Après avoir vu ces éclairs rouges au niveau de la Tour de Zeist, la compagnie menée par Elhahr continue à avancer, tout en conservant cette image inquiétante à l'esprit. Mais cette image va laisser place à la prochaine grosse étape dans leur périple. Toute l'équipe décide de passer la nuit à l'abri des rafales de vent. Le lendemain, le temps est quasiment semblable à celui observable de nuit, c'est-à-dire, un ciel gris-noir. Environ une à deux heures après le fait que tout le monde s'est levé, un des Elfes fait une remarque :

- Ne me dites pas que c'est bien ce que je crois qui se tient devant nous.
- Eh oui … la forêt d'Okahara, dit Elhahr. Okahara l'Obscure. Ne me dites pas que vous commencez à angoisser devant cette épreuve.

Personne n'ose lui répondre. Puis, encore une petite heure de marche, les Elfes arrivent finalement à l'orée de la forêt. Tout le monde s'arrête pour reprendre un peu son souffle avant de pénétrer dans cet endroit malsain. Il est vraiment difficile de ressortir de cette forêt en étant totalement sain d'esprit. Et de toute façon, personne n'en est jamais revenu totalement en excellente santé. Le dernier Elfe qui a tenté l'expérience s'est transpercé de plusieurs coups d'épée. Elhahr n'a jamais osé traverser cette forêt, par crainte de tomber dans la folie. Juste avant qu'il ne décide d'entrer dans la forêt, Senji choisi ce moment précis pour se plaindre de quelque chose. Certains Elfes le regardent en train de se tenir la tête contre un arbre, un vieux pin assez solide. Il commence également à pousser un ou deux gémissements, ce qui suffit pour stopper Elhahr et à le retourner. Le séraphin décide de voir ce qui se passe pour l'Elfe Noir. Ce dernier lui dit alors :

- Cette forêt … elle commence … à me faire mal … au crâne.
- Vous croyez que ça pourra aller ?
- Mon esprit … me fait … très mal.
- Plus que d'habitude ?
- Ma folie n'a pas encore été habituée à l'atmosphère de cette forêt maudite.
- De toute façon, je ne peux pas ordonner de s'envoler pour traverser cette forêt. Donc, que vous ayez un mal de crâne ou non, vous serez obligé de traverser cette satanée forêt.

Pendant que Senji essaye de retrouver ses esprits, Elhahr jette un coup d'œil au reste de son équipe d'explorateurs. Certains d'entre eux, parmi les plus sages, commencent un peu à angoisser devant ce couvert forestier pour le moins inquiétant. D'autres, parmi les plus vaillants des combattants, hésitent encore à faire face à ce qui les attend. De son côté, l'esprit d'Elhahr adopte de multiples facettes concernant l'opinion qu'il a de ses compagnons. Il leur tourne le dos un instant, préférant les laisser reprendre un peu leur souffle avant de faire le moindre mouvement. Quelques minutes plus tard, le Seigneur du Palais d'Endlenda se retourne et lance d'une voix cristalline et claire :

- Garde à vous !

Les dix-neuf autres Elfes, Senji compris, se rangent sur une ligne des plus parfaites. Chacun adopte une démarche un peu comme à l'armée. Les réserves de chacun sont entreposées auprès des arbres, ce qui permet à la ligne adoptée d'être très limpide. Elhahr croise les bras dans son dos. Chacun des dix-neuf Elfes regarde face à lui, le regard étant totalement désintéressé, un peu comme s'ils étaient contrôlés par une autre personne – ce qui n'est évidemment pas le cas dans cette situation. Il veut que tout le monde écoute ce qu'il a à dire, ce n'est pas comme lors de la manipulation de Warren quelques jours plus tôt. Le séraphin commence à faire les cent pas, les bras dans le dos et regarde au sol. Il commence à prononcer quelques mots :

- Vous avez peur, n'est-ce pas ?

Chacun des Elfes continuent à ne rien exprimer mais Elhahr sent qu'il a touché un point sensible dans l'esprit de ses camarades. Il continue ce qui semble être un monologue :

- Vous avez peur ?, répète-t-il.
- …
- Je sais que cette forêt vous terrifie au point d'hésiter à me faire défaut et de rentrer au Palais. La seule chose qui compte pour vous, c'est de préserver votre vie et votre santé mentale. C'est tout ce qui compte à vos yeux ? C'est un peu pathétique de votre part. Je dois avouer que dans cette situation, je suis extrêmement déçu de vous. Certains d'entre vous sont pourtant parmi les Elfes les plus fidèles que je n'ai jamais vu. Certains d'entre vous ont été à mes côtés pendant cette guerre qui a ravagé cette terre sacrée. J'ai été si fier d'avoir pu me battre à vos côtés pendant cette guerre. Cependant, vous devriez avoir honte de vous. Jamais je n'aurais cru avoir autant honte de vous voir avoir peur devant une masse d'arbres, aussi terrifiante soit-elle.
- …
- Je n'attends pas de réponse de votre part, continue Elhahr. La seule chose que je vous demande, c'est d'obéir à la moindre de mes directives. Si je vous ai conviés à participer à cette exploration, c'est qu'il y a une raison, ou plusieurs. La première de ces raisons, c'est que j'ai choisi les meilleurs Elfes qui, selon moi, peuvent survivre à cette expédition dangereuse. Vous êtes les meilleurs Elfes de tout l'Endlenda. J'ai même réussi à faire venir Senji, qui est normalement confiné à perpétuité dans la prison de Lietas. Je pense que si vous êtes tous là, c'est parce que je crois en vos capacités de combat et de réflexion pour lutter contre une éventuelle menace démoniaque. Je vous le dis : Vous êtes les meilleurs Elfes d'Endlenda et je suis fier d'avoir pu vous choisir pour cette expédition.
- …
- Cependant, je suis déçu par votre manque de volonté à l'idée de traverser cette forêt. Cela représente une preuve de lâcheté totale de votre part. Comme on le dirait dans le monde des hommes, vous ressemblez un peu à des enfants ayant peur du croque-mitaine. Je ne pense pas que vous ayez compris cette image mais ce n'est pas grave. Votre lâcheté est méprisable. Rien que pour ça, je pourrais avoir un excès de mauvaise foi et je vous tuerai de sang froid et cette expédition sera un échec des plus humiliants pour tout l'Endlenda. Si vous continuez dans cette voie, je ne saurai me décider à vous exécuter. Cependant, je ne compte pas agir de cette sorte, ce serait indigne d'un Elfe et surtout indigne du Seigneur du Palais d'Endlenda.
- …
- Et d'ailleurs, je me fiche totalement de votre peur. Vous devriez également vous moquer de votre peur. Ce n'est pas quelque chose qu'un Elfe vaillant d'Endlenda doit éprouver. Est-ce que vous vous souvenez de votre apprentissage ? Laissez-moi vous remettre les esprits en place. Première leçon : Un Elfe ne doit pas ressentir la peur, il doit lui faire face et l'affronter de toutes ses forces. La taille de l'ennemi importe peu. La concentration est votre alliée la plus précieuse. Si le combat qui se dresse face à vous est totalement déséquilibré et que vous êtes du côté qui est en défaveur, la fuite est à proscrire. Il vous faut vous battre, vous battre jusqu'au bout, jusqu'à la dernière once d'énergie en vous … et ce, même si vous devez y laisser votre vie. Conserver sa vie est un acte lâche, égoïste et ignoble pour un Elfe. Est-ce que c'est clair ? Vos états d'âme, vous n'avez pas à y penser. Un Elfe ne doit pas être terrifié. Au contraire, il doit avancer, muni de ses armes et de l'espoir, l'espoir de vaincre cette peur. Gardez votre fierté d'être un Elfe du Palais d'Endlenda !
- …
- Si vous voulez un argument plutôt simpliste pour vous convaincre de renoncer à cette peur, laissez-moi vous annoncer que vous entrerez dans la légende. La légende racontera que vous serez les premiers Elfes ayant survécu à la terrible forêt d'Endlenda et qui auront permis de vaincre une bonne fois pour toute le Mal qui sévit sur cette terre. C'est assez banal mais je ne sais pas trop quoi vous dire pour essayer de vous motiver. Alors, je vous le dis, et j'espère pour la dernière fois : Ne laissez pas cet ennemi mortel qu'est la peur vous abattre. Restez forts et continuez à lutter ! Est-ce que c'est clair ?
- Oui, Seigneur ! Parfaitement clair, Seigneur !, répondent les autres Elfes avec une voix unie et forte.
- Alors rompez et préparez-vous à entrer dans cette forêt !
- Oui !

Elhahr se comporte comme un chef d'armée en ce moment. Son discours a réussi à rendre une certaine motivation pour ses compagnons. Elhahr se tait pour contempler un peu les diverses réactions affichées sur les visages de ses Elfes. Senji commence à laisser ses maux de tête de côté et effectue une petite méditation pour se motiver encore plus. Les autres Elfes font un accolade un peu à la manière d'une équipe de basket-ball qui se motive avant d'aller jouer sur le parquet. Elhahr et Senji rejoignent ensuite le cercle formé par les Elfes et font un petit cri de guerre.

Ensuite, tous prennent leur paquetage respectif, et dans un esprit collectif, se décident à entrer dans la forêt d'une façon plutôt étrange. Chacun avance, la main posée sur l'épaule de celui qui le précède et celui qui le suit – excepté Elhahr qui mène la danse et Senji qui ferme la marche. Tous entonnent un chant rituel d'Endlenda. La motivation est à son paroxysme dans l'esprit de cette expédition, comme si les vingts personnes n'en forment plus qu'une seule. Les pas sont synchronisés, à la manière d'une marche militaire : pied gauche, pied droit, pied gauche, pied droit et ainsi de suite. De plus, le fait de marcher de cette façon empêche chaque Elfe de tomber dans une sorte d'isolement mental conduisant à la folie. Puis, une fois que le chant se termine, Elhahr demande quand même à délier cette chaîne elfique pour suivre un sentier en pierre plutôt étroit et sinueux.

En plus d'aller faire des investigations dans la forêt de l'Est, Elhahr demande à ce que deux Elfes fassent un petit inventaire de ce qu'ils pourront voir dans cette forêt. Chacun des deux Elfes nommés sont donc en train de écrire l'intérieur de la forêt d'Okahahra, la forme des arbres, des plantes, les formations géologiques et d'autres choses dans ce genre. Les arbres rencontrés sont en majeure partie des résineux, ce qui témoigne d'un climat assez montagnard. Des pins, des sapins ou encore des ifs parsèment la chemin emprunté par toute l'équipe. De temps en temps, les Elfes croisent un petit bosquet de ronces avec des mûres et autres fruits des bois. Comme des enfants, les Elfes sont tentés de s'en faire un plein ventre mais étant donné qu'ils sont en territoire plutôt hostile, Elhahr leur a déconseillé de manger tout ce qu'ils pourraient trouver comme fruits sauvages. Il y a également beaucoup de rochers dans la forêt, à se demander comment les arbres ont pu pousser avec tous cela. Mais, le sentier que suivent toute la compagnie est en quelque sorte fait de pavés. Ce n'est pas plus mal comme ça. Enfin, un petit ruisseau traverse cette partie de la forêt mais l'eau y est absolument atroce. Ce n'est même pas de l'eau pure et claire mais un mélange d'eau, de boue et de fange, ce qui rend les rafraîchissements plutôt compliqués.

Après une petite heure de marche dans cette forêt, la concentration étant toujours au plus haut point, Senji s'arrête quelques secondes et se retourne. Il jette un coup d'œil un peu partout puis suit le reste de la compagnie, qui s'est arrêtée pour voir ce que peut faire Senji. Elhahr lui demande :

- Que se passe-t-il, Senji ?
- … Rien … j'avais l'impression que quelqu'un nous observait … mais je dois juste rêver.
- Ne vous laissez pas avoir par vos sensations, dit Elhahr. Reprenons la route, nous allons bientôt faire une pause.

Senji continue à marcher sans se douter que derrière lui, dans un bosquet assez gros, deux petites loupiotes rouges s'illuminent et s'éteignent. Quelqu'un était réellement en train d'observer la compagnie d'Elhahr dans la forêt d'Okahara ?

Une dizaine de minutes après ce court intermède, Elhahr fait signe à son équipe qu'ils sont presque arrivés à une petite clairière dégagée du couvert d'arbres. La joie commence à se lire sur les visages des Elfes qui marchent depuis près de quatre heures. Mais, un événement va altérer cette joie. En effet, Senji se met à hurler, ce qui évidemment, fait réagir tous les autres Elfes. Il laisse tomber son paquetage et se tient à nouveau la tête, un peu comme lorsque tout le monde se trouvait à l'orée de la forêt mais cette fois-ci, c'est plus violent. Ses hurlements sont un peu comme ceux qu'on pourrait entendre lorsqu'il loge dans sa cellule de Lietas. C'est à glacer le sang de n'importe quelle personne, y compris la plus vaillante. Ses yeux commencent à prendre une teinte rouge sang. Sa bouche commence à être emplie également du liquide rouge qui coule sur le menton et sur les vêtements.

Il est en train de se tortiller sur le sol, un peu comme quelqu'un qui serait victime d'une puissante crise d'épilepsie et qui fait des convulsions assez dérangeantes. Malgré sa grande puissance, Senji est impuissant dans ce genre de moments, assez rare pour le souligner. Ce n'est même pas une conséquence d'un choc électrique dû au collier soudé à même la peau de l'Elfe Noir. Des larmes commencent même à s'écouler des yeux de Senji, des larmes mêlées à du sang. Mais, ce qu'il dit en hurlant est assez dérangeant pour les Elfes qui assistent à la scène, dans une situation d'impuissance totale, y compris Elhahr :

- Ces voix … Elles sont …
- …
- Elles sont …
- …
- Insupportables …
- …
- Qu'on les arrête ! … Tuez-moi ! Tuez-moi ! Je vous en prie !
- …
- Arrêtez ce … calvaire …
- …
- Je veux … renoncer à … cette vie … Sauvez-moi !!!

Spoiler:
Les dix-neuf autres Elfes ne réagissent pas, restant plantés sur place et les yeux rivés sur le triste spectacle qui est en train de consumer encore un peu plus l'âme de ce pauvre Senji. Même Elhahr ne sait pas quoi faire. Il assiste à la scène, impuissant lui aussi. Ce n'est qu'après dix minutes de convulsions à répétitions – un phénomène qui pourrait tuer un homme durant ce laps de temps, qu'Elhahr se décide enfin à faire quelque chose. Il laisse tomber son paquetage et déclare :

- Vous tous ! J'ai besoin de votre aide pour maîtriser Senji !
- Oui, Seigneur !!
- Laissez vos paquetages à terre et maintenez-moi ce psychopathe de toutes vos forces et sans le blesser. !
- Oui, Seigneur !
- Allons-y !

Sur ce, tout le monde s'exécute. Les paquetages tombent les uns après les autres et les dix-huit autres Elfes se ruent sur Senji pour le maîtriser tel des policiers sur un criminel. Le problème, c'est que Senji semble être au moins cent fois plus fort que chacun des Elfes essayant de le réunir combinés. Les Elfes volent les uns après les autres, projetés par la force phénoménale de cet Elfe Noir. L'un d'entre eux est propulsé la tête la première à travers quatre pins d'un seul coup de pied en plein dans le plexus solaire. Le déchaînement de la violence de Senji est terrifiant. Les autres Elfes sont obligés de se battre à mains nues pour lutter. Les droites des Elfes essayent d'atteindre le visage ou l'abdomen de Senji mais ce dernier les esquive avec une vitesse incroyable. Puis, il les propulse un à un dans un obstacle naturel, les paralysant momentanément. Seul Elhahr ne s'est pas encore jeté dans la bataille pour maîtriser la folie de Senji.

L'Elfe Noir se met à arborer un sourire plutôt démoniaque et ses yeux s'illuminent d'un rouge rubis ou sang. Il décide d'aller frapper Elhahr mais ce dernier reste imperturbable. Les coups pleuvent sur le séraphin mais l'esquive dont il fait preuve face à cette personne est tout aussi phénoménale. Quand on dit qu'Elhahr est sans doute le meilleur Elfe de tout l'Endlenda et qu'il est le seul à maîtriser ce monstre ! Il est également probable que même Kaly ne pourrait rien pour tenter de maintenir Senji dans un état à peu près normal. Elhahr se met ensuite à le frapper de toutes ses forces. Les gauches et les droites fusent à une vitesse cinglante. Senji finit ensuite par être balancé avec une hargne plutôt incroyable en direction de rochers.

Lorsque les volutes de poussière s'estompent, il est possible de voir Senji encastré dans un rocher, un peu à la manière d'une représentation égyptienne. Son visage est couvert d'ecchymoses et de sang. Quelques minutes après avoir été propulsé dans le roc, Senji finit par se décrocher et tombe lourdement par terre, sur le ventre. Elhahr s'approche lentement du corps pour le moment inerte de l'Elfe Noir. Il se penche près de lui, s'agenouille et saisit quelque chose de l'une des poches de l'intérieur de son long manteau. À première vue, cela ressemble à une seringue mais pas tellement comme celles qu'on trouve dans les hôpitaux.

- Désolé Senji, dit Elhahr en lui relevant la tête, mais c'est pour votre bien.

Il empoigne les cheveux de Senji, en laissant à découvert son cou, toujours avec le collier électrique. Avec son autre main, il empoigne la seringue et la plante avec violence au niveau de la carotide de l'Elfe Noir. Ce dernier n'émet aucun bruit, ni cri ni hurlement. Puis Elhahr relâche la tête de Senji qui tombe face contre terre et tête la première. Pendant ce temps, les autres Elfes ont pu se relever avec plus ou moins de difficulté. L'un d'entre eux demande à Elhahr :

- Que lui avez-vous injecté ?
- Un puissant anesthésiant. Il va être calme pendant un moment, répond Elhahr.
- Je vois …
- Passez-moi le vêtement qui est attaché à mon sac, demande le Seigneur du Palais.

Une minute plus tard et Senji est mis en position assise. Elhahr lui enfile à présent une sorte de camisole renforcée avec des lamelles de métal faisant le tour du buste, en plus des sangles. ''Voilà … tu ne feras pas de gestes pour le moment'', pense Elhahr. Cette camisole est assez spéciale. Elle est toute noire, en plus des pièces de métal, contrairement aux camisoles habituelles qui sont blanches. D'après Elhahr, cette camisole a été spécialement conçue pour Senji. Elle ne peut pas être enlevée de force ni se déchirer. La métamorphose est par ailleurs impossible dans ce genre de vêtements.

Puis, Senji est soulevé et est posé sur l'épaule d'Elhahr. Tout le monde reprend ses paquetages personnels. Ceux de Senji et d'Elhahr sont portés par d'autres Elfes, histoire d'alléger un peu les épaules du Seigneur du Palais. La marche peut reprendre en direction de la petite clairière toute proche. Après dix minutes de marche plus ou moins pénible, tout le monde finit par arriver dans la clairière.

- Bon … vous avez tous mérité une bonne pause, dit Elhahr en laissant tomber Senji, toujours endormi.

Tout le monde décide de s'asseoir et de souffler un peu. Certains sortent de quoi manger. Elhahr grignote un morceau puis décide de marcher un petit peu dans la clairière pour voir un peu ce qu'elle renferme. Il marche pour étudier un peu les arbres, exposés à la lumière du jour, ce qui est assez rare dans la forêt d'Okahara. On dit que sur cette forêt, il est impossible de voir le ciel mais à quelques endroits, ce n'est pas le cas. Pour se guider à l'intérieur, sous le massif forestier, les Elfes ont recours à un sort qui projette des boules de lumière avec un rayon d'éclairage assez important – d'environ deux cents mètres –, ce qui fait qu'on y voit presque comme en plein jour. Mais comme dit précédemment, à quelques endroits assez rare, il y a des petites surface où la lumière du jour a été épargnée, ce qui est un réel plus pour tous ceux qui veulent explorer la forêt. C'est un peu comme un checkpoint pour un jeu vidéo. Tout le monde s'arrête ici pour récupérer.

Quant à Elhahr regarde quelques ifs formant la lisière de cette clairière et remarque quelque chose. Il s'agit d'une sorte de trace rouge. Dans un moment de curiosité, il enlève doucement les morceaux de mousse qui rongent l'écorce. L'expression de ses yeux au moment où son regard se porte sur ce qui est présent sur l'écorce est absolument effroyable. ''… Mais … Mais qu'est-ce … que c'est que cette horreur ?, se dit-il. D'où est-ce que cette abomination est présente sur ces arbres ?''. Il enlève encore un peu plus la mousse et découvre ce qu'il craint : trois caractères rouge sang peints à même l'écorce de l'arbre. Étant en elfique ancien et même dans la ''langue interdite'', celle qui était utilisée par les serviteurs du Mal, Elhahr n'ose pas se redonner la signification des trois caractères. Il ferme les yeux et une sorte d'éclair lui traverse l'esprit.

Cet éclair se matérialise spirituellement par des réminiscences. Quel genre de réminiscence ? Il revoit une terre dévastée, des arbres déracinés par milliers, des objets métalliques jonchant le sol, des crevasses plus ou moins larges avec quelques hautes flammes et bien d'autres horreurs de ce genre. ''Ce conflit aura été la plus grosse source de mes cauchemars …, pense-t-il. Jamais je n'aurais été témoin d'une aussi grosse barbarie.''. Ses visions s'amplifient de plus en plus :

- Soldats ! Avec moi !, hurle un Elfe portant une épaisse cuirasse d'acier doré.

Elhahr semble plongé dans ses souvenirs les plus honteux. C'est le genre de souvenirs qu'on veut vraiment oublier, un peu comme une vieille bobine de film minable ou sujet à controverses qu'on enferme dans un coffre ou une valise. On scelle cette valise dans une dalle de béton qu'on balance de façon négligée au fond d'un trou assez profond. Cette bobine de film finit par être oubliée de tous … sauf de la personne qui l'a constituée, car l'horreur qu'il a crée lui restera et lui pourrira l'esprit à vie ou jusqu'à ce qu'il ait totalement perdu la mémoire. Cette phrase, ''Je regrette de ne pas être devenu amnésique après cette horreur'', lui était venue à l'esprit au moment où la guerre s'est terminée et où il a posé son regard sur la terre morte d'Endlenda à la suite du combat.

Dans ce souvenir, la personne qui portait la cuirasse dorée, c'était lui. Il se reconnaîtrait entre mille. Il se rappelle parfaitement avoir mené un groupe de soldats d'élite pour aller affronter les responsables du carnage qui détruisait petit à petit leur pays. La centaine de soldats d'élite, menée par l'actuel Seigneur du Palais d'Endlenda ont pris leur envol pour se diriger vers le repaire des généraux ennemis, au-delà d'une forêt, celle-là même qu'ils traversent aujourd'hui. Elhahr se souvient avoir vu des espèces de créatures démoniaques dans la forêt peindre leur signe sur les arbres, comme pour marquer leur territoire. Il se focalise à nouveau sur son objectif : traverser la forêt par les airs. Un rideau d'ombres les attend avant de les laisser affronter leurs ennemis. Mais une chose n'était pas prévue : les soldats qui jouaient les Botticelli sur les arbres se sont mis à déployer des ailes et s'envolent à la poursuite de la troupe menée par Elhahr. Une bataille aérienne est donc sur le point de commencer. L'objectif des ennemis est de ralentir la force d'élite d'Elhahr et de l'affaiblir au plus avant de la laisser rejoindre le Commandant Suprême des Forces Obscures. Certains Elfes se sont fait abattre dans le dos. Elhahr jette un coup d'œil et assiste impuissant à la chute de certains Elfes, les ailes brûlées et hurlant de douleur. Ils s'écrasent dans la forêt, et des troupes au sol ennemies patrouillent dans la forêt, pour achever les mourants.

D'autres Elfes se sont engagés dans des courses-poursuites, un peu à la manière d'une mission aérienne pendant la Première Guerre mondiale sur le Front et les tranchées. Là, les tranchées n'existent pas. La seule chose visible à des mille à la ronde, c'est la forêt, de quoi faire écœurer un écologiste en voulant raser les arbres. Elhahr lutte à son tour contre quelques créatures ailées ennemies qui se font aisément pulvériser. Il tente d'aider ses compagnons, pourchassés par des centaines de petites choses, un sorte de croisement entre des chauve-souris et des humanoïdes démoniaques qui possèdent des griffes un peu comme celles de Wolverine. Elhahr réussit à neutraliser deux cents ennemis, ce qui aide donc ses compagnons mais il ne peut que regarder d'autres soldats prisonniers d'une nuée de ces créatures, plantant leurs dents et leurs griffes acérées dans les armures pour les ouvrir. Puis, la cible suivante est la chair corporelle. Petit à petit, les victimes deviennent des passoires et leur sang est comme aspiré par certaines de ces créatures. Les Elfes victimes meurent évidemment sur le coup et chutent lourdement, un peu comme des météorites qui tomberaient du ciel.

Après avoir vu une vingtaine de ses soldats ''attirés'' par la forêt, Elhahr commence à avoir une pulsion sanguinaire rare chez lui. Il s'arrête d'avancer pour faire face à la masse de monstres qui se regroupe. Il ordonne à ses soldats de le couvrir en cas d'attaque sournoise. Ensuite, il déploie ses trois paire d'ailes – ainsi en est-il pour tous les séraphins –, et se met à foncer vers ces horreurs qui ont attaqué ses troupes. Il dégaine son épée flamberge et charge le mur ennemi. Pour éviter les attaques adverses, il fait preuve d'une maîtrise des airs exceptionnelle. Un coup assez incroyable qu'il a réalisé fait sourire ses compagnons qui le soutiennent en cas de pépin. En gros, il a fait détacher vingt de ces créatures infernales du mur en les provoquant. Puis ils effectuent une petite course-poursuite en piqué vers les arbres. Puis, à quatre mètres de la cime des arbres, Elhahr s'arrête soudainement et dégaine une autre épée puis tourne sur lui-même, une épée dans chaque main et déchiquette les horreurs qui l'ont suivi et qui ont été surprises par l'arrêt de la course d'Elhahr.

Chose étonnante et surprenante quand on n'est pas habitué à voir ça : Elhahr ordonne par télépathie – les Elfes très expérimentés maîtrisent ce pouvoir – aux soldats qui sont placés dans une clairière, de décocher des salves de flèches sur ce mur de créatures. Ils sont quand même postés à 115 mètres en dessous du mur et 800 mètres séparent le point de départ et la cible. Les Elfes dans les airs reculent et font un signe aux archers qui décochent une bonne centaine de flèches. Comme c'est par surprise, les ennemis sont dans un état de pagaille et de confusion totale. Le ''bataillon'' commandé par Elhahr continue à avancer tandis que les archers s'occupent de dégommer le reste des créatures, qui peuvent toujours attaquer en traître.

Ils avancent en direction de ce mur d'ombre à toute vitesse. Trente kilomètres les séparent … vingt … dix … cinq … deux … puis ils s'arrêtent environ cinq cents mètres devant ce rideau d'ombre qui s'ouvre pour laisser place à une seule personne. Une personne d'une carrure imposante, devant bien peser 150 kilos et mesurer pas loin de deux mètres. Trois mèches de cheveux particulières se distinguent sur le sommet de son crâne, pourtant recouvert d'un casque avec ce qui semble être une sorte de crâne de bouc. Il prononce quelque chose dans une langue affreuse à l'oreille et une créature démoniaque fait son apparition. D'envergure, avec les ailes déployées, elle fait trois mètres. Elle est d'une couleur verte dont le teint pourrait être comparé avec celui d'un homme qui aurait abusé des montagnes russes après avoir ingurgité quatre triple-cheeseburgers avec des frites grasses. Il semble que ce soit cette juste teinte de vert. Cette créature démoniaque pousse un rugissement dont l'ampleur vocale est telle qu'une cinquantaine de pins sont directement arrachés du sol, racines comprises.

D'un geste de la main de cette créature, les pins arrachés se soulèvent comme par magie, ou par télékinésie, et sont directement balancés sur les Elfes. La vitesse des arbres jetés est semblable à celle d'un boulet de canon tiré par un canonnier anglais sur un trois-mâts contre un bateau pirate. Certains, dont Elhahr, arrivent à esquiver ces arbres, soit en volant, soit de façon brute en tranchant les troncs. Mais d'autres n'ont pas cette chance et certaines branches parviennent à briser l'ossature qui compose les ailes des Elfes. Un peu à la manière des avions touchés pendant une guerre, les Elfes percutés tombent en vrille pour finir par être empalés sur des sommets d'arbres. La vision d'Elhahr se termine sur cette image de cette créature démoniaque qui fonce vers lui, prête à en découdre.

Spoiler:
Elhahr ouvre soudainement les yeux, un peu comme s'il venait de faire un cauchemar. Il regarde autour de lui et se rend compte qu'il se trouve dans une petite clairière, avec dix-huit Elfes en train de manger et de se détendre quelques minutes, et Senji qui est toujours inconscient, bien et confortablement attaché dans sa camisole. Elhahr décide de s'asseoir quelques minutes en compagnie de certains de ses soldats, histoire de changer d'air. Une heure plus tard, après quelques parties de cartes destinées à détendre les différents Elfes, tous décident donc de repartir vers l'Est, destination finale de leur périple. Senji est porté sur les épaules d'Elhahr, qui, en plus, porte également son paquetage. Il doit porter la carcasse inconsciente de Senji qui pèse 90 kilos, ainsi que les 40 kilos de paquetage, pour une masse totale de 130 kilos sur le dos. Ça peut sembler assez lourd à première vue mais … pour Elhahr, ce n'est rien. Il a déjà réussi à passer trois journées de marche entières en portant cinq Elfes blessés lors d'une manœuvre d'entraînement qui a mal tourné – tempête et éclairs qui ont foudroyé ces soldats mais sans danger vital. Et cette fois là, la charge soulevée excédait facilement les 350 kilos. Mais les autres Elfes qui supervisaient cette manœuvre ont délesté Elhahr de la charge de porter tout l'équipement militaire.

Les autres Elfes sont vraiment admiratifs devant le caractère solide d'Elhahr qui n'a pas tellement de difficultés à avancer. À vrai dire, tout le monde dans l'Endlenda s'accorde pour dire qu'Elhahr est vraiment un Elfe exceptionnel. Il a beau avoisiner les trois mille ans d'âge, dans le monde des hommes, il a l'apparence d'un homme d'à peine vingt-cinq ans extrêmement séduisant, intelligent, sportif et conscient de ce qu'il fait. Il fait régulièrement des petites visites dans le monde des hommes. Ce qu'il aime quand il se rend dans ce monde, c'est l'architecture grecque pour les monuments et française dans les styles gothiques, classiques, baroque et néo-classique. La France est l'un des pays qu'il adore. Ça lui est arrivé de faire un tableau des Champs-Élysées, de l'obélisque de la Concorde ou de la Tour Eiffel. Il écrit souvent ce qu'il visite dans des récits de voyages et les lit souvent à des jeunes novices. Il a raconté qu'il s'était promené sur les Plages du Débarquement en Normandie et l'air maritime lui a semblé tellement particulier qu'il a même eu l'idée d'acheter une maison en bord mer. Il a également eu l'idée de venir dans ce monde avec d'autres Elfes à Cannes.

Il affectionne également le Japon, où il reste une fois par mois, surtout dans les environs d'Akinokuwa. Il a à peu près fait le tour du monde et il garde plein de photos – il ne sait se servir que d'un Polaroid – de ses voyages dans les plus grandes et les plus célèbres villes européennes : Venise – accompagné de Kaly toute petite sur une gondole –, Rome, Florence, Berlin, Munich, Londres, Moscou, Madrid, Séville, Athènes, Bruxelles – il adore les bandes dessinées –, etc …

Ses voyages l'ont également mené en Amérique où il a dû faire le tour du pays en visitant le Mont Rushmore, Yellowstone, la Vallée de la Mort, le Golden Gate, les Chutes du Niagara, le Lincoln Memorial, le Grand Canyon – qu'il a survolé –, etc. Il s'est rendu dans les temples Incas, Mayas et Aztèques de l'Amérique Latine, en faisant un petit crochet d'une année au Machu Picchu. En Afrique, il a escaladé le Kilimandjaro, traversé le Serengeti à cheval, exploré le Sahara, s'est rendu dans la Vallée des Rois à Louxor, admiré les Pyramides d'Égypte, remonté le Nil et le Congo, … Il s'est promené dans Babylone du temps d'Alexandre le Grand. Il a pu jouer du didgeridoo avec des Aborigènes au pied d'Ayers Rock – il a d'ailleurs un de ces instruments au Palais –. Il a gravi l'Everest et le K2. Il a pu admirer le Taj Mahal juste après sa construction. Il s'est promené dans les magnifiques Temples d'Angkor et s'est émerveillé devant les paysages offerts par la Thaïlande et le Viêt-Nam – aux environs de 1700, bien avant que le naphténate-palmitate ne transforme ces endroits en un bûcher–.

Et sinon, ses voyages l'ont évidemment conduit vers la Chine, la Corée et le Japon. En Chine, il s'est entraîné en courant tout le long de la Grande Muraille. Il a visité la Cité Interdite, et plusieurs palais impériaux détruits depuis. Au Japon, il s'est amusé à escalader le Mont Fuji le plus de fois possible sur une année – dix fois au total –, et a acheté une maison sur les îles d'Okinawa et sur Hokkaido, où il se rend quand il a besoin de méditer. Elhahr est un véritable globe-trotter quand il vient dans le monde des hommes. Pour lui, ce monde est ''presque comme un Paradis … dommage que les hommes n'en prennent pas conscience et préfèrent se faire la guerre.''. Des fois, ça lui arrive d'inviter d'autres Elfes avec lui, soit pour s'entraîner en haute montagne à 4000 mètres d'altitude ou bien par 40 degrés, ou bien pour profiter du paysage. Depuis qu'il a appris l'existence de ce monde et comment y accéder, c'est pour lui un bonheur.

Il a un autre pêché mignon dans le monde des hommes, en plus des paysages et des armes blanches fabriquées : la gent féminine. Il ne renie pas la beauté des Elfes mais il trouve que les femmes dans le monde parallèle à l'Endlenda sont vraiment exceptionnelles. Quand il en croise, il évite bien évidemment de révéler sa vraie nature et son âge canonique en manipulant leur esprit. C'est un peu mesquin mais faire autrement serait plus mal vu. Il n'est évidemment pas comme ça en Endlenda mais bon. Il adore passer quelques temps dans l'autre monde aux côtés d'une femme qui peut lui apprendre toujours plein de choses sur ce monde qu'il visite régulièrement. Des fois, ça lui est arrivé qu'une femme ait ressenti quelques sentiments amoureux envers lui, sentiment non réciproque. Il en garde des correspondances épistolaires qu'il aime relire quand un sentiment de nostalgie le prend. Il ne faut pas considérer Elhahr comme quelqu'un qui mène une vie d'ascèse et extrêmement rigoriste. Les Elfes ont beau avoir un mode de vie compliqué, ils n'en ont pas moins une liberté assez grande. Cependant, le Seigneur du Palais n'a jamais commis ce que certains appellent le ''pêché de chair''. Il y a une seule personne qui a réussi à capter suffisamment ses sentiments pour que les conversations épistolaires ne traitent uniquement de banalités. Et cette personne a été demandée en mariage par Elhahr.

Au Palais d'Endlenda, Kaly se trouve dans sa chambre, en train de pratiquer la voyance avec sa boule de cristal. Elle essaye de voir où se trouve la troupe d'Elhahr et si tout se passe bien pour eux. Les premières images qu'elle voit émerger de cette boule de cristal semblent la rassurer étant donné qu'elle les a vus marcher, s'entraîner, et surtout au niveau de la tour de Zhàn Ji. Puis … les visions qui lui parviennent à l'esprit semblent se brouiller peu à peu. Elle arrive toujours à les distinguer en train d'avancer en direction de la forêt d'Okahara. Puis, le ''contact visuel'' avec les images de la boule de cristal s'arrêtent et laisse place à une sorte de brume violette et à des symboles enflammés qui sont ceux des Forces Obscures.

Prise de panique, Kaly essaye à nouveau de voir om peuvent bien se trouver les soldats menés par le Seigneur du Palais. Tout ce qu'elle voit, c'est un couvert forestier extrêmement menaçant. Puis, les arbres s'agitent de plus en plus violemment, comme s'ils se mettent soudainement à danser. Finalement, Elhahr finit par apparaître dans la boule de cristal, le visage protégé par ses bras. Les autres soldats qui apparaissent, y compris Senji, sont dans la même position de défense. Une dernière image effrayante vient perturber la toute nouvelle Dame du Palais – très peu de femmes Elfes ont cet honneur mais il ne s'agit pas de la femme du Seigneur du Palais mais un titre honorifique et permettant d'accéder au Conseil des Sages – il s'agit d'une paire d'yeux rouges sang dans une nappe de brume obscure.

Kaly arrête immédiatement de regarder dans sa boule de cristal et en tombe même de sa chaise. Le sens de ces visions ne tarde pas à lui venir à l'esprit. Elle décide de se réfugier dans son lit, un peu comme un enfant qui aurait peur du croque-mitaine et qui, du coup, se réfugie sous sa couverture, alors qu'il n'y a aucune raison d'avoir peur de lui. La première chose qu'elle fait, c'est de fermer les yeux et de prononcer le premier nom qui lui vient immédiatement en tête : ''Dan Lotyuwi''. Lorsqu'elle ouvre les yeux, elle se trouve à présent dans la chambre du jeune Duelliste, aux alentours de deux heures du matin. Dan est alors dans son lit, l'air épuisé. Kaly vient alors lui faire part de ce qu'elle a vu.

- Dan ?
- Hmm ? Qu'est-ce … qu'il y a ?
- Oh … je te dérangeais ?
- Ben, j'essayais de dormir après que Suigin Tou est venue me dire ce qu'elle a vu aujourd'hui. Mais je t'en prie … dis-moi ce qui te tracasse.
- Je viens d'avoir des visions dans ma boule de cristal.
- Je ne savais pas que tu pratiquais la voyance.
- C'est pour avoir des nouvelles de l'expédition d'Elhahr.
- Et alors ?
- Il s'apprête à tomber dans un piège.
- Il devrait pouvoir s'en sortir.
- J'ai bien peur que ce ne soit pas le cas cette fois-ci.
- Tu es défaitiste et pessimiste, Kaly, répond Dan en se redressant dans son lit, laissant ainsi apparaître le torse musclé du jeune homme – qui, étrangement, ne laisse pas Kaly si indifférent que ça.
- Mais … Mais je … ne te permets pas. Je suis extrêmement inquiète de ce qui peut se passer pour la suite de son voyage.
- Il se trouve où ?
- Dans la forêt d'Okahara.
- C'est-à-dire ?

L'air affiché par Kaly est plus sérieux. Une once de tristesse semble même se dégager de ses mots. Quant à Dan, il n'a pas l'air d'être si conscient de ce qui est en train de se dérouler dans l'ombre du tournoi. Cependant, l'air à moitié fatigué que le jeune homme affiche agit comme ''circonstance atténuante''.

- Dans un endroit qui a été un champ de bataille terrible pendant la guerre. Il est d'ailleurs réputé comme étant hanté par les esprits de ceux qui y ont péri.
- Formidable …, dit Dan, ironique. Mais qu'est-ce qu'on peut y faire ? Lui et toi nous ont interdit de le rejoindre et on doit gagner ce tournoi pour sauver notre monde.
- Justement, vous gardez cet objectif en tête.
- Mais pourquoi tu viens me parler de tout ça alors ?
- J'ai peur que ces Forces Obscures finissent finalement par vaincre Elhahr et donc ravager nos deux mondes.
- Je sens que je vais passer une bonne nuit avec cette idée de fin du monde, dit Dan.
- Je sens que ça te dérange donc je vais te laisser dormir.
- Faisons comme ça, répond Dan. Mais toi aussi tu dois dormir, Kaly. Je sais que tu es responsable du Palais en l'absence d'Elhahr. Ne te permets pas trop d'écarts ou ça pourrait être néfaste pour ta santé.
- D … D'accord … bo … bonne nuit, Dan, répond Kaly, toute penaude devant le caractère de Dan, qui n'avait pas tellement envie d'être dérangé pendant son sommeil.
- Ne prends pas ça comme une preuve de méchanceté, explique Dan. Je sais que tu t'inquiète mais justement, évite de t'imposer une pression plus importante. Je compte sur toi pour m'aider pour mes Duels. Tu ne dois pas te sentir responsable de l'échec d'Elhahr si jamais cela devait arriver. Tu es quelqu'un d'exceptionnel et je n'aimerais pas te voir tomber d'épuisement et ne pas t'en relever. Carpe Diem.

Kaly ne répond pas, se contenant de fermer les yeux et de sourire à Dan. Elle les ouvre à nouveau et se retrouve cette fois sur son lit. Écoutant les conseils de son Duelliste élu, la jeune Elfe décide donc de se coucher et s'endort une fois les yeux fermés. Elle décide de laisser ses visions pour le moins terrifiante de côté et de se focaliser sur la journée suivante. Après tout, ne dit-on pas ''Mets à profit le jour présent'' ? Kaly décide donc de privilégier une bonne nuit de repos avant d'aller s'occuper de l'entraînement des novices Elfes et de laisser à Elhahr le soin d'éradiquer ce mal.


Dernière édition par Bloody Maiden le Mar 6 Mar - 23:19, édité 1 fois


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Dim 25 Fév - 17:30
Chapitre 34 - Okahara partie 2 - Tempête ...

Spoiler:
Tout le groupe se remet donc à avancer dans la forêt. La pause est passée depuis près de deux heures. Les Elfes sont toujours en train d'avancer, tenant une corde. En gros, Elhahr est devant, avec Senji sur ses épaules, et une corde est nouée au niveau de l'abdomen. Cette corde doit faire près de cinquante mètres, si ce n'est plus. Et cette corde fait le tour de chaque Elfe jusqu'au dernier. Le but de cette manœuvre a deux intérêts : l'un symbolique et l'autre plus tactique. Pour la tactique, ça évite la perte d'un Elfe seul. Bon, pour abattre cet idée, on peut dire qu'au lieu de ne perdre qu'un Elfe, on va perdre les vingts à la fois. Il y a une certaine logique à cela. Pour l'aspect symbolique, ça fait écho au discours de motivation d'Elhahr à l'encontre des ses soldats avant de pénétrer dans la forêt. Senji est également attaché à cette corde, en plus d'être vêtu d'une camisole. Elhahr décide de prendre touts ses précautions pour éviter un potentiel coup de Trafalgar de la part de Senji. Mais cette petite scène ne dure que quelques minutes, les soldats estimant qu'ils sont assez motivés pour continuer à marcher.

Puis, après une ou deux heures de marche – la temporalité dans la forêt est légèrement perturbée puisqu'elle n'est que rarement baignée de la lumière du soleil, les yeux de Senji se mettent à s'ouvrir. Les soldats derrière le Seigneur du Palais s'arrêtent soudainement de marcher en voyant ce qui se passe. Elhahr continue de marcher, comme si de rien n'était. Puis, se rendant compte que quelque chose cloche, le Seigneur du Palais s'arrête. C'est le moment que Senji choisit pour agir comme un enfant :

- Qu'est-ce que je fous ici ? C'est le chemin pour Lietas ?
- Arrêtez de plaisanter, dit Elhahr. Ça fait près de quatre heures que vous êtes inconscient.
- Quatre heures ? Et que s'est-il passé ?
- Vous avez fini par être encastré dans un rocher après avoir tapé sur le reste du groupe.
- Et … pourquoi je porte cette … chose ?
- On appelle ça une camisole de force. C'est un vêtement que j'ai ramené d'un de mes voyages dans le monde des hommes.
- Et ça sert à quoi ?
- À empêcher les fous de se débattre.
- Et vous allez me l'enlever immédiatement !, ordonne Senji.

Pendant le petit échange, Elhahr n'a pas jeté un seul regard à l'Elfe Noir sur ses épaules, se contentant de regarder au loin et la série de troncs d'arbres, de broussailles, de ronces et de rochers qui composent le paysage. Mais lorsque Senji a lancé son injonction à Elhahr, ce dernier a à peine bougé sa tête sur sa gauche, du côté où se trouve le fou aliéné. Son crâne a pivoté de moins de dix degrés, suffisant pour que l'œil gauche du séraphin soit en contact visuel direct avec la tête de Senji. De plus, les yeux du séraphin ont changé de couleur, passant du bleu pâle au rouge sang. C'est le regard qu'il arbore quand on lui fait un affront ou bien quand il veut dissuader quelqu'un sans débattre. De façon générale, Elhahr n'a presque jamais recours à la violence. Mais il n'y a que de très rares cas où il a été contrait d'élever son autorité par la force physique. La fois la plus mémorable, c'est lorsqu'un des Elfes du Conseil des Sages avait décidé de faire un espèce de coup d'État en éliminant tout le monde. Elhahr avait d'abord tenté de le raisonner, sans effet. Il a ensuite eu recours à ce regard menaçant, sans effet. Il a donc agi de façon un peu trop autocrate en procédant à un jugement immédiat et exécution de la sentence. … En deux mots : ce rebelle a subi le courroux de l'épée flamberge du Seigneur du Palais d'Endlenda, celle-ci lui ayant transpercé la cuisse, puis lorsque la victime s'est retournée, Elhahr lui a ouvert le dos avec un coup d'épée si sonore qu'on aurait pu l'entendre jusqu'au fin fond du monde. Ce jugement a été assez direct mais personne ne le conteste puisque deux Elfes avaient péri de la main de ce rebelle. Et selon certaines personnes, cet Elfe rebelle serait en fait le fruit d'une union hybride entre une créature démoniaque et une femme Elfe. Mais il ne s'agit que d'une légende bâtie sur des histoires à dormir debout.

Enfin bref, pour revenir au regard lancé par Elhahr sur Senji, ce dernier écarquille les yeux, sans doute pétrifié devant la potentielle conséquence qui pourrait lui arriver.

- Je n'ai pas entendu ce que vous avez osé me dire, lance Elhahr, les yeux toujours d'une couleur sanguine.
- Je … Je vous ai dit d'enlever cette camisole.

Elhahr lâche Senji, qui tombe lourdement sur le sol, à se demander s'il n'est pas tombé sur une pierre étant donné le bruit que sa tête a produit lorsqu'elle a heurté le sol. La suite est assez violente puisque le séraphin provoque une décharge sur le collier de l'Elfe Noir. Le choc a dû être poussé sur une puissance assez forte, de l'ordre de 100000 volts étant donné les espèces de convulsions de la pauvre victime. Aucun hurlement ne se fait entendre. Peut-être qu'il commence à s'habituer à ces décharges.

La petite séance de torture dure environ vingt secondes. Puis, tout redevient silencieux. Elhahr se baisse pour vérifier si Senji est toujours en vie. Après une telle décharge on ne sait jamais. Heureusement pour le séraphin, Senji retrouve ses esprits et réussit à se tenir debout.

- Je suis obligé de garder cette chose sur moi ?, demande-t-il tandis que tout le monde reprend la marche.
- Si tu veux éviter une autre décharge, je te conseille de la garder.

Senji soupire pour manifester son mécontentement. Mais il accepte finalement de rester bloqué dans ce vêtement. Ensuite, toute la compagnie d'Elfes continuent à marcher, et ce, pendant une petite-demi heure et un croisement vers deux chemins qui semblent mener à des voies totalement différentes. Elhahr envoie en reconnaissance cinq Elfes, attachés à la fameuse corde. Ceux-ci annoncent qu'à environ un kilomètre, la voie mène à un ravin. Le choix se porte donc sur la voie de droite, plus sûre. Quelques minutes après que les éclaireurs ont rejoint le groupe, un autre phénomène dangereux survient avec cette personne.

En effet, Senji commence à être pris de maux de tête. Personne ne semble le remarquer, y compris le séraphin qui est en train d'écrire quelques notes dans son carnet qui lui sert de rapport d'expédition. Le silence qui règne dans la forêt est déchiré par un hurlement à glacer le sang, encore pire que celui d'une personne ayant découvert une scène de crime particulièrement effroyable. Évidemment, tout le monde tourne la tête en direction de l'Elfe Noir, à terre, en train d'hurler et de se tenir la tête, un peu comme la dernière fois au niveau de la clairière. Encore comme la dernière fois, Elhahr ordonne à ses soldats de neutraliser Senji, lui-même pouvant essayer avec son collier mais il a plus peur des répercussions sur la folie.

Dix-huit contre un, ça paraît déséquilibré mais quand le un en question est un Elfe extrêmement puissant et dangereux, le un compte pour dix-huit multiplié par un multiple de dix. Il repousse les tentatives de plaquage des Elfes, toujours vêtu de sa camisole. Elle semble tenir le choc. Cependant, ce qu'Elhahr pouvait craindre finit par arriver : en se concentrant sur sa rage, Senji réussit à déchirer la camisole. Les morceaux de tissu et de cuir volent dans un rayon de cinq mètres. Dans ce même rayon, on a au moins dix Elfes inconscients sous les coups de pied de Senji.

L'expression de son visage est tout au plus sinistre. Il a toujours les traits noirs sur son visage, identiques à ceux qu'Elhahr a pu voir lorsqu'il était entré dans sa cellule à Lietas. Le sourire de cette personne est entaché de sang, venant de sa bouche même, d'une blessure provoquée par un coup de talon en plein dans la mâchoire. Senji retrouve une nature presque sauvage, pas loin de la pulsion meurtrière, l'amenant par conséquent à dévorer ceux qu'il a achevé. Mais ici, il se contente plus de mettre ses adversaires knock-out plutôt que de leur ôter la vie. Les coups s'enchaînent et la suite est la même : tous au tapis sauf Elhahr. Ce dernier laisse alors tomber ses affaires par terre et enlève son espèce de grand manteau. Il dégaine ensuite son épée flamberge et se prépare à transpercer Senji. Le pied du séraphin bouge d'un centimètre et demi et le coup part tout seul. La cible du tranchant de l'épée est l'épaule gauche de Senji.

Certains Elfes réussissent à entrevoir le coup porté par le Seigneur du Palais. Est-ce qu'il a fait mouche ? Un bruit métallique se fait entendre. Elhahr recule de trois pas après avoir délivré un coup quasiment chirurgical et constate que son adversaire l'a paré. Lui aussi se tient avec une épée en main. Mais cette épée est différente de celles qu'on peut voir dans l'armurerie du Palais. Elle semble assez lourde étant donné que Senji la tient à deux mains. Le manche paraît normal mais c'est la lame qui est particulière. La lame ou … les lames ? En effet, cette épée possède trois lames. En la mettant sur le côté, on pourrait penser à une tronçonneuse sans chaîne. La lame principale est au centre, tout ce qu'il y a de plus normale. Mais il y a deux lames secondaires dont la base est adjacente à la principale. Elles forment presque un caducée sur la lame principale sauf qu'au final, elles ont chacun leur pointe, sur le même axe que la pointe de la lame principale. Sur les courbures des lames secondaires, on a une sorte de pointe très aiguisée. Les lames sont d'un noir éclatant, si bien qu'elles reflètent à la perfection les visages des Elfes présents.

- Alors vous avez retrouvé ce jouet ?, lance Elhahr.
- Je ne l'ai jamais quittée, dit Senji. Elle était en sûreté dans une des remises du Palais. La lame n'est pas émoussée après toutes ces années et son tranchant est tellement pur qu'un diamant serait fendu en un seul coup.
- Je ne sais pas comment vous faites pour maîtriser cette épée … je ne sais même pas quel nom vous lui avez donné.
- Morglay … Et je vous rappelle que c'est moi qui l'ai forgée. Oserez-vous me désarmer ou me laisserez-vous vous transpercer ?
- Vous connaissez la réponse mieux que moi, Senji. Si pour vous ramener à la raison, je dois vous battre, croyez bien que je le ferai. En garde !

Chacun se lance à l'assaut de l'autre. Les épées résonnent dans le calme de la forêt, mettant fin au règne du silence. La maîtrise des armes est extraordinaire de la part des deux Elfes qui se battent dans un Duel à l'épée, chose qui se rapproche des tournois à l'épée dans les différentes monarchies au Moyen-Âge. La première salve de coups semble être adressée par l'Elfe Noir, qui oblige donc le Seigneur du Palais à défendre. Mais, les coups donnés sont un peu inutiles et gaspillent l'énergie de Senji. En effet, il attaque de face avec son épée, qui, en plus, est deux fois plus lourde qu'une épée de base – même si celle d'Elhahr est très lourde également.

Senji attaque de front, Elhahr se défend mais ce dernier recule un peu, afin de se donner un certain appui pour sa riposte. Celle-ci ne se fait d'ailleurs pas attendre. Au quinzième coup inutile de Senji, Elhahr se place dans une phase de contre-attaque. Et là, un juge d'un quelconque concours de danse serait subjugué par les mouvements de corps d'Elhahr. Malgré son grand âge, il se bat comme un jeune homme en pleine possession de ses moyens. Il frappe une fois, paré par son adversaire, puis esquive un coup en pivotant sur lui-même et en tentant de redonner un coup par derrière, qui est également esquivé sur un mouvement de défense de Senji. Ils donnent à voir à leur ''public'' une sorte de sarabande, étant donné la restriction spatiale du combat. Comment Senji réussit à parer les coups qu'Elhahr lui assène avec un temps de réaction aussi rapide et une marge d'action aussi restreinte ? Elhahr attaque comme ça au moins dix à douze fois avant de réussir à déstabiliser Senji. Il perd son appui sur sa jambe droite et se met ensuite à reculer. Elhahr saute sur l'occasion et commence à attaquer Senji. Il frappe un coup vers le bas puis d'un mouvement de poignet, la lame flamberge part de la droite vers la gauche. Senji pare chaque coup qui semble lui être administré de façon chirurgicale. Il recule jusqu'à ce que le talon de son pied droit se heurte à un frêne. Il jette un coup d'œil à la base du tronc d'arbre puis à Elhahr qui décide de porter un coup particulier. Il tient sa flamberge des deux mains, le bras droit quasiment replié. La poignée de la main est à douze centimètres de l'épaule d'Elhahr. C'est comme s'il a l'intention de transpercer une partie du corps de son adversaire.

Le coup part à une vitesse effrénée mais Senji, par un miracle inexplicable, arrive à esquiver le coup, donné presque à bout portant. La pointe de l'épée et au moins sept centimètres de la lame se plantent dans le tronc, en éclatant une partie de l'écorce noirâtre de ce frêne. Des copeaux d'écorce percutent la joue de Senji, causant une légère éraflure sur la peau. Mais, ce qui est étonnant, c'est qu'Elhahr se tenait à trois mètres de Senji et étant donné la longueur de la lame, il lui aurait été plus qu'aisé de toucher son adversaire, et que Senji a totalement esquivé la lame. Elhahr recule un peu, laissant respirer son adversaire et achevant sa passe d'attaque. Les Duels à l'épée en Endlenda sont par période d'attaque-défense, c'est-à-dire que celui qui lance le défi attaque d'abord, puis il doit obligatoirement passer sur une passe de défense – la passe étant une phase du combat dans l'entraînement militaire des Elfes en Endlenda.

Quant à Senji, il se redresse un peu, regarde Elhahr et se met à sourire d'une manière presque diabolique. Il plante Morglay dans le sol et sort un petit couteau avec lequel il a l'habitude de couper des morceaux de fruits quand il en trouve dans ses repas – en plus des cadavres qu'il mange par plaisir. Avec ce couteau, un objet crée d'une façon des plus basiques, il se crée deux taillades aux coins des lèvres. Le sang qui en sort n'est pas si abondant mais est suffisant pour emplir sa bouche de ce liquide qu'il juge fascinant. Deux petites lignes traversent la peau au niveau du menton. Il essuie ensuite d'une façon assez négligée ce qui laisse de grosses traces de sang frais sur les joues. Il en sourit davantage et regarde l'air assez stupéfait d'Elhahr. En effet, ce dernier est totalement surpris par la petite folie de son adversaire. Senji reprend son épée en main, fixe Elhahr et amplifie son sourire démoniaque. Le sang qui sort des coupures remplit sa bouche et deux minces filets dégoulinent par terre.

Les autres Elfes sont assez écœurés par cette mini séance de sadisme sanguinaire. Elhahr paraît également impressionné par le manque d'intérêt de Senji sur son propre corps et son auto-mutilation. En contexte de guerre, la personne qui procéderait à ce genre de chose subirait la peine capitale, c'est-à-dire la mort … mais d'une façon qui est plus qu'atroce. En cas d'auto-mutilation volontaire, la personne reconnue coupable se fait arracher les membres un par un par une créature quadrupède, un peu comme un chien noir dans le folklore britannique. Puis la tête est exposée sur une pique dans la cour intérieure du Palais. Le reste du corps est jeté à la mer et dévoré par les quelques requins qui se promènent dans la région. Ce genre de pratique a été utilisé une centaine de fois après la Guerre. Elhahr avait agi d'une main ferme et tous ceux qui avaient choisi de se déshonorer pour ne pas se battre ont subi les foudres du Seigneur.

Cette fois-ci, c'est à Elhahr de procéder à une action particulière. Il plante sa flamberge dans le sol et enlève son espèce d'étoffe ocre, rouge et doré, qui pourrait, avec un certain regard, lui servir de poncho mais en nettement plus classe. Il enlève ensuite la couche de vêtements en dessous, à savoir une épaisse ''robe'' elfique grise-argentée-sombre. Il porte alors une sorte de longue tunique noire, qui sert d'armure, composée de plaques de cuir rigide, renforcées par des petites lamelles métalliques. L'armure fait contraste avec le blond des cheveux d'Elhahr. La tenue part du cou et va jusqu'au niveau des chevilles. Les bras ne sont pas couverts par ce vêtement mais par des protections spéciales. Au moment où Elhahr laisse tomber sa robe, il dit :

- Je crois vous avoir légèrement sous-estimé.
- Vous devriez apprendre à porter une tenue plus légère en combat, répond Senji.
- Chacun ses méthodes d'entraînement. Surtout quand elle permet d'accroître la force physique.

Il n'a pas tellement tort. Le poids combiné de toutes ces tenues doit facilement s'approcher des dix kilos, qui sont ajoutés aux charges qu'il porte. Et ça, il les porte en continu, que ce soit en expédition ou bien en étant au Conseil des Sages.

- On dirait bien que pour vous maîtriser, reprend Elhahr, je vais devoir employer les grands moyens.
- Essayez tant que vous pourrez …

Spoiler:
Sur ce, Elhahr reprend son épée et se rue sur son adversaire à une vitesse incroyable, comme s'il avait bougé son pied à un endroit et que l'autre pied se retrouve dix mètres plus loin. Il frappe en direction de l'arrière de la cuisse droite de son adversaire. Ce coup est paré par Senji qui effectue une rotation sur 360 degrés en levant ladite jambe gauche. Il esquive d'une vitesse également élevée, ce qui, mêlée à sa force physique et l'élan de son adversaire, confère à sa jambe gauche la force d'aller frapper Elhahr en pleine tête. Le tibia percute le crâne du séraphin qui titube et laisse tomber son épée. Senji décide alors de frapper Elhahr avec son épée. La triple lame de Morglay a pour cible les poumons et le cœur d'Elhahr mais … ce dernier réussit à faire le pont sur les mains pour esquiver les lames. Le Seigneur du Palais a le dos recourbé, ce qui le fait grincer des dents étant donné la pression infligée par les plaques de cuir dans le dos de la tenue. Mais Elhahr ne se laisse pas submerger par cela et entoure le ventre de son adversaire avec ses jambes et le catapulte derrière lui, en se tenant sur les mains. Senji est projeté en direction d'un arbre, colonne vertébrale en tête mais il réussit à s'agripper au tronc de l'arbre, laissant également tomber son épée.

Les autres soldats sont en train de regarder le combat, avec des sentiments d'admiration, d'inquiétude et d'hésitation. Ils assistent à une sorte de démonstration qui n'en est pas tellement une. Leur seigneur est en train de faire l'inventaire de ses capacités physiques face à cette personne emplie de folie furieuse. Et là, Elhahr a pris un puissant coup sur la tête, et ce n'est même pas le résultat d'un coup d'épée. Senji n'est également pas mauvais dans le style de combat au corps-à-corps. Là, il est en train de ramper à moitié sur le tronc d'arbre, un peu comme un lézard. Ce dernier est extrêmement dérangeant et ce sentiment ne fait que grandir de jour en jour.

Senji finit par revenir sur la terre ferme et se saisit à nouveau de Morglay, au moment même où Elhahr reprend sa lame – baptisée Daryèl, en l'honneur d'une de ses jeunes apprenties qui s'était sacrifiée pour le protéger lors d'un entraînement qui a mal tourné. Puis les deux combattants se lancent dans une petite série de coups d'épée. Le Duel est des plus acharnés, chaque coup donné laisse place à un bruit métallique, et ce, pendant au moins dix minutes. Les nerfs des deux épéistes ne semblent même pas mis sous pression. Personne ne se met à craquer. Elhahr garde sa sérénité légendaire au combat, tandis que Senji garde également son attitude de psychopathe. Il a toujours du sang qui dégouline de sa bouche. Son teint est de plus en plus blanchâtre, ce qui le rend plus effroyable. Mais ça ne semble pas avoir d'effet sur sa rage au combat.

Étrangement, les seules paroles qui se font entendre sont celles de Senji qui se met à provoquer Elhahr. Le combat dure depuis près de vingt minutes et l'Elfe Noir sent qu'il faut pimenter le combat :

- Alors, on n'arrive pas à battre un prisonnier ?, lance Senji. Vous commencez à perdre la main. Vous n'avez pas songé à prendre votre retraite et aller bêcher un potager dans les montages ?
- Je serais vous, je ferais attention à chacun de mes mouvements. Vous êtes tellement prévisible, mon premier élève.
- Tout cela a changé, dit Senji. Je vais vous montrer que je peux surprendre un vieillard qui devrait se reposer et profiter de ses dernières années.

Senji lâche la parade du coup d'épée et glisse sous les jambes d'Elhahr et veut attaquer son adversaire dans le dos. Mais une fois de plus, Senji se retrouve bloqué par une défense d'Elhahr. Daryèl réussit à bloquer Morglay. Elhahr ne s'est même pas retourné et tient son épée des deux mains et la lame passe dans le dos. Elhahr se met à sourire et il répond à son adversaire, qui est toujours allongé sur le sol :

- Me surprendre ? Vous êtes sérieux ? C'est avec ça que vous essayez de me surprendre ?, dit Elhahr en tamponnant son pied gauche sur l'épaule de son adversaire qui se met à cracher le sang qu'il a dans la bouche.
- Je suis pathétique, non ?
- Un peu, oui …
- Je ne sais pas d'où vous vient ces crises sanguinaires mais faites attention à votre défense.
- Vous ne perdez pas la main en tout cas.
- Vos pensées sont toutes tournées vers Kaly et donc vous êtes moins bon. Maintenant, je vais achever ce combat.

Elhahr désarme Senji, toujours en lui tournant le dos. Morglay finit par quitter les mais de son propriétaire et une de ses lames se plante dans un tronc d'arbre. Daryèl est plantée dans le sol tandis que son propriétaire soulève Senji s'une main. Il lui donne trois droites en pleine figure. Puis Senji est relâché et Elhahr lui donne deux coups de pieds précis et puissants dans la cage thoracique. Ce dernier est projeté dans le frêne contre lequel il a failli se faire transpercer. Puis, Senji tombe par terre, inconscient. Il semble qu'Elhahr a remporté ce combat acharné.

Après s'être assuré que Senji est totalement hors d'état de nuire pour le moment, Elhahr demande au médecin de l'expédition de recoudre les ouvertures au niveau des lèvres, dues aux deux coups de couteau volontaires. Pendant ce temps, Elhahr se rhabille. Puis, une fois la suture faite, Elhahr attache solidement cette personne avec des cordes au niveau des bras, des jambes et des chevilles. Ensuite, il le porte sur son dos. Il prend également les deux épées et le paquetage de l'Elfe Noir. Cette fois, le paquetage du Seigneur du Palais est pris en charge par les autres Elfes qui sont tous admiratifs devant la maîtrise du combat par le séraphin. La masse portée par Elhahr doit s'élever à 130 kilos facilement, sans les bagages du séraphin. Ensuite, toute la compagnie décide de laisser de côté ce fâcheux incident et reprennent la route vers l'est.

Pendant vingt minutes, tout le monde marche en silence, étant à l'affût d'une potentielle arrivée d'ennemis – on ne sait jamais – ou bien une résurgence de la folie de Senji. Mais ce dernier est paisiblement inconscient sur les épaules du séraphin. Mais, ce dernier finit quand même pas se réveiller.

- Mais … mais … qu'est-ce que je fais ici ?, demande l'Elfe Noir.
- Ah … vous vous êtes réveillé. Formidable, je vais pouvoir vous faire marcher, dit Elhahr en laissant tomber le détenu par terre.
- Pourquoi est-ce que vous ne m'avez pas maîtrisé avec une décharge, on n'aurait pas eu à se battre ?
- Je ne veux pas vous infliger des souffrances physiques en plus de la folie.
- Envoyez-moi une décharge pour me punir de cette folie et de cette défaite.
- Attendez ? Vous êtes sérieux ?
- Évidemment que je le suis.
- Si c'est demandé si gentiment …

Elhahr envoie donc une décharge dans le collier de Senji qui se met à se tortiller par terre, mais sans éclats de voix pour manifester sa douleur. La décharge dure trente secondes. Puis, Senji finit par se relever, aidé les autres Elfes. Elhahr regarde la petite télécommande qui donne les décharges et dit :

- Comment j'ai fait pour vivre sans ça ?

Tous les autres Elfes regardent Elhahr en train de sourire avec des yeux écarquillés, encore plus gros que ceux d'un gros poisson. Puis, tous reprennent leur marche. Un léger vent se lève dans la forêt. Senji commence à trembler, non pas parce qu'il a froid mais parce qu'il a faim. Un des Elfes prévient Elhahr, toujours à la tête de la file.

- S'il ne mange pas, il risque d'être violent.
- Bon, on va s'arrêter quelques minutes. Pause repas pour tout le monde.

Sur ce, l'ensemble des Elfes s'arrêtent au milieu d'un chemin, mais avec un certain périmètre d'espace libre. Les arbres sont moins présents dans cet endroit que lorsque Elhahr et Senji se sont affrontés. Quelques Elfes se mettent à déballer des provisions et les partagent. Senji est en train de s'empiffrer dans ses propres provisions. Elhahr mange un peu en retrait, se remettant de son petit Duel. Il ferme les yeux et un flash lui vient à l'esprit. Un autre souvenir de cette guerre lui vient à l'esprit.

Dans ce souvenir, Elhahr se trouve sur un champ de bataille aussi bien sur terre que dans les airs. Le Seigneur du Palais vient d'embrocher trois créatures démoniaques en un seul coup. Il commence à prendre son envol pour aider quelques uns de ses soldats qui sont en danger. Mais au moment où il s'apprêtait à venir en aide, une lance a littéralement transpercé le ventre d'un de ses soldats, de la colonne vertébrale à la cage thoracique. La personne qui a lancé ce projectile l'a fait avec une telle force que le craquement des vertèbres et des côtes s'est fait entendre dans un rayon de quinze mètres. Et lorsque la lance a entièrement perforé le pauvre Elfe, on pouvait voir un poumon détaché du reste qui partait dans le vide. Le sang de la victime coulait un peu comme une sorte de cascade. Puis elle chute la tête la première et s'écrase sur un autre Elfe en train de se battre. Ce dernier hurle de peur et se prend un coup d'épée qui lui tranche son bras armé. Un autre lui fait perdre définitivement la vie. Dans les airs, Elhahr assiste à cela impuissant. Il se met quand même à aider certains de ses camarades en mauvaise situation. Mais des fois, au moment où il a réussi à extirper certains, ces derniers finissent par rendre leur dernier soupir, souvent en regardant Elhahr dans les yeux.

Les Elfes réussissent cependant à se défaire de la dizaine de milliers de soldats obscurs qui les attaquent. Mais un puissant son de cor se fait entendre dans plaine où la bataille a lieu. Le ciel n'est pas si clair que ça, voilà que des espèces de gros nuages noirs s'approchent … des nuages ? Elhahr en doute sérieusement. Il hurle à ses soldats de se tenir prêt pour un assaut aérien. En effet, il s'agit de créatures ailées, semblables à des humanoïdes avec des ailes démoniaques. Ces créatures foncent sur les Elfes, un peu comme des nuées de sauterelles. D'un coup d'œil, on pourrait croire qu'il y a un bon millier de ces créatures dans les airs. Les Elfes se préparent et Elhahr leur fait un geste pour les empêcher d'agir.

En effet, il sent une présence dans la forêt, de nombreux individus semblent s'approcher dangereusement de l'orée de la forêt. Il y a de fortes chances pour qu'il s'agisse de soldats obscurs. Chaque soldat dégaine ses deux épées et se prépare à se battre. Ils représentent une partie de l'armée des Elfes, postée au nord-ouest de la forêt d'Okahara. Il y a une partie qui est en train de lutter aux montagnes d'Iastiglìs, presque un tiers de l'armée sur le gigantesque front au sud-ouest de la forêt, entre le village fantôme de Hiàloùn et les collines de Thortos. Au niveau de l'endroit où se situe Elhahr, on a un quart de l'armée. La forêt constitue en elle-même un avantage et un obstacle pour les deux armées. Elle avantage les ennemis obscurs car ils savent que les Elfes n'enverront jamais leurs troupes dans cet endroit malsain mais elle sert d'inconvénient pour les Elfes, étant donné que leur surface de combat utilisée est drastiquement réduite. Pour atteindre l'Ostiàr, il leur faut contourner la forêt ou bien traverser par la voie aérienne. Elhahr est conscient de cela.

Des troupes obscures finissent par sortir de cette forêt et se rue à l'assaut des Elfes, qui sont un peu plus de vingt mille à être disposés ici. L'infériorité numérique des Elfes est assez important. Elhahr fait signe à deux cents de ses soldats de le suivre se battre contre la nuée de créatures ailées qui se situent à trois kilomètres de leur position. Les Elfes s'envolent et foncent sur les ennemis. Mais, un gros imprévu a lieu. Les armées aériennes ennemies se scindent en de multiples petits bataillons volants. Au moins cinquante sont dénombrés. Elhahr ordonne alors de suivre leur tactique et forme des bataillons avec ses soldats. Mais là-aussi, le déséquilibre est assez pesant, puisque de se retrouver à deux cents contre mille, et du coup, en divisant, à cinquante fois vingt et les bataillons elfiques à cinquante fois quatre soldats …

Les combats aériens sont directement engagés et comme prévu, le déséquilibre se fait vite ressentir. Certains bataillons, ou plutôt des groupuscules d'Elfes se font cerner et déchiqueter en moins de dix secondes. Ces horreurs qu'ils ont à affronter sont des espèces de charognes volantes. Elles mordent dans leur victime et en arrachent la chair, le muscle, l'os et le recrachent. Le sang gicle et la victime hurle de douleur avant de se faire finalement bouffer le cœur en plein combat. Ces créatures ricanent ensuite d'une façon machiavélique en se délectant de ces moments, et surtout quand elles s'attaquent aux ailes des Elfes. Les membranes qui joignent les ailes au corps sont attaquées et les pauvres Elfes en tombent puis s'écrasent dans la forêt comme des mouches, om elles connaissent le même destin funeste que leurs compagnons.

Elhahr commence à avoir le teint verdâtre devant tout cela. Il assiste à la chute de quatre de ses bataillons et se met à vomir de dégoût. Chose ''amusante'', le rejet d'Elhahr tombe sur deux lieutenants obscurs qui en sont aveuglés et qui se font immédiatement découper par des lames elfiques. Il décide ensuite de venger la mort de ses compagnons en ordonnant aux dix bataillons près de lui de le couvrir en cas de grosse course-poursuite. Il dégaine donc ses deux épées et se met à attaquer trois bataillons de ces créatures ailées. Un contre soixante, on a rarement vu moins déséquilibré depuis le début de cette bataille. Elhahr vole à une vitesse qu'il pourrait trouver lente en temps normal mais c'est fait uniquement dans le but d'attirer ces bataillons ennemis. Pendant ce temps, les autres Elfes décochent des salves de flèches en continu sur les ennemis, leur perforant les ailes, leur crevant les yeux, leur transperçant le crâne et d'autres parties du corps. Près de trois cents de ces horreurs finissent criblées de ces flèches magiques.

Pendant ces salves de flèche, Elhahr est en train de s'amuser avec la soixantaine d'ennemis derrière lui. Sa vitesse étant réduite, il peut balancer une épée reliée à une sorte de chaîne dans un de ses ennemis. Le crâne éclate, répandant la cervelle et le sang sur d'autres ennemis qui se retrouvent désorientés et finissent par perdre leurs marques dans les airs. D'autres attaquent leurs propres camarades et se bouffent entre eux. Et là, au moment où le séraphin regarde derrière lui, un de ces ennemis lui a agrippé la cheville droite. C'est alors qu'Elhahr décide d'accélérer et de monter à une altitude plus importante. Le maximum où il a été, c'est 4971 mètres. Il ne s'en rapproche pas, dépassant les 2000, toujours agrippé par son ennemi. Il s'arrête et fixe son ennemi, sans doute apeuré par la hauteur à laquelle ils se trouvent car il lui est probablement impossible de survivre à une telle hauteur. Elhahr relève la jambe, se retrouve face à son ennemi et l'embroche. Cependant, il n'est pas tué sur le coup mais agonise. Puis il se laisse tomber comme une fusée en direction des autres créatures qui, elles, se sont arrêtées à 1200 mètres d'altitude.

Se décidant à se livrer à une petite folie, Elhahr retourne sa victime, toujours une lame plantée au niveau du pancréas, et se dresse dessus, à la manière d'un surfeur. Il fonce vers la quarantaine de ces créatures restantes – sur la soixantaine de départ l'ayant poursuivi – et prend sa flamberge. Arrivant à hauteur des adversaires, il se dresse debout et se met à se servir de l'épée plantée sur le corps de sa victime comme d'un levier de commande. Ce dernier hurle de plus belle et se met à bouger dans la direction souhaitée par Elhahr. Les créatures foncent vers le Seigneur du Palais, l'air enragées. Mais le séraphin se contente de sourire. Il retire l'épée du corps de sa victime avant de lui trancher les ailes. Celle-ci tombe comme une feuille par terre. Elhahr se déchaîne donc sur ses ennemis, sans pitié. Il éclate les bras et les jambes d'une créature avant de réduire sa colonne vertébrale à l'état de miettes. Certaines perdent une aile et vont s'encastrer dans leurs compagnons, d'autres perdent la tête. Mais la palme de la sauvagerie est décernée à une mort extraordinaire. Elhahr frappe un des ennemis avec un middle kick qui lui brise les côtes et la respiration. Puis, il lui coupe les ailes et le projette en l'air. Elhahr lui fonce dessus et le transperce de sa flamberge. Ensuite, sans l'enlever, il continue à en empaler au moins six sur la lame de presque deux mètres. Tous sont empalés au niveau du cœur, perforés au même ventricule et coupant la carotide. Ensuite, il secoue sa lame pour faire descendre la brochette, en plus de voir le sang gicler sur les autres ennemis.

Puis, une fois les cadavres dégagés de la lame désormais imprégnée de sang, parfois avec l'aide d'un coup de pied, Elhahr décide d'en finir avec le reste des petits bataillons et lance une attaque furtive, un peu comme s'il se battait sur la terre, c'est-à-dire avec une vitesse phénoménale et un effet de surprise intense pour les ennemis. Moins de vingt secondes plus tard et les quinze dernières créatures des trois bataillons finissent engloutis par les arbres de la forêt d'Okahara. Elhahr rejoint ses camarades qui ont fini de nettoyer le secteur aérien, de façon assez laborieuse étant donné qu'une grande partie du corps aérien a été décimée. Les Elfes décident alors de foncer vers le combat au sol mais un éclair déchire le ciel obscur. D'autres éclairs surviennent aussi, mais rouges. Tout le monde s'arrête de bouger dans le champ de bataille à la suite de ces premiers éclairs qui sont suivis d'une autre série d'éclairs, accompagnés du bruit du tonnerre et quelque chose pétrifie les Elfes. Cette chose … c'est une silhouette … ou plutôt trois silhouettes. Oui, c'est cela, trois silhouettes s'élevant de l'Ostiàr et surplombant une bonne partie de l'Endlenda.

Une de ces silhouettes laisse penser à une espèce de grosse boule géante, suffisamment imposante pour causer une sorte d'éclipse plus que totale. La deuxième silhouette est celle d'une créature humanoïde avec une carrure importante. Elle possède une paire d'ailes avec des pointes, ce qui ne laisse pas présager du bon fond de cette créature. Quant à la troisième et dernière silhouette, c'est celle d'une espèce de dragon avec deux pattes et une tête quasiment indescriptible, si ce n'est qu'il y a des cornes un peu comme celles d'un diable. Ses ailes sont plus petites que le démon humanoïde mais elles ne traduisent pas une faiblesse plus importante. Au contraire, la silhouette la plus dangereuse des trois pourrait bien être celle-ci.


Elhahr ouvre à nouveau les yeux et déclare la fin de la pause. Tous les Elfes se préparent donc à reprendre leur marche débutée il y a des jours et des jours. Le séraphin décide de laisser de côté ces souvenirs d'un ancien temps, malgré leur gravure dans son esprit. ''Il faut vraiment que j'oublie ces horreurs, sinon, je serai déstabilisé en combat contre les démons.'', se dit-il, tandis que le vent qui soufflait légèrement commence à être un peu plus fort. Cela fait à peine vingt minutes qu'ils se sont remis à marcher :

- Il semblerait qu'une tempête s'annonce, dit Elhahr.
- En pleine forêt ? Vous plaisantez ?, demande un des Elfes derrière lui.
- Cette forêt veut retenir ceux qui s'y aventurent pour les pousser à la folie et à un destin tragique, répond Elhahr. Alors oui, une tempête risque de s'abattre sur nous.
- Et de combien de temps disposons-nous avant qu'elle n'atteigne son maximum ?, demande Senji.
- Tout au plus trois jours. Après, on risque d'avoir de gros problèmes, répond Elhahr.
- Mais je sens quelque chose de plus grave, dit un des Elfes, celui qui a recousu Senji. L'air est plus nauséabond ici.
- C'est juste, dit Elhahr.

Spoiler:
Certains commencent à avoir la tête qui tourne du fait de cet air malsain qu'ils sont en train d'inhaler. Une pause est décrétée par Elhahr, ce qui ne l'arrange pas. En effet, il viennent de parcourir la moitié du chemin qui les sépare de l'autre bout de la forêt. On ne peut pas dire que le plus dur est fait puisqu'il s'annonce à la compagnie. Braver les éléments devient de plus en plus compliqué dans cette forêt. Elhahr demande à nouveau à ce que sa troupe reparte de l'avant mais l'avancée est nettement plus pénible. Une pause arrive dix minutes plus tard, et une autre dis minutes après, et encore une autre dis minutes après. Dans une logique exponentielle, les soldats et Elhahr lui-même n'avancent plus. Un des soldats fait un malaise et se met à vomir du fait de la trop grande présence d'air malsain dans cette forêt. Il est imité par quatre autre Elfes. Elhahr assiste à cela sans trop pouvoir faire quelque chose. Il décide alors d'obliger tous ses compagnons à s'allonger sur le sol, histoire de profiter d'un air un peu plus pur. Tout le monde accpete de s'étendre sur le sol, y compris Senji qui a le teint verdâtre. En effet, au sol, l'air est un peu plus respirable.

- Maintenant, vous prenez vos écharpes et vous les entourez autour de votre tête, comme je vous le montre, dit Elhahr en couvrant son visage, sauf les yeux.

Très vite, les autres soldats obéissent et s'exécutent. Quelques minutes plus tard et tout le monde arrive enfin à se relever. Elhahr demande s'ils peuvent reprendre leur marche à l'est, requête acceptée par ses compagnons. L'air est moins toxique avec les écharpes qui couvent le vingts visages. Même Senji a sa propre écharpe, mais il a refusé de la mettre, ce à quoi Elhahr l'a menacé de ne pas revoir Kaly après ce voyage, ce qui sert d'argument d'autorité pour faire plier Senji. Cependant, près de trente minutes après s'être finalement relevés de ce souci respiratoire, les vingts Elfes se retrouvent confrontés à une autre difficulté.

- Seigneur Elhahr ! Vous n'allez pas nous faire traverser cette partie de la forêt ?, demande un Elfe.
- Et pourquoi pas ?
- Elle est trop sombre, on n'y verrait pas à deux pas devant soi.
- Ah oui … c'est vrai qu'elle n'est pas lumineuse, je ne l'avais pas remarqué, j'étais perdu dans mes pensées.
- Et je ne suis pas sûr que cette obscurité ne s'estompe, dit Senji.
- Comment le savez-vous ?, demande Elhahr, très intrigué.
- Aucune idée mais je suis capable de voir dans le noir donc je peux servir de guide.
- Comment ça, vous voyez dans le noir ?, répète Elhahr.
- Quand on passe près de quatre cents ans dans une cellule dans le noir, on a une certaine habitude.
- Vous vous êtes gardé de me le dire, lance Elhahr.
- Et alors ?
- Devinez …

Senji tombe à nouveau par terre, victime d'un nouveau choc électrique de son collier. Les autres Elfes ne comprennent pas pourquoi Elhahr s'acharne comme ça sur l'Elfe Noir. Ils se demandent si Elhahr n'a pas des pulsions sadiques et si Senji n'est pas un peu masochiste. En tout cas, la décharge ne dure pas longtemps, dix secondes maximum, et Senji se relève quelques secondes plus tard. Puis, toute l'équipe décide de repartir sur le chemin vers la sortie, plongés de plus en plus dans l'obscurité. Pour cela, un des Elfes propose quelque chose :

- Je suggère qu'on soit tous reliés par une corde pour avancer dans le noir.
- Pas bête, dit Elhahr.
- Et qui sera à la tête de la file ?, demande Senji.
- Exceptionnellement, répond Elhahr, je vais vous laisser devant, pour que vous puissiez nous guider dans la pénombre.
- Vous êtes sérieux ?
- Je préfère laisser la tête à un dérangé et m'en sortir plutôt que de la garder pour moi et nous perdre.
- C'est négociable ?
- Non.

Tout le monde décide alors de s'entourer de cette fameuse corde et se remet à marcher. Pour la première fois, ce n'est pas Elhahr qui mène la danse mais l'Elfe Noir. Il ne doit pas en revenir lui-même. Cependant, il se sent obligé d'agir correctement sinon Elhahr pourrait lui causer quelques décharges assez puissantes.

De son côté, dans sa chambre du Palais d'Endlenda, Kaly essaye toujours de chercher l'emplacement d'Elhahr dans sa boule de cristal. Elle cherche depuis des heures et des heures, ne tenant pas compte du conseil que Dan lui a donné et de son sommeil. Son inquiétude est immense et cela se ressent dans ses mots :

- Pourquoi est-ce que je n'y arrive pas ?, dit-elle en commençant à s'énerver. Est-ce que je suis incapable de faire marcher mes dons de divination avec cette satanée boule de cristal ?

Elle décide finalement de se lever de la table où elle travaille et va se réfugier dans un coin de la pièce. Elle se recroqueville, se tenant les genoux dans les mains. Des larmes commencent à couler sur ses joues. La recherche de son mentor la préoccupe tellement qu'elle en perd ses nerfs. Elle fond en larmes dans la salle, toute seule, isolée. Que peut-elle lui arriver de pire ? S'attend-t-elle à craindre le pire pour Elhahr et sa compagnie ? En réalité, est-ce que le fait qu'elle soit attristée devant son incapacité à dévoiler le mystère, ce soit ça qui lui donne à penser que l'avenir de l'Endlenda soit totalement en danger ? Pour le moment, aucune de ces questions ne vient à l'esprit de Kaly, Dame d'Endlenda. La seule chose qui lui mine l'esprit, c'est la peine et les larmes. Elle ne songe pas à appeler Dan pour qu'il lui donne conseil parce qu'elle se sent un peu idiote de ne pas avoir écouté ceux d'Elhahr, lui demandant de ne pas utiliser la boule de cristal à des fins plutôt personnelles. Et en plus, elle n'a pas suivi celui de Dan, lui disant de laisser cette affaire de côté et de concentrer sur les affaires du Palais, qui sont à présent à sa charge.

Au même moment, dans les Montagnes de l'Est, une petite tornade survient dans un temple en ruine. Cette tornade s'estompe et laisse place à un bel homme aux cheveux blonds, aux yeux verts et une silhouette élancée. Cette personne porte une armure dorée et une cape violette. Andralon vient de faire son apparition dans le temple en ruine, celui qui est consacré à l'un des Trois Démons sacrés. Il se dirige vers l'autel et ouvre une petite trappe placée à côté d'un des angle de l'autel. La trappe laisse place à un vieux grimoire, usé et rongé par le temps. Il le pose sur l'autel et l'ouvre. Les pages balancent des volutes de poussière, accumulée depuis des années voire des siècles. Une centaine de pages sont tournées et la double-page affichée présente des lignes remplies de caractères en langue obscure, la langue des Démons. Il se met à scander des mots, lisant ce qui est écrit. Une lumière verte phosphorescente commence à illuminer le sol du temple et des colonnes de fumées sont également présentes. Note de l'auteur : Les paroles d'Andralon sont assez compliquées à comprendre donc je vous donne une traduction.

- Créatures obscures, je fais appel à votre puissance. Sortez de votre sommeil et faites renaissance. Le monde a besoin d'être purifié et c'est à nous que cette tâche a été attribuée. Éliminez ces hérétiques et faites de ce monde un monde sans parasites.

Sur ce, en dehors du temple, au sein de la forêt, à une cinquantaine de kilomètres de l'emplacement d'Elhahr, des lumières verdâtres ainsi que de la fumée sortent du sol. Au niveau de l'une d'elles, une main grise-noire sort du sol, un peu comme celle d'un mort revenant à la vie. Il est imité par une quinzaine d'autres bras sortant du sol. Rien de bon ne se profile à l'horizon pour Elhahr er ses compagnons.


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Dim 25 Fév - 18:30
Chapitre 35 - Okahara partie 3 - Sournoiseries ...

Spoiler:
La compagnie d'Elhahr commence à s'empêtrer dans une partie de la forêt qui est assez sinistre. Et dans cette section, c'est à Senji de mener tout le groupe. Tous sont reliés à la corde, la corde qu'Elhahr a baptisé la ''corde de survie''. En effet, étant donné l'aspect sinueux de la topographie, l'obscurité grandissante, la petitesse du sentier emprunté, malgré le fait qu'il soit en pierre, la traversée est plus compliquée que prévu. La corde s'impose donc. Et comme Senji l'a dit, il est le plus à même de guider le groupe d'Elfes, puisqu'il dit qu'il arrive à voir dans le noir. Pour le moment, tout le groupe avance plutôt normalement.

- Vous m'aviez caché votre nyctalopie, Senji, dit Elhahr.
- Ben j'ignorais qu'on aurait à avancer dans la pénombre, répond ce dernier.
- Est-ce qu'elle est innée ou acquise ?
- Je pense que j'ai dû l'acquérir avec toutes ces longues années dans ma douce cellule de Lietas.
- Alors, est-ce que vous voyez quoi que ce soit qui nous force à faire un détour ?
- Bien … la route devient de plus en plus sinueuse. L'obscurité est de plus en plus importante. Ça va être difficile d'avancer sereinement.
- Comment ça ?
- Eh bien, Seigneur Elhahr, il y a des morceaux de troncs d'arbres qui sont sur le bord du chemin, ainsi que quelques creux en plein milieu de la route.

En effet, le couvert forestier masque déjà le ciel, et en plus, la lumière se fait de plus en plus rare. Et Elhahr a interdit le recours aux torches, précisément pour éviter de se faire repérer par une éventuelle créature dangereuse. Sans Senji et sa nyctalopie, peu d'Elfes seraient encore en vie à ce niveau-ci du périple. Pour Elhahr, Senji fait preuve d'un cran inouï en acceptant de faire partie de cette expédition et d'assumer le rôle de guide sur une petite portion du trajet. Mais, ce qui facilite la décision de l'Elfe Noir, c'est surtout la décharge électrique qui peut survenir à un moment soudain.

La compagnie continue d'avancer dans la pénombre la plus totale. Pour un Elfe normal, il est impossible de voir à plus de deux pieds devant soi, soit une soixantaine de centimètres. On pourrait penser qu'il s'agit d'une chaîne de prisonniers qui sont en train d'avancer, tous reliés à la même corde pour rejoindre une zone où ils seront tous fusillés. C'est ce qui pourrait se passer dans le pire des cas imaginés par Elhahr si son expédition tourne mal. La mort des vingt Elfes serait bien évidemment le pire des scénarios envisagés, mais il doit quand même être pensé.

Devant, Senji commence à avoir quelques frissons. Mais ces frissons ne sont pas dus au fait de devoir mourir de la main d'un ennemi mais de celle d'un allié. Il redoute de se faire poignarder dans le dos par un Elfe qu'il est en train de guider. Une paranoïa commence à s'installer et à contrôler une partie de son esprit. Et on ne parle même pas d'une potentielle décharge de la part d'Elhahr. Pour le moment, à part l'idée d'être supprimé du plan de la vie, ses pensées sont encore et toujours tournées vers la seule personne à laquelle il accorde un vif intérêt, c'est Kaly. Il s'agit de la seule personne qui est capable de faire de Senji un être dénué de violence, sans forcément en faire un gentleman, ce qu'il est déjà quand il n'a pas l'intention de tuer quelqu'un.

La troupe continue d'avancer dans cet endroit qui commence à faire tourner les esprits. Six arrêts ont dû être effectués en l'espace d'une heure à cause de malaises provoqués à la qualité de l'air dans cet espace. En même temps, c'est tout à fait logique. Il y a peu de lumière qui passe dans cet endroit et donc, le recyclage de l'air est tout ce qu'il y a de plus difficile. Et ce n'est pas la présence des arbres qui va changer quelque chose étant donné qu'ils ont tous l'air d'être morts depuis des millénaires. Cette partie de la forêt est un peu comme un gigantesque cimetière organique. Senji remarque la présence de vieux ossements d'animaux, des espèces de plantes qui ont pourri et qui empestent, ou encore des arbres morts mais encore debout. Les branches se briseraient même avec une simple pichenette. Certains rochers commencent à montrer des signes d'érosion avancée par le temps.

Plus le groupe avance et plus il s'enfonce dans la forêt et plus il s'empêtre dans l'obscurité. À force de marcher à l'aveuglette pour une grande partie des soldats, à l'exception de Senji, certains Elfes demandent à faire une petite pause pour reprendre leur souffle, ce à quoi le Seigneur de Palais consent. Tous s'arrêtent donc au milieu du chemin une petite dizaine de minutes. L'angoisse commence à s'emparer de certains soldats, l'angoisse de se perdre et de ne jamais revoir la lumière du jour. Mais, quelque chose va les troubler de plus en plus. La météo ne va effectivement pas les aider à garder confiance en eux.

Un vent glacial commence à souffler dans la forêt. Les rafales commencent à atteindre les 65-70 km/h. C'est alors qu'Elhahr ordonne à toute son équipe de se coller contre les rochers sur le bord du chemin, ce qui, en soi, est assez compliqué puisque les rochers ne sont quasiment pas visibles. Pour les trouver, il faut les tâter avec les mains, un peu comme quand on essaye de retrouver ses repères en étant en état d'ivresse. Certains y arrivent sans problèmes et tirent donc leurs camarades vers les murs. La manœuvre décidée par Elhahr est assez étrange puisqu'ils sont quand même exposés aux violents courants d'air, aussi tranchants que des lames parfaitement aiguisées et affûtées jetées au loin – ces courants d'air sont de direction nord-est. En réalité, le fait de se coller contre un rocher permet facilement de se redresser pour continuer à avancer. Quelques minutes plus tard, après s'être bien protégé le visage, tout le monde peut enfin se relever et reprendre la route. Les Elfes ressemblent tous un peu à des voyageurs dans le désert, avec une longue pièce de tissu résistant leur couvrant une grande partie du visage.

Puis, environ deux heures plus tard, l'équipe a à peine avancé de trois kilomètres étant donné la violence croissante des vents. Les rafales ont progressivement atteint les 95 km/h. Senji a de plus en plus de mal à avancer. Cependant, après ces deux heures peu productives en terme de marche, les courants d'air commencent à ralentir en matière d'intensité. Senji et Elhahr jugent donc bon de décider de retirer les protections en tissu au visage. La marche peut donc reprendre mais un autre élément naturel vient mettre son grain de sable dans la traversée de la forêt.

- Voilà qu'il se met à pleuvoir, dit un des Elfes derrière Elhahr.
- Cette fois, je vais utiliser mon autorité en tant que Seigneur du Palais et j'ordonne la poursuite de la marche. Nous avons perdu trop de temps depuis quelques jours. Soldats ! Continuez à avancer !
- À vos ordres !, répondent tous les autres soldats en chœur.

Ainsi, tout le monde reprend la marche en direction de l'extrémité orientale de la forêt. Senji est toujours en train de mener la marche. Quant à la pluie qui s'abat sur la compagnie, elle varie de temps en temps, passant d'une petite pluie fine à une grosse pluie. Les gouttes sont un peu comme des lames qui tombent de façon perpendiculaire au sol. Elles tranchent les vêtements des soldats, les rendant plus trempés. La résilience de chaque soldat est mise à l'épreuve avec cette pluie qui s'abat dans l'obscurité. De plus, cette partie de la forêt dans laquelle tout le groupe se trouve est plus froide, avec des températures oscillant entre quatre et dix degrés, si ce n'est moins. Avancer dans ces conditions, en plus des lourds paquetages à porter, c'est vraiment une épreuve qui n'est pas à la portée de tout le monde.

Certains Elfes commencent à claquer des dents avec le froid qui s'installe. D'autres dont obligés d'éponger leur capuchon avec la quantité d'eau qui s'abat sur eux. Elhahr se contente d'avancer, la tête recouverte d'un capuchon. Senji, quant à celui-là, est tête nue, se moquant complètement du temps qu'il fait. Des gouttes d'eau commencent à perler de ses mèches de cheveux. L'obscurité commence à gagner la zone, et de façon plus inquiétante. Senji marque un arrêt.

- Stop, tout le monde !, dit-il.
- Qu'y a-t-il ?, demande Elhahr en s'arrêtant, imité par le reste de l'équipe.
- Il fait de plus en plus noir …
- Et alors ? Je croyais que vous étiez capable de voir dans le noir.
- Ce n'est pas ça le problème …
- Alors, quel est-il ?
- Cette obscurité n'est pas naturelle.
- Pas naturelle ? Qu'entendez-vous par là ?
- Réfléchissez un peu, Elhahr. Depuis que vous m'avez collé à la tête de la file, l'obscurité était plutôt normale, un peu comme une nuit noire mais ici, ce n'est pas un effet de la nuit.
- Alors cela voudrait dire qu'il …
- Qu'il y a quelqu'un qui nous observe et qu'il ne s'agit pas de quelqu'un d'amical.
- Est-ce que vous pouvez quand même assurer votre poste de guide pour les cinq prochains kilomètres.
- Tout dépend de la personne qui s'amuse à nous perturber et si on la rencontre en face à face. Pour le moment, je vais continuer à guider le groupe.
- Comme vous voudrez.
- À une condition …
- Laquelle ?
- Si ça tourne mal, faudra lancer un sort d'illumination pour qu'on puisse se rendre compte de l'endroit où on se trouve.
- Ne serait-il pas plus préférable d'avancer avec des torches ?, demande l'Elfe derrière Elhahr.
- Sous une pluie comme celle-là ? Très risqué …, répond Elhahr. Pour le moment, je suggère de laisser Senji nous guider puis on avisera.

Le groupe se remet alors à avancer dans l'obscurité. Comme l'a dit Senji, ce n'est pas quelque chose de lié à la nuit. Même la nuit ne pourrait pas donner une teinte aussi obscure aux arbres. Quelqu'un doit user d'une magie noire pour ralentir les soldats d'Elhahr. En plus, avec la pluie qui continue à s'abattre mais de façon plus fine et intense, Senji a de plus en plus de mal à s'avancer. En fait, cette obscurité ressemble beaucoup à de la fumée noire.

Une fois bien entourés de ces volutes de fumée, Senji ordonne une nouvelle fois à tout le reste de la troupe de s'arrêter. Il lui est de plus en plus difficile de continuer à avancer, sa vue étant troublée par la fumée. Il se passe de l'eau sur le visage, et en particulier sur les yeux. Pendant plusieurs longues minutes, la fumée emprisonne les vingts Elfes. C'est alors que la pluie s'arrête soudainement. Tout le monde essaye de regarder autour de soi, comme pour essayer de chercher l'emplacement de la personne qui aurait bien pu mettre un terme à cette pluie. Mais il s'agit des effets de l'angoisse qui prend tout le monde. Si la pluie s'est arrêtée, ce n'est pas le geste d'une quelconque personne. ''Tant mieux'', se dit Elhahr. Senji peut à présent continuer de guider le groupe sans avoir à frissonner des gouttes d'eau qui roulent à l'intérieur de la tenue vestimentaire.

Quelques minutes après l'arrêt de la pluie, Senji s'arrête soudainement, sans prévenir, sans dire un seul mot. Tout le monde se heurte à celui qui est devant lui. Au moment où Elhahr s'apprête à réclamer une explication de la part de Senji sur cet arrêt brusque, l'Elfe Noir lui fait signe de ne rien dire. Puis il tend l'oreille et murmure à l'intention du Seigneur du Palais :

- Chut ! Est-ce que vous entendez ?
- Entendre quoi ?, murmure Elhahr.
- Il y a comme des voix qui résonnent dans cette partie de la forêt … Tendez l'oreille et apprêtez-vous à jeter un sort d'illumination.
- Doit-on détacher la corde ?, demande un Elfe derrière Elhahr.
- Oui mais en silence.
- Tout de suite, maître, dit l'Elfe derrière lui.

Pendant que tous se détachent, Senji tend à nouveau l'oreille et croit comprendre quelque chose. Il essaye de répéter ce qu'il arrive à entendre :

- Possédera … monde … creux de ses mains, arrive-t-il à dire.
- Pardon ?, demande Elhahr, la main posée sur la poignée de son épée.
- Je crois que ces voix disent : ''Il possédera le monde dans le creux de ses mains''.
- Je les entends aussi, dit un Elfe derrière Senji.
- Moi pareil, renchérit un autre Elfe.
- Idem pour moi.
- Nous ne sommes plus seuls dans cette forêt, dit Elhahr.
- Qu'allons-nous faire dans cette obscurité ?, demande un Elfe.
- Pour le moment, ne bougeons pas, chuchote Elhahr. La ou les créatures qui doivent nous épier sont sans doute à l'affût d'une attaque en embuscade. Préparez-vous à dégainer et déposez vos paquetages délicatement.

Lentement mais sûrement, tous les soldats s'exécutent. Les paquetages tombent un à un et vingts mains se posent délicatement sur les vingts pommeaux d'épées. La brume est toujours aussi envahissante autour du groupe d'Elfes. Pas un mouvement n'est esquissé pendant deux minutes, comme si la scène est en arrêt sur images. Puis, cinq à dix minutes plus tard, Senji écarquille les yeux en découvrant deux petites lueurs rouges sombres qui émergent de la brume.

- Elhahr …
- Qu'y a-t-il ?, murmure ce dernier.
- Lancez ce sort d'illumination immédiatement !
- Árë, hurle Elhahr en levant la main gauche.

Une boule de lumière d'un rayon de cinquante centimètres est expulsée de la main gauche du séraphin. La brume est immédiatement dissipée et les deux lumières rouges sont en fait des yeux, des yeux d'une chose immonde. Il s'agit d'un squelette en armure. Le squelette a une armure qui couvre le torse, les cuisses et les tibias. La seule partie du corps qui n'est pas protégée par une plaque de métal est les épaules. La créature tient à sa main une épée avec une lame d'un mètre. Elle avance lentement, un peu à la manière d'un zombie. Elhahr regarde le squelette et dit alors :

- Un Soldat Obscur …
- De quoi ?, s'étonnent les autres Elfes.
- Il … il n'est pas seul, dit un autre Elfe.
- Y … Y en a … une dizaine de ce côté !, remarque Senji.

Spoiler:
En effet d'autres squelettes, presque identiques au premier observé, se déplacent d'une façon aussi lente en direction du groupe d'Elfes. Autour d'eux se trouvent une bonne trentaine de squelettes armés. Mais ce n'est pas tout. Elhahr distingue également des mains qui émergent du sol. Les mains percent la couche d'humus et les crânes en armure en sortent. On croirait que des morts-vivants se réveillent de leur sommeil éternel dans un cimetière. C'est un peu comme si cette partie de la forêt constitue en elle-même un Cimetière.

À huit mètres à gauche d'Elhahr, un bras perce la terre d'un coup de poing. Ce qui est horrifiant, c'est qu'il y a encore des morceaux de chair encore en putréfaction sur le bras de la créature qui émerge. Sur la main qui en sort, les cinq doigts bougent un peu à la manière d'un androïde qui serait en marche pour la première fois. Puis, elle s'accroche au sol, posant ainsi le bras par terre. La tête émerge lentement à son tour. Il ne s'agit que du crâne, sans casque, et qui semble avoir été fendu d'un coup d'épée elfique. L'os frontal et l'os pariétal sont largement fracturé d'au moins treize centimètres de long et sept centimètres de large. Avec un peu d'étude et d'analyse anatomique, le coup d'épée a été probablement donné de front et avec une telle force que la lame a avant tout fendu le casque, puis qu'elle s'est enfoncée dans la boîte crânienne, atteignant une profondeur maximale de 5,13 centimètres en partant du sommet du crâne. Sur cette créature squelettique, une orbite a disparu ; dix-sept dents manquent à l'appel ; la clavicule gauche est fissurée ; sept côtes sont cassées et trois ont disparues ; le bassin est en partie craquelé et deux métatarses du pied droit ont disparu. Et ce squelette arrive quand même à se déplacer en armure – celle-ci est percée à de multiples endroits, laissant montrer les os manquants. Il est probable que cette créature ait été un soldat de l'armée de l'air des Forces Obscures et qu'elle ait été tuée par un Elfe qui pourrait bien être Elhahr.

Chaque soldat avançant vers le groupe d'Elhahr dégaine une épée. Les orbites sont remplacées par une sorte de lumière rouge ; cette lumière doit signifier l'utilisation d'un sort de nécromancie assez puissant. Les crânes sont bien en évidence et certains sont complètement fracturés. Quelques Elfes commencent à être pétrifiés devant ces squelettes qui commencent à affluer en nombre. Elhahr remarque cette attitude et lance à ses compagnons :

- Surtout, ne vous laissez pas submerger par la peur. Cette vague de squelettes n'a pas à s'emparer de votre esprit, sinon, vous pouvez d'ores de déjà jeter votre épée au sol et vous noyer dans cette marée de morts.

Le nombre de squelettes qui s'approche dangereusement de tout le petit groupe d'Elfes est de plus en plus important. Il leur est impossible de s'envoler pour les éviter. Le couvert forestier les empêche de rejoindre le ciel. Compter tous ces squelettes serait trop long mais Elhahr estime qu'ils sont une centaine à vouloir les combattre. C'est alors que le Seigneur du Palais déclare donc, d'une voix assez forte :

- Soldats ! Dégainez vos épées !

Tout le monde s'exécute. Les bruits de lames sortant des fourreaux résonnent dans la forêt. En tout, une trentaine de lames sont sorties, certains se battant avec deux lames. Le tableau est assez beau : Vingts guerriers en train de se battre contre des morts-vivants squelettiques, le tout sous une lumière céleste, presque divine ; ce combat est un peu une partie du combat entre le Bien et le Mal qui régit dans l'Endlenda. Les armures sont étincelantes sous cette lumière, lancée par Elhahr. Cette lumière semble être le guide des soldats vers la victoire dans ce combat. La motivation revient de plus en plus dans les esprits de chaque soldat.

- Prêts ! À l'assaut !, ordonne Elhahr.

Les premiers soldats commencent à se ruer sur quelques squelettes. Les épées des soldats commencent à s'entrechoquer et rompent le silence de la forêt. Les squelettes savent quand même se défendre face aux Elfes, un peu comme s'ils sont habités par un esprit encore intact depuis l'instant où le soldat avait péri au combat. En effet, il s'agit de soldats qui ont perdu la vie lors de cette fameuse et maudite Guerre d'Endlenda. La forêt n'est pas qu'une simple forêt, elle est aussi un vaste cimetière de soldats, Elfes comme Créatures Obscures. Elhahr se souvient avoir vu les siens chuter et succomber à leurs blessures sous le couvert forestier. Voilà pourquoi les flash-backs des combats sont de plus en plus récurrents depuis que la compagnie est entrée dans cette forêt.

Puis, tous les Elfes se mettent à repousser la vague de squelettes. Senji est contraint de ne pas se transformer, étant donné qu'il est toujours sous l'emprise de son collier électrique. Mais, cela ne semble pas le déranger pour réussir à décapiter cinq squelettes en une seule fois. Il aide ensuite trois de ses camarades moins expérimentés en repoussant les trente créatures qui les encerclent. D'autres Elfes assez expérimentés, de vraies fines lames, imitent un peu Senji et embrochent des crânes à tout va, démembrent les squelettes en deux coups d'épée, désarment puis éparpillent les ennemis d'un énorme coup de pied qui perce les armures. En même temps, ces armures ont été forgées il y a plusieurs siècles donc il n'est pas étonnant que le fer qui constitue ces cuirasses soit moins résistantes.

Un des soldats Elfiques est en train de se faire attaquer par quatre squelettes. Elhahr le regarde attentivement, tout en parant deux coups d'épées de la part de squelettes. L'Elfe observé se nomme Narhyè et il s'agit d'un des lieutenants les plus fidèle d'Elhahr. Pour preuve, Narhyè a participé à cette guerre et il a éliminé à lui tout seul cinq légions de quatre cents soldats. Les soldats obscurs étaient au nombre de plus de deux millions et demi. Et Narhyè s'est vraiment distingué lors de cette guerre. Mais cette fois, il semble avoir plus de difficulté à se défendre face à ces quatre revenants. Il réussit cependant à éclater les fémurs de l'un d'entre eux, après l'avoir désarmé d'un coup de pied circulaire. Mais face aux trois autres, c'est plus difficile. L'un de ces trois réussit à lui agripper le bras, ce qui permet aux deux autres de frapper Narhyè. Ce dernier hurle de douleur puis réussit à se défaire de ses trois assaillants : d'abord en éclatant le crâne de celui qui l'a agrippé ; ensuite en pulvérisant la colonne vertébrale de l'un des deux autres avec un coup d'épée ; enfin, le dernier se fait couper les bras. Puis, Narhyè s'adosse à un arbre et se défend comme il peut. Il est touché à l'abdomen. Elhahr le regarde et vient vers sa direction, tout en se battant contre dix squelettes.

D'autres Elfes sont en train de se battre de façon surprenante. L'un d'entre eux, un jeune Elfe du nom d'Isaru, vient de parer trois épées en un seul coup. Puis, il s'abaisse, et d'un balayage, il éclate toutes les rotules des trois soldats qui se mesurent à lui. En plus, deux autres soldats qui se battent contre un autre Elfe tombent sous le même balayage. Un autre Elfe, Gasha, décapite huit Elfes avant de prendre un coup qui lui transperce l'épaule. Il tombe au sol et se tient l'épaule meurtrie. C'est Senji qui vient le défendre, en fendant le crâne du squelette qui allait le tuer. Petit à petit, tous les squelettes finissent par être démembrés, simplement décapités, désarmés, mis à terre et même balancé contre d'autres squelettes ou des rochers. Ce n'est qu'au bout de quatorze minutes et vingts secondes que la centaine de squelettes est finalement battue par les Elfes. Tous lèvent leurs épées en l'air pour manifester leur joie.

Cependant, quelque chose va vite briser leur élan de joie. Une fois que le ban lancé par les Elfes soit passé, Senji jette un coup d'œil aux nombreux ossements et se met à penser : ''Tous ces morts …''. Puis, un crissement se fait entendre. Elhahr se retourne et observe un étrange phénomène, quelque chose des plus sournois. Il regarde un os qui doit correspondre à un humérus qui se met à bouger tout seul. Puis, d'autres os se mettent à bouger. Un tourbillon de poussière se crée et la totalité des ossements se mettent à bouger. Le tourbillon de poussière se transforme en une sorte de mur de poussière géant, entourant les Elfes. Personne n'ose bouger, juste par crainte d'une quelconque manifestation d'une créature encore plus dangereuse. Le mur de poussière cache la vue des Elfes pendant au moins deux minutes. Elhahr commence à serrer les dents en se demandant d'où peut bien provenir ce mur et surtout qui a bien pu ramener ces squelettes à la vie.

Puis, lorsque la poussière retombe après avoir fait au moins quinze fois le tour du groupe d'Elfes, ces derniers sont choqués de voir que … l'armée de squelettes qu'on leur a envoyé est à nouveau sur pied et prête à attaquer. Tous les Elfes laissent échapper des réactions de stupéfaction quant à la réapparition des squelettes. Même Elhahr semble ne pas en croire ses yeux. Et pourtant, la centaine de squelettes se tient à nouveau face au groupe, les vieilles épées dégainées et s'avançant vers le groupe. Sans hésiter, une dizaine d'Elfes se ruent à l'attaque et se battent avec acharnement face à ces revenants d'outre-tombe. Elhahr a tenté de les en empêcher mais finalement, il se dit que si ça ne marche pas une fois, alors mieux vaut recommencer. Le reste des Elfes encore en état de se battre au maximum de leurs capacités se ruent dans le tas pour venir en aide à leurs camarades. Seuls les deux soldats qui ont été touchés sont plus en retrait, avec un autre lieutenant d'Elhahr pour veiller sur eux.

Cette fois-ci, les combats sont plus longs que pendant la première série, à croire que les soldats squelettiques se sont renforcés après leur premier échec. Senji et Elhahr n'ont évidemment aucune difficulté à aller se battre contre les squelettes et se placent aisément dans des combats à quinze contre un. Senji use de son agilité et de sa souplesse, le tout combiné à son talent avec une lame pour éclater treize crânes en deux coups d'épée. Puis, il décide de porter secours à un autre Elfe qui semble en danger, un novice du nom d'Ursyn, et qui est cerné par quatre squelettes. Le novice reçoit quatre coups d'épée aux bras et aux jambes. Senji se déplace de façon furtive, un peu comme Elhahr quand il le frappe par surprise. L'Elfe Noir arrive devant Ursyn et éclate les quatre squelettes. Il soulève ensuite son camarade et le déplace jusqu'à l'arbre où sont les autres Elfes blessés. Senji repart ensuite se battre, sous l'œil d'Elhahr. Le Seigneur d'Endlenda se défait de la quinzaine de squelettes sans trop de mal. D'autres soldats semblent éprouver plus de difficultés mais leurs ennemis tombent sous les coups d'épée.

Spoiler:
Cette fois, au bout de quinze minutes, la masse de soldats squelettes est de nouveau par terre. Pour que cette fois soit la dernière, Senji ordonne à tous les Elfes d'écraser les os des squelettes. Ceux-ci s'exécutent et on entend des craquements en série pendant trois minutes. L'objectif est éviter un nouveau retour en force de tout le troupeau de revenants. Tout le monde prend plaisir à écraser des os qui ont plusieurs dizaines de siècles. Une fois que tout cela est effectué, Senji décide d'aller s'occuper des blessures des trois Elfes qui ont subi des coups d'épée. Au moment où il s'apprêtait à s'occuper d'Ursyn, un craquement sonore se fait entendre. Elhahr tend l'oreille et un autre craquement se fait entendre. Tous les Elfes tournent la tête un peu partout dans la forêt et quelque chose semble se passer. ''Qu'est-ce que c'est, à présent ?'', se demande Elhahr, l'air préoccupé.

Un troisième craquement résonne dans la forêt. Puis, une nouvelle tornade de poussière se lève à une vingtaine de mètres de l'endroit où les Elfes sont regroupés. Il semble s'agir du même tourbillon de poussière que précédemment. Elhahr écarquille de nouveau les yeux. Tout le monde s'apprête à dégainer les épées en cas de combats. Une fois que ce phénomène poussiéreux s'arrête, tout le monde est stupéfait et horrifié de voir à nouveau tous les squelettes debout, armés, et même plus nombreux que sur les deux dernières fois.

- Mais c'est pas vrai !, s'écrie Senji en voyant ces squelettes.
- Qui peut bien être à l'origine de ce maléfice ?, demande un des lieutenants d'Elhahr.
- Je l'ignore mais on va en finir avec eux une bonne fois pour toutes, dit un autre lieutenant.
- Soldats !, dit Elhahr. Attaquez à nouveau ces squelettes !
- À vos ordres !, scandent tous les Elfes encore aptes à combattre.

Ils dégainent leurs épées et se lancent immédiatement à l'assaut de tous les squelettes, qui doivent être plus de deux cents dans le petit espace de la forêt. Tous semblent plus acharnés que jamais à l'idée de se battre et de réduire tous ces squelettes en poussière. Les bruits d'épées en train de se heurter résonnent dans la forêt. Tous combattent avec une hargne intense. Seul Elhahr est un peu plus en retrait du point de vue expression hargneuse, cherchant une solution à ce problème de revenants armés.

Il se met en retrait, observé de façon étrange par ses soldats. Il se met à genoux pour méditer. Des squelettes s'approchent dangereusement du séraphin en brandissant leurs épées. Étrangement, Elhahr pare chaque coup d'épée lancé par ses ennemis avec son épée flamberge. Il a les yeux fermés et réussit à se défendre, comme s'il était debout et en train de se battre normalement. Cela dure quelques minutes en tout et pour tout. Les autres Elfes sont en train de se défendre comme ils peuvent. Même Senji commence à éprouver quelques difficultés à continuer à se battre, principalement à cause d'une fatigue qui commence à s'accumuler. Il n'est pas le seul à ressentir cette fatigue prendre le pas sur l'énergie de chaque Elfe. Ils ont marché pendant des heures avec des conditions météorologiques éprouvantes. Et là, ils se battent depuis bientôt une heure contre des morts-vivants qui apparaissent et réapparaissent sans cesse. Senji vient de battre deux squelettes d'un seul coup mais cette fois, les débris de squelettes se reconstituent immédiatement. L'Elfe Noir est vraiment horrifié de voir cette scène.

- On n'arrive à rien en affrontant ces squelettes !, hurle-t-il.
- Pourquoi ?, hurle un autre Elfe.
- Ils reviennent sans cesse. On aura vite fait de s'épuiser et de se faire perforer par leurs épées, dit un troisième Elfe. Senji a raison. On doit faire quelque chose.
- Où est le Seigneur Elhahr ?, demande Senji.
- Il est derrière, dit un quatrième Elfe.
- De quoi ?

En effet, les Elfes se retournent et voient leur leader d'expédition en train de parer des coups d'épée comme si de rien d'était. Elhahr est toujours à genoux, yeux fermés, en train de méditer comme s'il se trouvait dans sa petite salle d'entraînement au Palais d'Endlenda. La scène d'observation dure quelques secondes avant de voir le reste de la compagnie d'Elfes en train de reculer de plus en plus en voyant le nombre toujours aussi croissant de squelettes affluer dans leur direction. En plus, le sort de lumière lancé par Elhahr commence à faiblir, ce qui risque de rendre la suite des opérations nettement plus ardue. Senji ordonne à tous de se replier et de se défendre le plus possible et à ne pas chercher à détruire les squelettes.

Tous choisissent alors de reculer petit à petit, parant les coups d'épée et repoussant les squelettes avec le pied, sans les pulvériser. Ils sont de plus en plus effrayés par la nuée d'ennemis qui s'approchent vers l'ensemble de la compagnie. Le seul qui ne bouge pas, c'est bien évidemment Elhahr. Il est toujours dans la même position, toujours à méditer et toujours à se défendre. Personne n'ose lui hurler de se bouger un peu, par peur d'éventuelles représailles de la part du séraphin. Ils se contentent de le regarder se défendre, tout en essayant de se protéger mutuellement. Puis, plus le temps de défense dure et plus la lumière faiblit dans la forêt. Au moment où elle vient à s'éteindre, les Elfes pointent tous leurs épées vers l'avant, et s'en remettent à la nyctalopie de Senji. Cependant, ce dernier est de plus en plus dépassé par les événements. Les squelettes sont de plus en plus nombreux et ils s'agglutinent face aux Elfes. Mais, avant de s'attaquer aux dix-neufs Elfes, ils vont s'attaquer au Seigneur du Palais. L'obscurité est revenue dans la forêt et Elhahr n'a toujours pas bougé depuis près de cinq minutes.

Alors que les autres Elfes pensent que leur leader va se faire tuer par les squelettes, ce dernier finit quand même par réagir. Il ouvre les yeux, qui changent de couleur, passant du bleu pâle au jaune ambre. Un mini souffle d'air repousse les squelettes qui s'apprêtaient à transpercer Elhahr. Le séraphin se relève, sa lame flamberge à la main. Une sorte de vent chaud commence à souffler dans la forêt. Le grand manteau d'Elhahr flotte, laissant entrevoir une partie de son armure dorée. Puis, il déploie ses trois paires d'ailes et se met à parler d'une voix qui est totalement différente de celle qu'il a d'habitude.

- Créatures de l'Ombre !, hurle-t-il. Vous n'avez rien à faire ici ! Retournez errer dans le monde des morts et laissez-nous continuer notre expédition !

Sa lame commence à s'embraser. Il la lève au ciel et lance une incantation en ancien elfique. Même Senji ne semble pas connaître ce sort. Tous sont ébahis devant cette soudaine réaction de la part du séraphin et personne n'ose bouger. Une fois que la longue lame de l'épée d'Elhahr est totalement rouge, incandescente et en flammes, il l'agite en direction des centaines de squelettes qui parsèment le mini champ de bataille. Et là, tout le monde assiste à une démonstration de magie blanche extrêmement puissante. Chaque mouvement de l'épée projette une boule de feu d'un diamètre d'environ quarante centimètres. Les boules de feu percutent les squelettes, parfois plusieurs en même temps. Les armures fondent sous les coups répétés et les ennemis se tortillent, souffrant – si on peut dire ça – des flammes qui les brûlent de l'intérieur. Tous reculent, tandis que Elhahr continue à lancer des boules de feu depuis son épée. Celles-ci vont jusqu'à percuter des arbres pour les embraser, tel des torches. La lumière revient peu à peu dans la forêt, grâce au brasier allumé par le séraphin.

Une fois que le terrain est bien illuminé par des flammes rougeoyantes et que tout le groupe de squelettes a été atteint par les boules de feu, Elhahr pointe à nouveau sa longue épée en direction des squelettes et se met à les trancher un par un. Les coups donnés sont tellement puissants que les autres Elfes derrières sont obligés de se tenir à quelque chose pour ne pas s'envoler. À chaque coup donné, un gros souffle d'air est projeté, disloquant des squelettes. Après que tous les squelettes ont été de nouveau éclatés, cette fois par Elhahr seul, ce dernier plante son épée dans le sol et lève ses deux mains au ciel. Il se met à parler en ancien elfique, une langue plus qu'incompréhensible et indécodable pour quelqu'un maintenant. Il doit être en train de scander une incantation. Personne et pas même Senji n'est en mesure de comprendre ce qu'il peut bien dire. Mais, cette fois-ci, les ossements ne bougent pas. Tout reste ''calme'' au sol.

Mais, ce qui va surprendre la totalité des Elfes, c'est qu'un rayon qui semble provenir du ciel lui-même s'abat sur le sol. Il doit s'agir du sort lancé par le séraphin. Tout le monde est aveuglé par cette lumière blanche pure. Il est impossible de voir ce qui peut se passer pendant les deux minutes où cette lumière inonde la forêt. Puis, la colonne de lumière finit par se transformer en mer de lumière dans la forêt, comme pour la purifier du mal qui l'envahit. Si on s'élève du sol, on ne pourrait voir que du blanc, un blanc pur, immaculé, plus pur que la lumière des étoiles. Une fois que cette lumière finit par disparaître, tout ce qu'on peut voir, c'est Elhahr debout, son épée à la main, et les dix-neuf autres soldats derrière lui.

- Que … que s'est-il passé ?, dit Senji.
- Ces squelettes ont été expédiés à nouveau dans l'au-delà, dit Elhahr. Une force maléfique les ont ramenés à la vie et je me suis occupé de la leur reprendre à nouveau.

Sur le coup, personne n'ose dire un mot, ni même exprimer le moindre son. Elhahr a fait une grande démonstration de ses compétences en magie blanche et en combat à l'épée. Visiblement, ce sort a dû l'épuiser un peu, puisqu'il se tient un peu sur son épée. C'est pour cela qu'il s'est mis en retrait lors du dernier assaut des squelettes. Sa concentration devait être amenée à un certain niveau pour pouvoir relâcher toute cette énergie. La plupart des Elfes se relèvent petit à petit de ces événements, sauf ceux qui ont subi des coups d'épée et qui sont étendus sur le sol. C'est le moment que choisit l'un d'entre eux pour laisser échapper un léger cri de douleur quant à une blessure subie à l'épaule gauche. La lame a dû transpercer l'armure et pénétrer dans la chair, voire même fissurer la clavicule. Senji entend la plainte et se hâte de trouver des herbes médicinales dans la forêt. Par chance, il y en a quelques unes qui sont au pied d'un grand saule près de l'endroit où ils se trouvent. Il les arrache et les met dans un espèce de petit bol où il les malaxe. Pendant quelques secondes, il prononce des incantations en elfique et finit par appliquer ses mains avec des morceaux de plantes sur les plaies de chacun des trois soldats Elfes touchés lors de ces combats.

Quelques minutes plus tard, et quelques bandages utilisés, tout le monde est de nouveau sur pied et prêt à repartir. Chaque soldat a son paquetage sur les épaules, sauf les blessés qui, par précaution, avanceront un peu allégés – Elhahr et Senji s'occuperont de porter des charges supplémentaires. Pour une fois, Elhahr n'a pas envoyé de décharge électrique à l'Elfe Noir, même s'il n'avait aucune raison de le faire. Cependant, des craquements de branche se font entendre dans la forêt, quelques instants avant qu'Elhahr n'ordonne à toute l'équipe de reprendre la route. Le séraphin s'arrête net de bouger et repère immédiatement l'endroit d'où semblent provenir les craquements. Chaque Elfe se prépare à nouveau à reprendre son épée et à se battre, lorsqu'une voix plutôt cristalline se fait entendre :

- Du calme, du calme.
- Qui est-là ?, lance Elhahr. Montrez-vous !
- Faites attention à ce que vous souhaitez, Seigneur Elhahr, dit la voix.
- Je vous ordonne de vous montrer !, répète Elhahr.
- Si telle est votre volonté, alors je vais me montrer à vous, dit la voix.

L'atmosphère de la forêt devient un peu plus fraîche, pas au point d'être gelée mais on s'en rapproche. En respirant, Elhahr se rend compte qu'il fait plus froid, avec la buée qui émane lors de ses expirations. Une silhouette s'avance dans la faible obscurité de la forêt. Cette silhouette semble élancée, pas plus d'1,85 mètres. Mais elle n'est pas seule. D'autres silhouettes la suivent, plus petites, un peu la même taille que les squelettes dont les Elfes sont difficilement venus à bout. Il y a en tout quinze silhouettes, en comptant la plus grande.

Celle-ci se distingue par la tenue qu'elle porte. En effet, lorsqu'elle est à portée de vue, elle est plus facile à décrire. Enfin, ''décrire'' est un bien grand mot étant donné qu'on ne peut pas voir le visage de la personne qui se meut dans l'obscurité et la brume. Elle est vêtue d'une sorte de robe vert bouteille, presque noire, des épaulettes dorées et d'une cape noire qui couvre son visage. Le plus étonnant sur son visage, c'est qu'il est couvert par un masque, en plus d'être couvert par la cape. Ce masque est argenté et représente un visage quelconque. Les mains de cette personne sont sans doute gantées ou bien les manches de la robe sont trop longues. Quant aux autres silhouettes, elles représentent toutes la même chose, c'est-à-dire des créatures démoniaques vêtues de capes noires. Celles-ci scandent une phrase qui semble perturber Senji :

- Il possédera le monde dans le creux de ses mains ! Il possédera le monde dans le creux de ses mains ! Il possédera le monde dans le creux de ses mains !
- Qui êtes-vous ?, lance Elhahr.
- Voyons ! Cela fait si longtemps que nous ne nous sommes pas revus, Seigneur Elhahr, dit la grande silhouette avec sa voix cristalline.
- …
- Ne me dites pas que vous ne reconnaissez plus vos vieux compagnons …
- Disons que lorsqu'ils sont masqués, j'ai un peu de mal, plaisante Elhahr, même si ce n'est pas tellement le moment d'essayer de détendre l'atmosphère.
- Et si je fais ça …, dit la silhouette en retirant son masque d'un mouvement de la main.
- … Toi ?!

Le masque laisse place à un très beau visage, presque comme celui d'un Elfe. Quelques mèches de cheveux d'un blond elfique sont visibles. Son nez est d'une beauté incomparable. Même la plus belle statue du monde n'arriverait pas à reproduire ce nez. Ses yeux en amande sont d'un violet profond, un peu comme celui d'une améthyste dans laquelle on y aurait inséré de l'encre noire. La personne sourit de façon démoniaque et salue toute la compagnie d'Elhahr.

- Est-ce que je suis plus reconnaissable sous cette forme ?, dit-il de sa voix cristalline.
- Alors ce n'est vraiment pas une blague, dit Elhahr.
- J'ai l'air d'être une blague ?
- Et dire que je n'aurais jamais pensé à vous revoir vivant, Démon Andralon, lieutenant de Nephomet.
- Toujours aussi porté sur les titres à ce que je vois.
- Êtes-vous ici pour combattre ?, demande Senji.
- Oh … mais que vois-je ? Le petit corbeau est finalement sorti de sa cage ?, dit Andralon en remarquant la présence de l'Elfe Noir. Je croyais que vous étiez forcé de rester dans votre petite cellule. … Oui, j'ai eu vent de ce qui vous est arrivé. En même temps, quand vous pouvez vous métamorphoser en papillon et traverser la mer pour arriver jusqu'à cette horreur architecturale que vous autres appelez Lietas …
- Je me sens bien là-bas mais … j'avais envie de faire un petit tour à pied, dit Senji.
- Quel bon vent vous amène dans cette partie de la forêt d'Okahara ? Je pensais que vous autres, Elfes, n'osez plus remettre les pieds dedans depuis toutes ces horreurs que vous avez commis envers nos soldats.
- Je voulais savoir si vous autres, créatures infâmes de l'obscurité, étiez revenues, dit Elhahr. Mais à présent, je vois que mes craintes sont bel et bien fondées.
- Et qu'allez-vous faire ?, lance Andralon. Faire comme la dernière fois et vous retrouver seul. Je vous rappelle que vous avez perdu également deux êtres humains.
- Ne me rappelez pas mes erreurs, dit le séraphin. Il n'a pas besoin d'être mis au courant des détails concernant ces deux humains. Quant à notre présence ici, on est là pour vous anéantir vous et sans doute les deux monstres qui vous servent d'acolytes.
- Ne pourrait-on pas en finir avec lui maintenant ?, propose Senji.
- En réalité, la personne que vous avez devant vous n'est qu'un pur esprit, dit Elhahr. Le vrai Andralon se situe quelque part ailleurs et probablement dans son petit refuge minable en Ostiàr.
- Quelle perspicacité !, dit Andralon. Vous m'épaterez toujours, Elhahr. Mais il est trop tard. Votre petite quête est vouée à l'échec. Le Seigneur Ultime des Ténèbres fera bientôt son retour sur cette terre et il écrasera tous ceux qui représentent une menace à sa destinée de régner sur le monde.

Elhahr lance une petite boule d'énergie qui atteint l'image d'Andralon. Celle-ci s'estompe immédiatement, tout comme les autres petites silhouettes. En tout cas, cela aura eu pour effet de confirmer certaines des craintes d'Elhahr : les Démons sont de retour en Endlenda. Et leur ambition est de faire revenir leur Maître Suprême. Elhahr ordonne à ses compagnons de reprendre la marche vers l'Est, afin de sortir de la forêt le plus rapidement possible. Toute une détermination se lit sur le visage de chaque Elfe, avançant sans relâche sous l'éclat d'une lumière émanant d'Elhahr, la lumière d'un espoir … un espoir de voir une vie libérée de la présence du Mal en Endlenda. Sous cette petite boule blanche brillant intensément, les Elfes continuent leur chemin qui doit les mener en Ostiàr, la dernière étape dans leur long, pénible et périlleux périple.


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Dim 4 Mar - 23:35
Chapitre 35.5 - Les souvenirs d'une jeune Elfe aux cheveux argentés ...

Spoiler:
Décidant de détourner son attention de l'expédition de son mentor, Kaly tente de se changer les idées en se baladant dans les nombreux couloirs du Palais d'Endlenda. La Dame du Palais – au moins temporairement – a l'air soucieuse. Elle se trouve dans une aile du Palais où le ciel est perceptible à travers les nombreux arcs. Elle se promène en pleine nuit, avec de nombreuses torches, qui donne une certaine luminosité dans ce couloir. Le silence est présent dans cette aile du Palais. Elle marche depuis quelques heures et elle n'a croisé aucun autre Elfe. Il doit être aux alentours de minuit, peut-être passé depuis plus d'une demi-heure. Vers cette heure, les seuls Elfes qui sont encore éveillés sont les gardes qui font leur tour de ronde ; ceux qui se sont enivrés lors du repas et qui commencent à dégriser ; des prêtres divinatoires qui regardent les étoiles pour tenter de réaliser des prédictions ; et ceux qui n'arrivent pas à trouver le sommeil. C'est le cas de Kaly. Elle s'approche et s'accoude sur une des nombreuses arches du couloir. Elle regarde le ciel étoilé, l'air extrêmement pensive. Pourtant, sa petite solitude est troublée par des bruits de pas extrêmement doux. Kaly ne tourne pas la tête mais réussit à dire :

- C'est toi Myrhià ?
- Tu es devenue très douée Kaly, répond l'Elfe du nom de Myrhià.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?, demande Kaly.
- Comme toi, je me promène dans le Palais.

Kaly tourne un peu la tête, accoudée sur un bras et regardant sur sa droite dans le couloir. Myrhià s'avance doucement, un sac en bandoulière sur l'épaule. La jeune Elfe blonde aux yeux verts pétillants portant une longue robe bordeaux aux manches smaragdine et avec les bords flavescents s'accoude juste à côté de son amie. Les deux Elfes se regardent et sourient en même temps. Myrhià dit alors :

- On doit se connaître depuis près de cinq cents ans et tu n'as pratiquement pas changé. Toujours aussi élégante et puissante.
- Oui, ça fait longtemps en effet, répond Kaly.
- Tu te fais toujours du souci pour l'expédition du Seigneur Elhahr ?
- Évidemment.
- Je ne sais pas s'il va survivre.
- Tu sais bien qu'il est plus puissant que ces Démons. Il ne faut s'inquiéter pour lui.
- Je le sais.
- Je sais qu'il compte beaucoup pour toi.
- Elhahr, Senji et Gythè sont pratiquement tout pour moi. Sans eux, je crois que je ne serais pas devenue ce que je suis.
- Ces trois personnes sont vraiment parfaites. Et elles t'ont vraiment bien élevée.
- Je garderai éternellement leur souvenir en moi, dit Kaly en regardant le ciel étoilé.
- J'aimerais bien revoir tout ce qui a pu t'arriver depuis que tu es ici.
- Tu veux qu'on fasse un voyage mémoriel dans mon esprit ?
- Si ça ne te dérange pas. En tout cas, on va bien s'amuser toutes les deux.
- Je crois aussi. Ferme les yeux.

Myrhià s'exécute et une sorte de petite détonation sonore survient. Puis, lorsqu'elle ouvre à nouveau les yeux, elle et Kaly se trouvent au Palais d'Endlenda, en plein jour. Pourtant, lorsqu'elles ont commencé le début de cette petite expérience, il faisait nuit noire. Cela semble perturber un petit peu Myrhià. Les deux Elfes se trouvent dans une petite salle éclairée par la lumière du dehors. Cette petite salle est en fait une chambre, et qui est sans doute attribuée à quelqu'un de très important dans le Palais. Le lit est une œuvre d'art, dans le style Louis XV, donc qui n'a pas été fait par des Elfes n'ayant pas exploré le monde des hommes. Les baldaquins sont sculptés avec une maîtrise tellement parfaite. Les rideaux sont également magnifiques, avec une belle utilisation de tissus argentés, dorés et de la soie. Les autres meubles font également de cette chambre un endroit plutôt cossu. Il y a même un petit lit au pied de ce lit à baldaquins, avec quelqu'un dedans, un bébé en train de pleurer. Une des deux personnes qui se trouve dans le grand lit se réveille et se lève pour aller voir le bébé. L'Elfe qui se lève est une très belle femme portant une longue robe céruléenne. Ses cheveux sont argentés et tombent jusqu'au niveau du bassin. Elle s'approche du berceau avec un grand sourire, puis elle porte le bébé qui s'y trouve et le serre dans ses bras.

- C'est fini, Kaly. Maman est là. Ne pleure pas …, dit-elle en berçant le bébé dans ses bras. Je suis là …

À l'autre bout de la chambre, Kaly et Myrhià contemplent cette scène empreinte d'une tendresse maternelle. Kaly rougit un petit peu tandis que son amie sourit beaucoup. Il doit s'agir d'une des premières journées que Kaly a passé au Palais d'Endlenda – ou du moins une des premières journées dont elle se souvient. Gythè marche un petit peu avec le bébé Kaly dans ses bras tandis que le Seigneur Elhahr se réveille à son tour, souriant un peu bêtement et sans doute encore un peu endormi. Il regarde avec attention son épouse s'occuper à merveille d'un petit bébé. Puis, Gythè vient s'asseoir à côté d'Elhahr, qui prend également Kaly dans ses bras. Cette scène émeut beaucoup Kaly, qui a quand même réussi à s'en souvenir. D'après Elhahr, à cette époque, l'Endlenda était quasiment pacifique même si des disparitions d'Elfes étaient un phénomène plutôt courant. Le bébé gazouille un peu dans les bras de sa maman.

Soudain, une sorte de tourbillon de poussière survient dans cette chambre, laissant place à la salle d'entraînement qu'Elhahr affectionne particulièrement. Kaly et Myrhià viennent de changer de souvenir – et occasionnellement de faire un petit saut dans le temps –. Elhahr se livre à son passe-temps préféré, qui est de se battre contre des mannequins animés par la magie. Il claque des doigts, ce qui fait se mouvoir les mannequins. Ceux-ci avancent rapidement vers Elhahr, armés de longues épées recourbées. Et le Seigneur du Palais recule son pied droit pour avoir un meilleur angle afin de dégainer son épée flamberge. Une fois l'épée sortie de son long fourreau, Elhahr dégomme chaque mannequin avec une facilité déconcertante, limite insultante. Une fois cette ''joute'' terminée, il entend qu'on frappe à la porte de la salle. La personne qui entre est aisément reconnaissable puisqu'il s'agit de son épouse. Et sur son épaule, se tient une jeune Elfe, haute comme trois pommes, vêtue d'une jolie petite robe noire dans le style gothique. Elle a déjà des cheveux blancs qui tombent au niveau du cou et qui lui cachent une partie du visage, dont l'œil gauche. Un petit nœud noir est attaché à la manière d'une jolie barrette. Elhahr se retourne et regarde les deux personnes qu'il aime le plus entrer dans la salle.

- Seigneur Elhahr, j'ai quelque chose à vous montrer … ou du moins, Kaly veut vous montrer ce qu'elle sait faire.
- Oh ! Je veux voir ça.

Elhahr s'agenouille à au moins dix mètres de Gythè, qui dépose Kaly à terre, en la tenant par le bras. Dans le monde des hommes, Kaly n'aurait pas plus d'un an et demi mais elle en a déjà quatre dans le monde des Elfes. La Dame du Palais s'adresse à la petite Elfe, qui a l'air un peu déconcertée mais toute souriante :

- Tu lui montres ce que tu sais faire ?
- Oui …, répond la petite voix fluette de Kaly.

Elle réussit à se tenir debout, Gythè lui lâchant la main. Elle fait un pas, puis un autre et encore un autre. Elle titube un petit peu, ce qui l'oblige à tendre les bras pour garder un certain équilibre. Elle parcourt un mètre … deux … cinq … neuf … avant de tomber dans les bras d'Elhahr qui a senti qu'elle allait tomber tête la première. Il la rattrape en lui tenant les épaules. Le Seigneur du Palais est tout ce qu'il y a de plus heureux en voyant ce que Kaly vient de faire. Néanmoins, la jeune Elfe a l'air triste :

- Pourquoi cet air si triste ?, demande Elhahr.
- J'ai mal aux pieds …, répond la petite Elfe.
- Tu as réussi à marcher, c'est une grande chose. Faut pas être triste, répond Elhahr, qui a un grand côté sentimental quand il s'agit d'une relation père-fille. Regarde …

Elhahr redresse la petite fille et la pose sur son épaule droite. Kaly a une belle vue sur la soixantaine de mannequins découpés et réduits en bouillie par Elhahr. Ce dernier dessine un arc de cercle avec son index et son majeur gauche. Les morceaux de mannequins se déplacent tout seuls et se reconstituent. Cela a l'air de faire rire la petite Elfe. Gythè annonce à Elhahr qu'il doit s'occuper de Kaly pendant quelques heures, le temps qu'elle donne ses cours de divination. Le Seigneur du Palais a l'air plutôt content de s'occuper de Kaly, ce qui le dispense d'aller se rendre en séance du Conseil des Sages, l'endroit où il s'ennuie le plus dans le Palais. Avant de passer du temps avec Kaly, Elhahr envoie un des gardes transmettre ce message à un de ses apprentis pour qu'il le remplace.

Puis, ayant toujours Kaly sur son épaule, Elhahr détache les ceintures avec les fourreaux d'épées à sa taille et à ses épaules. Il les range dans une armoire cadenassée. Puis, il s'adresse à la petite Elfe et lui demande :

- Qu'est-ce que tu aimerais faire, petite Kaly ?
- Voler dans le ciel …, répond cette dernière, toute souriante.
- Tu apprends à marcher et tu veux déjà voler ?, plaisante Elhahr.
- Oui … je veux toucher les étoiles.
- On va essayer de le faire.

Il soulève Kaly de son épaule et la tient devant lui. Son joli visage enfantin le regarde avec admiration. Puis, le Seigneur du Palais sourit et tous les deux se dirigent vers l'extérieur du Palais. Une fois dehors, le soleil illumine les yeux de Kaly, qui a du mal à les garder ouverts. Quant à Elhahr, il lui dit alors :

- Tu veux qu'on aille haut dans le ciel ?
- Jusqu'aux étoiles, dit Kaly.
- On va déjà aller jusqu'au toit du Palais. Accroche-toi bien.

La petite fille s'accroche au cou d'Elhahr tandis que celui-ci déploie ses ailes. Puis, ils s'envolent tout en haut du Palais, à près de trois cents mètres de haut. La bambine est on ne peut plus ravie en ayant un beau panorama de l'Endlenda. Puis, après avoir contemplé cet endroit, Elhahr décide de faire une petite promenade dans les airs avec Kaly sur son dos, ce qui l'enchante. Tous deux parcourent une bonne partie du domaine du Palais d'Endlenda, Elhahr ayant déployé ses trois paires d'ailes, et Kaly s'accrochant au cou de ce dernier.

Toujours observatrices de ces souvenirs, Kaly et Myrhià sont totalement absorbées par les souvenirs de l'actuelle Dame du Palais. En tout cas, Myrhià adore voir son amie toute petite, car au moins, elle n'a pas à se faire du souci sur diverses choses. Pour elle, le fait de voir Kaly délivrée de toutes ces inquiétudes est ce que souhaite le plus Elhahr. Après avoir vu cette promenade d'Elhahr avec Kaly dans le ciel d'Endlenda, elles remarquent que la petite Kaly demande quelque chose à Elhahr.

- Est-ce que moi aussi je sais voler ?, demande la petite Elfe.
- Je crois que tu en es capable mais tu es peut-être encore un peu trop jeune pour réussir du premier coup, répond Elhahr.
- Je … je sais que je peux réussir.
- On fait un essai. Voilà, je te dépose.

Elhahr regarde alors Kaly qui a l'air de se concentrer. La petite Elfe a quatre ans, ce qui est un âge raisonnable pour réussir à marcher, car le temps d'éveil de la conscience est nettement plus long que pour un enfant dans le monde des hommes. Et elle paraît déterminée à vouloir réussir à voler. Mais, à la très grande surprise d'Elhahr, la jeune fille réussit à faire pousser deux petites ailes noires, contrastant avec son teint pâle et ses cheveux blancs. Le Seigneur du Palais a l'air vraiment sans voix devant ce que vient de faire Kaly. Elle tente de s'envoler en se servant de ses ailes. Elle bat des ailes autant qu'elle le peut et … elle réussit à s'élever de quarante centimètres, sous les yeux ébahis d'Elhahr. Elle reste en l'air pendant une quinzaine de secondes avant de tomber par terre. Elle se tient le genou, un petit peu écorché. Elhahr la tient dans ses bras. Elle a quelques larmes sur la joue et un petit peu de sang sur le genou.

- Aïe …
- Est-ce que ça te fait mal ?, demande Elhahr en désignant le genou.
- Oui …, répond la petite fille.
- Je vais m'occuper de ça.

Elhahr ferme les yeux et inspire profondément. La légère plaie sur son genou gauche se cicatrise d'elle-même et la peau redevient plus blanche qu'avant. Kaly ne semble pas en revenir. Elle a les yeux grands ouverts et sourit en constatant ce que Elhahr vient de faire. Il pose un petit baiser sur le genou et dit à Kaly en souriant :

- Voilà. Tu n'auras plus mal, mon petit blanc argent.
- Merci beaucoup !, dit Kaly en faisant un câlin à Elhahr.

Kaly et Myrhià assistent à cette petite scène très touchante. Personne n'aurait jamais pensé que Elhahr soit aussi tendre avec quelqu'un d'autre que Gythè. Myrhià est complètement joyeuse de voir son amie comme ça. Puis, les deux jeunes Elfes assistent à un nouveau tourbillon de poussière qui les transportent un peu plus loin dans le temps et dans les souvenirs de Kaly. On la voit quelques temps plus tard – quelques mois plus tard sans doute –, lors de sa rencontre avec Myrhià. Il s'agit de lors d'un cours de divination donné par Gythè. On y voit les deux Elfes, plus jeunes, au sein d'un petit groupe d'Elfes qui assistent au cours. Elles ne doivent pas avoir plus de vingt ans, l'âge minimal pour commencer les cours de divination. Les deux jeunes Elfes attendent que Gythè arrive dans la salle d'étude. Kaly porte toujours sa jolie robe noire et Myrhià porte une petite robe bordeaux et dorée. Ses cheveux blonds sont attachés en queue de cheval. Elles se regardent et sourient.

- Comment tu t'appelles ?, demande la petite Elfe blonde.
- Je suis Kaly. Et toi ?
- C'est un joli prénom. Moi, c'est Myrhià.
- Ton prénom aussi est joli, répond Kaly.
- C'est la première fois que tu viens dans le cours de divination ?
- Oui et toi ?
- Pareil. C'est Dame Gythè qui donne ce cours et je trouve ça très impressionnant.
- C'est ma mère.
- Wow !
- Enfin … c'est pas vraiment ma mère. Elle s'occupe de moi depuis que je suis bébé.
- Je trouve ça génial quand même. Vivre avec Elhahr et Gythè doit être fantastique.
- Je les adore tous les deux.
- Et tu veux faire de la divination ?
- Oui. Je trouve ça très intéressant. Et Gythè est sans doute une très bonne professeur.
- Moi j'aimerais beaucoup être soigneuse.

Les deux Elfes continuent à converser, et occasionnellement à rire jusqu'à ce que Gythè entre dans la salle d'étude pour donner le cours. C'est à partir de ce jour qu'elles sont devenues amies et même inséparables. Dans leur coin où elles observent la scène, Kaly et Myrhià sourient en assistant à cette discussion. Kaly adresse à Myrhià :

- Le soir, Gythè m'avait dit qu'on était adorables toutes les deux.
- J'adorais cette époque, répond Myrhià.

Spoiler:
Le tourbillon de poussière suivant les amène à une journée que les deux Elfes n'oublieront sans doute jamais. Il s'agit du jour où les divers Sages du Palais ont fait passer des tests d'aptitudes magiques aux jeunes Elfes ayant passé vingt ans, dans le cadre d'un apprentissage. Ce genre de test est obligatoire pour pouvoir accéder à certains enseignements. Tous les Elfes disposent de certaines aptitudes magiques. Elles sont décelables à partir de vingt ans et l'orientation de l'apprentissage est déterminé par les résultats. Il est possible que les aptitudes magiques d'un Elfes ne soient pas assez développées à vingt ans, et dans ce cas, il doit suivre un certain entraînement pour pouvoir repasser les tests l'année suivante.

Pour être honnête, ce genre de choses en Endlenda peut être assez mal compris pour ceux qui vivent dans le monde des hommes. Ces tests sont extrêmement importants pour les Elfes, car ils estiment que cela conditionne la vie d'un Elfe. Ils affirment que chaque être vivant à un rôle à remplir et que personne n'a été crée pour ne rien faire. C'est pour cela qu'ils organisent ce genre de test, pour voir quelle peut être la fonction de telle personne. Avant de pouvoir passer ces examens, il faut suivre une certaine formation de quatre ans qui confère des bases générales sur les différents apprentissages et les compétences à assimiler pour les tests. Il est possible d'échouer aux tests et les malheureux auxquels cela arrive sont obligés de suivre une nouvelle formation plus intensive pour repasser l'examen l'année suivante.

Kaly et Myrhià étaient évidemment toutes les deux convoquées et accompagnées de l'un de leurs parents. Myrhià était avec sa mère et Kaly avec Gythè – Elhahr organisant la séance et Gythè a préféré rester avec Kaly pour l'empêcher de perdre ses moyens plutôt que de juger les compétences en divination. La plupart des autres Elfes convoqués étaient totalement surpris de voir le Seigneur du Palais et son épouse au même endroit.

- Je me sentais gênée ce jour là, dit Kaly à Myrhià.
- Je pense bien.

Les Elfes passaient une série de tests en tout genres : psychologie et philosophie, théorie magique, pratique, soins, combat à l'épée, vol et bien d'autres un peu plus complexes à décrire. C'est au tour de Myrhià et elle se révèle effectivement très douée pour tout ce qui concerne les soins. Elle obtient le meilleur résultat des tests en ce qui concerne cette discipline. La responsable de l'infirmerie du Palais insiste pour la prendre sous son aile dans le cadre d'un apprentissage, choix validé à l'unanimité par le jury et Elhahr. Myrhià, toute contente de cette nouvelle, retourne à l'intérieur de la salle de préparation mentale, utile avant un test de cette ampleur pour maintenir une forme de concentration maximale. Kaly et Gythè se trouvent dans cette salle.

- Alors ?, demande Kaly.
- Note maximale en soin !, répond Myrhià, toute joyeuse.
- Génial !!!

Kaly saute au cou de son amie pour la féliciter. Il est vrai que Myrhià a passé des mois et des mois à dévorer tout ce qui a pu relever de la médecine elfique dans la Bibliothèque du Palais. Et là, elle a enfin réussi à avoir ce qu'elle voulait par-dessus tout. Et à présent, c'est au tour de Kaly de se présenter face au jury. Avant de sortir de la salle, elle va dans les bras de Gythè qui lui dit :

- Tout va bien se passer, ma chérie. Ne t'inquiète pas, dit Gythè d'une voix douce. Tu vas réussir, mon petit ange argenté.

Elle dépose un petit baiser sur le front de la jeune Elfe, dont les cheveux blancs ont déjà commencé à prendre une teinte grise, presque comme ceux de Gythè. En fait, Kaly a voulu avoir la même couleur de cheveux car elle trouve cela vraiment magnifique. Kaly finit par sortir de la salle de préparation mentale pour arriver face au jury composé de dix Elfes et de Elhahr. Ce dernier lui sourit. Les tests commencent et celui de psychologie se révèle plutôt satisfaisant. Kaly ne présente pas de troubles mentaux. Les soins se révèlent un peu moins bons que ceux de Myrhià mais c'est largement acceptable. La divination n'est pas assurée par Gythè – ce qui est étrange car elle est la Grande Prêtresse du Palais – et il s'agit de la meilleure note obtenue sur tous les candidats qui ont passé. La séance de vol est excellente. Pour le combat à l'épée, celui qui fait passer le test est un maître-épéiste du nom de Senji. Myrhià demande à Kaly :

- C'est bien le Senji qui a vécu à Lietas avant de partir en expédition ?
- Oui, c'est lui avant sa folie.
- C'est fou ce qu'il était différent.
- Tu n'avais pas eu d'épreuves à l'épée ?
- Ce n'était pas lui que je devais affronter.

Les séances de combat à l'épée se déroulent plutôt bien pour la jeune Elfe. Elle doit montrer sa capacité à se défendre et à parer les coups sans avoir recours à la magie. Le but est de tenir le plus longtemps avant de se faire désarmer. Le maître-épéiste n'a jamais été désarmé lors des tests et il semble inconcevable qu'il soit vaincu, l'exception réside chez Elhahr qui n'a même pas eu à se défendre plus de trois secondes avant de désarmer le maître-épéiste de l'époque. Le record de l'épreuve face à Senji est de vingt minutes, la durée maximale de cette épreuve. Le jury semble très attentif à la performance de Kaly, qui réussit à tenir tête à son adversaire du jour, malgré le fait qu'elle est tombée à terre deux fois sous le coup de l'inattention. Elle s'est relevée et continue de se battre. Elhahr change totalement d'expression et est vraiment plus observateur au comportement de sa petite protégée. Kaly s'est rarement entraînée à l'épée et pourtant, elle donne énormément de fil à retordre à Senji. Gythè assiste également aux tests de sa ''petite chérie'' depuis une fenêtre de la salle de préparation mentale et elle semble vraiment fière de la détermination de Kaly.

Puis, après une vingtième passe d'armes, et un combat qui dure depuis près de seize minutes, Kaly commence à être essoufflée. Sa respiration est de plus en plus forte. Senji y voit une petite ouverture pour tenter de désarmer son adversaire. Les deux combattants lèvent légèrement leur épées au ciel avec les deux mains en attendant de donner le premier coup et la suite est époustouflante. Les coups résonnent de plus en plus et Senji semble prendre un avantage psychologique sur la jeune Elfe, sans doute épuisée. Mais au moment où le jury pense que Kaly va être désarmée, elle parvient miraculeusement à arrêter une attaque sournoise au niveau de la jambe. Elle repousse chaque coup de Senji avec une agilité impressionnante, pour finalement effectuer une pirouette, afin de se retrouver derrière Senji et lui placer son épée au niveau du cou. Senji ne peut absolument rien faire et se retrouve contraint de lâcher son arme. Ce dernier n'en revient pas ses yeux, tout comme le jury. Elhahr a une expression plus mesurée car il sait très bien que Kaly est capable de ce genre de prouesse. En effet, depuis qu'elle est toute petite, elle adorait participer aux entraînements d'Elhahr. Elle a même essayé de tenir son épée flamberge, ce qui l'a bien amusée.

Après le combat à l'épée vient ensuite le test de théorie et de pratique magique. Et le jury est mystifié devant les compétences démontrées par la jeune Elfe. Même Elhahr n'en revient pas. Décrire ces tests de magie de façon précise est extrêmement compliqué mais ce qu'il faut en retenir, c'est la façon dont Kaly accomplit chaque exercice. On lui demande de produire un sort qui produit un éclair, celui qu'elle a fait est tellement puissant que certains examinateurs ont cru que le sol tremblait. Un autre exercice consiste à faire léviter un adversaire qui tente d'attaquer de front est réussi à la perfection. Kaly réussit même à bloquer une dizaine de sorts expédiés de tous les côtés. Pour cela, elle n'a eu qu'à prononcer une formule en elfique qui a comme gelé les sorts qui lui étaient adressés. Puis, d'un mouvement de la main, elle renvoie les sorts à l'envoyeur. Cette petite démonstration n'a l'air de rien mais elle est très révélatrice sur le potentiel magique de Kaly. Elle persuade surtout le jury de lui attribuer la note maximale.

- Elle est extrêmement douée, dit un des membres du jury.
- Je suggère qu'elle fasse un apprentissage avec le Seigneur Elhahr, dit un autre. Elle pourra développer cet immense potentiel.

Visiblement, les membres du jury sont unanimes quant au choix du maître d'apprentissage. Elhahr se sent un peu gêné devant tout cela. En même temps, il a élevé Kaly depuis le berceau. Il tient à dire qu'il n'a pas influé sur les capacités de Kaly et même qu'il semblait les ignorer, ce qui surprend les autres Elfes. Puis, le verdict tombe et Kaly apprend qu'elle a la possibilité de suivre à la fois un apprentissage en divination et en magie, et que les personnes qui s'occuperont d'elle ne sont autre que Gythè et Elhahr. Ce dernier ajoute également :

- Kaly, je pense que le fait de vous donner également quelques leçons de combat à l'épée n'est pas une mauvaise chose. Je suis conscient que les deux enseignements choisis sont parmi les plus difficiles et les plus éprouvants.
- Pensez-vous que cela sera bénéfique ?, répond Kaly.
- Je le pense en effet, répond Elhahr.
- Qui sera mon instructeur ?
- La personne qui se tient à côté de moi et que vous avez battu aisément, Senji.
- Aisément ? Vous n'avez honte de rien !, répond Senji.
- Fermez-la vous, glisse Elhahr.
- En tout cas, je suis très ravi d'être votre maître d'armes, demoiselle Kaly, dit Senji en faisant un baisemain à Kaly, dans une posture digne de roman de chevalerie.
- Je serai également ravie d'apprendre avec vous.

Assistant à cette journée de tests, Myrhià et Kaly se rendent compte à quel point elles ont accompli un parcours énorme depuis le tout début de leur vie. Les deux Elfes semblent conserver ce souvenir assez précieusement.

- J'avais oublié que tu avais réussi à désarmer Senji, dit Myrhià.
- J'ignorais que j'avais des compétences en magie qui étaient assez développées à cet âge répond son amie. Mais toi, j'avais vu à quel point tu les as étonnés avec tes dons en soins.
- On était les deux meilleures aux tests.

Les souvenirs de la vie de Kaly qui suivent montrent le fil de l'apprentissage qu'elle a reçu de la plupart des plus éminents membres du Conseil des Sages. On la voit s'entraîner à l'épée contre Senji par tous les temps. Même lors d'un hiver particulièrement froid où l'usage de la magie était interdit, Kaly réussissait à se défendre pendant une heure avant de céder, en partie à cause d'une température corporelle basse. C'est limite si elle se confondait dans le paysage. Seule sa robe noire la distinguait du couvert neigeux. La plupart du temps, elle se faisait battre par Senji, ne réussissant à le désarmer que quelques fois tant sa vitesse de déplacement est élevée. Elle apparaît ensuite dans des séances de divination en compagnie de sa mère adoptive, Gythè, où elle se révèle être très douée. Les cours de divination sont particulièrement compliqués à comprendre. Cela explique sans doute le fait qu'Elhahr n'a jamais eu envie d'y assister.

Spoiler:
Et c'est à partir du début de cette formation que la santé de Gythè commençait à décliner. Elle passait beaucoup de temps dans sa chambre – près de seize heures par jour –, et ne recevant que quelques visites, principalement d'Elhahr, de Kaly et des médecins, dont Myrhià. La plupart du temps, elle économisait ses forces pour les cours de divination. Kaly a vite compris que ce qui l'a atteint est quelque chose qui risquait de l'emporter et cela la rendait triste de la voir comme ça. Même Elhahr montrait des signes de tristesse en voyant son épouse dans cet état-là. Cependant, elle sortait beaucoup pour prendre l'air, accompagnée de quelques Elfes avec lesquels elle adorait discuter, et deux membres de la garde.

Puis, Kaly et Myrhià sont transportées à un autre moment du passé. Dans ce souvenir, Kaly se trouve sous un grand chêne dans la cour du Palais, en train de lire un livre sur l'étude des runes anciennes. Après qu'elle a terminé de lire ce livre, elle se leva du petit banc de pierre pour revenir à la bibliothèque rendre ce livre. Cependant, elle ressent une douleur fulgurante au niveau de la cheville. Elle pousse un hurlement à glacer le sang et titube. À une cinquantaine de mètres sur sa gauche, Kaly réussit à apercevoir Senji qui se promenait dans le parc. Elle tente de l'appeler mais aucun son ne sort de sa bouche. Elle tombe d'épuisement et … est rattrapée in extremis par Senji qui vient de foncer comme une fusée au secours de son élève. Il remarque que la cheville gauche est devenue toute cyanosée. En posant sa main sur le front de Kaly, il dit :

- Tu es brûlante et trempée de sueur ! Qu'est-ce qui s'est passé ?

En regardant non loin du petit banc de pierre, il aperçoit une masse sombre qui bouge de façon assez étrange. De plus près, il se rend compte qu'un serpent d'une couleur gris métallique se trouve près de la jeune Elfe. Il se rend compte que ce serpent fait partie de la catégorie des venimeux. Sur le coup, Senji recule et appelle à l'aide. Un autre Elfe qui a entendu l'appel arrive en courant et constate la scène : Kaly inconsciente ; Senji qui tente de la défendre contre ce serpent qui revient à la charge. Cet Elfe, du nom de Dùhin, est un ami proche d'Elhahr. Sans réfléchir, il dégaine son épée et coupe le serpent en trois, en sectionnant notamment le bout de la tête avec les crochets du reste du corps.

- Je me souviendrai toujours de cette journée, dit Kaly, un peu triste. J'ai frôlé la mort à cause de ce serpent.
- Je me souviens aussi, répond Myrhià.

Les deux Elfes regardent Senji et Dùhin prendre en charge le corps de la jeune Kaly. D'abord, ils font un garrot au niveau de la cheville pour empêcher la propagation du venin à tout l'organisme. Puis, Senji tente d'inciser la plaie mais ses mains tremblent. C'est à ce moment qu'Elhahr arrive, accompagné de six Elfes après une séance du Conseil des Sages. Il demande ce qui se passe et sa réaction est celle d'un père choqué d'apprendre que sa fille est en danger de mort. Il arrive en quatrième vitesse au niveau du petit groupe.

- Dépêchez-vous de retirer le poison !, hurle-t-il.
- Il s'est infiltré dans l'organisme. Elle risque de mourir !, répond Dùhin.
- Qu'on l'amène d'urgence à l'infirmerie !!
- Oui, mon Seigneur !

Trois minutes plus tard, Kaly est étendue sur un lit d'hôpital, avec pas moins de sept médecins à son chevet pour tenter d'éliminer le poison de l'organisme. Comme Kaly est considérée comme la fille d'Elhahr et de Gythè, si Elhahr a été choqué en apprenant qu'elle a été mordue à la cheville par un serpent, la réaction de Gythè est sans doute dix mille fois pire. Elle accourt à l'infirmerie après avoir appris cette terrible nouvelle. Elhahr se tient devant la porte et voit son épouse en pleurs qui atterrit dans se bras :

- Ne … Ne me dites … pas qu'elle …, dit-elle en pleurant toutes les larmes de son corps.
- D'après Myrhià, elle a un mince espoir de rester en vie.
- Je … Je ne veux … pas qu'elle …
- Mais non, mais non. Elle ira mieux, je vous le jure.

Gythè est inconsolable. Elle est toujours serrée à Elhahr, en larmes. La preuve de cette affection maternelle émeut énormément Elhahr, qui ne sait pas trop quoi faire pour tenter de calmer Gythè. Une larme semble même couler sur sa joue. Pour eux, c'est comme si Kaly était réellement leur fille et un parent n'aimerait en aucun cas voir leur fille quitter la vie. Pendant trois jours, Gythè reste dans sa chambre, attristée comme jamais. Même Elhahr ne cherche pas à penser à autre chose. Le pire, c'est qu'ils ne peuvent même pas entrer à l'infirmerie pour voir leur ''blanc argent'' – le surnom qu'Elhahr a donné à Kaly en raison de son teint pâle et de ses cheveux argentés –. Et le fait de ne pas pouvoir être mis au courant de la situation rend Gythè encore moins consolable. Elle n'a pas dormi les trois jours suivant l'accident, passant son temps à pleurer.

- Je n'ose pas imaginer leur réaction si jamais j'y avais laissé ma peau sur cet accident, dit Kaly en constatant la réaction de ses parents adoptifs.
- Je crois qu'il ne vaut mieux pas y penser, répond Myrhià.

À la fin du troisième jour d'attente, la médecin-chef du Palais annonce à Elhahr et Gythè que Kaly est à présent hors de danger. Un soulagement des plus profonds envahit le Seigneur du Palais et la Grande Prêtresse du Palais.

- Pouvons-nous la voir ?, insiste Gythè, la voix tremblotante.
- Bien sûr, répond la médecin-chef. Elle se repose mais je vous autorise à la voir.
- Combien de temps restera-t-elle ici ?
- Au moins quinze jours à l'infirmerie et je suggère qu'elle ne reprenne aucune forme d'apprentissage pendant un mois après sa sortie de l'infirmerie.
- D'accord. Encore merci pour tout, dit Gythè, extrêmement rassurée.
- Vous voyez, dit Elhahr son épouse, elle ira mieux.
- Je suis tellement soulagée, dit Gythè en serrant le Seigneur du Palais dans ses bras.

Sans hésiter, elle ouvre les portes de l'infirmerie et aperçoit son ''petit ange argenté'' étendu sur le lit le plus éloigné de l'infirmerie. Elle et Elhahr s'approchent et constatent une certaine tranquillité sur le visage de Kaly. Gythè s'assied sur une chaise et pose sa main sur le visage de l'Elfe endormie. Elhahr pose sa main sur l'épaule de son épouse et tous les deux restent dans cette position un long moment. Tous deux contemplent le caractère placide du visage de Kaly.

- Je ne veux plus qu'il lui arrive ce genre de chose, dit Gythè.
- Et je vous promets qu'il ne lui arrivera plus rien de grave tant que je serai là pour la protéger, répond Elhahr.
- Je ne veux pas que mon petit ange argenté s'en aille tout de suite. Elle a encore tant de choses à découvrir dans ce monde. Et je suis sûre que je ne pourrai pas assumer ce rôle bien longtemps.
- Tant que nous resterons unis, tout ira bien. Je vous ai promis que je veillerai sur elle jusqu'à mon dernier souffle. L'amour que vous lui avez donné et que vous continuerez à lui donner jusqu'à votre dernier souffle sera la meilleure des protections dont elle bénéficiera.
- Vous en êtes sûr ?
- Absolument. … Venez. Laissons-la se reposer.

Elhahr et Gythè sortent donc de l'infirmerie, laissant ainsi Kaly dormir paisiblement. Ils apprennent que le serpent qui s'en est pris à elle est un mambo noir, une des espèces les plus venimeuses et les plus dangereuses qui existe. Quant à Kaly et Myrhià qui continuent d'observer la scène, elles paraissent totalement silencieuses. Kaly finit par dire :

- Heureusement que tu étais là.
- Tu sais, je n'ai fait que bander la cheville après que le poison a été sorti. Tu es revenue de loin après cet accident. Je revois encore Gythè toute triste pendant les quinze jours où tu es restée à l'infirmerie.

Le souvenir suivant montre à nouveau Gythè de plus en plus affaiblie. Kaly se trouve à ses côtés. Les deux Elfes se promènent au bord du lac d'Yishral, à l'ouest du Palais. La grande Elfe aux longs cheveux argentés et à la robe bleue nuit est obligée de marcher avec une longue lance. Sur l'un des deux bords se trouve une sorte de croix celtique avec une pique à chacune des trois extrémités. Apparemment, il s'agit d'un artefact magique extrêmement puissant que seule la Grande Prêtresse peut utiliser. Même le Seigneur du Palais n'a pas le droit de s'en saisir directement. Kaly et Gythè discutent au bord de ce lac. Gythè est l'une des rares personnes que Kaly tutoie. Même Elhahr ne tutoie pas Gythè. Par contre, Elhahr tutoyait Kaly quand elle était petite, et ce, jusqu'au jour des tests d'aptitudes.

- Tu es devenue une très belle Elfe et très puissante.
- Tu crois ?
- Absolument. Je crois même que tu pourrais devenir plus forte qu'Elhahr.
- Je ne pense pas. Il est vraiment puissant et je ne peux pas me comparer à lui.

Gythè s'arrête de marcher et regarde Kaly dans les yeux. Le visage juvénile de Kaly rend les yeux de Gythè vraiment illuminés de bonheur. Visiblement, elle est très fière de son ''petit ange argenté''.

- Quand je te regarde, je me souviens du petit bébé que je consolais dans mes bras. Tu étais tout à fait adorable.
- Je regrette de ne jamais avoir connu mes vrais parents, dit Kaly.
- Ils étaient exceptionnels, crois-moi.
- Mais je suis très heureuse d'avoir pu vivre avec toi et Elhahr.
- Et on a été très heureux de t'avoir eu comme enfant.
- Mais je ne comprends pas pourquoi toi et Elhahr n'en avez jamais eu.

Gythè ferme les yeux et une sorte de tristesse semble s'emparer de sa parole, un peu comme si elle sanglotait en même temps que parler. Cela n'échappe pas à Kaly lorsque la Prêtresse lui répond, après avoir lâché un long et profond soupir.

- Tu as dû comprendre que mon état de santé est plutôt mauvais ces dernières années.
- Pourquoi ?
- J'ai eu un grave accident de magie quand j'étais plus jeune.
- …
- Un de mes sorts a dérapé et s'est retourné contre moi. La majeure partie de mon ventre a brûlé, et surtout certains organes internes. Depuis cet accident, je ne peux plus avoir d'enfants, alors que c'est ce dont j'ai toujours rêvé.
- Tu ne m'avais jamais raconté cela.
- Je ne voulais pas que tu te fasses du souci pour moi. Même la magie elfique la plus puissante n'a rien pu faire pour tenter d'arranger les choses.
- Même Elhahr n'a rien pu faire ?
- Il a voulu réduire au plus mes souffrances. Pour cela, il a m'a demandé ma main. Mais cela n'a pas atténué toutes mes souffrances.
- Pourquoi ?
- J'ai appris que mon corps pourrissait petit à petit. La magie elfique est puissante mais pas au point de réussir à prolonger la durée de vie de mon corps. Elhahr a tenté d'utiliser un sort pour ralentir le contrecoup du sort qui m'a mutilée, mais les dégâts sont irréversibles. Bientôt, mon cœur va s'arrêter de battre car il aura été atteint par la pourriture. Et ainsi je m'en irai dans les étoiles.
- Tu … tu veux dire … que tu vas … mourir ?, demande Kaly, un peu secouée par ce qu'elle vient d'entendre.

Gythè se contente d'un signe de tête. L'expression sur le visage de Kaly a radicalement changée, passant d'une jeune fille toute contente à une jeune fille contristée devant une mauvaise nouvelle. Une larme commence à se former. Gythè la remarque tout de suite et s'empresse de l'essuyer avec son pouce. Elle se contente de garder un sourire tandis que son petit ange argenté est de plus en plus triste. Vient alors une parole de Gythè :

- Je sais que tu es triste en ayant appris cela. Sache que je t'ai caché ça jusqu'au moment où tu serais capable de comprendre. N'essaye pas de chercher un quelconque remède pour prolonger ma vie. Je n'ai pas envie de souffrir davantage. Mon corps ne peut plus rien pour moi. Il doit me rester une dizaine de jours à vivre, tout au plus.
- Mais …
- Je vais bientôt devoir rester allongé dans un lit à l'infirmerie. Je veux que tu sois la plus forte possible. Et ne pleure pas mon petit ange argenté.
- La vie sera vide sans toi. J'aurai besoin de toi.
- Et je serai là, dit-elle en désignant le cœur de Kaly. Je serai toujours à tes côtés, où que tu sois.
- Mais … tes cours de divination. Qui les dispensera ?
- Justement, j'allais y venir. Je crois que tu n'as plus besoin de cours. Cela fait près de trois cents ans que tu as débuté cet apprentissage de divination et tu es l'Elfe la plus douée que je n'ai jamais vu. Elhahr est d'accord avec moi, mais il n'est pas très doué dans cette discipline. Je ne sais même pas s'il connaît le sens du mot ''divination''.
- Tu veux dire que …
- Qu'après ma mort, tu endosseras ma responsabilité en tant que nouvelle Grande Prêtresse du Palais.
- Tu es sérieuse ?
- Oui. Je crois que tu es la plus qualifiée pour assumer cette tâche. La diligence sont tu as fait preuve tout au long de ces années m'a incitée à te confier cette tâche importante pour notre peuple. J'y ai longuement réfléchi et c'est la meilleure solution que j'ai pu trouver. Par contre, tu suivras toujours tes entraînements avec Elhahr.
- Et Senji ?
- Je ne suis pas sûre qu'il ressorte de Lietas un jour où l'autre. Je suis consciente qu'il t'a sauvé la vie face à ce serpent dans la cour du Palais mais sa folie le rend dangereux. Il pourrait s'en prendre à toi sans s'en rendre compte.
- Je vois.

Gythè tient à nouveau le visage de Kaly dans ses mains. Celle-ci est toujours aussi triste après l'annonce de la future mort de Gythè, ce qui est totalement logique. Pourtant, cette dernière garde le sourire et lui dit :

- Je veux te voir sourire à nouveau, mon petit ange argenté adoré.
- Tu me manqueras … maman.
- Toi aussi tu me manqueras ma chérie, répond Gythè en serrant Kaly dans ses bras. Tu me manqueras énormément.

Puis, les souvenirs de Kaly défilent, avec le décès de Gythè à l'infirmerie ; Elhahr en larmes devant son corps ; Kaly en train de pleurer également ; la cérémonie d'inhumation dans la crypte du Palais ; les jours de deuil qui suivent ; et la vie qui reprend petit à petit son cours. Kaly et Myrhià versent chacune une larme à la vue de ces événements vraiment émotifs. Myrhià serre son amie dans ses bras, la sentant toute triste.

Après cela, les deux Elfes arrivent au souvenir où Kaly apprend l'existence de la prophétie qui relate de sombres événements dans l'Endlenda et l'arrivée des Quatre Guerriers Légendaires. Seuls Elhahr et Gythè étaient au courant de cette prophétie, même si la légende est connue de tous dans l'Endlenda. Myrhià ne semblait pas la connaître dans les détails. L'un des derniers souvenirs que les deux Elfes observent, c'est le jour de la première rencontre entre Kaly et l'un de ces Guerriers Légendaires, un dénommé Dan Lotyuwi. C'est le jour où Dan a lancé un défi à Warren, et le jour où il est tombé sur le Deck ''Ange Démon'' dans la cave de sa maison. Intriguée, Myrhià lui demande :

- Tu crois qu'il est à la hauteur ? Moi je le trouve trop petit pour être un de ces élus.
- Il est extrêmement puissant. Et je suis sûre qu'il sera celui qui va sauver nos deux mondes du chaos.
- Par contre, je le trouve mignon. Pas toi ?
- Il a un certain charme, je te l'accorde. Mais je crois que son cœur est tourné vers une certaine personne.
- Est-ce que ce serait … ?
- Oui, c'est cette personne là. Bon, si on allait dormir ? Il doit être tard maintenant.
- Je commence effectivement à sommeiller.

Les deux Elfes ferment à nouveau les yeux et se retrouvent dans le couloir du Palais d'Endlenda, à l'endroit même où elles ont débuté leur voyage mémoriel. Puis, elles se saluent en s'inclinant, comme le veut la tradition elfique, et chacune part rejoindre sa chambre. Le sommeil les envahit et elles dorment profondément. Kaly réfléchit un peu à tout ce qu'elle a pu revivre et cela la rend plus que nostalgique. ''Ton souvenir sera toujours gravé dans mon cœur … maman'', pense-t-elle avant de fermer les yeux.


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Sam 31 Mar - 19:12
[postbg=https://i.imgur.com/EHp45H1.png]Chapitre 36 - Discussions ...

Spoiler:
Après quatre heures de marche supplémentaires, la compagnie d'Elfes finit par arriver au niveau d'une clairière, près d'un ruisseau. L'événement avec les squelettes les a tous marqués. C'est la première fois où les Elfes ont dû se battre en dehors des entraînements aux armes. Pour la première fois depuis le début de leur expédition, Elhahr a pu juger le niveau de chacun de ses compagnons. Pendant une partie du trajet, il a souri et semble être plutôt satisfait de la hargne avec laquelle chacun s'est lancé au combat. Il savait pertinemment que les squelettes ne partiraient pas qu'avec un seul petit coup d'épée. Et cela l'a un peu perturbé en effet. L'apparition d'Andralon, même sous forme d'hologramme, semble avoir changé la donne. La façon avec laquelle il s'est adressé au Seigneur du Palais d'Endlenda, l'utilisation d'un sortilège de nécromancie et l'avertissement lancé aux Elfes, tout ça annonce une suite de problèmes qui ne comptent pas se résoudre aussi facilement. Pour le moment, tout ce contretemps ne les a pas si bouleversés que ça, mis à part les trois Elfes qui ont été touchés par un coup d'épée. Deux d'entre eux sont des novices,  au niveau expérience, et le dernier est un lieutenant qui a commis une erreur de débutant – il a malencontreusement osé tourner le dos à un Elfe.

Une fois arrivés dans la petite clairière – élément assez présent dans cette forêt aussi vaste –, Elhahr a été obligé d'envoyer une décharge électrique à Senji. La raison est qu'il a osé dire que le Seigneur Elhahr s'est un peu comporté comme quelqu'un de fainéant lors des deux dernières offensives des squelettes. Évidemment, cette réplique était sur le ton de la plaisanterie et Senji adore critiquer avec un certain humour noir. Et du coup, Elhahr n'a pas hésité à expédier une décharge sur l'Elfe Noir, qui semble s'être habitué à la décharge. En effet, il crie de moins en moins et ne s'effondre plus. Il a juste posé un genou à terre et s'est tenu les bras en tremblant comme une feuille.

La clairière dans laquelle tout le monde a débarqué est un endroit calme, certes, mais qui paraît plutôt étrange. Il n'y a pas de quelconque artefact qui puisse étayer l'hypothèse d'une potentielle fosse commune, avec des cadavres de la Guerre d'Endlenda pouvant être ramenés à la vie grâce à de la nécromancie. La végétation ne dégage pas tellement de sentiment de peur. Il n'y a pas de plantes vénéneuses ou bien une quelconque trace de toxicité dans l'air. Ni même des vapeurs toxiques qui pourraient émaner de l'intérieur de la forêt. Aucune trace de bêtes sauvages n'est présente. La végétation est tout ce qui est de plus normale : des pins sylvestres associés à quelques chênes verts et quelques hêtres. Autrement dit, une forêt mixte permise par la composition du sol. Mais en réalité, la seule chose qui pourrait susciter la curiosité des Elfes, c'est le ciel. Il est comme scindé en deux, comme si quelqu'un avait tracé un trait et délimité les nuages. La partie occidentale du ciel, donc celle qui recouvre la zone de la clairière où les Elfes se trouvent, est plutôt grise mais avec une certaine nuance claire. Tandis que l'autre partie est plus sombre, limite noire. C'est un peu comme si quelqu'un avait jeté une goutte d'encre de Chine au ciel et que les nuages s'étaient teintés de cette encre. La dichotomie céleste est révélatrice de l'endroit où la compagnie d'Elfes se trouve. "Après cette limite marquée depuis les cieux, nous pénétrerons en Ostiàr et que les étoiles nous aient en leur sainte garde.", dit Elhahr à ses compagnons.

De l'autre côté de cette frontière, il y a encore une partie de la forêt d'Okahara, qui aura largement compliqué le trajet de toute l'équipe, même si finalement, tous s'en sont sortis sans gros pépins. Il n'y a juste que la confrontation avec Andralon et ses squelettes qui ont légèrement ralenti la quête de toute la compagnie d'Elfes. Et après cette forêt, peu de personnes savent réellement ce qui peut se trouver … et surtout, quelles horreurs peuvent résider dans cet "enfer sur terre" comme le surnomme Elhahr. La dernière fois qu'il s'est retrouvé dans cet endroit, c'était lors de cette maudite guerre, et dont les souvenirs le hante perpétuellement depuis des siècles et des siècles. La dernière expédition n'a pas réussi à atteindre cette clairière. Une fois arrivé à quelques pas de la frontière nuageuse, il se retourne et ordonne à ses soldats de s'arrêter. Il prend ensuite la parole et dit aux autres Elfes :

- Soldats …
- …
- Je dois vous avouer quelque chose. Je sais que vous avez accepté de vous engager dans cette expédition en Ostiàr. Pour ça, je veux vous remercier. Vous savez pertinemment que cette mission risque d'être à sens unique. Je ne garantis la survie de personne, pas même moi-même.
- …
- Le fait est que nous avons passé des jours et des jours à traverser cette forêt, au point d'en perdre la notion du temps. Je ne sais pas si vous êtes capables de me dire quel jour on est. Peu importe, je veux que vous jetiez tous un coup d'œil vers le ciel.

Tout le monde s'exécute et lève la tête. Chacun fixe l'étrange séparation chromatique du ciel. Évidemment, la réaction principalement présente chez les Elfes est la confusion. C'est vrai que c'est hyper rare, voire unique, de pouvoir observer ce ciel divisé. Puis, le Seigneur du Palais reprend à nouveau la parole :

- Je crois que vous savez ce que ce signe signifie. Une fois passé cette ligne, nous entrerons en Ostiàr. Je vous l'ai dit et je le répète : Une fois entré, le retour au Palais d'Endlenda ne sera sans doute pas permis. Nous serons tous en danger de mort permanent. Vous n'aurez que deux cordes auxquelles vous agripper : la solidarité et la prudence. Dans l'Ostiàr, une erreur, même petite, risque de vous coûter la vie. C'est pourquoi chacun d'entre vous doit compter sur ses camarades. S'aventurer seul ou rester individualiste, c'est plus que de la folie furieuse. Je vous donne donc l'ordre de ne pas oublier le fait que nous sommes tous ensemble dans cette mission.

Le Seigneur du Palais continue à faire les cents pas devant ses compagnons, tous alignés face à lui. On se croirait dans une caserne militaire, avec un général qui fait sa revue de troupe. Elhahr marche les mains derrière le dos, fixant chaque soldat de ses yeux qui changent de couleur, passant du bleu pâle au jaune vif. Tout en marchant, il reprend son discours :

- Ce serait très peu probable que nous n'ayons pas à affronter d'autres créatures des ténèbres. Même moi, j'ignore sur quoi nous risquons de tomber. Mais ce qui est sûr, c'est que nous aurons à nous battre contre tout et n'importe quoi. Je ne pense pas que les Démons nous attaquent dès la sortie de la forêt mais on risque de tomber contre des créatures extrêmement coriaces, tout dépend de l'endroit où on va tomber. Je sais que tous unis, rien ne pourra nous ébranler dans notre confiance en la réussite de notre projet. Je sens que ce que je viens de dire vous apeure mais vous devez passer outre cette peur et l'affronter. Faites comme si les ennemis que nous aurons à affronter sont cette peur sous sa forme matérielle. Outrepassez cette peur car elle guette le moindre faux-pas de votre part.

Avec ces quelques phrases, Elhahr réussit à troubler quelques uns des ses camarades. Il a immédiatement senti que cette peur finirait tôt ou tard par s'installer aux commandes de l'esprit des soldats elfiques. Usant de ses talents psychiques, il se rend aisément compte des différents états d'esprit de ses compagnons. Personne n'a jamais réussi à s'opposer à ce sort psychique, y compris Kaly. Il n'a jamais essayé sur Dan, estimant que le résultat pourrait être dommageable pour les deux personnes. Même le Seigneur Ultime des Ténèbres pourrait être sujet à ce sort, sans même pouvoir faire quoi que ce soit. Elhahr continue son discours, devant chacun de ses soldats, toujours aussi réceptifs aux paroles. Même Senji écoute sans broncher, sinon il sait qu'il risque de recevoir une énième décharge.

Cette limite nuageuse représente le point de non-retour de cette expédition. Pour être honnête avec chacun d'entre vous, je suis pratiquement sûr que nous aurons à déplorer des pertes. Je sais que ce n'est pas très optimiste mais c'est sans doute la triste réalité. Une fois ce point de non-retour garanti franchi, il faudra faire preuve d'une sagesse des plus élevées. Alors si vous voulez me faire mentir, je veux que vous me prouviez que vous saurez estimer le caractère précieux de votre vie. Toutes ces années d'apprentissage au Palais d'Endlenda seront mises à contribution. Faites honneur à votre patrie. Faites honneur au Palais d'Endlenda. Je sais que vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour assurer la survie de cette compagnie. Au terme de cette expédition, nous aurons sans doute à affronter des Démons, et pas n'importe lesquels.

Elhahr fait évidemment allusion à la menace d'Andralon. Les Démons sont ceux qui ont juré de servir le Seigneur Ultime des Ténèbres. Lors de la Guerre d'Endlenda, Elhahr s'est mesuré à ce Seigneur ennemi. Le Duel s'est déroulé dans les cieux obscurcis d'Endlenda pendant plus de quatre heures. Elhahr pourrait être assimilé à l'archange Saint-Michel en abattant le dragon qui servait de monture au Seigneur Ultime des Ténèbres, puis ce dernier lui-même. Mais visiblement, cette guerre n'a pas dû suffire pour que le Mal disparaisse pour toujours. Il reprend son petit monologue :

- Soldats ! Est-ce que tout est clair ?
- Oui !, répondent tous les autres Elfes d'une seule voix.
- Quatre heures de pause avant de franchir le point de non-retour. Vous les avez bien mérités. Rompez le rang et détendez-vous du mieux que vous le pouvez.

Le rang d'Elfes se disloque. La partie de la clairière sous la moitié claire du ciel est occupée par tout le groupe. Cinq Elfes ont commencé par dresser une petite table avec des chaises à partir d'arbres sculptés grossièrement avec de la magie. Ils se prennent chacun une chaise et sortent un jeu de cartes. Ils se mettent à jouer au poker. C'est Elhahr qui leur a appris cela en se rendant à Las Vegas une fois. Il a appris à jouer à ce jeu et il a pu apprendre aux Elfes à jouer. Et à présent, les Elfes se donnent à cœur joie à faire parler les cartes. Pendant cette partie, ils oublient un temps qu'ils ont signé pour une expédition les menant sans doute à la mort. Ils ont même pu y rester face aux squelettes quelques heures auparavant. Mais quand il s'agit d'abattre des cartes sur une table, tout le monde se replie dans sa petite bulle personnelle. Pendant ce temps, sept Elfes sont en compagnie de Senji, en train de s'entraîner. L'Elfe Noir a décidé de faire quelques passes d'entraînement avec ces Elfes, principalement ceux qui ont eu quelques difficultés lors des combats contre les squelettes.

Senji se révèle être un excellent professeur, quand il ne tombe pas dans la folie passagère. Il s'amuse à entraîner les Elfes dans le ciel pour ensuite se livrer à une petite danse entre lames. La façon dont il a de prendre son envol dans le ciel, de dégainer son épée et d'esquiver certains coups qui, à première vue, sont difficilement esquivables, tout ça est d'une grâce sans équivalent possible. Elhahr est bien au-dessus de tout cela quand même mais sans compter la puissance du Seigneur du Palais, c'est bien Senji qui est le meilleur Elfe de la compagnie. Son tempérament un peu malsain d'esprit le rend encore plus puissant qu'un des plus anciens membre du Conseil des Sages. Senji n'a jamais pu atteindre ce privilège, ayant été interné avant. Cet Elfe, c'est simplement une âme tourmentée qui a réussi à se discipliner et à canaliser cet afflux de puissance pour pouvoir l'utiliser à bon escient. Pendant ces petits échauffements, l'Elfe Noir s'amuse à esquiver des coups d'épée très puissants et ensuite, à faire une pichenette au nez des Elfes qui ont raté leur coup. C'est une forme de maîtrise de soi assez ingénieuse. Si l'Elfe réagit de façon trop violente, Senji le désarme en un éclair. Sinon, les combats continuent. Sur les cinq premières séries d'esquives, Senji a déjà désarmé trois Elfes. Ce genre de tactique n'est pas tellement utilisé par Elhahr, pour ainsi dire pas du tout. Il se contente plus d'y aller avec une certaine force.

Quant à Elhahr, il s'est posté plus en retrait, dans un coin de la clairière. Il est assis sur une grosse pierre, les jambes croisées et les yeux fermés. Le Seigneur du Palais d'Endlenda est en pleine méditation. Il récupère également du puissant sort qu'il a dû utiliser pour renvoyer les squelettes à nouveau dans la tombe. Il est également possible que cette longue marche et les coups de sang de Senji l'ait un petit peu affaibli. Autrement dit, cette pause est vraiment importante pour l'esprit du séraphin. Personne n'a remarqué le fait qu'il s'est un peu mis à l'écart des autres Elfes. Tous ? Non, un membre de la compagnie qui s'entraîne avec Senji remarque la "mise à l'écart" du séraphin. Il range son épée dans son fourreau et s'approche d'Elhahr sans trop le déranger. C'est un des Elfes qui a été blessé par un squelette, le novice du nom d'Ursyn. C'est un plutôt bel Elfe, avec une longue chevelure brune qui descend jusqu'au dos et attaché par un espèce de serre-tête complexe en argent. Il a des yeux marrons avec une légère teinte verte sur la partie extérieure des iris. Il est assez grand, environ 1,90m, et il a une carrure assez impressionnante, pesant sans doute plus de 130 kg. Il s'approche lentement de son chef et pose une question :

- Que faites-vous, Seigneur Elhahr ?
- …
- Est-ce que je vous dérange ?, dit Ursyn.
- Pas le moindre du monde, dit Elhahr. Je savais que vous viendriez me parler.
- C … Comment le saviez-vous ?
- Mes yeux ont beau être fermés, mes autres sens sont déployés. Tu manques un peu de discrétion.
- Euh …
- Ce n'est pas grave. Venez quand même vous asseoir.

Ursyn s'assied sur une grosse pierre près du Seigneur du Palais. Au moment où il plie les jambes, une douleur s'empare de son corps et le fait grimacer. Elhahr remarque l'expression du visage d'Ursyn.

- Votre blessure au combat vous fait toujours mal.
- Non, pas le moindre du monde, répond Ursyn.
- Ce qui est amusant, c'est de voir à quel point les combattants tentent vainement de dissiper leurs blessures, qu'elles soient physiques ou psychologiques.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ?
- Qu'il est simple de voir que les coups que vous avez reçu vous font toujours souffrir.
- Un peu, oui. Ces squelettes n'y sont pas allés de main morte avec leurs épées. Mais comment avez-vous deviné ?
- Si je devais faire l'inventaire de tout ce que je suis capable de faire, je pense que nous y passerions plus d'un millier d'années. Mais je vais faire simple et vous répondre aimablement que c'est le fait de pouvoir lire à travers votre parole, vos gestes, la façon dont vous vous adressez à votre interlocuteur de manière générale. En bref, je suis capable de lire dans les pensées des autres.
- C'est à la limite du diabolique. Mais vous avez raison, ces quelques coups reçus sont toujours douloureux, même avec les soins administrés par Senji.
- Vous êtes encore jeune. Vous vous êtes malgré tout bien défendu contre ces squelettes mais votre entraînement reste encore à parfaire.
- Vous croyez ?
- Je n'ai pas choisi n'importe qui pour cette expédition. J'ai choisi chaque Elfe parmi les meilleurs combattants du Palais d'Endlenda, excepté Senji.
- Pourquoi l'avez-vous choisi ?
- Je crois déjà l'avoir dit. Il représente une aide précieuse pour la compagnie pour cette aventure dans l'Ostiàr.
- Mais ne craignez-vous pas que sa folie finisse par reprendre le dessus sur lui ?
- Sa folie est actuellement en train de le guider. Sans son caractère aliéné, nous serions sans doute tous morts au moment même où nous aurions quitté le Palais d'Endlenda.
- Êtes-vous sérieux quand vous dites ça ?
- Absolument.

Spoiler:
Ursyn ne semble pas en croire ses yeux. Cette expédition est la première occasion pour lui de côtoyer les meilleurs Elfes du Palais d'Endlenda, comme Elhahr. À vrai dire, il fait partie du Conseil d'Endlenda, présidé par le Seigneur du Palais. Il rencontre donc assez souvent Elhahr lors des interminables séances du Conseil, où au moins le quart des personnes finissent par s'endormir au bout de dix minutes. D'ailleurs, il y a eu un bon nombres de séances où Elhahr lui-même a eu l'idée de piquer un petit somme pendant cette réunion. Il a beau être au premier rang, il a toujours réussi à ne pas se faire rappeler à l'ordre. Il a beau être le Seigneur du Palais, il détient le record du nombre de séances consécutives avec un petit somme avec 29831 séances. Mais comme personne n'ose établir ce genre de record, il est donc informel. Et de surcroît, les séances ont lieu tous les trois jours. Sur un calendrier grégorien employé dans le monde des hommes, ce "record" s'étend donc sur la modique période de 245 ans, une semaine et deux jours. Pourtant, contrairement à ce qu'on peut penser, Elhahr n'est pas totalement en état de sommeil. Il ferme ses yeux et laisse l'impression aux autres Elfes qu'il est encore éveillé. Pour cela, il a recours à un sort extrêmement puissant que personne ne peut détecter, même l'Elfe le plus ancien du Palais. Elhahr est sans aucun doute l'Elfe le plus puissant, le plus sage et le plus érudit. Et même l'Elfe en seconde place n'est pas de taille à battre Elhahr dans un combat à l'épée. Il y a très peu de choses que le Seigneur du Palais ne sait pas faire et lui-même ne sait pas tellement ce qu'il ne sait pas faire. S'il y avait une sorte de Guinness Book des records en Endlenda, près de 99% des records lui seraient attribués : concours du plus gros mangeur, du plus gros buveur, de la force physique la plus impressionnante, … En gros, Elhahr est à la limite de l'omnipotence. Il atteint des limites qui sont quasiment divines.

Ursyn est fasciné devant les dires d'Elhahr. Il ne sait pas tellement quoi penser à propos de l'Elfe Noir. C'est la première fois qu'il rencontre Senji, étant venu au monde quelques années après son internement. Cette personne est tellement sujet à la curiosité pour chacun des Elfes de cette expédition, y compris pour Elhahr. Sa personnalité est tellement complexe que même les psychologues et les psychanalystes les plus compétents dans le monde des hommes finiraient par s'arracher les cheveux sur son cas. Au bout du compte, la seule chose qu'ils perdraient en plus du temps passé sur le cas de Senji, c'est la raison. Ici, dans la petite clairière de la forêt d'Okahara, celle où se trouve la compagnie d'Elhahr, Ursyn peut constater que l'aspect de la personnalité de Senji est quasiment identique à celle qu'un Elfe normal pourrait avoir. Une question semble lui déranger l'esprit :

- Une question me vient à l'esprit, Seigneur Elhahr.
- Qu'est-ce qui vous dérange, Ursyn ?
- Avant de vous la poser, est-ce que vous êtes en mesure de la deviner ?
- Évidemment, mais les immenses pouvoirs magiques que j'ai pu développer au cours de ma longue vie ne sont pas des jouets. J'aimerais les utiliser comme bon me semble mais j'estime qu'il faut laisser une grande partie de mystère dans la vie. Je préfère rester dans une certaine ignorance, bien que je sois en mesure de connaître les pensées de chaque personne dans tout l'Endlenda. Posez donc votre question, je vous prie.
- Euh … d'accord. Que pensez-vous trouver au bout de cette expédition ?
- Des réponses à mes questions sur la potentielle survie des forces obscures.
- Je vois.
- Puis-je maintenant vous poser quelques questions, Ursyn ?
- Pourquoi ?
- Vous m'avez l'air d'être différent depuis le début de cette expédition.
- Qu'est-ce qui vous laisse penser cela ?
- Depuis que nous sommes partis de l'Endlenda, bien qu'ouvrant la marche, j'ai pu observer chaque membre de cette compagnie, Senji inclus. Et vous, Ursyn, vous êtes fait du souci depuis que nous avons quitté le Palais. Est-ce que je me trompe ?

Ursyn fixe attentivement le visage d'Elhahr. Il n'a strictement pas equissé le moindre geste depuis que leur conversation a débuté. Il est toujours assis en tailleur sur un petit rocher, les yeux fermés. De même que le ton de sa voix n'a pas modifié d'une seule octave, reflétant une immense concentration.

- Absolument pas. Vous avez parfaitement deviné, avoue Ursyn. Je m'inquiète à propos du fait de ne pas revenir au Palais après l'expédition.
- Nous sommes sans doute tous dans cette situation, dit Elhahr.
- J'ai peur de la mort.
- C'est une peur fondée mais difficile à vaincre.
- C'est-à-dire ?
- Je ne peux pas tout expliquer, on en aurait pour des heures. Je vais essayer de faire simple : La mort est un passage essentiel de la vie. Pour chaque être sur cette terre, la mort n'est qu'une étape supplémentaire de notre passage sur cette terre. Sauf que nous ne sommes plus vivant. La mort se caractérise par l'appartenance à l'univers. Après la fin de la vie, l'esprit d'un être rejoint le cours continuel de l'univers. Ce n'est pas une mort totale mais partielle. Le corps finit par se décomposer au fil des années mais l'esprit … l'esprit reste immuable. Il continue à vivre au sein d'une entité dont nous ignorons tout. La mort n'est pas à craindre. Une fois qu'on accepte de reconnaître cela, la vie paraît plus sereine.
- Je n'ai pas tout compris à ce que vous venez de m'expliquer mais je vous crois sur parole, dit Ursyn. Mais, en réalité, je m'inquiète sur un potentiel échec de cette expédition.
- C'est ce à quoi je méditais avant que cette conversation ne débute.
- Pensez-vous que nous risquons d'échouer ?
- En étant le moins pessimiste possible, je peux dire que cette expédition a de grandes chances de finir dans un bain de sang.
- Vous n'êtes pas sérieux ?
- Plus que je n'ai pu l'être. Mais je crois que vous vous inquiétez du sort du Palais.
- En effet.
- Craignez-vous que le Palais finisse par être rasé ?
- J'ai peur pour les Elfes restés là-bas.
- J'essaye de me faire le moins de souci possible.
- Est-ce que vous vous inquiétez pour ce qui risque de leur arriver ?
- J'ai toujours pensé que s'inquiéter, c'est souffrir deux fois.

Ursyn semble épaté par le calme et la sérénité dégagé par le Seigneur du Palais. Chacune des questions posées au séraphin se termine par une réponse empreinte d'une certaine assurance, comme s'il veut garder à l'esprit que tout va bien se passer. Mais le séraphin plisse les yeux et semble tenter de deviner quelque chose dans l'esprit de son interlocuteur.

- Ne seriez-vous pas inquiet pour une certaine personne en particulier ?
- Comment ça ?
- Il est facile de déceler des traces d'inquiétude dans vos paroles. Vos pensées semblent tournées vers une personne … une Elfe du Palais ?
- Encore une fois vous avez deviné. Depuis notre départ, je n'ai cessé de penser à Myrhià.
- Mais j'ignorais que vous étiez ami avec Myrhià.
- Pour être tout à fait honnête, j'ai promis de lui revenir vivant.
- Je comprends et je ne peux que vous adresser mes félicitations. Ne s'agirait-il pas de la meilleure amie de Kaly ?
- Euh … en effet. J'avais oublié que Kaly était votre élève.
- C'est elle qui s'occupe des affaires du Palais à ma place. Je sais que je peux avoir une confiance aveugle en elle. C'est une Elfe vraiment brillante d'un bout à l'autre de son apprentissage. J'aurais aimé la faire participer à cette expédition mais malheureusement, je préfère la voir garder le Palais.
- Pourquoi cela ?
- Il y a peu d'Elfes en qui j'ai une confiance aveugle. À mes yeux, il n'y a que Kaly qui me paraît être la personne la plus digne de s'occuper du Palais en mon absence.
- Je comprends mais ne pensez-vous pas qu'elle puisse échouer ?
- Je vais vous raconter quelque chose à propos de Kaly : Elle ignore tout de sa propre existence. En réalité, je l'ai trouvée alors qu'elle n'était qu'un bébé.
- Je croyais que son père était un de vos compagnons d'armes.
- J'ignore qui lui a donné naissance. Peu de personnes connaissent ce secret. En fait, il n'y a que trois personnes : mon épouse, partie il y a des décennies, Senji et moi.
- Senji ? Vous voulez parler du Senji qui est justement en train de se battre à l'épée juste en face de nous.
- Effectivement. Tous les trois l'avons élevée depuis le berceau.
- Que lui est-elle arrivée ?
- En fait, j'étais en train de me promener dans le village de Tombolin avec mon épouse, Gythè. Laisse-moi te montrer ça à travers une vision. Fermez vos yeux.

Ursyn s'exécute et ferme donc les yeux. Il entend une sorte d'explosion et lorsqu'il ouvre à nouveau les yeux, un peu pris de panique, il se trouve en train de flotter dans les airs, avec Elhahr à ses côtés.

- Où … Où est-ce que nous nous trouvons ?
- Dans un souvenir. Celui dont je te faisais part. Il s'agit du jour où j'ai rencontré Kaly pour la première fois.
- Oh … et c'est vous qui arrivez comme une flèche là-bas.
- Effectivement.

Ursyn regarde attentivement et voit deux Elfes foncer vers lui puis s'arrêter à quelques mètres. Il regarde attentivement et remarque Elhahr à peine plus jeune. Le Elhahr plus jeune est vêtu d'une sorte de longue robe pourpre avec des dorures au niveau des manches et du col. Cette robe tombe jusqu'aux genoux. Le séraphin porte une sorte de pantalon qui paraît noir avec la nuit qui tombe sur les montagnes. Elhahr est reconnaissable avec l'espèce de diadème argenté qui orne son crâne. Quant à la personne qui se tient à ses côtés, il s'agit sans doute de Gythè, l'épouse d'Elhahr. Il s'agit d'une très belle Elfe, avec une longue chevelure argentée qui tombe jusqu'au bassin. Sa tenue semble être composée de plusieurs robes. On se croirait un peu dans le style victorien du XVIIIè siècle, avec un ensemble de robes pourpres et blanches.

- La tenue de votre femme est singulière, fait remarquer Ursyn.
- Parce qu'elle n'a pas été faite par des Elfes.
- Comment ça ?
- C'est un cadeau que j'ai ramené de l'un de mes voyages dans le monde des hommes. J'ai pu visiter un pays appelé l'Angleterre et ils ont des goûts vestimentaires très appréciables. Dommage que les gouvernants de ce pays agissent comme des incapables.

Ursyn ne semble pas comprendre ce que dit Elhahr. Il n'a jamais visité le monde dont Elhahr fait mention. Il en a déjà entendu parler à de nombreuses reprises. En tout cas, il est d'accord sur le fait que la tenue portée par Gythè est ravissante. Puis, Ursyn et Elhahr assistent à la conversation qui a eu lieu dans ce souvenir :

- Pourquoi vous arrêtez-vous, chère amie ?, demande Elhahr.
- J'ai eu … une sorte de vision, dit Gythè.
- Comment cela, une vision ?
J'ai vu très clairement une crevasse dans ces montagnes.
- Il y a plein de crevasses dans ces montagnes. Vous avez juste dû regarder les montagnes, c'est tout.
- J'ai vu quelqu'un dans cette crevasse.
- Bon, puisque je sens que je ne vais pas y couper. Racontez-moi très clairement ce que vous avez eu dans cette vision.
- Cette crevasse est éclairée par l'astre lunaire. J'ai pu voir une silhouette frêle allongée par terre. Elle est éclairée par les rayons de la lune. Elle est triste. Elle pleure à chaudes larmes pour une raison que j'ignore. Des créatures semblent s'approcher dangereusement d'elle. Elles sont attirées par ses cris.
- Je vois. Voudriez-vous que nous jetions un coup d'œil dans cette crevasse ?, propose Elhahr.
- Absolument.
- Et … de quelle crevasse s'agit-il ?, dit Elhahr, assez hébété.
- Suivez-moi, dit Gythè.

Les deux Elfes reprennent leur envol un peu vers l'est. L'autre Elhahr et Ursyn assistent à cette recherche, malgré l'incompréhension du jeune Ursyn. Les deux Elfes continuent à observer le déroulement du souvenir. Gythè conduit Elhahr vers une petite crevasse éclairée par la lune, comme décrite dans la vision. Ils descendent tous les deux jusqu'au fond et se mettent à marcher à travers les escarpements rocailleux. Ursyn et Elhahr avancent jusqu'à cet endroit précis. Les cris se font de plus en plus fort. Elhahr adresse alors à Ursyn :

- Voilà, c'est ici que je l'ai rencontré pour la première fois.

Spoiler:
Au fond de la petite crevasse, sur une petit rocher bien éclairé par la lune, se trouve une sorte de petit panier en osier. Et dans ce panier, un bébé est emmitouflé dans des couvertures. Du point de vue humain, ce bébé n'est âgé que de quelques mois, ce qui semble être également le cas pour les Elfes. Mais le berceau est encerclé par une petite meute de loups, attirés par les pleurs de l'enfant. Gythè n'hésite pas et claque des doigts. Un éclair jaillit de ses doigts et frappe le sol aux endroits où les loups se trouvent. Tous s'enfuient, apeurés. Elhahr arrive quelques secondes après que Gythè a chassé ces loups. Tous les deux s'approchent doucement du berceau et observent le petit bébé qui s'arrête soudain de pleurer. Elle ouvre ses yeux et semble regarder les deux personnes qui la fixe.

Le bébé a quelques cheveux gris qui poussent sur le crâne, des yeux d'un noir profond. Sa peau est étonnement pâle. Seule la tête est discernable, le reste étant enveloppé dans deux couvertures rouges. Gythè se saisit du bébé, toujours enveloppé dans les couvertures et dit à Elhahr, toujours perplexe :

- Cette petite fille est frigorifiée. Pas étonnant qu'elle hurle.
- Comment savez-vous qu'il s'agit d'une petite fille ?
- Je n'en ai aucune idée. Mais je ne pense pas que nous devrions la laisser dans cet endroit. Amenons-là au Palais.
- Je n'y vois pas d'inconvénients mais est-ce bien prudent de la ramener ? Après tout, nous ne savons pas qui l'a laissée ici.
- Si cette personne l'a abandonnée dans cet endroit sinistre, je ne pense pas tellement que ce soit pour la récupérer dans quelques jours. Elle est affamée et complètement épuisée. Je ne veux pas la laisser dépérir ici. Vous savez bien plus que moi que depuis ce grave accident lors de mon enfance, je suis dans l'incapacité d'avoir un enfant. Mon corps est petit à petit en train de se détruire à cause de cet accident. Vous le savez mieux que tout le monde que je suis mourante de jour en jour.
- Oui, je le sais.
- Je ne sais pas si vous m'avez épousée par pitié mais si vous m'aimez, laissez-moi élever cet enfant comme s'il s'agissait de mon propre enfant.
- Je ne vous ai pas épousé par pitié. Nous nous connaissons depuis notre plus tendre enfance, Gythè. Je n'avais pas envie de vous laisser dans une perpétuelle tristesse depuis cet accident. Je vous ai épousé parce que je vous adore. Notre mariage a eu lieu quelques années après votre accident. Vous étiez au bord d'en finir avec votre vie. J'avoue avoir été stupide de ne pas vous avoir fait une demande avant. Je me suis finalement décidé à demander votre main après vous avoir vu vous lamenter pendant des mois. Je voulais mettre fin à votre calvaire. J'espérais ainsi atténuer vos souffrances le plus possible et vous rendre heureuse. Et je vais utiliser mon autorité en tant que Seigneur du Palais d'Endlenda en vous confiant ce bébé. Vous pourrez dorénavant l'élever comme le vôtre. Et je m'engage à construire un poste de garde dans cette partie des montagnes pour retrouver la personne qui aurait abandonné cet enfant. Ainsi, lorsqu'elle sera retrouvée, je la jugerai et l'enverrai probablement à Lietas pour le restant de ses jours.
- Vous avez bien fait, Seigneur Elhahr. Regardez ! Elle vous sourit.
- Comment voudriez-vous l'appeler ?, demande le Seigneur du Palais, visiblement souriant en voyant Gythè se réjouir de cette nouvelle.
- Je trouve que le prénom Kaly lui irait à merveille.
- Qu'il en soit ainsi. Rentrons à présent.

Les deux Elfes reprennent leur envol, la petite Kaly dans les bras de Gythè. Celle-ci la serre tendrement dans ses bras et lui embrasse le front. Ils prennent tous les trois la route vers le Palais d'Endlenda, visible de l'endroit où ils ont trouvé l'enfant.

De leur côté, Ursyn regarde Elhahr. Le Seigneur du Palais lui paraît différent depuis qu'ils ont observé cette scène. Il remarque même une larme sur la joue gauche d'Elhahr. C'est bien la première fois qu'il est vu en train de verser une larme depuis le jour où Gythè a quitté ce monde, il y a 126 ans, des suites de son grave accident.

- Nous pouvons reprendre notre expédition, dit le séraphin.
- Je me souviendrai toujours de cette nuit, dit une voix derrière Elhahr.

Elhahr baisse la tête et se retourne. Il constate que Senji et que les autres membres de cette expédition se trouvent derrière lui. Avant même que Senji ne puisse dire quoi que ce soit, Elhahr lui envoie un choc électrique.

- Bon, nous allons quitter le monde de mes souvenirs et revenir dans cette clairière. Fermez tous les yeux.

Aussitôt dit, aussitôt fait, tout le monde ferme les yeux et se retrouve dans la clairière de la forêt d'Okahara, au bord de ce "point de non-retour". Tous les membres de cette expédition sont de nouveau dans cette clairière, regroupés autour d'Elhahr et d'Ursyn. Ce dernier regarde le séraphin avec curiosité. Jamais personne n'avait vu Elhahr dans cet état. Elhahr ouvre à nouveau les yeux et regarde tous ses compagnons d'un air un peu perplexe.

- J'avais oublié que Senji peut s'infiltrer dans les rêves et les souvenirs d'une personne.
- Nous voulions savoir dans combien de temps nous pourrions reprendre la route et vous n'avez esquissé aucun geste, explique Senji. Alors j'ai eu l'idée de m'infiltrer dans votre esprit. Et par un pur hasard, nous nous sommes retrouvés dans votre souvenir. Et tout le monde a pu assister à cette belle scène.
- Formidable. Bon, nous pouvons reprendre cette marche en avant. Si vous vous sentez prêt à partir explorer dans l'Ostiàr, suivez-moi.

Tous les Elfes reprennent leur paquetages et se tiennent debout, à trois pas de cette limite nuageuse. Elhahr ne fait pas de discours et franchit en premier ce "point de non-retour". Puis, un à un, chaque Elfe finit par franchir cette limite. Tous observent une petit moment de silence après s'être rendu compte qu'ils se trouvent à présent en Ostiàr. Ils décident donc de reprendre leur route, toujours dans la forêt d'Okahara. Tous reprennent leur route. Senji vient voir Elhahr et lui demande :

- Avez-vous parlé de ce souvenir à Kaly ?
- Évidemment que non, dit Elhahr. Je préfère la laisser dans cette ignorance, sinon elle se serait perdue en essayant de retrouver ses origines.
- Je n'ai jamais su d'où elle est venue. La garnison que vous avez placé à l'endroit où vous et Gythè l'avez découverte n'a jamais rien trouvé, je suppose.
- Personne n'a jamais remarqué quoi que ce soit depuis le jour où nous avons trouvé Kaly. C'est pourquoi j'en suis venu à la conclusion que cette jeune Elfe serait descendue des étoiles pour apporter la lumière et pour éliminer le Mal.
- Intéressant comme théorie. Pensez-vous le lui en faire part un jour où l'autre ?
- Si nous revenons tous vivants de cette expédition, je pense qu'il faudra se poser la question.
- Et est-ce que vous pensez qu'elle va vous croire ?
- Elle va avoir quelques réactions de colère et je vais devoir me protéger de ses excès de colère. Et j'aimerais que vous soyez avec moi lorsque je le lui dirai.
- Avez-vous peur de Kaly ?
- Elle est bien plus puissante que nous ne pouvons l'imaginer. Elle serait capable de me tenir tête mais je crois bien qu'elle serait capable de raser l'Endlenda plus d'une centaine de fois sans en être fatiguée. Je préfère lui imposer des limites plutôt justes à sa puissance, ou sinon, nous ne serions plus rien.
- Vous êtes sérieux en disant que la Kaly que je connais, celle que nous avons élevé, soit nettement plus puissante que vous ?
- Totalement. Je ne crois pas me tromper en disant que Kaly est nettement plus puissante que vous ou moi, Senji. Je crois que sa mission est de guider les élus de la prophétie à vaincre les forces obscures. En réalité, si je l'ai un peu obligée à rester ici, c'est pour la préserver. Sans sa présence, il nous serait impossible de vaincre les ombres.
- J'ai hâte de voir sa réaction quand vous lui avouerez tout cela.
- Elle ne me pardonnera sans doute pas de lui avoir caché tout cela.
- J'ai également hâte de voir ce que vous ferez pour la calmer si elle s'énerve.
- J'y réfléchirai pendant que nous traverserons ce qui nous reste à parcourir dans cette forêt.
- Par quelle voie passerons-nous ?, demande Senji.
- Aucune idée, répond Elhahr.

Senji essaie de se repasser les paroles d'Elhahr. Est-ce que ce qu'il a dit à propos de Kaly est vrai ? Est-ce que Kaly est si puissante que cela ? Il se souvient du jour où il a vu Kaly pour la première fois, c'est-à-dire quelques heures après que Gythè et Elhahr l'ont amenée au Palais après l'avoir trouvée. Il a même a été l'un de ses premiers maîtres. Il s'est occupé de l'apprentissage de certaines disciplines. Si ce qu'Elhahr dit est vrai, cela voudrait dire que l'Elfe Noir a vécu dans l'ignorance d'une si grande puissance à l'intérieur d'une petite fille à peine plus haute que trois pommes. Le jour où Senji a totalement disjoncté dans le Palais et qu'il a donc dû être interné à Lietas, Kaly était inconsolable car elle était beaucoup attachée à sa personne et aux enseignements qu'il lui dispensait.

Quant à Elhahr, il repense encore à cette journée, mais pas tellement pour la rencontre avec Kaly. Il s'est bien rendu compte qu'il avait agi dans le bon sens en recueillant ce bébé. Ses hommes ont également pu assister à une manifestation de ses sentiments pour quelqu'un d'autre que Kaly. Bien sûr, tout le monde savait qu'Elhahr a eu une épouse. La raison de ce voyage dans son souvenir est également une volonté de se remémorer de ce moment passé avec Gythè. Il se rend compte qu'il ne l'avait jamais vu aussi joyeuse à l'idée d'élever un enfant. "Gythè …, se dit-il, je m'en veux encore pour ce qui a pu t'arriver. Je regrette de ne pas être venu à ton secours plus tôt … Mais tu peux être rassurée. J'ai exaucé ton dernier vœu. Je me suis occupé de Kaly comme notre propre fille. Tu peux être fière d'elle. C'est vraiment l'Elfe la plus brillante que je n'ai jamais vu en Endlenda. Et c'est grâce à tout l'amour que tu as pu lui donner …".

De l'autre côté de l'Ostiàr, dans un des temples dédiés aux Grandes Créatures des Ténèbres, deux silhouettes se tiennent debout devant une sorte d'autel. L'une de ces deux personnes est assez massive, avec une envergure bras déployés d'au moins 2,40m. Sa masse corporelle doit avoisiner les 180 kg. Trois longues mèches de cheveux singulières peuvent être distinguées. Quant à l'autre personne, il est plus fin, avec une longue chevelure blonde. Tous deux semblent occupés. Le plus baraqué dit alors :

- Pourquoi sommes-nous ici ?
- Alors, pour la trentième fois, Eyazon nous a demandé de ramener quelques armes pour les gamins qu'on a recrutés afin de les permettre de vaincre ces soi-disant élus de la prophétie dans leur petit tournoi de cartes. Ça va finir par rentrer ou il faut que je te le rappelle une nouvelle fois ?
- Écoute, Andralon, les voyages entre l'Endlenda et l'affreux monde des humains me rend malade. Je ne vois pas comment on peut faire pour apprécier cet endroit malsain.
- Je ne te savais pas aussi sensible que ça, Dilvolg. Est-ce que la grosse brute aurait un cœur et la larme facile ?
- Pas de ça avec moi, lavette, dit Dilvolg en soulevant son acolyte.
- On se calme, dit Andralon. J'avais envie de la sortir, celle-là. Mais finissons d'abord ce boulot pourri qu'Eyazon nous a demandé. Je pense qu'avec tout ce qu'on est en train de faire ici, on va pouvoir arrêter de faire des allers-retours incessants.
- Comme si je n'avais que ça à faire, dit Dilvolg. Je suis sûr qu'Eyazon est en train de se payer notre tête avec tout ça.
- Sans blague. En plus, je ne pense pas que les gamins qu'on a enrôlé soient capable de l'emporter.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Simple intuition. Quand on voit l'un de ces élus et la force qu'il recèle, je doute que les dix gamins réunis ne puissent faire quoi que ce soit.
- Tu parles de Dan ?
- Non. Lui, nous savons pertinemment tous les trois qu'il est capable à lui seul de nous ridiculiser comme pas possible. Je faisais plutôt allusion à ce Warren. Lui aussi est soumis à une destinée assez impressionnante.
- Pourquoi ?
- Eyazon ne t'en a pas parlé ?
- Faut croire que non.
- Eh bien …

Les deux démons finissent leur besogne et repartent dans le monde des hommes, comme ordonné par le troisième membre de cet ordre démoniaque, Eyazon.

Du côté du Palais d'Endlenda, Kaly se trouve toujours dans la bibliothèque du Palais, toujours avec sa boule de cristal posée sur une table. Elle a promis à Elhahr de ne pas chercher à essayer de les localiser pour s'assurer que tout le monde est bien vivant. Elle continue à chercher au sein des diverses visions procurées grâce à cette boule de cristal mais aucune ne lui a laissé entrevoir l'avenir réservé à la compagnie d'Elhahr. La seule chose qu'elle peut observer clairement et distinctement, c'est une lumière stellaire. Une lumière d'une couleur argentée qui illumine la salle entière. "Comment dois-je interpréter cette vision ?", se dit-elle.


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Re: Le Démon d'un autre monde

le Sam 31 Mar - 19:42
Chapitre 37 - L'Ombre est grandissante ...

Spoiler:
Après un peu plus de trois heures de marche, deux courtes pauses et d'un choc électrique reçu par Senji pour une phrase déplacée sur Elhahr, toute la compagnie finit par arriver à l'orée de la forêt d'Okahara. Personne n'a idée du temps mis pour traverser la totalité de la forêt, surtout que l'avancée a été perturbée, quoique légèrement, par une manifestation des Forces obscures. Le groupe de squelettes a beau avoir réussi à blesser physiquement trois Elfes, il n'a quasiment pas affecté leur moral. Tous sont plus déterminés que jamais à aller s'aventurer jusque dans les bas fonds de l'Ostiàr. À vrai dire, s'il y en a bien un qui commence à avoir des angoisses, c'est bien Elhahr. En effet, le Seigneur du Palais semble de plus en plus inquiet à propos de l'avenir de son expédition. Et cela ne s'est pas atténué avec le plongeon dans ses souvenirs et le moment où il a rencontré Kaly.

Au moment où tous les Elfes franchissent la dernière ligne d'arbres, un spectacle pour le moins singulier s'offre à leurs yeux. Le soleil n'est même pas perceptible. Il est caché par des nuages noir d'encre. Et pourtant, on y voit comme en plein jour. Même une paire d'yeux humains serait capable de décrire cet endroit à la perfection. En fait, il y a une sorte de petite terre dévastée qui amène sur des petite collines qui semblent avoir une altitude entre quinze et trente mètres. Au delà de ces collines, personne n'a idée de ce qui peut les attendre, si c'est quelque chose d'inoffensif ou bien quelque chose qui va les obliger à se servir de leurs armes. La terre dévastée sur laquelle les Elfes arrivent est d'une couleur beige plutôt menaçante. Il y a quelques arbres desséchés, des broussailles que la poussière a rendu dangereux. Le sol semble craquelé, preuve du manque cruel et total de vie dans cette zone. Tout n'est que dévastation et vestige dans cet endroit, ce qui explique en partie que personne n'ait jamais voulu remettre les pieds dans cet endroit. La seule chose qui manque pour que cet endroit soit accueillant, c'est bien la présence, même faible de la vie. Ici, rien ne naît, tout se meurt. Même si quelque chose se crée ici, il finit par mourir.

Peu d'espaces sont aussi hostiles à la vie dans l'Endlenda. En plus de l'Ostiàr, vraisemblablement le plus gros cimetière elfique depuis le début du calendrier Elfique et de tous les créatures vivant dans cet endroit, il y a des zones arides, encore plus qu'une caldeira volcanique. La palme revient au désert du Shuopao qui se situe à l'extrémité sud-est de l'Ostiàr sur les cartes existantes. Selon Elhahr : "Les hommes ont le Sahara, nous, nous avons le Shuopao, et il est mille fois pire.". Le Shuopao est inhabité, et encore heureux. Les températures ne descendent pas en dessous des 110°C en saison hivernale. Et lors des saisons estivales, le record a été placé à 410°C. Inutile de dire qu'aucune forme de vie ne réussit à survivre plus de cinq minutes. Ce désert est le terrain de jeu des tempêtes de sable plus dangereuses les unes que les autres, des courants d'air qui dépassent aisément les 130 km/h. Même les démons n'osent pas y mettre ne serait-ce qu'un seul orteil. Même l'idée de le survoler est impossible. C'est assez dommageable pour le village de Mawaha qui se trouve au sud-est de ce désert. Pour atteindre ce village, il faut au moins trois mois puisqu'il faut contourner le désert. Elhahr n'a tenu que trois minutes dans le désert et a à peine parcouru cent mètres – records encore valides aujourd'hui. L'intérieur de ce désert reste encore un des plus gros mystères de l'Endlenda. Personne ne sait ce qu'on pourrait trouver au centre de ce désert. Personne de vivant ni matériel n'a jamais réussi à atteindre ce désert.

Mais l'Ostiàr n'a pas à rougir face au Shuopao. Bien au contraire puisque l'air même est irrespirable, et ce, plus vers l'intérieur des montagnes. Dans les petits espaces comme la terre dévastée qui se présente à la compagnie d'Elfes, l'air est encore respirable, quoique chargé d'une sorte de molécule qui peut s'apparenter à de l'amiante, mais en plus soft et moins nocive. La vie existe dans l'Ostiàr mais c'est surtout une zone de mort, non seulement à cause de ce vaste conflit mais aussi par les périls réservés à ceux qui daignent s'aventurer dans cet endroit. Même Elhahr n'ose pas tellement mettre les pieds dans cet endroit. S'il faut lui trouver une peur, c'est bien le fait de mettre les pieds dans l'Ostiàr.

Lorsque Senji traverse cette dernière ligne d'arbres, il murmure quelque chose qui reflète un peu son avis sur cet endroit :

- On a enfin quitté cette forêt de malheur.

Pour lui, cette expédition n'a pas été de tout repos. Il est obligé de porter ce collier à impulsion électrique. Entre ça et le fait de vivre reclus dans une cellule privée de lumière, le choix de vivre à Lietas pour le restant de sa vie est un choix qui se justifie. Senji semble regretter sa cellule octogonale et les divers cadavres à dévorer. Mais quelque chose a l'air de le rendre impatient de revenir à Lietas : la promesse de recevoir la visite de Kaly toutes les semaines, avec du pain, de la confiture et un service à thé. Il faut dire que cela semble assez étrange quand on y repense. Senji semble vouloir donner le rôle du Petit Chaperon Rouge à son amie. Il veut qu'elle lui apporte de quoi se nourrir de façon décente. Peut-être que le goût des cadavres semble le répugner. Et Kaly ne semble pas tellement convaincue par les intentions de l'Elfe Noir, un de ses maîtres d'armes et de magie. Senji et Kaly se connaissent depuis qu'elle est capable de se tenir debout. Elle n'avait qu'une dizaine d'années lorsqu'elle s'est faite mordre par un serpent extrêmement venimeux. Senji, qui se trouvait dans les parages, a vu la jeune Elfe tomber dans les vapes et a explosé ses records de vitesse pour lui venir en aide. Il a parcouru vingt-deux mètres en moins de deux millièmes de secondes pour la rattraper. Il a chassé le serpent et a soigné la plaie et absorbé le poison. Après ce jour, Senji s'est chargé de la protection de la santé de Kaly. Il a également développé son intérêt sur les serpents. Il en attrape, les étudie, puis recueille leur venin et en enduit les plumes qu'il utilise comme projectile.

- Bon, doit-on aller tout droit pour arriver au but de cette expédition ?, dit Senji.
- Alors, dit Elhahr, d'après les cartes d'Endlenda, nous devons traverser les marais de Veselia et les marais d'Awamir.
- Vous voulez notre mort ?, demande Senji. Vous savez bien que ces marais sont nocifs et qu'on risque de tous y rester.

Il semble que seul Senji veuille répondre à Elhahr. Les autres ne semblent pas totalement mesurer la gravité de l'itinéraire choisi par Elhahr. Autant pour la forêt d'Okahara, les débats étaient permis mais là, maintenant que la forêt a été traversée, il leur est plus compliqué de se prononcer sur la question. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est garder une confiance aveugle en Elhahr.

- Il y a une autre possibilité, dit Elhahr.
- Tiens donc ?
- Oui. On pourrait contourner les marais de Veselia, ce qui implique un détour de cinq cent mille vers le sud. Nous n'aurions que de la plaine dévastée.
- D'autres itinéraires ?
- Contourner les marais de Veselia par le nord, ce qui raccourcirait la distance à parcourir mais …
- Mais ?
- Il faudrait passer de nouveau dans la forêt d'Okahara.
- Comment ?!, hurle Senji. Repasser par Okahara ? Mais vous n'êtes pas dingue ?
Vous voulez traverser les marais de Veselia ?
- Je serai prêt à vous défier en combat singulier pour ne pas avoir à repasser par la forêt d'Okahara. Cet endroit me perturbe totalement et mon esprit est mis à rude épreuve dans cette forêt.
- Vraiment ? Êtes-vous d'accord pour repasser par la forêt d'Okahara pour contourner les marais ?, demande Elhahr au reste de ses troupes.
- Comme vous voulez, dit l'un des Elfes.
- Elhahr, vous avez beau être le Seigneur du Palais d'Endlenda, je serai prêt à vous ôter la vie pour ne pas retourner par la forêt d'Okahara …

Senji ne dit rien de plus. En effet, au moment où il exprime son point de vue à Elhahr, ce dernier s'est déplacé à une vitesse phénoménale pour le frapper au niveau de la clavicule. La petite scène de combat n'a duré que quatre centièmes de secondes, le temps pour le Seigneur du Palais de se déplacer jusqu'à Senji, le frapper et revenir à l'endroit où il se trouvait avant que son interlocuteur ne lui parle. L'Elfe Noir s'effondre et se relève qu'au bout de trois minutes. Après cela, Elhahr reprend la parole.

- J'ai compris ce que vous vouliez, Senji, dit Elhahr. Nous allons donc traverser les marais de Veselia et le village d'Awamir, c'est encore le chemin le plus court.
- …
- Un mot, Senji, et je vous assène une nouvelle décharge électrique.

Elhahr commence à en avoir marre des remarques de Senji. Et, de l'autre côté, ce dernier doit aussi en avoir un peu marre de la façon dont Elhahr mène la compagnie. Il espère secrètement revenir dans sa cellule de Lietas le plus rapidement possible. Une fois le choix de traverser Veselia accepté, tout le monde reprend ainsi la route vers le but ultime de leur expédition.

La traversée de la petite surface de terre dévastée a duré près de sept heures, les conditions météorologiques commençant à devenir de plus en plus intenses. L'eau est absente dans ce genre d'endroit et les réserves en eau de l'expédition commencent à tomber à sec. Il leur sera de plus en plus difficile de tenir jusqu'au bout, sachant que le taux de sécheresse de l'Ostiàr est assez important et qu'il y a peu d'eau sous forme liquide. Même les sorts magiques pouvant créer de l'eau s'avèrent inutiles dans ce genre d'endroit. Les pauses commencent à être de plus en plus nombreuses et sur un temps moins long. Sur le deuxième kilomètre de traversée de cette terre dévastée, le temps nécessaire pour parcourir ce kilomètre a été d'une heure et six pauses ont été prises dans ce kilomètre. Les esprits commencent à faiblir un peu dans cet endroit des plus hostiles. Elhahr ne pense absolument pas à ce qu'il fait, Senji fatigue de plus en plus et les autres Elfes sont obligés de se soutenir pour avancer. Puis, une fois cette traversée finie, tout le monde arrive au niveau des petites collines qui séparent cette plaine dévastée des marais de Veselia. Tous décident donc de s'établir sur ces collines pour profiter de quelques heures de sommeil bien méritées.

Après un temps de sommeil estimé à près de huit heures en moyenne, tout le monde finit par se relever et reprendre la route en direction des marais de Veselia. Une heure leur a suffi pour se retrouver sur les dernières collines. Celles-ci surplombent d'abord le village d'Awamir, qui donne ensuite sur les marais de Veselia. Ce village est particulier dans le sens où il s'agit d'une ville-fantôme. Au moment où toute la compagnie finit par entrer dans le village, les questions et réponses commencent à piquer la langue de certains Elfes curieux :

- Nous voici dans la ville-fantôme d'Awamir, dit Elhahr. Prenez garde et faites attention au sol. Il pourrait vous prendre par surprise.
- Que s'est-il passé dans ce village ?, demande un Elfe.
- Il s'agit d'un épisode de cette terrible guerre, répond un des lieutenants de cette expédition, nommé Pyrrhin.
- En effet, dit Elhahr. Dans les Temps Anciens, cette ville était un lieu paisible et prospère. Beaucoup de marchands passaient par cette ville dans le cadre de grandes foires. C'est une époque qui est désormais révolue.
- Que s'est-il passé ?, demande Ursyn.
- Elle a été corrompue par les ténèbres. La source du mal a eu raison de chaque habitant, de chaque homme, de chaque femme, de chaque enfant et de chaque créature qui pouvait y résider. Un des Seigneurs Obscurs a massacré tous ceux qui ont osé lui résister.
- J'ai entendu parler de tout cela, dit Senji. La ville a été incendiée par les Démons, condamnant le sort de dizaine de milliers d'âmes.
- D'âmes ?, questionne un Elfe, intrigué.
- En effet, reprend Senji, le Démon qui a pris la ville, une horreur du nom de Dilvolg, a jeté une malédiction qui s'est ensuite transformée en un gigantesque incendie. Ces personnes ont refusé de servir la cause des Démons et Dilvolg a juré que tant qu'il vivrait, aucune des personnes ne pourrait trouver le repos éternel. Puis, le brasier s'est déclenché et plus de quinze mille âmes furent privées du repos éternel.
- Quelle atrocité !, fulmine certains Elfes.
- Mais n'oublions pas qu'il s'agit probablement d'une légende, dit Elhahr. Personne ne s'est aventuré dans cet endroit depuis des lustres et nous ignorons si cette malédiction a bel et bien été lancée.
- Cette malédiction ne serait qu'un tissu de mensonges ?, demande Pyrrhin. Je croyais que cela a été prouvé.
- Rien de tout cela n'a été vérifié. Un incendie a eu lieu mais il est fort probable que ce soit lors d'une bataille entre les Elfes et les Démons et non à cause de l'avarice d'une seule créature démoniaque.

Ce débat sur la ville-fantôme d'Awamir semble intéresser tous les Elfes. C'est le moment que choisit Ursyn pour s'exprimer.

- Au fait, dit Ursyn, il y avait un panneau avec des inscriptions dans une langue qui m'est inconnue.
- Un panneau ?, demande Senji. Où ?
- Juste à l'endroit où nous sommes entrés dans le village. Je l'ai détaché de son support.
- Montrez-moi cela, dit Elhahr. Immédiatement !
- D'accord, dit Ursyn sans trop comprendre. Mais pourquoi ?
- Cet objet pourrait être infecté par un puissant sort obscur. N'avez-vous rien senti dans le creux de votre main en vous saisissant de l'objet ?
- Pas que je sache. Tenez.

Elhahr se saisit de la pancarte tendue par Ursyn avec une extrême précaution. Le regard noir d'Elhahr semble le perturber.

- Je ne décèle aucune trace d'un sort obscur dans cet objet. Vous auriez dû faire nettement plus attention, Ursyn.
- Oui.
- Un sort obscur peut vous détruire dans un laps de temps qui est nettement plus court à celui qu'il vous aurait fallu pour vous en rendre compte. C'est en cela qu'ils sont si difficiles à contrer.
- Veuillez me pardonner pour mon manque de discernement, dit Ursyn en s'inclinant.
- Avec un apprentissage plus conséquent, je vous garantis que ce genre d'erreur ne se reproduit pas.
- Alors, qu'est-il écrit sur ce panneau ?, demande Pyrrhin. Est-ce de l'ancien elfique ?
- Oh que non. Cette langue n'est pas de l'ancien elfique. Je suis absolument certain de cela. Il s'agit d'une langue que seules les créatures des ténèbres utilisent.
- Et vous est-elle inconnue ?
- Non. J'ai appris à maîtriser ces formes de communication et je peux lire : Awamir la Morte … le joug d'une malédiction pèsera sur elle … tant que le Démon vivra … Le repos sera interdit …
- Alors cette malédiction serait vraie ?, demande Pyrrhin.
- À en croire ceci, je dirais que oui …
- Qu'est-ce que c'est ?, demande Kyudàn, un autre Elfe, en se retournant.
- De quoi ?
- J'ai senti comme un trouble près de moi.

Spoiler:
Tous commencent à regarder avec attention les différentes maisons et les environs. Si ce que Kyudàn a dit est vrai, que quelque chose semble l'avoir effleuré, cela veut dire que les vingt Elfes ne sont pas seuls dans cette ville-fantôme. Les Elfes décident donc de se regrouper par paires, comme ça, chaque Elfe pourra assurer les arrières d'un de ses camarades. Mais le plus inquiétant réside dans la nature de la présence qui préoccupe de plus en plus les vingt personnes. Est-ce qu'il s'agit d'une personne qui a traversé la rue principale de façon très furtive ou bien n'est-ce que le souffle du vent glacial ? Personne n'est en mesure de le savoir pour le moment. Elhahr, sentant que cela risque de recommencer voire même d'être pire, décide donc de prendre les choses en main :

- Je ne vais pas rester éternellement dans cet endroit … Que la créature qui occupe cet endroit sorte ! Alca !

Le terme "Alca" est le nom en elfique du sort utilisé par Elhahr. Il lève sa main droite et une lumière étincelante inonde le village d'Awamir sur un rayon d'environ six cents mètres. Tous les Elfes ferment leurs yeux car cette lumière peut tout bonnement les rendre aveugle et ce, de façon irréversible. Lorsque la lumière d'un blanc pur finit par pénétrer à même le sol, L'auguste Seigneur du Palais espère voir ne serait-ce que l'ombre d'une créature. Mais, étrangement, rien n'apparaît. Il est impossible que le sort ait été mal exécuté car Elhahr le maîtrise à la perfection.

- Il n'y a donc personne dans ce village ?, lance Elhahr.
- Les vivants … n'ont rien à faire … ici …, répond une voix grave et sombre.
- …
- Fuyez ou vous perdrez la vie, reprend la voix.
- Je vois … ce village reste hanté par les âmes des morts …

Elhahr n'en dit pas plus car au moment où il prononce "âmes des morts", des lumières phosphorescentes commencent à émerger dans le village. Il s'agit effectivement des spectres des personnes qui ont perdu la vie dans le grand brasier d'Awamir. Les corps de ces personnes sont à l'image du moment où ils se sont retrouvés à l'article de la mort. On dirait des zombies tellement les visages sont atrocement mutilés. Voici l'œuvre infâme du feu : des visages présentant des brûlures au troisièmes voire quatrièmes degrés. Un spectre de petite fille qui s'approche de Senji est absolument effroyable. Son nez est en partie disparu ; l'œil gauche est sorti de l'orbite et pend à un morceau de chair ; la mâchoire semble être cassée en trois morceaux et ses vêtements sont troués. Le pire, c'est que cette petite fille a dû mourir vers cinq ans, six tout au plus. Des hommes en armes chargés de défendre la ville sont toujours vêtus de leurs armures, malgré les horribles défigurations. Tous les villageois qui ont pu perdre la vie ont fini par perdre ce qui les reliaient au monde des humains. Ce ne sont plus que des corps sans vie et défigurés. Ce spectacle effroyable commence à faire pâlir certains Elfes, visiblement dégoûtés devant les visages et les corps de ces spectres.

Elhahr reste impassible devant tout cela. Il n'a absolument pas bougé ni exprimé le moindre geste face à cette marée phosphorescente qui se dirige vers les Elfes. Le nombre de spectre est justement indénombrable. Il est impossible, même avec un arrêt sur image, d'exprimer la moindre estimation sur le nombre de spectres. Même en essayant de truquer les chiffres, on arriverait loin de la réalité. Le Seigneur du Palais continue à fixer ces spectres qui s'avancent, toujours plus nombreux et menaçants. Puis, ils s'arrêtent de bouger, comme pétrifiés par quelque chose. Seul un spectre continue de s'avancer pour finir face à Elhahr. Ce spectre ne semble pas comme les autres. Déjà, il est un peu moins défiguré que la moyenne. Il est "vêtu" d'une sorte de grand manteau avec ce qui semble être des lamelles de métal. Une sorte de couronne est placée sur sa tête et un fourreau est attaché à sa ceinture. Ce spectre dit alors d'une voix très rauque :

- Qui … êtes-vous pour … perturber ce village ?
- Nous sommes des Elfes du Palais et nous sommes en expédition, répond Elhahr.
- Les … Elfes du Palais … sont d'horribles créatures, répond le spectre. Ils sont … avares et égoïstes, … orgueilleux et malhonnêtes. Ils nous ont laissés périr sans rien faire.
- Ben c'est sympa pour nous, murmure Senji.
- Est-ce là ce que vous reprochez aux Elfes ? De vous avoir laissés mourir sans rien faire ?, reprend Elhahr.
- Exactement, répond le spectre.
- Et qui êtes-vous pour critiquer les Elfes du Palais ?
- Je suis … le seigneur de cette ville, Leràn Madir, fils de Shenzu Madir. Et nous sommes les victimes … de la malédiction de Dilvolg. Et vous ?
- Moi ? Je suis le Seigneur du Palais d'Endlenda Elhahr, fils de Trishir.
- Seigneur Elhahr ?, répète Leràn Madir. Alors c'est vous … qui nous avez laissé … mourir. Notre village était en feu … et vous n'avez rien fait … pour nous sauver … Les morts ne tolèrent pas cette trahison de votre part.

Leràn Madir dégaine alors son épée. Elhahr ne recule pas du tout. L'épée phosphorescente du seigneur de la ville qui se dresse face à lui est pointée à dix centimètres de la gorge du Seigneur d'Endlenda. Ce dernier ne dit rien, se contentant juste d'esquisser un petit rire. D'autres spectres commencent à dégainer leurs épées. Les Elfes ne sachant pas quoi faire d'autre font de même. Un combat semble se dessiner et … les Elfes sont très nettement en défaveur. Ils sont vingts contre une myriade de spectres. C'est alors qu'Elhahr finit par intervenir.

- Calmons-nous. Des spectres ne nous empêcherons pas de nous rendre dans les bas fonds de l'Ostiàr.
- Vous osez nous insulter ?, réplique Leràn Madir en levant son épée au ciel.

D'un coup sec, Elhahr dégaine son épée flamberge et pare le coup de son adversaire. Bien évidemment, tout le monde est stupéfait devant cette prouesse. Comment une lame matérielle a pu battre une lame faite d'ectoplasme ?

- Comment est-ce possible ?, demande Leràn Madir
- Vous n'imaginez quand même pas que mes connaissances en magie ne se sont pas développées depuis cette guerre ? Cette lame flamberge a été forgée pour combattre n'importe quel type de lame, même si elle est en ectoplasme. D'ailleurs, toutes les lames elfiques présentes ici ont été forgées avec un sort qui leur permet de se battre d'égal à égal avec vous.
- Vous n'oserez pas vous battre avec nous ?, répond le seigneur en ectoplasme.
- Je ne sais pas ce qui m'en empêche. Mais je préférerai vous répondre la chose suivante : Nous nous rendons en Ostiàr pour annihiler d'éventuelles forces obscures. Celles-là mêmes qui vous ont privé du repos éternel. Ainsi donc, vous pourriez tous enfin reposer en paix. N'est-ce pas ce que vous voulez ?
- Et si ces forces obscures sont effectivement réapparues ?
- Nous en avons eu une preuve il y a quelques jours.
- Pensez-vous qu'une guerre est inévitable ?
- J'en ai bien peur.
- Et comptez-vous nous recruter dans cette armée ?
- Pourquoi ? Voudriez-vous vous joindre à nous ?
- Pourquoi est-ce que je croirais à tout ce tissu de mensonges ?

Leràn Madir décide à nouveau de prendre Elhahr par surprise. La silhouette spectrale se fond dans le sol pour réapparaître derrière Elhahr. Ce dernier porte son paquetage, ce qui allonge légèrement le temps pour se retourner. Mais comme il s'agit d'Elhahr, même si la masse combinée sur ses épaules était de plus d'une demi-tonne, il serait toujours capable de se retourner à une vitesse supersonique. Et dans ce cas, au moment où l'intégralité du spectre de Leràn Madir se reforme derrière le paquetage de son adversaire, celui-ci est déjà en train de pointer sa lame flamberge sur le spectre. Et bien évidemment, ce dernier est on ne peut plus effrayé par la force de conviction dégagée par le regard noir porté par Elhahr.

- Je ressens une aura totalement phénoménale en vous, Seigneur Elhahr, dit Leràn Madir.
- Ai-je besoin de vous manifester mes arguments une nouvelle fois ?, questionne Elhahr.
- Vous ne pouvez pas nous libérer du poids de cette malédiction.
- Mais je peux vous empêcher de bouger pour un temps indéfini.
- Vous n'oserez pas !
- Spectres d'Awamir ! Je vous ordonne de retourner dans vos maisons et de nous laisser mener notre expédition à bien, mes hommes et moi !, déclare Elhahr d'une voix puissante et claire.

Bien évidemment, tous les spectres commencent à prendre peur devant l'attitude prise par le Seigneur du Palais. Même les Elfes de l'expédition semblent nourrir une certaine peur à la vue de ce dont leur Seigneur et chef d'expédition est réellement capable. Personne n'a jamais réussi à le vaincre en combat depuis qu'il a débuté son apprentissage. Personne n'a jamais réussi à lui tenir tête dans un duel de magie plus de soixante-quinze minutes avant de céder. La seule personne qui a réussi cette performance est un Elfe du nom de Aïr, le même que Irrhàn avait mentionné lors de la séance du Conseil des Sages. Ce dernier avait fini par céder face à Elhahr. Les deux Elfes ont dormi pendant trente jours pour récupérer de ce long combat.

Un bref moment de silence commence à envahir le village tandis que Leràn Madir tente de mesurer la puissance que recèle l'esprit d'Elhahr. Au bout de quelques minutes, le seigneur de la ville finit par ordonner aux villageois de retourner chez eux, sans leur dire un seul mot ni à eux ni aux Elfes et encore moins à Elhahr. En moins de trois minutes, la ville redevient une ville-fantôme et il n'y a plus que la présence de l'expédition dans la rue principale. Elhahr rengaine son épée sous les yeux totalement surpris de ses compagnons.

- Vous êtes quelqu'un de fascinant, dit Senji.
- Comment ça ?, répond Elhahr.
- De jour en jour, vous réussissez à montrer votre véritable puissance, répond Senji.

Elhahr regarde les autres Elfes et tous semblent partager le même avis que Senji. De plus, l'air affiché sur leur visage est totalement partagé entre admiration et illumination. La personne qui se tient devant elle, avec une épée flamberge atteignant presque deux mètres dans la main, est incontestablement l'Elfe le plus puissant qui ait jamais foulé la terre d'Endlenda. Et pourtant, il s'avère que Elhahr est assuré que Kaly soit, un jour, bien au moins une centaine de fois plus puissante que lui-même ne l'a jamais été. Pour le moment, il préfère la garder dans l'ignorance de ses compétences et se focalise plutôt sur la dernière partie de son expédition.

Spoiler:
Tous reprennent donc la route vers leur prochaine étape, qui n'est autre que les marais de Veselia, situés à quelques centaines de mètres et encerclant le village d'Awamir sur un arc de cercle orienté vers l'est. Au moment où la compagnie d'Elfes finit par quitter le village, Pyrrhin, intrigué, pose une question à Elhahr :

- Je suppose que vous étiez en train de plaisanter lorsque vous disiez figer ces spectres éternellement.
- Évidemment. Je ne peux pas maîtriser ni le temps ni l'espace. Mes sorts ne sont que limités à une durée de cinq secondes, et encore, quand je les réussis.
- Vraiment ?
- La manipulation du temps et de l'espace est quelque chose qui doit sans doute réclamer un apprentissage extrêmement sérieux et intense, pouvant nécessiter trois mille années si on y met de la bonne volonté. Je ne compte pas apprendre cela un jour où l'autre. Cela fait partie des rares choses que je ne maîtrise pas.
- Vous êtes sûr qu'il est possible d'assimiler un savoir comme celui-là ?, demande Senji.
- Je sais qu'il est possible d'apprendre à maîtriser le temps et l'espace, la vie et la mort. Mais vous pouvez me croire, rien de tout cela n'est consigné dans la Bibliothèque du Palais. Ça, je peux l'assurer.
- Existe-t-il d'autres choses dont vous êtes incapable ?, poursuit Pyrrhin.
- La cuisine. J'ai toujours rêvé d'apprendre à cuisiner comme dans le monde des hommes.
- La cuisine ? Vous êtes sérieux ?, demande Senji.
- Et alors ? Ai-je droit de ne pas savoir cuisiner ?
- Euh … je n'ai rien dit, je n'ai rien dit, répond Senji.
- Et sinon ?, demande Pyrrhin.
- Je ne suis pas très doué pour la divination. C'était plutôt la spécialité de ma chère Gythè. C'est elle qui assurait les enseignements sur la divination, et je n'ai jamais réussi à apprendre cette discipline.
- Je vois.
- Tenez, voici un enseignement qui est utile : il ne faut jamais tenter de lister ce qui nous est impossible, car au bout du compte, on n'en est pas capable. Nous ne sommes pas capable de déterminer avec précision ce dont nous sommes incapable de faire.
- C'est profond, répond Senji.
- Plus que vous ne pouvez l'imaginer. Il ne faut jamais essayer de faire des listes de ce que nous sommes capables et incapables de faire, ça ne peut que nous nuire.
- Je vois, dit Ursyn qui a suivi la conversation. Mais, une autre question me reste dans la tête.
- Allez-y.
- En fait, il y en a deux.
- Faites donc.
- La première, c'est : Est-ce que vous croyez que ces spectres se rallieront aux Forces obscures en cas de guerre ?
- Ils ne portent pas les Démons dans leur cœur. Mais il semble qu'ils éprouvent une certaine animosité envers les Elfes du Palais. Donc me prononcer là-dessus est compliqué. Je dirais qu'il faudra faire avec le moment venu. Mais il n'est pas à exclure qu'ils désirent maintenir une certaine neutralité, ce qui, à mes yeux, est l'option la plus plausible.
- Je vois. Et ma seconde question concerne les marais de Veselia.
- Oh ?
- De quoi s'agit-il en réalité ?
- Eh bien, je vous répondrai que lorsque nous aurons une vue bien dégagée sur ces marais.

La réponse d'Elhahr est empreinte d'une certaine malice à l'encontre de son interlocuteur. Il y a peu de personnes dans le groupe d'Elfes qui ont pu traverser les marais de Veselia, réputés pour être totalement morbides. Dans le groupe, il y a évidemment Elhahr mais aussi Pyrrhin, Senji et trois autres Elfes : Dùhin, Vyniòr et Esnir. Ils font partie des lieutenants les plus fidèles du Seigneur, en plus de Pyrrhin. Ils sont également proches d'Elhahr dans le sens où ils sont tout aussi âgés que lui – plus de 2500 ans –, qui ont manié les armes tous les quatre, qui ont appris la plupart des bases de la magie elfique, qui ont pris part à cette guerre d'Endlenda et qui siègent à la première rangée du Conseil des Sages. Il n'y a que ces quatre Elfes et Senji pour pouvoir être en mesure de décrire les marais de Veselia d'une façon plus détaillée que ne le feraient de simples géographes ou des historiens.

Ce n'est qu'une heure après avoir vu les spectres repartir que toute l'équipe finit par arriver à l'entrée des marais de Veselia. Certains Elfes parmi les plus jeunes semblent désolés devant ce paysage des plus sombres. On dit souvent que l'ensemble de l'Ostiàr est morbide. Les temples des Démons sont assez bien placés dans ce classement des pires horreurs de l'Endlenda. Mais les marais de Veselia sont affreux. Il s'agit du plus grand cimetière en plein air de tout le territoire. Et par le plus grand des hasards, on constate que ce vaste cimetière s'est constaté après la guerre d'Endlenda. Ces marais s'étendent sur une plaine d'environ 122 km², soit la superficie de Sainte-Hélène, le tombeau de Napoléon Ier. Avant cela, il s'agissait d'une plaine tout ce qui y avait de plus normal en Ostiàr, c'est-à-dire une plaine dévastée avec un sol karstique sur un sous-sol rocheux. Le sol y est très acide. Mais avec les combats entre les Elfes et les Démons, l'érosion du sol s'est accentuée de façon intense. De lacs de fange se sont constitués un peu partout sur cette plaine. Près de trois mille lacs ont pu être comptabilisés. Des vagues de pluies torrentielles ont été déclenchées lors des combats, résultats de sorts lancés par les deux camps. Mais si on parle de cimetière à l'air libre, c'est parce que les marais renferment près de douze mille cadavres, dans un état de décomposition plus ou moins important. Certains cadavres sont dans les profondeurs des lacs – soit à maximum dix mètres – ou d'autres sont étendus sur le sol. Tous ces cadavres sont encore "en possession" des armures et de leurs armes, permettant d'estimer les pertes de chaque côté.

Par ailleurs, personne n'a jamais su qui a remporté ce combat dans ces marais. D'ailleurs, personne n'a jamais voulu comptabiliser les pertes des deux camps, par crainte de perdre l'esprit. Ce cimetière est d'une horreur totale. Des feux follets sont continuellement visibles sur la totalité de la surface de ces marais. De plus, ces marais font un peu penser aux Marais de la Mort dans le Seigneur des Anneaux. Bien évidemment, des explorateurs de renom ont tenté d'étudier ces marais mais tous sont revenus avec la même conclusion : "Ils sont vivants !!". Tous ceux qui ont osé s'aventurer dans ces marais en sont revenus soit complètement fous et ont du donc être internés à Lietas, ou bien ne sont jamais revenus du tout.

Une des équipes ayant tenté d'étudier ces marais en détail a réussi à faire parvenir une note assez étrange : "Lorsque le chef d'exploration s'est penché sur le bord d'un petit lac de trois mètres de profondeur, il remarqua la présence d'un soldat Elfe, gradé au titre de chef d'escadrille volante. Il s'est penché pour l'apercevoir de plus près. Mais au moment où son visage se tenait juste sur la surface de l'eau, le visage du cadavre s'et soudain animé. Des yeux blancs se sont ouverts et une main a attrapé le visage du chef d'expédition. Nous avons donc tenté de lui venir en aide mais sa main était tellement glacée. Nous avons tenté de retenir notre chef qui ne pouvait plus se défendre mais la force exercée par le cadavre est extrêmement élevée. Nous relâchâmes notre étreinte sur le cadavre et nous assistions donc à la noyade de notre chef, impuissants. … Puis, son visage s'est figé dans une expression pareille à celle des cadavres qui jonchaient près de nous ...". La personne qui a rédigé ce rapport est devenue folle quelques jours après et a été obligée d'être internée à Lietas, là où elle a mis fin à ses jours.

Les marais de Veselia sont qualifiés de "vaste ignominie de la nature" par tous ceux qui ont survécu à cette guerre, à tel point que de rares organismes vivants y font acte de présence. Il est possible que même les Démons semblent répugner cet endroit, rien que par la vue qu'il procure. Il est vrai que des dizaines de milliers de corps sans vie, plus ou moins déchiquetés en fonction du degré de sauvagerie pour la mort qu'ils ont reçu, ce n'est pas agréable. Un autre élément qui peut inciter le dégoût, c'est le fait que du sang se soit mélangé avec la fange. Il est encore possible, après plus de deux mille ans, d'observer du sang qui s'anime dans certaines étendues lacustres amorphes, comme s'il avait développé une conscience autonome. Des soldats qui ont survécu lors de cette bataille ont affirmé, bien avant de mourir ou de perdre la raison, qu'ils ont vu du sang se mouvoir dans l'eau sale et boueuse, comme par un enchantement maléfique.

Elhahr n'a jamais assisté à ce phénomène et pour rendre justice au personnage, le fait de voir du sang couler ne lui plaît pas trop. Il a appris à faire en sorte que les plaies cicatrisent en un temps record grâce à une manipulation des cellules du corps. Certains sorts permettent … d'influer sur la régénération de certaines parties du corps. Pour les petites plaies superficielles, un sort peut arranger cela en moins d'une seconde. En ce qui concerne une grave blessure avec une hémorragie, un sort assez puissant peut solutionner le problème en quelques secondes. Le sang revient dans les vaisseaux sanguins et la peau se reconstitue d'elle-même.

À la vue des marais de Veselia, les Elfes parmi les plus jeunes paraissent un peu craintifs à l'idée de devoir traverser cet endroit en sachant qu'il est possible qu'ils y laissent leur vie. Comme lors de la traversée de la forêt d'Okahara, c'est Senji qui s'occupe de mener tout le groupe à travers ces marais fangeux. Elhahr estime qu'il est le plus à même d'assumer ce rôle dans certaines parties de l'Endlenda dans lesquelles le Seigneur du Palais lui-même aurait du mal à maintenir son esprit parfaitement concentré. Et à nouveau de façon identique à la traversée de la forêt d'Okahara, les Elfes décident de se repasser la "corde de l'unité" autour de la taille.

- Formidable … au lieu de se noyer un par un chacun de son côté, on va tous se noyer en même temps, reliés par une corde.
- Fermez-la, lance Elhahr avant de lui asséner une énième décharge.

Celle-ci semble plus légère que toutes les autres qu'il a pu recevoir. Elhahr cherche sans doute à ne pas trop l'abîmer pour pouvoir traverser les marais de Veselia sans trop d'encombre. La tâche semble ardue de base.

Les trois premiers kilomètres se passent normalement, sans aucune manifestation surnaturelle. Les Elfes réussissent parfaitement à maintenir leur concentration sur l'objectif fixé. C'est alors que Elhahr ordonne à tout le monde de prendre une petite pause sur une sorte d'esplanade plate qui surplombre la deuxième partie des marais. En effet, toute la plaine marécageuse n'est pas entièrement plate. La partie sur laquelle les Elfes se trouvent est celle d'origine et celle qui se présente à eux est légèrement plus enfoncée. En fait, il s'agit d'un contrecoup d'un sort extrêmement puissant utilisé par un des Démons qui s'est battu contre un des meilleurs généraux Elfes – ce n'est pas Elhahr –. L'Elfe en question a été frappé de plein fouet par le sort en question et a été propulsé au sol, avec une pression de 15000 Pa, soit environ 1520 kg/m². L'amplitude du choc a été tellement intense que le sol sur une distance de seize kilomètres a fini par passer en dessous de la surface. Miraculeusement, l'Elfe a réussi à survivre, malgré les séquelles considérables sur son corps – il décédera plusieurs jours après la fin du conflit –. La partie inférieure des marais est considérée comme étant encore plus malfaisante que la partie supérieure. C'est ici que résident des créatures malfaisantes.

Les Elfes regardent vers l'Est et quelque chose semblent attirer leur curiosité. Avec une vue très développée, comme les Elfes, il est possible de distinguer une coloration des nuages allant vers le rouge-orangé. De grands massifs montagneux sont également perceptibles, ce qui est plus facile à constater. En même temps, il est plus facile de distinguer des montagnes lorsqu'on se trouve sur une plaine. L'orage grondant paraît omniprésent dans les bas fonds de l'Ostiàr. Le ciel est déchiré à de nombreux endroits, avec des éclats de lumière rouge, jaune ou bien bleu pâle.

Mais, une dernière chose semble attirer la curiosité du groupe d'Elfes. Cette chose semble de forme triangulaire, mais différente de celle des montagnes en arrière-plan. Il s'agit plus d'une sorte de grand bâtiment. Mais il est assez compliqué à décrire, ce à quoi un des Elfes demande à Elhahr de quoi il peut bien s'agir. Elhahr répond alors :

- Soldats, au delà des marais de Veselia se trouvent quatre édifices maudits, dédiés aux cultes des Démons. Il y a ceux de Nariath, de Zybilela et celui de Tylihisa qui se trouve juste face à nous et que nous irons explorer en premier.
- Si je me souviens bien, dit Dùhin, le temple de Tylihisa est la demeure d'Andralon, que nous avons vu dans la forêt d'Okahara.
- Tout juste, dit Senji. Et je crois que celui de Nariath est celle de Dilvolg.
- Donc celui de Zybilela est celui d'Eyazon, dit Elhahr.
- Et le quatrième ?
- Le quatrième temple ? Il s'agit de celui de Jeroesh et qui fut la demeure de l'Ultime Seigneur des Ténèbres.
- S'agit-il des noms des Démons ?
- Non, ces temples sont dédiés à une trinité de Démons malfaisants. Leur noms sont juste de simple appellations en fonction des fleuves de lave qui les encerclent.
- Des … des fleuves de lave ?
- Exactement. Ils ne présentent pas de difficulté à traverser. À présent, reprenons la route. Les marais de Veselia sont une véritable prison si on s'y attarde.

Tout le groupe s'exécute et les vingt Elfes, chargés de leur paquetage respectif reprennent donc la route en direction du temple de Tylihisa, leur première et possible dernière halte dans leur expédition. Elhahr a prévu d'aller explorer les trois premiers temples mais il exclut l'idée de se rendre dans celui de Jeroesh, par crainte de voir la mort dans les yeux. Pour le moment, la première étape avant d'accéder aux temples passe par la traversée de la partie inférieure des marais de Veselia, à savoir la partie la plus vaste en terme de superficie et la plus malsaine.


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Re: Le Démon d'un autre monde

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