Faeris : Le Royaume des Duels

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[Fic]Le dernier Esper

le Sam 21 Oct - 23:42
Un cadeau pour mon blue et parce que je suis inspiré quand même de temps en temps alors je vous poste une fic qui n'avance pas beaucoup mais que j'aime écrire à mes heures perdues :3

Prologue : La vie, un grand miracle, mais aussi un grand mystère

Spoiler:
La vie, un grand miracle mais certainement le plus grand mystère de ce monde. Pourquoi sommes-nous sur cette terre ? Que devons-nous y faire ? Quel est le sens de notre vie ? Ce sont des questions que tous les hommes se posent et pourtant, personne ne peut y trouver de réponse définitive.
Cependant, ceux qui se posent ces questions sont des êtres faits de chair et de sang, des êtres étant nés un jour, ayant grandi, ayant pu acquérir cette conscience de soi au fil des années qui leur a permis de trouver leurs propres réponses, mais moi, pourquoi suis-je ici ? Dans quel but ai-je été créé ? Quel est le véritable sens de mon existence ? Mais surtout, que suis-je ?...

Des cliquetis de machines vrombissantes me tirèrent de mon sommeil. Lorsque j’entrouvris les yeux, je réalisai que je me trouvai à l’intérieur d’une sorte de tube en verre et j’étais entouré d’un étrange liquide orangé m’empêchant de voir clairement l’extérieur, ne distinguant que de vagues ombres mouvantes. Cependant, les lumières qui m’éclairaient m’aveuglèrent aussitôt et je fus obligé de plisser les yeux.
Je tentai de bouger un bras pour cacher ces éclairages et je remarquai que des câbles étaient accrochés à ma peau et limitaient mes mouvements.
Au même moment, j’entendis des voix s’élever de l’autre côté de la paroi de verre et je vis les ombres s’agiter dans tous les sens.
Je ne comprenais rien à ce qu’il se passait mais une chose était sûre : ma place n’était pas à l’intérieur de ce bocal, elle était à l’extérieur !
Tout en désirant m’échapper de cette prison de verre, je ressentis soudain un afflux d’énergie dans mes veines, mon cœur se mit à battre plus vite, plus fort et j’entendis des sirènes d’alarme se déclencher lorsque le verre commença à se fissurer avant de voler en éclats moins d’une seconde plus tard, laissant tout le liquide orangeâtre dans lequel je baignais s’écouler lentement sur le sol.
Une fois habitué à ma nouvelle condition en dehors de ce tube, Je pus enfin voir distinctement l’endroit où je me trouvai.
C’était un laboratoire rempli de tubes semblables à celui dans lequel je me trouvai. Il n’y avait aucune fenêtre et la seule source de lumière était une puissante lampe accrochée au plafond qui suffisait à éclairer la petite pièce. Il y avait également de nombreuses machines dont les voyants clignotaient de toutes les couleurs sans que je ne puisse deviner leur utilité.
Enfin, je baissai les yeux et je vis plusieurs hommes en blouse blanche devant moi qui me regardaient tantôt avec étonnement, tantôt avec effroi devant ma démonstration de force. Cependant, l’un d’eux attira plus particulièrement mon attention. Il s’agissait d’un grand homme portant des lunettes rondes qui devait avoisiner la soixantaine, au visage creusé par les âges et recouvert en grande partie d’une barbe de trois jours mais dont les yeux d’un bleu profond dégageaient un fort sentiment d’espoir et d’admiration à mon égard sans que je ne puisse deviner pourquoi.
Avec un petit sourire satisfait sur ses lèvres, ce dernier se détacha du groupe et s’avança vers moi.
« Alors, tu es finalement réveillé ! S’exclama-t-il d’une voix enthousiaste mais rauque.
-Réveillé ? Repris-je sans comprendre. Que s’est-il passé ? Et d’ailleurs, où sommes-nous ? Et qui êtes-vous ?
-Ah, que de questions en même temps, nous venons à peine de te créer, et tu penses déjà par toi-même, n’est-ce pas formidable ? Continua-t-il en croisant les bras sur sa poitrine.
-Vous m’avez…créé ? Répétai-je, interdit. Je ne suis donc pas humain ?
-C’est exact, ou plutôt, nous avons créé ton corps ; Reprit-il toujours aussi satisfait de lui-même. Tu n’es donc plus un humain à proprement parler, même si tu en gardes l’apparence.
-Je ne comprends pas…Que voulez-vous dire par « plus un humain » ? L’aurais-je été par le passé ? Si tel est le cas, que suis-je à présent ? Et pourquoi m’avoir transformé ?
-Tant de questions auxquelles tu devras répondre par toi-même mon jeune ami. Cependant, je peux te dire ce que tu es : un familier, une créature dotée d’incroyables pouvoirs dépassant même l’imagination !
-Des pouvoirs ? Qu’entendez-vous par là ?
-Un familier est en quelque sorte l’ultime création de l’homme. Tu n’es pas vivant au sens propre du terme, bien que tu l’aies été par le passé. Tu ne ressens donc par la douleur de la même façon que nous autres. Ta vie ne dépend pas non plus d’un quelconque organe vital. On peut dire que tu es presque immortel. Mais tu es supérieur aux autres familiers.
-Je suis…supérieur ? Suis-je plus puissant ?
-Tu te rapproches encore une fois de la vérité, mais non. Comment te dire cela simplement ? Un familier a, en temps normal, besoin d’un maître pour survivre dans notre monde. Sa vie est liée à celle de celui qui l’a invoqué et il ne peut lui désobéir. Mais contrairement à eux, tu es totalement libre de tes mouvements, tu n’es lié à personne.
-Si tel est le cas, que vais-je devenir à présent ? Dans quel but ai-je été créé ? Qu’attendez-vous de moi exactement ?»
Le scientifique prit un air contrarié puis remonta ses lunettes sur son nez, avant de reprendre après un instant d’hésitation.
« Nous avons en effet des projets pour toi mais avant cela, tu vas devoir apprendre à connaitre ce monde. En attendant que ce jour arrive, que dirais-tu de vivre une vie ordinaire de lycéen ? Cela pourrait peut-être t’aider à te comprendre toi-même.
-Donc si je vous ai bien suivi, je suis une créature surnaturelle, possédant d’incroyables pouvoirs. Vous m’avez donné la vie, et à présent, c’est à moi de me débrouiller seul jusqu’à ce que je sois prêt…pour quelque chose ?
-C’est à peu près cela ! Mais ne t’inquiète pas, si tu as des ennuis, tu peux toujours nous contacter, nous aurons certainement une solution ! L’expérience n’est pas terminée, nous ne sommes qu’au commencement ! Je suis persuadé que ton existence permettra de régler nombre des problèmes existants actuellement. »
Je réfléchis quelques instants. Mon esprit était encore trop embrumé, je n’arrivais pas à avoir de pensée claire. Devais-je croire la parole de ce scientifique plus que suspect ? D’un côté, j’aurais pu simplement m’enfuir mais de l’autre…je n’avais effectivement aucun but, aucune raison de vivre si ce n’était découvrir ce monde par l’intermédiaire de cet homme…Et si cela me permettait de comprendre la raison de ma présence dans ce monde, je n’avais rien à perdre…
« Entendu, j’accepte votre proposition ; déclarai-je en hochant la tête.
-Bien, je suis heureux de l’apprendre. Mon nom est Fujishima, et je suis sûr qu’ensemble, nous allons accomplir de grandes choses… »
Avant même qu’il n’ait eu le temps d’ajouter quoique ce soit, je sautai de mon piédestal pour faire face au scientifique qui prétendait m’avoir créé. Avec un sourire, ce dernier me montra une porte qui correspondait certainement à la sortie vers le monde extérieur et sans hésiter, je pris cette direction.
Je m’arrêtai cependant juste avant de la franchir et je me retournai pour demander :
« Une dernière question : quel est mon nom ?
-Oh, c’est vrai, j’ai failli oublier ce détail ! Tu t’appelles Hikaru Hinata, cela ne te promet-il pas un avenir radieux ? »
Hikaru Hinata ? Ce nom me plaisait bien. Je devais faire honneur à un tel nom. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait de l’autre côté ni même si j’allais trouver les réponses que je cherchais mais une chose était certaine, ce jour était le point de départ de ma nouvelle vie en tant qu’étudiant de seconde année, mais également en tant que premier familier libre…



Chapitre 1 : Je suis un Familier

Spoiler:
Trois mois étaient passés depuis mon réveil dans le laboratoire du professeur Fujishima et ce dernier m’avait envoyé dans une petite ville nommée Viridian située sur la côte est. Là-bas, il m’avait inscrit au lycée et m’avait trouvé un logement dans le dortoir de l’école, n’ayant pas les moyens de me payer autre chose. Ma chambre n’était pas extraordinaire, et même assez petite pour deux mais la magnifique vue sur la mer compensait le manque de place.
Mon colocataire était un garçon de deuxième année tout comme moi du nom de Sora Daichi. Il avait un physique assez banal, ni spécialement musclé ni spécialement maigrichon, possédant un visage assez rond, les cheveux blonds coupés courts mais gardant néanmoins deux mèches lui tombant entre ses deux yeux d’un noir intense et qui pétillaient toujours de malice, sans cesse à l’affut d’une blague à faire. Il était vraiment le garçon atypique que l’on pouvait trouver dans un lycée qui vivait sa vie sans se soucier de rien.
Il fallait dire que la vie de lycéen était plutôt tranquille. Chaque jour se ressemblait sans pour autant être monotone.
Dans la classe, personne ne semblait se douter que je n’étais pas humain. Ce n’était pas très étonnant puisque je ressemblais à n’importe quel garçon de seize ans du haut de mon mètre quatre-vingt, avec mes cheveux noirs de jais me tombant sur le visage, mon nez fin et mon visage assez fin. Mon seul signe distinctif était la couleur de mes yeux : rouge comme le sang mais cela ne semblait gêner personne.
Au lycée, j’essayais d’apparaitre le plus sociable et joyeux possible comme me l’avait suggéré le professeur, non seulement pour faire honneur à mon nom mais surtout pour ne pas attirer les rumeurs sur moi, je n’avais pas spécialement envie que quelqu’un d’un peu trop curieux ne découvre mon secret.
Cependant, les jours avaient beau passer, je n’arrivais toujours pas à trouver ce qui me distinguait des autres. Je n’avais pas une intelligence hors du commun à en juger par mes résultats en classe et je n’avais vraiment d’aptitudes innées en sport. La seule chose que j’avais notée était que je ne n’étais jamais tombé malade…mais ce n’était peut-être encore qu’une coïncidence.
J’avais fini par abandonner cette recherche de pouvoir me rendant à l’évidence : je n’étais qu’un lycéen ordinaire, menant une vie tout aussi ordinaire à l’exception de ma naissance…L’expérience du professeur avait certainement dû être un échec et il essayait peut-être de me le cacher en m’envoyant au lycée…C’était ce que je pensais, jusqu’à ce jour où ma vie prit un tournant radical.

C’était une journée ordinaire. Le matin, j’étais parti sans attendre Daichi qui avait visiblement décidé de faire la grasse matinée. J’aimais vraiment me lever tôt pour pouvoir contempler le soleil se lever au-dessus d’une mer rougeoyante. Il n’y avait aucun bruit le long de la route à l’exception du clapotis des vagues et quelques chants d’oiseaux. Cette atmosphère me permettait de me réveiller en douceur pour aborder la journée avec entrain.
J’arrivai au lycée une dizaine de minutes plus tard et, après avoir salué mes camarades de classe, je pris place au fond à droite, prêt de la fenêtre, une place vide me tenant compagnie.
Même si j’essayais de sociabiliser, arriver en cours d’année ne m’avait pas aidé si bien que, les groupes étant déjà formés, je m’étais retrouvé au fond, parfois assisté de Daichi dont la place était variable en fonction de son humeur, tantôt au premier rang lorsqu’il voulait se faire petit, tantôt au dernier lorsqu’il voulait dormir.
Lorsque notre professeur principal entra dans la classe, mon attention fut attirée par la jeune fille qui l’accompagnait. Je ne me souvenais pas de l’avoir déjà vue un jour au lycée et son uniforme sans aucun pli me laissait dire qu’elle allait être une nouvelle élève dans notre classe.
C’était une fille assez grande, devant approcher le mètre soixante-quinze, aux formes assez prononcées. Ses longs cheveux d’un rouge vif, presque flamboyant, tombaient sur son front en une frange régulière à l’exception d’une mèche bien plus longue que les autres passant pile entre ses deux yeux d’un magnifique bleu saphir.
Le silence se fit alors et tous les regards se tournèrent vers le professeur ainsi que sur cette mystérieuse nouvelle élève qui avait déjà eu le temps de provoquer de nombreux murmures dans la classe. Puis, après s’être raclé la gorge, le professeur déclara :
« Présente-toi à la classe s’il te plait.
-Je m’appelle Fuyuku Yuki, je viens tout juste d’arriver en ville et à partir d’aujourd’hui je ferai mes études avec vous, ravie de vous rencontrer » Lança-t-elle en s’inclinant avec un sourire radieux. »
Au même moment, la dénommée Fuyuku Yuki tourna la tête vers moi et fronça les sourcils, perdant pendant un instant toute la gentillesse qu’elle arborait une seconde plus tôt.
Je frissonnai. Qu’avais-je bien pu faire de mal pour me faire remarquer de la sorte dès les premières minutes qui suivaient son arrivée ? Se pouvait-il qu’elle ait découvert mon secret ?
Je chassai cette pensée de ma tête. C’était impossible, je n’avais aucun signe distinctif, je devais simplement me faire des idées…
Cependant mon mal aise grandit tout au long de la journée et je sentais comme une présence qui m’épiait continuellement, comme si le regard lancé par cette fille le matin me suivait où que j’aille.
A midi, je tentai de contacter Daichi pour me changer un peu les idées mais évidemment, il était injoignable, comme toujours…Il devait certainement jouer à des jeux stupides sur son téléphone au lieu de venir en classe…
Je laissai tomber cette idée et je me joignis à un groupe de personnes de ma classe pour le déjeuner. Je n’avais pas spécialement envie de manger seul avec ce sentiment d’être épié en permanence de peur que quelque chose ne me tombe dessus sans crier gare…
En réalité, je n’aimais pas vraiment les ambiances de groupe même si je le laissais paraitre. Je préférais les petits comités, comme le duo que nous formions avec Daichi. Les grands groupes étaient toujours trop anonymes, il était impossible d’avoir une conversation personnelle…
En rangeant mon plateau, je tournai la tête derrière moi et je fis un pas en arrière en voyant le regard de la nouvelle étudiante toujours braqué dans ma direction.
Evidemment, je bousculai quelqu’un dans mon geste brusque et j’entendis le bruit d’un plateau s’écrasant au sol suivi d’un gémissement.
-Oh, pardon ; m’excusai-je tout en me baissant pour réparer mon méfait.
-Ce n’est rien, ça arrive à tout le monde ; me répondit une jeune fille blonde aux cheveux assez courts qui devait être en première année à en juger par la couleur de son uniforme. J’ai moi-même renversé mon plateau hier aussi dans ma maladresse ; continua-t-elle en riant.
Avant même que je n’aie eu le temps de faire quoi que ce soit, tout était déjà nettoyé et, après m’être excusé une nouvelle fois, je ne perdis pas une seconde de plus pour m’éloigner de cette fille au regard médusant.
L’après-midi passa rapidement entre une série d’interrogations et ce sentiment oppressant si bien que dès la fin des cours je ne me fis pas prier pour rassembler mes affaires et rentrer le plus rapidement au dortoir afin d’échapper à ce regard.
Cependant, dans ma précipitation, j’oubliai de fermer mon sac et toutes mes affaires tombèrent dans le creux entre les marches des escaliers pour atterrir au sous-sol de l’école et, même si tous mes sens me hurlaient de ne pas faire de vieux os, il fallait quand même que je récupère ces objets dont mon téléphone contenant le numéro du professeur…
Une fois en bas, je dus y aller à tâtons pour trouver l’interrupteur alors que la lourde porte de métal s’était refermée derrière moi. Lorsqu’enfin je le trouvai, une ampoule pendant du plafond clignota plusieurs fois avant de s’allumer, projetant une faible et inquiétante lumière sur la pièce.
Je regardai autour de moi et je découvris un véritable dépotoir. Il y avait vraiment de tout : des vieux ballons dégonflés, des tables de billard à trois pieds, et même des fauteuils déchirés. Je serais bien resté toute la journée à contempler tous les objets entreposés dans cette pièce mais je sentais encore et toujours ce regard peser sur moi, et je le sentais bien plus proche qu’avant.
Je me retournai pour regarder dans toutes les directions mais j’étais bel et bien seul dans cet entrepôt.
Je soupirai longuement pour me détendre. Je me faisais vraiment des idées sur cette fille, il n’y avait aucune raison qu’elle me veuille du mal sans même me connaitre.
Après dix minutes de recherche intensive, je finis par retrouver toutes mes affaires qui s’étaient éparpillées un peu partout et, alors que je m’apprêtai à remonter et rentrer tranquillement, mon sang se glaça dans mes veines lorsque je vis la nouvelle élève juste derrière moi.
Je sursautai et reculai brusquement mais elle, ne bougea pas d’un millimètre. Elle semblait m’observer, son regard étant perplexe à mon sujet si bien que je n’arrivai pas à deviner ses vraies intentions.
Je tentai néanmoins d’agir normalement pour ne pas éveiller davantage de soupçons en elle, si tant elle qu’elle en eut…
« Salut ! Lançai-je d’un ton se voulant amical et naturel. Tu es Fuyuku Yuki n’est-ce pas ? Que fais-tu dans un endroit aussi insolite que celui-ci ? Tu t’es perdue ? »
La jeune fille ne répondit rien mais son expression se durcit et je déglutis, ne sachant plus comment réagir face à cela.
Devais-je continuer à faire semblant de ne rien remarquer ou devais-je m’enfuir avant que les problèmes ne me tombent dessus ?
La réponse me vint un instant plus tard
« Tu…Tu n’es pas humain, n’est-ce pas ? Me demande-t-elle froidement. »
Mon sang se glaça dans mes veines à ce moment-là. Comment pouvait-elle savoir une telle chose alors qu’elle ne m’avait entrevu que quelques secondes ?
Tout à coup, je me rappelai d’un avertissement du professeur. Cela concernait un certain type de personnes, ceux qu’il appelait Esper et qui avaient pour habitude de combattre les familiers tels que moi, voire même les chasser…Et il m’avait conseillé de fuir si un jour j’étais confronté à une telle personne…
Cependant, la jeune fille bouchait la seule issue possible, si bien que je n’avais encore que deux choix : combattre ou tenter de la persuader que je n’étais pas ce qu’elle croyait…ce qui dans les deux cas, relevait de l’impossible mais j’optai tout de même pour la première solution qui me paraissait plus raisonnable.
« Pas…pas humain ? Qu…Qu’est-ce que tu racontes ? Bafouillai-je, tentant d’éloigner les soupçons mais tremblant de la tête aux pieds. »
Pour toute réponse, la rouquine sortis un médaillon bleu turquoise qu’elle dissimulait derrière le ruban de son uniforme et ferma les yeux en se mettant à prononcer des phrases étranges qui m’étaient incompréhensibles.
Un puissant courant d’air s’engouffra dans la pièce alors que toutes les portes étaient closes, comme si quelqu’un avait mis la ventilation en marche et je sentis l’atmosphère se refroidir, regardant les papiers qui commençaient à voler autour de cette fille.
Quant à moi, j’étais pétrifié. Je ne savais pas du tout comment réagir ni même si j’avais les capacités pour réagir face à cette force surnaturelle. De plus, c’était la première fois que je me retrouvai face à un vrai ennemi et visiblement, Fujishima n’avait pas pensé que j’aurais eu à me battre aussi tôt…Je ne savais même pas ce que cette fille me voulait, je n’avais donc vraiment aucune chance d’arranger les choses par le dialogue…
La fille du nom de Fuyuku Yuki rouvrit soudainement les yeux et je pus voir qu’ils étaient maintenant d’un jaune ambré et brillaient dans la pénombre de la pièce, la rendant encore plus effrayante qu’avant…
« A nous deux, Familier ; murmura-t-elle ».

Sans autre forme de sommation, la fille aux cheveux de feu s’élança vers moi avec une vitesse surhumaine. Néanmoins, ayant prévu qu’elle n’ajouterait rien à sa déclaration, je réussis à l’esquiver de justesse en roulant sur le côté mais mon champ d’action était réduit avec tous ces meubles. Fuir allait se révéler compliqué, il fallait que je ruse pour détourner son attention le temps de trouver une ouverture…
Fuyuku n’en resta pas là et, immédiatement après sa première attaque, elle sortit un couteau de sa poche qu’elle pointa dans ma direction. Par réflexe, je pris la première chose qui me passait sous la main en guise de protection : un couvercle de poubelle en plastique que je brandis devant moi tel un bouclier…
Un bouclier qui se fit trancher aussitôt en deux d’un seul coup, me laissant sans protection. Son assaut avait été tellement puissant et rapide que l’onde de choc résiduelle se propageait encore dans mon bras alors que j’avais reculé de trois pas.
Je sentis soudain quelque chose de dur derrière moi et je constatai avec effroi que j’étais dos au mur, au sens propre. Je n’avais plus aucune échappatoire, il allait falloir que je me batte si je ne voulais pas finir ma vie dans cet entrepôt…
Et après, c’était moi qui n’étais pas humain ? Cette fille était tout sauf humaine ! Ses mouvements, son apparence, sa personnalité, rien n’était humain chez elle !
Dans l’affolement, alors que je la voyais repasser une nouvelle fois à l’attaque, j'attrapai un fauteuil à côté de moi, et par un tour de force, sans savoir comment, je réussis à l’envoyer sur Fuyuku qui ne put esquiver un objet aussi gros et tomba à la renverse.
Je ne me fis pas prier davantage et, voyant une occasion, je la saisis et me précipitai vers la porte de sortie avant de filer dans les escaliers, sachant qu’elle ne resterait pas longtemps à terre.
Tout en courant du plus vite que je le pouvais, je composai le numéro de Fujishima dans l’espoir d’obtenir de l’aide mais ce dernier était injoignable…Pourquoi fallait-il que j’aie autant de malchance en un seul jour !
Lorsque je traversai la cour, je remarquai que celle-ci était déserte. Je n’avais pourtant pas passé tant de temps que ça dans les sous-sols…mais je n’avais pas le temps de me préoccuper de détails, je devais d’abord m’enfuir très loin de cet enfer et aviser ensuite.
Tout à coup, mon téléphone vola en éclats dans ma main et quelques morceaux de verre s’enfoncèrent dans ma chair mais j’étais bien trop terrifié pour me plaindre de la douleur, conscient d’avoir frôlé la mort de peu si ce projectile m’avait touché…
Je m’arrêtai net, pétrifié et je me retournai lentement. Fuyuku se tenait bel et bien derrière moi, sur un monticule lui donnant une position dominante, ses yeux dorés brillant dans le crépuscule, une grande épée dans sa main droite, ses cheveux flamboyants ondulant lentement au gré du vent, devant un soleil cramoisi.
C’était un tableau à la fois magnifique et effrayant. J’étais subjugué par la beauté et la grâce de ses mouvements mais je savais également que je ne pouvais rien faire face à elle. Je n’avais aucun pouvoir contrairement à ce que m’avait toujours dit Fujishima, je n’étais qu’un humain normal, que pouvais-je espérer en affrontant une fille comme Fuyuku ?
Ma vie devait-elle s’arrêter aussi vite ? N’avais-je même pas le droit de savoir quelle était la véritable raison de ma présence dans ce monde ? Ne pouvais-je pas vivre un vie simple et heureuse comme tous les autres élèves de ce lycée ?
Non…Toutes ces choses, je les refusais. Je refusais de mourir maintenant, je refusais de ne pas trouver de sens à ma vie, je refusais de perdre contre Fuyuku, ce n’était pas mon destin !
Au même moment, je ressentis une sensation que je n’avais pas éprouvée depuis le jour de ma création. Un afflux d’énergie se propagea dans tout mon corps, mon cœur se mit à battre plus vite, plus fort, je me sentis aussi plus rapide et plus puissant tandis que ma vision s’accrut également, de même que mon ouïe, pouvant désormais distinguer les mouvements furtifs de Fuyuku et entendre le bruit du vent lorsqu’elle se déplaçait.
Mon apparence changea également. Du moins, je le supposai à en juger par la réaction de la rouquine qui recula de quelques pas, surprise tandis que je prenais une position de combat.
Cependant, la jeune fille ne se laissa pas démonter pour si peu et passa à l’attaque avec son épée qu’elle tenta d’abattre sur moi. Mais, le temps que son arme ne touche le sol, j’avais déjà fait un bond en arrière de deux mètres, me permettant d’esquiver aisément son attaque.
Face à ce retournement de situation imprévu, Fuyuku fronça les sourcils un instant, perplexe et je profitai de ce moment de distraction pour passer à mon tour à l’attaque.
D’un nouveau bond, je passai par-dessus la jeune fille et, me retrouvant derrière elle, je tentai de lui assener un coup de poing dans le dos.
Sans surprise, elle para mon coup avec son épée et je grimaçai lorsque ma main frôla sa lame avant de reculer vivement et de regarder mes doigts.
Tout était normal en apparence mais, en touchant son épée, j’avais ressenti comme une sorte de brûlure sur la peau…Se pouvait-il que sa lame aussi fût imprégnée de « magie » ? Je n’avais pas spécialement envie de le savoir et je pris la ferme résolution de faire très attention à son arme…
Nous marquâmes tous les deux une pause dans notre combat pour examiner l’autre. Fuyuku ne s’attendait visiblement pas à un tel retournement de situation et moi, malgré mes aptitudes décuplées, je n’arrivai pas à la surpasser. Mais au moins, j’avais la confirmation que j’avais bien des pouvoirs, c’était le seul point positif…J’espérais simplement que ça n’allait pas en être ma seule utilisation…
« Qu’est-ce que tu me veux à la fin ? M’exclamai-je, haletant. »
Fuyuku ne daigna pas me répondre et, poussant un cri de rage, se jeta à nouveau sur moi, l’épée brandie devant elle.
J’esquivai plusieurs de ses attaques fulgurantes avec une étrange facilité tandis que je sentais l’énervement monter chez la jeune fille qui n’arrivait pas à me toucher. Après plusieurs secondes passées ainsi, je décidai de riposter et, sautant pour esquiver son attaque, je réussis à rebondir sur la lame de son épée.
Malheureusement, tout ne se passa pas comme dans ces films fantastiques et, ne supportant pas mon poids, Fuyuku desserra sa prise et je perdis l’équilibre avant de m’étaler sur le sol de la cour, complètement sonné.
Le temps de reprendre mes esprits, il était déjà trop tard et, le pied posé sur mon torse m’empêchant de me relever, la jeune fille me regardait avec mépris, le bout de son épée pointé sous ma gorge.
« C’est terminé Familier. »
Avec un nouveau cri de colère, Fuyuku Yuki tenta de me transpercer la gorge pour en finir une bonne fois pour toute avec moi mais, contre toute attente, je réussis à saisir sa lame entre mes mains et à arrêter son attaque.
Mon adversaire écarquilla les yeux de surprise tandis que j’essayais de lui lancer un sourire narquois malgré la douleur qui commençait à se répandre dans mon corps au contact de cette lame ensorcelée.
« Non, ce n’est pas terminé ; rétorquai-je tout en commençant à repousser son épée. »
Puisant dans mes dernières ressources et n’ayant plus d’autres solution, alors que Fuyuku tentait toujours de m’égorger, je desserrai légèrement ma prise et je sentis l’épée glisser le long de mes mains sans les trancher mais, alors que la pointe n’était plus qu’à un millimètre de ma gorge, je saisis le poignet de Fuyuku avec toute ma force, la stoppant net.
Sous l’effet de la surprise et de la douleur, cette dernière lâcha son arme et je la fis basculer sur le côté pour me relever, tout en gardant ma prise pour l’empêcher de continuer ses attaques. Toute la rage avait disparu dans ses yeux pour ne laisser place qu’à une peur indescriptible.
« Co…Comment ? Bafouilla-t-elle à son tour.
-Tu l’as dit toi-même, je ne suis pas humain ; rétorquai-je avec ironie.
-Non…Tu n’es pas humain…mais tu n’es pas non plus un familier ; continua-t-elle d’une voix tremblante.
-Aux dernières nouvelles, j’en suis un ; répondis-je, confus face à ce retournement de situation.
-Non, tu n’en es pas un, aucun familier ne devrait pouvoir me toucher avec mon sort de protection ! Qu’es-tu réellement ?
-Si seulement…j’avais la réponse moi-même…Murmurai-je, les doutes envahissant mon esprit.
Tout à coup, le doré de ses yeux disparut et son regard redevint bleu azur puis la jeune fille s’évanouit dans mes bras, comme si toute son énergie avait disparu d’un seul coup.
Commençant à m’affoler, je tentai de la réveiller mais il n’y avait rien à faire, elle ne m’entendait pas. Je ne savais plus quoi faire. Je tenais dans mes mains la vie de celle qui avait essayé de me tuer un instant plus tôt. Il suffisait d’un rien pour me débarrasser définitivement de ce problème…mais, lorsque je la voyais dans cet état, j’étais incapable de voir en elle un être sanguinaire et prêt à tout pour me tuer…Ce n’était qu’une fille de mon âge s’étant évanouie au beau milieu de la cour…
Finalement, mon cœur l’emporta rapidement sur mon désir de vengeance et sur ma raison aussi et je l’emmenai à l’infirmerie.
Cependant, elle n’était pas la seule à avoir perdu ses forces. J’étais subitement redevenu le garçon ordinaire que j’avais toujours été, avec des courbatures dans tout le corps en plus, si bien que la porter jusque là-bas fut un supplice. Mais je ne pouvais pas l’abandonner pour deux raisons : d’abord parce que je ne me serais jamais pardonné qu'il lui arrive malheur par ma faute et surtout, il me fallait des réponses qu’elle semblait pouvoir me fournir.
Après un trajet qui me parut interminable, j’arrivai finalement devant la porte de l’infirmerie et, sans grande surprise, il n’y avait plus personne ici non plus. Je crochetai la porte et je réussis à m’introduire à l’intérieur, Fuyuku toujours inconsciente et je l’installai sur le lit. Sa respiration était redevenue normale et, même si son pouls était faible, elle semblait dormir à présent.
Je me mis rapidement à faire les cent pas à travers la pièce pour réfléchir à ce qu’il venait de se passer. Si je récapitulais, je ne savais rien au sujet de cette fille à part son nom et qu’elle semblait posséder un pouvoir d’Esper…Non, vraiment, rien d’autre ne me venait à l’esprit à part qu’elle semblait me haïr pour ma nature de familier…
Je posai à nouveau mon regard sur elle. Devais-je m’enfuir avant son réveil pour éviter qu’elle ne rentre à nouveau dans une colère noire ? Mais je ne pouvais pas l’abandonner non plus à son propre sort, je ne savais même pas si elle allait pouvoir se réveiller sans soin extérieur.
En y réfléchissant, elle était un peu comme moi : vue de l’extérieur, elle ressemblait à n’importe quelle fille, et semblait même fragile alors qu’elle cachait un lourd secret dont personne n’avait idée.
Cette pensée m’arracha un sourire. Il valait mieux que je me garde de lui dire ça si je ne voulais pas qu’elle me transperce aussitôt avec son épée ensorcelée.
Mais j’étais décidément embarqué dans une drôle d’histoire. Même si j’aurais dû m’attendre à ce que la vie ne soit pas un long fleuve tranquille, j’espérais quand même pouvoir en profiter un peu comme me l’avait promis Fujishima.
Je passai mon regard à travers la fenêtre entrouverte de l’infirmerie. Tout était calme dehors. Il n’y avait pas un bruit à part celui du vent s’infiltrant dans la pièce et faisant voler les légers rideaux blancs.
« Où…où suis-je ? Murmura soudain Fuyuku derrière moi d’une petite voix.
-A l’infirmerie ; lui répondis-je sans me retourner. Tu t’en évanouie après m’avoir attaqué, je t’ai donc amenée ici. »
Dès qu’elle entendit ma voix, la jeune fille sauta d’un bond hors du lit mais tituba au moment de se réceptionner et je m’élançai pour la retenir avant qu’elle ne s’effondre sur le sol.
« -Doucement ; lui dis-je gentiment, tu viens à peine de te remettre, c’est un peu trop tôt pour essayer de me tuer tu ne penses pas ?
-Attends un peu…que je sois rétablie…et tu regretteras d’avoir eu ce ton avec moi…Grogna-t-elle »
La jeune fille tenta de me donner un coup de poing au visage mais je l’esquivai facilement.
« C’est comme ça que tu me remercies ? J’aurais pu te laisser au milieu de la cour, tu aurais eu l’air maligne ; rétorquai-je en fronçant les sourcils.
-Je n’ai pas besoin de ton aide, familier, je peux me débrouiller seule ! Répliqua-t-elle sur un ton de mépris ».
Fuyuku Yuki me repoussa et tenta de faire quelques pas en direction de la porte mais ses jambes la lâchèrent une fois de plus et cette fois-ci, je ne bougeai pas d’un millimètre et elle s’écroula sur le sol, à bout de forces.
« Franchement, dans quelle situation je me suis mise encore moi ? Soupira-t-elle, la tête basse.
-Tu as besoin d’aide peut-être ? Lui proposai-je sans arrière-pensée.
-Ne t’approche pas de moi, monstre…je peux…je peux me débrouiller seule…
-Tu es têtue ; soupirai-je à mon tour, dans ton état, tu n’iras pas plus loin que la porte de l’infirmerie. Pourquoi refuses-tu mon aide ?
-Tu n’es pas humain, comment pourrais-je te faire confiance ? Rétorqua-t-elle violemment en tentant de se relever pour me faire face mais s’écroulant à nouveau.
-Je ne vois pas quelle différence tu fais entre l’infirmière et moi, excepté mes compétences en médecine peut-être. Je suis peut-être un familier, et alors ? Cela fait-il forcément de moi quelqu’un de mauvais ? »
Fuyuku se mordit la lèvre et détourna le regard, comme si elle n’osait plus me faire face ou bien comme si elle repensait à un souvenir douloureux.
« Un familier n’est pas mauvais en lui-même, mais on ne peut pas lui faire confiance, il n’a aucune volonté propre une fois que son maitre lui a donné un ordre, un peu comme un chien à qui on ordonnerait d’attaquer un intrus, c’est ainsi, on ne peut rien y faire… »
Je grimaçai à mon tour en entendant cette comparaison peu élogieuse mais je ne me laissai pas démonter et je savais exactement comment défaire tout son raisonnement.
« Pas de chance pour toi, mais je n’ai pas de maitre ! Je suis Hikaru Hinata, premier familier libre ; rétorquai-je en me frappant la poitrine, fièrement. »
Fuyuku écarquilla les yeux et hoqueta de surprise.
« Qu’est-ce que tu me chantes là ? C’est impossible, un familier a besoin soit d’une source d’énergie, soit d’un maître pour maintenir sa présence dans ce monde, et dans les deux cas, il n’agit pas de lui-même !
-Je crois bien que je suis l’exception qui confirme la règle ; lui répondis-je en riant pour détendre l’atmosphère. »
La rouquine me fixa un long moment avec des yeux remplis de doutes et d’interrogations à mon sujet. Malheureusement, je n’avais certainement aucune réponse à toutes ces questions puisque je ne savais même pas ce que j’étais réellement ni même quels étaient mes pouvoirs…
J’allais reprendre la parole pour tenter de lui expliquer le peu que je savais mais elle m’interrompit avant même que je n’aie eu le temps de prononcer un mot.
« Un familier libre tu dis ? Cela semble tellement fou ; dit-elle avec un sourire aux lèvres.
-Je suis pourtant devant toi, cela ne suffit-il pas à te convaincre ?
-Et qui me dit que ce n’est pas ton maître qui te demande de dire ça pour m’embobiner pour mieux m’attaquer quand j’aurais le dos tourné ?
-En effet, cela pourrait être vrai, et je ne peux pas te prouver le contraire. Mais je peux te jurer que ce que je viens de te dire est la stricte vérité. S’il te plait, crois-moi ! »
Je m’inclinai devant elle pour prouver ma sincérité et un air gêné se dessina sur sa figure.
« Tu…tu n’as pas besoin d’être aussi solennel, je te crois ; bégaya-t-elle, confuse.
-Vraiment ? Repris-je avec espoir.
-Non, mais j’aimerais y croire...Ajouta-t-elle tristement. »
Je grimaçai, pensant que j’avais échoué mais elle continua en passant son regard par la fenêtre d’un air nostalgique.
« J’aimerais y croire, c’est pourquoi, je vais te faire confiance, familier. Montre -moi que ce monde n’est pas fait de noir et de blanc, donne-moi l’espoir que tous les familiers ne sont pas du mauvais côté.»
Je ne savais pas vraiment comment réagir à sa déclaration alors je sortis la première idée qui me vint en tête.
« Cela veut-il dire que tu ne vas pas essayer de me tuer à nouveau ? »
La jeune fille rit légèrement et plongea son regard dans le mien et j’y vis un nouveau sentiment : l’amusement. Elle semblait vraiment penser tout ce qu’elle disait à mon sujet.
« Pour l’instant, je vais garder un œil sur toi, au cas où tu me raconterais des histoires. Mais tant que tu ne représentes pas une menace potentielle, je ne brandirai plus mon épée contre toi.
-Je suis heureux de l’entendre ! Et maintenant, acceptes-tu enfin mon aide, à moins que tu ne comptes passer la nuit sur le sol de l’infirmerie. »
Fuyuku Yuki ne répondit rien mais rougit légèrement et afficha un air gêné en se rendant compte qu’elle était toujours affalée sur le sol, incapable de bouger.
Je pris cette réaction pour un oui et je lui tendis la main pour l’aider à se relever, main qu’elle attrapa sans essayer de me tordre le poignet. Une fois debout, ses jambes tremblaient encore un peu et je lui proposai de s’appuyer sur mon épaule, ce qu’elle accepta sans protester.
Nous traversâmes la cour déserte sans échanger un seul mot. Elle boitait encore un peu mais au fur et à mesure, je sentis son poids diminuer sur mon épaule, signe qu’elle reprenait quelques forces et, lorsque nous arrivâmes devant la grille de l’école, elle me lâcha et fit quelques pas seule avant de se retourner vers moi avec un sourire.
« -Je crois que ça ira à partir de maintenant, merci…euh…
-Hinata, Hikaru Hinata.
-Oui, c’est ça, merci Hikaru… Même si en fait, je ne sais pas si je devrais vraiment te remercier puisque c’est toi qui m’a mise dans cet état là…murmura-t-elle en gonflant les joues comme une petite fille.
-Ah, mais je n’ai pas demandé à ce que tu m’attaques aussi ! Rétorquai-je en montrant les entailles de son épée sur mon uniforme. »
Elle rit. C’était la première fois que je l’entendais rire sincèrement et sans se retenir et je trouvais dans son rire quelque chose d’assez agréable, presque innocent, comme si je n’avais en face de moi qu’une simple fille de mon âge qui s’amusait avec un ami…
En la regardant s’éloigner, je cherchai mon portable dans ma poche pour appeler Fujishima et lui raconter les drôles d’événements de cette journée lorsque je me souvins de ce qu’il lui était arrivé en ne retrouvant qu’un morceau de verre brisé.
Je recentrai mon attention sur la jeune fille et je constatai qu’heureusement, cette dernière n’était pas encore hors de portée.
« Attends un peu toi, et mon portable alors ! Je l’ai payé une fortune ! Lui criai-je de loin. »
Elle se retourna et me dit d’une voix innocente :
« Ah oui, je suis désolée pour ça, j’espère que tu ne m’en veux pas ! »
Puis elle continua son chemin et disparut au coin de la rue, me laissant seul devant l’école, un simple bout de verre dans la main…
Il allait falloir que j’en achète un nouveau moi-même apparemment. Cependant, avec mes économies, il y avait peu de chance pour que je puisse ne serait-ce qu'acheter un chargeur. Si seulement j’avais pu contacter Fujishima, il m’aurait fourni ce dont j’avais besoin…mais j’avais besoin d’un téléphone pour ça ! Comment m’étais-je mis dans un pétrin pareil moi ?
Dépité, je décidai de rentrer tout simplement au dortoir, comptant sur Daichi pour régler mon problème.
C’était la première fois que je rentrai aussi tard de l’école, n’ayant aucune raison de m’y attarder en temps normal, et c’était donc également la première fois que je pus admirer un coucher de soleil sur la mer.
En passant rapidement, j’aurais pu simplement dire qu’il s’agissait du même décor que le matin même mais quelque chose était différent. A l’horizon, je voyais l’astre rougeoyant plonger lentement dans une mer de feu, laissant une longue trainée flamboyante sur la vaste étendue d’eau limpide et calme, agitée simplement par le remous des quelques rares vagues à sa surface.
Tout était si tranquille. Si je l’avais su plus tôt, j’aurais passé plus de soirées sur cette plage après les cours pour me détendre. Ces couleurs, ces sons, cette sensation d’apaisement…c’était tout ce dont j’avais besoin à ce moment-là pour me sortir toutes ces histoires de la tête.
Finalement, après plusieurs minutes je décidai de rentrer au dortoir, soupirant déjà en pensant à la tonne de devoirs qu’il me restait à faire mais, alors que je m’apprêtai à tourner les talons, j’entendis des pas rapides sur la plage en contrebas. Je n’y prêtai tout d’abord pas attention mais je finis par me retourner en entendant quelqu’un tomber sur le sable.
C’est alors que je vis une jeune fille qui semblait poursuivie par une horde de gros animaux ressemblant vaguement à des chiens mais bien plus sombres et plus massifs. Ils aboyaient férocement et montraient les crocs, les poils hérissés sur leur dos.
Même si je ne devais pas faire le poids face à ces choses après mon combat contre Fuyuku, je ne pouvais pas rester là et, sans hésiter, je me précipitai vers la jeune fille pour l’aider.
D’un bond, je franchis la distance qui me séparait d’elle et je me rattrapai gauchement sur le sable, manquant de tomber en atterrissant et je me rendis soudain compte de ma bêtise.
Avec la distance, j’avais vraiment mal évalué la taille de ces créatures qui devaient bien être aussi grosses que des lions ou des tigres et leurs gueules dégoulinantes de bave me laissaient entrevoir des crocs aussi acérés que ceux d’un dinosaure.
Je déglutis. J’avais le don de m’attirer des problèmes moi entre Fuyuku et ces gros monstres…
« Fuis ! Me hurla la jeune fille derrière moi, tétanisée. »
Je ne l’écoutai pas et, sentant une étrange sensation à l’intérieur de moi, je levai la main devant moi et soudainement, les chiens ralentirent et s’arrêtèrent, non sans continuer à grogner, comme s’ils avaient peur de moi. Après tout, il n’était pas exclu que les animaux puissent sentir les familiers.
« Dégagez ; leur ordonnai-je d’une voix bien plus puissante que je le voulais. »
Sans savoir comment ni pourquoi, les créatures se retournèrent et s’enfuirent la queue entre les jambes, sans demander leur reste tandis que la jeune fille derrière moi écarquilla les yeux, interdite et que je me demandais encore ce qu’il venait de se passer.
« Tout va bien maintenant, ils sont partis ; dis-je finalement à la jeune fille en lui tendant une main chaleureuse.
-M…Merci beaucoup ; me répondit-elle, toujours tremblante en attrapant ma main et en se relevant. »
Je regardai alors la personne que je venais de sauver pour la première fois. C’était une fille aux cheveux blonds comme le blé, mi longs et s’arrêtant au niveau de ses épaule tandis qu’une mèche lui tombait de chaque côté du visage assez rond, voire même enfantin alors qu’elle devait certainement avoir un an de moins que moi à en juger par son uniforme. Elle possédait également de grands yeux d’un vert profond dans lesquels je pouvais lire un grand soulagement. Soudain, je reconnus ce visage…c’était cette fille que j’avais bousculée à la cantine le jour même !
« Toi ! M’exclamai-je, interdit.
-Oh mais…on se connait, n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle, tout aussi étonnée que moi.
-Techniquement, non, on ne se connait pas, je t’ai juste bousculée aujourd’hui…lui répondis-je, gêné. Je m’appelle Hikaru Hinata et toi tu es ?
-Hoshino Miki ! Affirma-t-elle en ayant retrouvé son assurance. Avec les caractères signifiant le futur.
-Si ce n’est pas indiscret Hoshino-san, est-ce que je peux savoir pourquoi ces…chiens te couraient après ? L’interrogeai-je prudemment. »
La jeune fille hésita un instant et regarda de chaque côté avant de me répondre :
« Je ne sais pas du tout, je marchais tranquillement dans la rue et ces affreux chiens m’ont attaquée… »
Son histoire ne me convainquait qu’à moitié, surtout après avoir vu de près ces chiens qui étaient tout sauf des créatures normales mais je décidai de ne pas en demander davantage, sachant maintenant à quel point on pouvait être bouleversé après une attaque…
Je la laissai donc là-dessus après lui avoir recommandé la prudence et je repris le chemin du dortoir.
Lorsque j’arrivai enfin devant la porte de ma chambre, il était presque dix-neuf heures et j’étais assommé. Me battre contre cette fille puis contre ces chiens en moins de deux heures m’avait mis sur les rotules et tout ce que je voulais, c’était m’allonger sur mon lit et dormir jusqu’au lendemain.
Lorsque j’ouvris la porte, je trouvai Daichi affalé sur son lit en train de lire un manga assez douteux mais j’avais l’habitude depuis le temps et je n’en tins pas compte.
« Oh, tu rentres bien tard ce soir Hinata ! Me lança-il avant de tomber de son lit en me voyant.
-Quelque chose ne va pas Daichi ?
-Mais qu’est-ce que tu as fait ? Tes habits sont tous déchirés, tu es tombé dans un roncier ou quoi ? S’exclama-t-il en venant m’examiner de plus près.
-Non, je me suis battu contre une horde de bull-dogs enragés : répliquai-je en m’asseyant sur mon propre lit. »
Ironiquement, je ne mentais qu’à moitié mais, même si cela avait été faux, Daichi l’aurait cru. Il était d’une naïveté ahurissante le pauvre mais malheureusement, à force de gober n’importe quoi, il avait également fini par tout prendre à la légère, n’étant plus surpris de rien, si bien qu’il éclata de rire en entendant mon excuse et me donna une grande tape dans le dos.
« Mon pauvre, tu aurais dû m’appeler, je leur aurais donné une bonne leçon à ces chiens galeux moi !

-Justement, en parlant de téléphone, tu pourrais me prêter le tien quelques instants ? Ces chiens l’ont…euh…mangé… »
Mon camarade éclata une nouvelle fois de rire et sortit son portable de sa poche, me montant une barre de réseau à zéro.
« Sacré Hinata, tu vis toujours des trucs pas possibles toi !
-Tu aurais été à ma place, tu n’aurais pas fait le malin ; rétorquai-je en frissonnant tout en repensant à la lame de Fuyuku…
-Enfin, j’aurais bien aimé te passer mon portable mais je n’ai plus de forfait et j’allais justement te demander le tien…
-Comment ça plus de forfait ? Répétai-je, abasourdi.
-J’ai oublié de raccrocher en laissant un message donc j’ai épuisé tout mon forfait comme ça !
-Tu es désespérant ; soupirai-je en me prenant la tête dans les mains.
Le reste de la soirée passa sans autre encombre. Après avoir pris mon diner en compagnie de Daichi comme chaque soir, je fis mes devoirs entre vingt-trois heures et minuit avant d’aller me coucher, lessivé, mais je ne pus trouver le sommeil immédiatement, mon esprit ne pouvant penser à autre chose qu’à Fuyuku Yuki et aux chiens noirs.
« Un monstre…moi ? Murmurai-je tout en regardant mes mains couvertes d’entailles et d’ampoules. Laissez-moi rire… »


Dernière édition par Heart le Lun 23 Oct - 14:53, édité 2 fois
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Re: [Fic]Le dernier Esper

le Sam 21 Oct - 23:43
Chapitre 2 : Un nouveau quotidien


Spoiler:
Dès mon réveil le lendemain, je sentis que la journée allait une fois de plus être longue pour moi. Cette fois-ci, Daichi s’était décidé à partir à la même heure que moi pour l’école et nous fîmes donc la route ensemble.
Ce dernier n’était vraiment pas dans son assiette le matin si bien que c’était à peine si je ne devais pas le tenir par la main pour éviter qu’il ne traverse au feu vert ou qu’il ne parte dans la mauvaise direction mais nous réussîmes néanmoins à arriver devant le portail en un seul morceau.
Soudain, une voix désormais familière m’interpella et mes cheveux se hérissèrent sur ma tête.
« Bien le bonjour le monstre ! S’exclama Fuyuku Yuki en me faisant de grands signes, un large sourire aux lèvres. »
Immédiatement, je me précipitai sur elle et je lui mis ma main devant la bouche pour l’empêcher d’en dire davantage.
« Tu veux ma mort ou quoi ? Murmurai-je, regardant frénétiquement de tous les côtés pour m’assurer que personne n’avait entendu.
-Pas aujourd’hui ; me répondit-elle en haussant les épaules d’un air intrigué.
-C’est déjà une bonne chose ; soupirai-je en la relâchant. Mais évite de crier sur tous les toits ma vraie nature. Ici, je ne suis qu’Hikaru Hinata, un lycéen ordinaire, compris ? »
La rouquine ne me répondit que par un gloussement amusé qui ne me disait rien de bon mais mon attention fut détournée par Daichi qui était venu à son tour se coller à nous, le visage rouge comme un pivoine, avec un air spécialement stupide.
« Oh Hinata, tu me présentes ta nouvelle amie ? Me dit-il, tout tremblant.
-Plus tard, on va être en retard ; soupirai-je en l’attrapant par le col et en le trainant derrière moi. »
Alors que je pensai m’être débarrassé de Fuyuku, cette dernière m’interpella une nouvelle fois et me lança : « N’oublie pas, je garde un œil sur toi ! »
J’accélérai immédiatement le pas, préférant ne pas répondre pour ne pas alimenter la conversation et encore moins d’éventuelles rumeurs étranges qu’elle pourrait provoquer à mon sujet.
Cependant, l’ignorer n’empêcha pas la jeune fille de tenir sa promesse et de me surveiller. Durant toute la journée, il m’était impossible de trouver un moment de tranquillité. Pour commencer elle vint se placer juste à côté de moi en classe. Je me demandai d’ailleurs comment elle pouvait suivre le cours en même temps qu’elle me surveillait mais, dès que je faisais un mouvement, elle semblait le remarquer si bien que je finis par me concentrer uniquement sur mon cahier pour ne pas avoir à affronter son regard.
A l’intercours, je tentai de me débarrasser d’elle en passant aux toilettes mais il n’y avait rien à faire, cette cinglée m’attendit devant la porte, adossée contre un mur, mettant mal à l’aise tous les autres garçons passant dans le couloir.
Le seul qui ne semblait pas souffrir dans cette affaire était Daichi qui s’accommodait même plutôt bien de la présence de la jeune fille, faisant totalement abstraction du cours par la même occasion.
Lorsque la pause de midi arriva enfin, sans surprise, Fuyuku vint s’incruster à notre table et se plaça juste en face de moi sans même avoir de plateau.
« Tu comptes me suivre encore longtemps comme ça ? Finis-je par lui demander, perdant patience.
-Jusqu’à avoir la confirmation que tu ne m’as pas menti ; me répondit-elle, accoudée à la table avec son petit sourire malicieux qui commençait à vraiment m’insupporter.
-Et bien, tu peux attendre longtemps. Enfin, je ne vais pas me préoccuper de toi et lui non plus, pas vrai Daichi ? »
Le blondinet ne me répondit pas. Je l’avais complètement perdu depuis que Fuyuku était avec nous mais je le ramenai à la réalité avec une bonne claque dans le dos pendant qu’il mangeait, et il manqua de s’étrangler.
« Que…Quoi ? S’exclama-t-il comme sorti d’un rêve.
-Je disais qu’on allait ignorer cette sympathique Fuyuku.
-Tu vas l’ignorer seul alors ! Mais je ne me suis toujours pas présenté, je m’appelle Sora Daichi et…
-Tu ne peux pas aller me chercher une pizza toi ? J’ai un peu faim ; l’interrompit-elle sans me quitter du regard.
-Tout de suite mademoiselle, j’y vais de ce pas ! »
Sans ajouter un mot de plus, Daichi se leva d’un bond de sa chaise et se précipita hors de la cantine pour aller acheter une pizza je ne sais où, d’autant plus que la pizzéria la plus proche était à au moins dix minutes de marche.
« Et tu m’en rapporteras une par la même occasion ! M’exclamai-je avant qu’il ne disparaisse. »
Cependant, en me retrouvant seul face à Fuyuku qui me dévisageait en permanence, je tentai de rappeler Daichi mais il avait déjà disparu…Ce type était une vraie plaie…
Lorsque je reportai mon attention sur mon assiette, je me retrouvai nez à nez avec la rousse qui me fixait de près et, reculant vivement, je tombai de ma chaise, m’étalant lamentablement sur le sol et provoquant les rires de tous les élèves.
« On ne t’a jamais appris que c’était impoli de fixer les gens sous le nez ? M’exclamai-je de mauvaise humeur.
-Désolée, je voulais simplement m’assurer d’une chose ; me répondit-elle, amusée elle aussi par ma chute.
-C’est ça oui, tu voulais simplement me voir tomber ; grognai-je. Et puis, c’est mesquin d’utiliser Daichi pour faire tes courses.
-Arrête de ronchonner le monstre, je suis sûre que tu n’es pas mécontent d’avoir une pizza !
-Ça changera des sandwichs du distributeur ; soupirai-je en regardant mon plateau. »
Sans savoir pourquoi, j’éclatai de rire en même temps que Fuyuku. Si Daichi savait ça, j’étais persuadé qu’il aurait été furieux mais je devais avouer que la manœuvre de la jeune fille, bien que mesquine, était vraiment intelligente. Peut-être pouvais-je apprendre quelques trucs en restant à ses côtés finalement.
Nous profitâmes de la pause déjeuner pour parler un peu. Malheureusement, la rouquine ne me dévoila que très peu de choses sur elle. Je pus simplement apprendre que son père était un chef d’entreprise très haut placé, qu’elle aimait les pizzas au peppéroni et qu’elle habitait seule dans un petit appartement en ville, mais rien sur les familiers ni sur ses pouvoirs.
Finalement, alors qu’il ne restait plus que cinq minutes de pause, la jeune fille sortit un plat dégageant une odeur particulièrement appétissante de son sac et commença à le savourer tandis que je m’étranglai.
« Une minute, je peux savoir pourquoi tu as envoyé Daichi à l’autre bout de la ville toi si tu avais ça dans ton sac.
-Tu pensais vraiment que je comptais sur ton copain pour me faire mon déjeuner alors que je ne le connaissais même pas ce matin ? Rétorqua-t-elle en haussant les épaules. »
A cet instant, je me sentis totalement stupide et je rougis de honte. Au même moment, mon estomac se mit à gargouiller. Ce sandwich n’était vraiment pas suffisant…
« On dirait que tu as un peu faim…je ne savais pas que les monstres avaient réellement besoin de manger aussi ; s’étonna-t-elle.
-Si seulement ; soupirai-je en m’écroulant sur la table.
-Tu as de la chance que j’en aie préparé trop pour moi ; se contenta-t-elle de répondre en me donnant une partie de son repas. »
Je fus d’abord un peu sceptique. Rien ne me disait qu’elle n’essayait pas de m’empoisonner après avoir gagné ma confiance…mais mon estomac fut plus fort que la crainte et je finis par céder à la bonne odeur se dégageant du plat.
A peine eussé-je pris une bouchée qu’un délice de saveurs déferla dans ma bouche et avant même que je ne m’en aperçoive, j’avais terminé ce plat inconnu mais exquis.
« Fuyuku, c’est toi qui as cuisiné ça ? Demandai-je, impressionné.
-Non, je l’ai simplement acheté en chemin tout à l’heure ; me répondit-elle en me montrant la marque du magasin sur la boite.
-Evidemment…
-Comment ça « évidemment » ? Répéta-t-elle en fronçant les sourcils.
-Rien, je me disais juste que tu avais l’air de passer plus de temps à faire la chasse aux monstres qu’à faire la cuisine ; lui répondis-je en lui montrant les entailles que j’avais encore sur les mains.
-Ce n’est quand même pas ma faute si on ne m’a jamais laissé cuisiner ; marmonna-t-elle en gonflant les joues.
-Il doit bien y avoir une raison à cela ; déclarai-je avec un petit sourire moqueur au coin de la bouche.
-Pas…pas spécialement…j’ai simplement laissé un plat sur le feu un peu trop longtemps un jour ; ronchonna la rouquine en détournant le regard. »
Devant mon air moqueur, cette dernière s’empourpra et reprit aussitôt la parole.
« Et puis, je n’ai pas de leçon à recevoir d’un monstre, je sais ce que je vaux ! Demain je ramènerai un plat tellement apetissant que tu me supplieras de me laisser te le faire gouter !
-Parce que tu comptes continuer à me coller demain aussi ?
-Je compte te coller encore longtemps même.
-Misère ; soupirai-je en ayant mal à la tête rien qu’en y pensant. »
Au même moment, la cloche marquant la fin de la pause déjeuner retentit et, me levant en vitesse, j’attrapai la jeune fille par le bras qui me suivit non sans protester pour finalement arriver essoufflés en classe juste avant notre professeur d’histoire.
Alors que j’étais sur le point de m’endormir, je tournai la tête vers le bureau de Daichi lorsque je remarquai que ce dernier était inoccupé. A quoi pouvait bien jouer ce boulet ? Il ne fallait qu’une demi-heure pour faire l’aller-retour avec des pizzas…
Finalement, sa place resta inoccupée et l’après-midi passa tranquillement. Fuyuku se décida enfin à me lâcher à la fin des cours.
Alors que je rangeai mes affaires, j’entendis un fracas infernal venant du couloir et tous les élèves encore en classe se retournèrent pour voir débarquer Daichi, essoufflé, deux pizzas encore chaudes dans chaque main et je ne pus m’empêcher de me prendre la tête dans les bras, désespéré.
« Fuyuku-Chan, j’ai tenu ma promesse, je t’ai ramené des pizzas ! S’exclama-t-il l’air fier de lui mais épuisé.
-Je peux savoir où tu es allé chercher tes pizzas toi ? Lui demandai-je.
-La pizzeria était fermée…alors je les ai faites moi-même…puis je suis revenu…Haleta-t-il. »
Dubitatif, je regardai à nouveau les deux pizzas. Elles ne semblaient pas mauvaises et dégageaient même une odeur très agréable. Je pris alors une part pour gouter sans le prévenir.
« Eh attends que Fuyuku en ait pris avant ! Protesta le blond. »
Cependant, je l’ignorai et je l’attrapai par les épaules en prenant un air sérieux.
« Daichi…je dois te dire quelque chose…
-Désolé mon pote, mon cœur est déjà pris par la belle Fuyu…
-Tes pizzas sont les meilleures que je n’ai jamais mangées !
A peine eussé-je prononcé ces mots qu’une foule s’assembla soudainement autour de nous et réclama de gouter à la pizza. Face à une telle pression, ce dernier ne put refuser et tout le monde eut droit à sa part du festin mais, lorsque nous fûmes tous servis, il ne resta plus rien dans les boites...
« Eh, c’était pour Fuyuku au départ ces pizzas ! Que va-t-elle penser de moi si je ne lui donne rien ?
-Ah oui, elle est déjà partie ; lui répondis-je en savourant une autre part.
-Quoi ? Tu n’aurais pas pu le dire plus tôt ? Gémit-il en s’effondrant.
-Tu ne m’en as pas laissé l’occasion. Sur ce, il est l’heure de rentrer je pense.
Je laissai Daichi derrière moi et je pris la direction du retour. Cette fois-ci, aucune plaie ne me tomba sur la tête et je pus arriver jusqu’au dortoir sans encombre. Je m’arrêtai cependant une nouvelle fois sur la plage, espérant voir à nouveau le magnifique coucher de soleil de la veille.
Une fois de plus, il n’y avait personne à cette heure et un vent frais soufflait sur le sable encore chaud de la plage déserte.
Je me trouvai un tronc d’arbre mort près de la route et je m’assis dessus pour contempler la vaste étendue d’eau salée et me détendre un peu.
Rester là à ne rien faire d’autre que regarder au loin, perdu dans mes pensées était vraiment agréable. J’allais peut-être répéter cela plus souvent à l’avenir avant de rentrer au dortoir bruyant et d’être obligé de sortir Daichi du pétrin.
Soudain, une bourrasque de vent me surprit et amena une forte odeur de sel et d’algue à mes narines. Par réflexe, je me protégeai les yeux du sable volant mais, lorsque je les rouvris, je vis une personne à côté de moi, un homme assez grand qui me tournait le dos, portant un long manteau rouge et orangé aux extrémités ainsi qu’une longue écharpe blanche. Ses cheveux blonds ondulaient lentement au gré du vent, de même que ses vêtements.
Il ne se retourna pas et resta simplement planté devant moi sans bouger, les mains dans les poches. Je ne pouvais pas dire pourquoi mais j’avais l’impression de connaitre ce type ou du moins son manteau spécial.
« Est-ce que vous pourriez vous décaler s’il vous plait, vous me faites de l’ombre et j’aimerais profiter du soleil avant qu’il ne disparaisse ; le priai-je poliment. »
L’homme ne me répondit pas et je me levai, agacé, voyant qu’il ne s’agissait certainement que d’un type aimant embêter les autres. Cependant, alors que je commençai à prendre le chemin du retour, je l’entendis parler derrière moi.
« Je suis désolé, j’ai failli à mon devoir ; déclara-t-il tristement. »
Sa phrase résonna dans mon esprit et mon cœur s’accéléra. Je me retournai brusquement mais l’homme avait déjà disparu, ne laissant aucune trace de son passage. Mais pourquoi…avais-je l’impression d’avoir déjà entendu cette voix et cette phrase ?...
Je me fis soudain tirer de mes pensées par une autre voix dans mon dos, mais cette fois-ci une voix que je pus reconnaitre sans trop de difficultés.
« Tiens, mais si ça ne serait pas le garçon bizarre d’hier ; déclara Hoshino Miki à une dizaine de mètres de moi.
-Je me demande lequel de nous deux est le plus bizarre ; rétorquai-je. Je ne me fais pas agresser par des chiens enragés moi. »
Mais je m’étais fait attaquer par une fille hystérique et pot de colle mais ça, je fis bien attention à le garder pour moi.
« C’est méchant ça ; me dit-elle en feignant d’être contrariée.
-Je ne fais qu’énoncer les faits ; lui répondis-je en haussant les épaules. Et en parlant de bizarreries, qu’est-ce que tu viens faire sur cette plage déserte aujourd’hui ?
-J’avais simplement envie de te remercier correctement pour hier ! Déclara-t-elle avec un large sourire. Tu habites au dortoir, c’est bien ça ?
-En effet, et j’allais y retourner avant que tu n’arrives, donc si tu veux bien m’excuser…
-Attends, tu ne veux pas rester encore un peu avec moi ? M’interrompit-elle en me retenant par le bras. On ne sait jamais, ces chiens pourraient revenir…
-Raison de plus pour ne pas rester ici. »
Hoshino me lâcha le bras un instant et je profite de ce moment pour me dégager et partir à grandes enjambées vers le dortoir en jurant. Je pensais avoir touché le gros lot avec Fuyuku niveau pot de colle mais cette fille était à un stade encore supérieur ! J’en regrettai presque d’être intervenu…heureusement- ou malheureusement- Fujishima m’avait doté d’un cœur capable de ressentir la pitié…
Lorsque j’arrivai devant la porte d’entrée, je regardai rapidement de tous les côtés pour m’assurer qu’elle ne m’avait pas suivi mais j’étais bel et bien seul. L’esprit tranquille, j’entrai donc à l’intérieur et je montai au premier étage pour rejoindre ma chambre. Cependant, au moment où je rentrai dans celle-ci, je me retrouvai nez à nez avec Daichi sortant tout juste de sa douche.
« Ah Hinata, tu as pris l’air et… »
Le blond s’interrompit net dans sa phrase et poussa un cri suraigu.
« Hinata, je peux savoir ce que cela signifie ? C’est un dortoir pour garçon ici, c’est contre le règlement ce que tu fais ! »
Avant même que je n’eus le temps de réaliser ce qu’il se passait, Daichi se précipita dans la salle de bain et s’y enferma à clé. Avec un très mauvais pressentiment, je me retournai et je fis à mon tour un bond de deux mètres en arrière.
« Qu…quand m’as-tu suivi toi ? M’écriai-je, presque effrayé.
-Oh, c’est donc ici que tu habites ? S’exclama-t-elle en ignorant ma question. C’est sympathique ! »
La jeune fille se précipita à la fenêtre et inspira un grand coup avant de pousser un cri de stupéfaction.
« Oh, c’est presque comme si tu habitais sur la plage !
-Quand même pas, ce n’est pas…Et une minute, tu n’as absolument pas le droit d’être ici alors dehors ! Lui ordonnai-je en pointant la porte, restée grande ouverte.
-Ce n’est pas grave, si un surveillant arrive, tu le feras partir comme avec les chiens, n’est-ce pas ?
-Si un surveillant arrive, tu te débrouilleras toute seule. Daichi, je te confie notre invitée, moi je vais diner ! Lui criai-je à travers la porte de la salle de bain.
-Attends un peu toi, tu ne peux pas ! Mes habits sont à l’extérieur ! Tu m’écoutes ? Hinata !
Ignorant ses gémissements, je sortis de la chambre en prenant bien soin de fermer la porte derrière moi pour éviter que ce pot de colle ne me suive encore. Mais, alors que je me pensais enfin tranquille, je croisai quelqu’un dans le couloir, notre professeur responsable, un grand gaillard du nom de Tetsu…même si responsable était un bien grand mot pour le décrire.
C’était un grand homme devant approcher le mètre quatre-vingt-dix, à la carrure imposante, au crâne commençant déjà à se dégarnir même si cela ne se voyait que peu comme il se rasait très court. Son visage était assez carré et portait quelques légères cicatrices témoignant de son passé et il affichait toujours un air nonchalant même si je l’avais parfois vu s’énerver.
« Bonsoir Sensei ; le saluai-je avec entrain.
-Oh, Hikaru, c’est rare de te voir sans cet incapable de Sora ; me répondit-il, étonné.
-Il prend sa douche mais je crois qu’il est tombé sur la tête. Il me rejoindra plus tard.
-C’est ennuyeux ça, je devais justement lui parler ; me dit-il en croisant les bras. J’ai appris qu’il a utilisé le four du dortoir sans permission aujourd’hui donc d’après le règlement, je dois lui passer un savon…je crois…
-Vous…Croyez ? Répétai-je, toujours étonné de voir sa méconnaissance légendaire des règles de son propre dortoir.
-Mais ne t’en fais pas, je vais le voir directement. Va prendre ton diner sans te tracasser. »
Le voir directement…Je sursautai et, trouvant une excuse bidon, je fis demi-tour en quatrième vitesse pour retourner dans la chambre. Si Tetsu trouvait Hoshino ici, nous allions avoir de gros ennuis car s’il y avait bien une règle que Tetsu connaissait, c’était celle concernant les filles !
J’ouvris la porte, manquant de la faire sortir de ses gongs et, sans surprise, je remarquai que rien n’avait changé depuis mon départ. Hoshino était toujours à la fenêtre en train d’admirer le paysage et Daichi dans la salle de bain à pester contre moi.
« Déjà de retour ? S’étonna la blonde. Tu gobes, ce n’est pas possible autrement !
-Tetsu arrive, tu ferais mieux de partir rapidement sinon on va tous avoir de gros ennuis ; la prévins-je en prenant un air menaçant.
-Qu’il vienne, il ne me fait pas peur ton ami !
-Il fait un mètre quatre-vingt-dix-huit, pèse plus de quatre-vingt kilos, et fait du judo, du karaté, du Catch et de l’escrime. »
J’entendis la jeune fille déglutir et je la vis pâlir instantanément.
« Réflexion faite, je vais peut-être partir ; dit-elle soudainement effrayée. Mais je reviendrai bientôt maintenant que je sais où tu habites !
-Essaie un peu pour voir… »
Je m’arrêtai net dans ma phrase alors qu’Hoshino était en train d’escalader le rebord de la fenêtre et s’apprêtait à sauter du premier étage.
« Mais attends, qu’est-ce que tu essaies de faire là ? M’étranglai-je, tentant de la retenir avant qu’elle ne se brise le cou.
-Ça ne se voit pas ? je pars discrètement comme tu me l’as demandé ! »
Se dégageant de ma prise, la jeune fille sauta et je fermai les yeux, n’osant pas regarder ce qui allait lui arriver mais, contre toute attente, je n’entendis aucun fracas au sol m’indiquant qu’elle s’était brisé les deux jambes et, au lieu de ça, je la vis atterrir tout en douceur sur le sol avant de se relever comme si de rien n’était.
Devant ma mine décomposée, Hoshino me fit un clin d’œil avant de disparaitre au loin et je m’écroulai par terre en soupirant. Entre Fuyuku et elle, je pouvais dire que j’en connaissais des gens étranges…
Un instant plus tard, j’entendis Tetsu débarquer dans la chambre sans frapper, comme à son habitude.
« Sora, je sais que tu es là, inutile de te cacher ! S’écria-t-il en défonçant la porte de la salle de bain.
-Sensei, prévenez avant d’entrer comme ça, surtout dans la salle de bain ! Rétorqua mon colocataire encore effrayé.
-Et toi tu pourrais prévenir avant d’utiliser les fours du dortoir ! A cause de toi, j’ai du tout nettoyer moi-même, tu te rends compte, j’y ai passé au moins une heure !
-Si je peux me permettre, les pizzas de Daichi étaient excellentes. Si vous devez le punir, pourquoi ne pas lui demander d’en refaire pendant toute la semaine ? Intervins-je alors.
-Attends Hinata, tu ne m’aides pas là ! Protesta mon ami.
-Vraiment ? Se demanda Tetsu, le regard brillant. Si tu dis vrai, alors il ne faudrait pas nous priver d’un si grand cuisinier ; répondit-t-il en se grattant la barbe. Bien, c’est entendu, Sora, à partir de maintenant, tu nous feras nos diners jusqu’à la fin de la semaine ! »
Sur ces belles paroles, notre surveillant nous quitta, laissant Daichi à terre, effondré et désespéré tandis que je me retenais d’éclater de rire.
« Je suis sûr que Fuyuku aura l’occasion de goûter à tes pizzas un jour, ne perds pas espoir !
-Tu parles, jamais je ne pourrais l’impressionner à ce rythme ; gémit-il.
-Ah oui, elle m’a dit qu’elle te ferait un déjeuner demain, donc… »
Daichi se releva d’un bond, le regard scintillant à nouveau d’un millier d’étoiles et me serra dans ses bras, manquant de m’étouffer.
-Vraiment ? Merci Hinata, t’es vraiment un ami ! S’écria-t-il.
En moi-même, je riais déjà de ce que ce pauvre Daichi allait vivre. C’était certes mesquin, mais aussi tellement tentant que je n’avais pas pu m’en empêcher.

Le lendemain, une fois de plus, à peine arrivés à l’école, nous tombèrent nez à nez avec Fuyuku qui semblait nous attendre et qui m’adressa un sourire malicieux dès qu’elle me vit.
« Alors le monstre, prêt à me supplier à genoux ? Me lança-t-elle avec un coup de coude dans les côtes.
-Bonjour à toi aussi Fuyuku ; lui répondis-je simplement sans sortir les mains des poches.
-Ohayo Fuyuku-Chan ! S’exclama Daichi avec un enthousiasme qui ne lui ressemblait pas le matin.
-Oh…Bonjour…euh…le garçon aux pizzas ? Hésita la rouquine.
-Daichi ! Sora Daichi et je m’excuse pour hier, je n’ai pas été capable de te ramener des pizzas alors je les ai faites moi-même mais tu étais déjà partie et tout le monde a voulu en prendre et…
-Ce…Ce n’est pas grave ; l’interrompit-elle, commençant à être gênée par tant de bruit.
-Tu vois que ce n’est pas agréable quand tout le monde te regarde ; lui lançai-je comme pique pour ce qu’elle avait fait la veille. »
Cette dernière se contenta de me décocher un regard noir et nous reprîmes notre route vers la salle de classe. Heureusement, même si je n’appréciai pas spécialement la jeune fille, je commençai à m’habituer à sa présence, ce qui me permettait de mieux supporter les cours assis à côté d’elle puisqu’elle ne voulait pas aller voir ailleurs.
C’était assez étrange d’ailleurs. Même si tout le monde était aux petits soins avec elle, Fuyuku restait collée à moi et n’allait pas du tout vers les autres alors qu’elle se serait très facilement intégrée, surtout en considérant sa beauté qui, il fallait le dire, dépassait de loin celle des autres filles de la classe…
Mais la rouquine était peut-être d’une beauté éclatante, elle n’en restait pas moins dangereuse autant en combat qu’en cuisine et je le découvris quelques heures plus tard, durant la pause déjeuner.
Evidemment, craignant le pire, j’avais pris mes propres provisions, contrairement à Daichi qui était venu les mains dans les poches mais qui semblait aux anges tandis que Fuyuku déballait son propre déjeuner. Cette dernière me lança un regard de défi tout en ouvrant sa boite.
« Tiens, goûte-moi ça, tu m’en diras des nouvelles Hina…
-Merci beaucoup Fuyuku-chan, je n’oublierai pas ce geste ! Dit Daichi en lui prenant le « sandwich » des mains.
-Attends un peu toi, c’est pour Hinata ! Protesta-t-elle, trop tard.»
Avant même qu’elle n’ait fini sa phrase, Daichi avait mordu à pleine dent dans le Sandwich puis nous le regardâmes avec intérêt passer d’une couleur normale, à bleu, puis vert, avant de s’effondrer, face contre table et Je ne pus me retenir plus longtemps et j’éclatai de rire.
« C’est…je ne peux pas le décrire…Tenta de dire Daichi en toussant.
-Il semblerait que j’ai gagné ; dis-je sur un ton supérieur en sortant mon repas.
-Attends, attends, comment tu peux dire ça ? Tu n’as même pas goûté ! Râla notre cuisinière en me présentant son plat.
-Non, mais ce pauvre Daichi est la preuve vivante, ou non, de tes talents culinaires. Je passe mon tour pour cette fois. »
Folle de rage, Fuyuku s’empara de son sandwich et le gouta à son tour avant de finir dans le même état que le pauvre garçon.
« Je crois que je vais vraiment m’abstenir ; déclarai-je, craignant soudain pour ma propre vie.
-Pourquoi…Murmura alors la rouquine. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à faire un simple sandwich…
-Tu sais, on apprend de ses défaites ! Lui lançai-je dans un élan de pitié. Et puis, Daichi se fera un plaisir de t’apprendre, n’est-ce pas ? »
Je donnai un coup dans le ventre de notre grand malade et ce dernier se releva d’un bond en se tapant le torse, tentant d’avoir l’air viril.
« Donner des cours à Fuyuku-chan ? Ça serait un grand honneur ! Même si je pense qu’elle n’en a pas besoin à mon humble avis !
-Et c’est celui qui vient de frôler l’indigestion qui dit ça ; soupirai-je. »
Cela arracha un sourire à Fuyuku même si nous parlions d’elle et, dans un autre élan de pitié, je partageai mon repas avec la jeune fille qui accepta, laissant son arme à Daichi puisqu’il semblait apprécier sa cuisine.
Lorsque la fin du repas arriva, je proposai à Fuyuku de passer le soir pour que l’expert lui donne ses cours, en profitant au passage pour rappeler à l’intéressé sa punition qu’il avait visiblement déjà oubliée. Cette dernière accepta, à ma grande surprise, même si je la soupçonnai de vouloir profiter de cette occasion pour me coller encore plus mais tant que je pouvais assister à une bonne séance de rigolade, j’étais bien prêt à subir sa présence.
La journée se termina comme elle avait commencé, sans rebondissement. Souhaitant profiter des quelques instants de tranquillité qu’il me restait, je partis devant, laissant le boulet et le pot de colle derrière moi, mais c’était sans compter sur une voix insupportable qui m’interpela à peine avais-je mis un pied à l’extérieur de la classe.
Au début, je tentai de l’ignorer, pensant qu’elle allait se lasser mais…c’était juste impossible d’ignorer quelqu’un d’aussi casse pieds et je me retournai donc, l’air furieux.
« Tiens, Hoshino, tu me colles à l’école aussi maintenant ?
-Je me suis dit qu’un peu de compagnie te ferait du bien, tu es toujours tout seul quand je te vois de loin ! Me répondit-elle avec un grand sourire.
-Et Daichi, tu en fais quoi ? Lui demandai-je, consterné.
-Ah le garçon étrange d’hier, il ne compte pas vraiment puisque c’est ton colloc !
-Détrompe-toi, j’ai aussi cette charmante Fuyuku Yuki qui traine avec moi désormais ! Lui répondis-je en pointant l’intéressée du doigt au moment où elle sortait de la classe.
-Yuki qui va te montrer qui est charmant ici, sale monstre ! Répliqua la rouquine en m’attrapant par l’oreille. »
Je gémis de douleur pour qu’elle me lâche et Hoshino nous regarda en penchant la tête sur le côté, l’air intriguée.
« Je ne savais pas que tu étais en couple, Hinata. »
Ses mots eurent l’effet d’une bombe sur nous deux et Fuyuku me lâcha immédiatement avant de me repousser contre le mur.
« Nous ne sommes pas en couple ! Nous nous exclamâmes d’une seule voix.
-Pourtant, vous agissez exactement comme tel.
-Jamais je ne sortirai avec un monstre comme lui ! S’étrangla la rouquine.
-Et moi jamais avec une hystérique pareille ! Renchéris-je. »
La jeune blonde ne trouva rien d’autre à faire que de rire bêtement en nous décochant des regards suspicieux, installant un profond malaise entre nous.
« Tiens, que dirais-tu de manger des pizzas Hoshino ? Lui demandai-je alors pour changer de sujet.
-Pourquoi pas, j’ai un petit creux ; dit-elle en haussant les épaules.
-Parfait. Eh, Daichi, j’ai quelqu’un qui vient de dire qu’elle serait ravie de t’aider ! Le hélai-je alors qu’il sortait de la classe.
-Je n’ai pas dit ça ! Protesta-t-elle, avant de se rendre compte qu’elle venait de tomber dans mon piège. »
Daichi fit un bond de trois mètres en voyant Hoshino. Apparemment, il était bien plus traumatisé par l’expérience de la veille que je ne l’aurais pensé mais ça n’avait pas beaucoup d’importance, il allait être bien trop occupé par ses pizzas pour se préoccuper d’elle.
« Faisons donc les présentations dans les règles. Voici Hoshino Miki, une fille qui me colle et lui c’est Sora Daichi.
-Un prénom étrange pour un garçon étrange, ça me plait bien ! S’exclama-t-elle, des étoiles dans les yeux.
-Mon prénom est tout à fait normal ; protesta l’intéressé.
-Et voici Fuyuku Yuki. Je dois avouer que je ne sais pas très bien ce qu’elle fait avec nous….
-Je te rappelle que c’est toi qui m’as demandé de venir, sinon, je serais chez moi à l’heure qu’il est ! Rétorqua-t-elle en me menaçant.
-Oh, mais rien ne t’empêche de partir, mais tu ne voulais pas garder un œil sur moi ? Dis-je innocemment.
-C’est bien ce que je disais, on dirait vraiment un couple. »
Je détournai mon regard et Fuyuku fit de même tandis que Sora vira au vert. Je savais que cette fille n’était pas très pertinente mais de là à me voir avec une folle ayant tenté de me tuer moins de deux jours plus tôt, elle dépassait toutes mes espérances…
Une fois la crise passée, nous nous mîmes en route, Fuyuku n’osant toujours pas croiser mon regard, Daichi me lançant au contraire des regards noirs et Hoshino grognant à l’arrière. C’était quoi son problème ? si elle ne voulait pas faire de corvées, elle n’avait qu’à nous fausser compagnie au lieu de nous suivre en râlant.
Je ne savais pas si c’était ma nature de familier ou si c’était normal mais il y avait vraiment des gens que je n’arrivais pas à comprendre dans ce monde…
Lorsque nous arrivâmes au dortoir, Fuyuku s’émerveilla devant le paysage que je commençai à connaitre à présent mais je ne pouvais pas la contredire. J’avais beau voir ce coucher de soleil encore et encore, je ne m’en lassai pas. Peut-être parce que, contrairement à eux, je ne connaissais le soleil que depuis quelques mois…
Evidemment, à peine avions nous mis un pied à l’intérieur que nous tombâmes nez à nez avec Tetsu qui attendait Daichi avec impatience. Ce dernier fronça les sourcils lorsqu’il nous vit arriver, accompagnés de deux filles et croisa les bras sur son torse. Je ne perdis pas une seconde et je lui demandai immédiatement si nos deux amies pouvaient se joindre à nous mais Hoshino me coupa presque aussitôt.
« C’est lui le fameux Tetsu ? je l’imaginai bien plus musclé ! S’exclama-t-elle sans aucun tact.
-Ne te fie pas aux apparences, il n’en a peut-être pas l’air, mais dans le passé, il faisait bien ce que je t’ai dit.
-Vraiment ? Demanda-t-elle impressionnée.
-Va lui demander, il adore parler de ça, mais il faut avoir le temps par contre… »
A peine eussé-je terminé ma phrase qu’Hoshino se précipita vers le surveillant qui prit un air étonné devant l’enthousiasme de la jeune fille. Il fallait dire que peu de monde dans le dortoir écoutait encore ses histoires et il ne demandait qu’à trouver un interlocuteur pour passer ses journées.
Finalement, alors qu’il commençait ses grands discours, je réitérai ma demande et j’eus droit à une réponse affirmative cette fois-ci, notre surveillant étant bien trop content d’avoir enfin quelqu’un à qui parler qu’il en oubliait le règlement.
Intérieurement, même si j’avais du mal à supporter la blonde, je lui souhaitai néanmoins bonne chance, me rappelant du jour de mon arrivée où j’avais passé plus d’une heure avec lui alors que je ne savais même pas ce qu’était le catch et encore moins l’escrime…
Nous laissâmes donc Hoshino et Tetsu dans le coin tandis que nous nous dirigeâmes vers les cuisines. Tout était déjà en place et il n’y avait personne à part nous. Apparemment, certains n’avaient pas attendu pour prendre un jour de congé et avaient sauté sur l’occasion…
Daichi sortit trois tabliers et enfila le sien avant d’en donner un à Fuyuku qui, sans surprise, réussit à le mettre à l’envers. J’en profitai pour rire un bon coup, ce qui me valut un poing en pleine figure puis nous commençâmes nos activités sur ces notes joyeuses.
Rapidement, mon colocataire dévoila son talent caché. En effet, tandis que Fuyuku avait du mal à aplanir la pâte à Pizza, Daichi en était déjà à sa troisième fournée et, même s’il allait vite, tous ses plats semblaient aussi appétissants les uns que les autres. Quant à moi, au bout d’une demi-heure, pris de pitié pour la rousse qui n’avait toujours pas avancé, je lui proposai mon aide qu’elle refusa évidemment.
« Et depuis quand les monstres savent cuisiner ? Dit-elle d’un ton tranchant. Je peux le faire moi-même.
-Tu as raison, je ne sais pas, mais je sais utiliser un rouleau à pâtisserie moi ; rétorquai-je en regardant son œuvre. »
Sans lui laisser le temps de protester, je lui pris le rouleau à pâtisserie des mains et je repris son œuvre. Elle protesta vivement durant les premières secondes mais se tut bien vite en voyant mon travail.
Même si je n’avais jamais fait de pizza, les gestes me venaient tout seul. La pâte, une minute avant informe et couverte de bosses, était à présent lisse et parfaitement ronde, me laissant moi-même bouche bée.
Daichi, qui entamait sa quatrième fournée, s’arrêta devant mon travail, stupéfait.
« Eh, tu m’avais caché que tu étais un artiste dans l’âme ! S’exclama-t-il.
-Je ne le savais pas moi-même ; répondis-je, gêné. »
Malgré ma performance, il nous restait encore beaucoup à faire avant d’avoir terminé. Daichi me confia alors la moitié du travail tandis qu’il tenta d’expliquer à Fuyuku comment préparer une pizza sans détruire la table en même temps. Mais il prenait tellement de temps que j’en vins à me demander qui était vraiment puni ici…
Je terminai deux autres pizzas et, pendant ce temps, Daichi avait réussi à ce que la jeune fille étalât convenablement la sauce tomate sur la pâte et non sur la table…
Finalement, nous terminâmes le repas du soir juste dans le temps. Je n’étais pas mécontent du résultat. Pour une première fois, mes plats semblaient plus qu’acceptables…ce qu’on ne pouvait pas dire de Fuyuku dont la seule pizza avait une forme me laissant perplexe et une vague odeur de brûlé.
« Ne me regardez pas comme ça, c’est ma première fois ; grommela-t-elle.
-Oh, mais je n’ai rien dit ; me défendis-je sans pouvoir effacer mon sourire.
-Non mais c’est écrit sur ton visage !
-Ce n’est pas faux ; avouai-je. Mais en toute honnêteté, je ne vois pas qui voudrait de…ça…
-Moi j’en veux bien Fuyuku-chan ! S’exclama Daichi.
-Tu ne tiens vraiment pas à la vie toi ; soupirai-je. »
Ignorant mon avertissement, le blond en prit un morceau et nous le regardâmes avec espoir, Fuyuku attendant des compliments, et moi attendant qu’il s’étouffe.
Cependant, aucun d’entre nous ne fut satisfait car, après quelques secondes de réflexion, notre gouteur fronça les sourcils et croisa les bras sur son torse, l’air contrarié.
Je jurai intérieurement. S’il avait survécu, c’était que la rouquine avait finalement préparé quelque chose de comestible…
« C’est étrange, ce n’est pas mauvais, mais il manque quelque chose pour moi…
-Tu as vu le monstre, je suis capable de cuisiner ! Jubila Fuyuku.
-Ouais, enfin, c’est vite dit, parce que moi je sais ce qu’il manque à ta pizza…
-Ah oui ? S’exclamèrent Daichi et Fuyuku d’une seule voix.
-C’est simple…
Au même moment, je fus saisi de vertiges qui m’empêchèrent de terminer ma phrase et le monde autour de moi se mit à tourner jusqu’à ce que tout devînt noir.
Lorsque je rouvris les yeux, je n’étais plus dans la cuisine du dortoir mais dans un forêt, entouré de deux personnes, dont l’homme au manteau de feu et, à côté de lui, une jeune fille aux cheveux argentés et aux yeux verts comme l’émeraude ne portant qu’une chemise légère malgré le froid de la nuit qui régnait. Malheureusement, je ne pouvais pas distinguer d’autres traits de son visage masqué par l’ombre projetée par le grand feu autour duquel nous étions réunis.
Dans mes mains, je tenais un petit objet ressemblant vaguement à un jouet pour enfant, ainsi que tout un matériel contenant des flacons de toutes sortes de couleurs, des aiguilles, du fil et même de vieux grimoires poussiéreux parsemés d’inscriptions indéchiffrables.
« Je sais ce qu’il lui manque ; dis-je à la jeune fille, si tu ajoutes ceci, il sera bien plus fort, mais perdra en agilité par contre.
-Je vois ; s’exclama-t-elle d’une voix enfantine, je vais essayer de le faire, merci Hinata ! »
La vision s’arrêta brusquement et je me retrouvai instantanément dans la cuisine. Totalement déboussolé, je chancelai avant de me rattraper in extremis au bord de la table alors que Daichi se précipitai pour m’aider.
« Que se passe-t-il Hinata ? S’affola-t-il. Tu es tout pâle !
-J’ai…j’ai eu la tête qui tourne pendant un instant, mais ça va mieux à présent…Je crois que j’ai simplement besoin de prendre l’air. »
Sans attendre de réponse, je sortis de la pièce, encore déboussolé par cette vision. J’avais besoin d’être seul. En passant la porte d’entrée, je vis Hoshino toujours en grande discussion avec Tetsu, si bien que je ne m’arrêtai pas et je continuai jusqu’à la plage où je m’assis sur le tronc d’arbre de la veille.
Je ne comprenais pas. Pourquoi avais-je cette désagréable sensation de regret et de déjà-vu en pensant à cette vision ? Et qui étaient ces personnes ? J’avais l’impression d’avoir déjà vu leur visage, de leur avoir parlé et d’avoir partagé beaucoup de choses avec elles…mais c’était impossible. Je n’étais pas humain, j’étais un familier et par conséquent, je n’existai que depuis ma création par le professeur…
Se pouvait-il que Fujishima ait introduit en moi de faux souvenirs pour que je me sente plus humain ? Etait-ce une création de mon propre esprit ? Ou bien était-ce de réels souvenirs ? Je ne savais plus quoi penser…
J’entendis soudain des pas dans le sable se rapprochant de moi me tirant de mes pensées et, en me retournant, je vis Fuyuku, l’air inquiète.
« Qu’y a-t-il Fuyuku ? Daichi a enfin admis sa défaite ? Raillai-je dans l’espoir de la faire partir.
-Au contraire le monstre ; rétorqua-t-elle fièrement. »
Je ne pus m’empêcher de sourire, ce qui eut l’air de rassurer un peu la rouquine qui s’assit à côté de moi, tout en gardant néanmoins ses distances et fixant l’horizon en silence.
Le soleil était totalement couché à présent et les premières étoiles commençaient à apparaitre dans le ciel obscur, uniquement éclairé par un fin croissant de lune doré. La mer était calme ce soir-là et le doux son des vagues s’échouant sur le sable mouillé se perdait dans l’infini de la nuit. Même le vrombissement incessant des voitures commençait à se taire.
« Ça va mieux ? Me demanda soudainement Fuyuku, brisant le silence.
-Tu t’inquiètes pour moi maintenant ? Je devais vraiment avoir un air patibulaire ; ironisai-je.
-Ne te méprends pas, je suis là simplement parce que ton pote s’inquiétait et que votre surveillant refusait de le laisser sortir. »
Etrangement, je n’arrivai pas à croire ses paroles mais je ne m’étendis pas sur ce point-là, déjà content de voir qu’elle était venue et je profitai du fait que nous étions seuls pour lui poser une question qui me brûlait les lèvres depuis qu’elle m’avait attaqué :
« Dis Fuyuku, comment as-tu su que j’étais un familier rien qu’en me voyant dans la classe ? »
La jeune fille soupira et sourit légèrement en baissant la tête vers le sable sous ses pieds.
« Tu ne sais vraiment rien du monde qui t’entoure toi, je me trompe ?
-Pas grand-chose non ; lui répondis-je en croisant les bras. Avant de te rencontrer, je n’avais entendu parler des Espers et des familiers que d’après les histoires du professeur Fujishima sans jamais en rencontrer un seul.
-C’est plutôt ironique de sa part de t’avoir créé pour ensuite te dire de vivre comme un humain normal. Tous les familiers que j’ai rencontrés étaient de vraies machines de guerre, contrairement à toi.
-Est-ce que tu insinues que je suis faible ? Répliquai-je en fronçant les sourcils.
-En comparaison avec ceux que j’ai combattus avant, relativement oui ; me répondit-elle en haussant les épaules.
-Je t’ai battue pourtant je te signale.
-Un simple coup de chance que mes pouvoirs aient disparu d’un seul coup ; rétorqua la rouquine. »
J’aurais pu continuer le débat encore longtemps mais Fuyuku se leva et commença à s’étirer avant de se tourner vers le dortoir qui me semblait bien animé.
« Enfin, faible ou pas, tu es le premier à avoir survécu, et j’imagine que c’est déjà un exploit. »
La jeune fille marqua une pause avant de se retourner brusquement vers moi, le regard brillant de malice.
« Je suis curieuse de voir ce que tu vaux vraiment le monstre.
-Tu vas attendre longtemps alors, je n’ai pas envie de me battre encore contre toi pour t’emmener à l’infirmerie après ; lui répondis-je en me levant à mon tour.
-Oh, mais je n’ai pas besoin de me salir les mains pour ça, d’autres bestioles affreuses le feront bien un jour ou l’autre et on verra qui finira à l’hôpital cette fois-ci ! »
Je soupirai et je partis sans rien ajouter. Au moins, cette petite conversation m’avait permis d’oublier pendant quelques minutes cette vision troublante. Cependant, alors que j’allais quitter la plage en compagnie de Fuyuku, un vent léger se mit à souffler et je crus discerner une voix.
« Tu ne nous oublieras pas, n’est-ce pas Hinata ? »
Pour seule réponse, une pensée me traversa l’esprit : « Comment pourrais-je vous oublier ? » avant de disparaitre aussitôt.


Dernière édition par Heart le Lun 23 Oct - 14:54, édité 1 fois
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Re: [Fic]Le dernier Esper

le Sam 21 Oct - 23:43
Chapitre 3 : Maitre et Familier

Spoiler:
Les jours passèrent tranquillement après cette soirée pizza animée par Daichi. Une sorte de routine commençait à s’installer avec Daichi qui séchait les cours du matin, Fuyuku qui me collait plus que jamais et Hoshino qui s’était faite à l’idée qu’elle pouvait venir à tout moment nous tenir compagnie et je commençai à me dire que jamais plus je ne serais tranquille à l’école désormais…
Mais étrangement, je n’en étais pas vraiment mécontent. De la sorte, j’avais l’impression d’être un vrai lycéen ordinaire et non pas un familier essayant de se dissimuler derrière une fausse identité…enfin, si on exceptait le fait que notre groupe était certainement le plus étrange du lycée puisque, à chaque fois que les autres élèves nous voyaient, j’étais soit en train de me battre avec Fuyuku, soit en train de râler sur Hoshino et Daichi semblait toujours en extase dès que la rouquine ouvrait la bouche…
Cependant, la routine fut brisée en moins de deux semaines. Ce jour-là, à l’heure de la pause déjeuner, au lieu d’aller à la cantine, Fuyuku proposa de déjeuner dehors à la surprise générale de tout le monde. Evidemment, je vis immédiatement l’occasion de me débarrasser d’elle pour pouvoir avoir enfin un peu de calme mais Daichi ne semblait pas du même avis que moi…
« Allez Hinata, viens, j’ai préparé le déjeuner pour tout le monde juste pour l’occasion ! Protesta Fuyuku lorsque je déclinai son offre.
-Justement, raison de plus pour ne pas te suivre ; rétorquai-je en tournant les talons.
-Ne me dis pas que tu préfères ces infâmes sandwichs de la cantine ; s’étonna Hoshino. En plus, vu l’heure, il doit y avoir une queue de deux heures et je suis sûre qu’il ne restera que les sandwichs au pain !
-Des…sandwichs au pain ? Répétai-je interdit. Où-est-ce que tu es allée chercher ça encore ?
-Je confirme ce que dit Hoshino, leurs sandwichs au pain ne sont vraiment pas terribles ! Ajouta Daichi avec un air de dégout. »
Je soupirai et je baissai les armes, résigné à abandonner une fois de plus ma tranquillité pour me disputer avec Fuyuku et râler sur Hoshino pendant que Daichi ferait le pitre pour se faire remarquer…
Nous nous dirigeâmes donc vers le parc de la ville pour prendre notre déjeuner. Ce dernier se trouvait assez près du lycée si bien qu’il était très fréquenté par les élèves, même s’il n’était pas extraordinaire…Simplement quelques arbres bordant une allée, quelques bancs, un terrain de football et une grande pelouse longeant les arbres. Il y avait également une forêt derrière le parc mais elle était interdite d’accès aux élèves et les rares téméraires ayant bravé les interdits étaient revenus avec des histoires de fantômes plus folles les unes que les autres…
Nous prîmes place légèrement à l’écart, sous un cerisier et Fuyuku nous sortit le repas qui, étrangement, semblait comestible. Peut-être m’étais-je trompé sur son compte après tout…Enfin, je pensai cela jusqu’à ce que je reconnaisse la marque de l’un des traiteurs du coin sur l’une des boites…Mais je ne m’en plaignis pas puisque de la sorte, nous avions un repas plutôt bon même s’il n’égalait pas les pizzas de Daichi.
Alors que nous finissions notre dessert sous les blagues vaseuses de mon colocataire et que je subissais les regards noirs de Fuyuku comme toujours, nous entendîmes soudain des cris affolés derrière nous et tout le monde autour de nous se leva d’un bond avant de s’enfuir, terrorisé.
Je mis quelques secondes avant de distinguer l’origine de cette panique générale et mon sang se glaça lorsque je vis surgir de la forêt trois énormes molosses, les mêmes que ceux ayant attaqué Hoshino deux semaines plus tôt.
« Encore eux ! M’exclamai-je en me levant à mon tour, prêt à protéger le groupe.
-Des…des familiers…ici ! S’écria Fuyuku en faisant de même. »
Les trois cabots s’arrêtèrent en voyant Hoshino et se mirent à grogner férocement et se précipitèrent vers nous. La jeune fille poussa un cri de terreur et Daichi recula d’un pas.
« Daichi, prends Hoshino avec toi et fuyez, on va les retenir quelques temps ! Lui ordonnai-je. »
Mon ami ne se fit pas prier et prit ses jambes à son cou, entrainant Hoshino derrière lui tandis que Fuyuku se mit en position de combat, exactement comme lorsqu’elle m’avait attaqué dans l’école.
Nous étions les derniers dans le parc, les chiens ayant fait fuir tout le monde et nous fixant à présent de leurs yeux verts remplis de haine et de rage…ce qui était assez étrange pour des chiens d’avoir des expressions humaines en y repensant…
A côté de moi, la rouquine sortit son médaillon et le vent se leva subitement. En moins d’une seconde, la jeune fille fut à nouveau entourée de ce halo doré.
« Fais attention le monstre, ces familiers chassent en meute ; me prévint-elle sur ses gardes.
-Tu me dis de faire attention alors que je t’ai vaincu ? Ça sera plutôt à toi de faire attention. Mais merci pour l’info, donc cela signifie que le reste va bientôt arriver ? »
Je regrettai aussitôt d’avoir posé la question en voyant surgir de la forêt un autre molosse. Cependant ce dernier était beaucoup plus gros que les autres, ses poils étaient plus longs et plus foncés et surtout ses crocs étaient bien plus acérés…
Je sentis mon cœur s’accélérer dans ma poitrine et un sentiment d’effroi m’envahit lorsque je croisai le regard du chef de meute. Je n’avais combattu qu’une seule fois ces chiens dans ma courte vie et je m’en étais sorti par un miracle que je ne pouvais pas expliquer. Me retrouver face à autant de créatures d’un seul coup me terrifiait mais m’excitait également. C’était peut-être l’occasion de me prouver à moi-même ce que je valais…Etais-je réellement le monstre que Fuyuku voyait en moi ou un simple humain sans aucune compétence ?
Les molosses hurlèrent comme des loups et passèrent immédiatement à l’attaque en nous fonçant dessus. J’eus tout juste le temps de faire un bond sur le côté pour éviter la charge du premier et je roulai dans l’herbe tandis que Fuyuku esquiva sans grande difficulté les attaques répétées des monstres qui l’agressaient sans répits. Cependant, il en manquait un. Je ne voyais le chef nulle part.
Soudain, je sentis sur ma nuque un souffle chaud et un grognement parvint à mes oreilles. Lentement, alors que j’étais encore au sol, je me retournai et me retrouvai nez à nez avec l’énorme chien qui me dévisageait de son regard meurtrier.
Une goutte de sueur perla de mon front et je me figeai, n’osant pas faire un seul mouvement de peur qu’il ne m’attaque. Cependant, il restait planté devant moi en grognant, comme s’il m’observait et une voix résonna dans ma tête.
« Es-tu des nôtres ? »
Je n’osai pas répondre mais…était-ce ce chien qui venait de me parler ? Non, c’était impossible et pourtant…il n’y avait personne d’autre dans les environs.
« P…Pourquoi nous attaquez-vous ? Lui demandai-je à mon tour. »
Au même moment, je vis Fuyuku donner un violent coup de pied au le chien et ce dernier roula sur le côté.
« Alors le monstre, qu’est-ce que tu fabriques ? Je croyais que tu étais beaucoup plus fort que moi ? Railla la jeune fille avec un air de défi. »
Il ne m’en fallut pas plus et je me remis sur mes pieds, prêt à reprendre le combat en voyant que la meute commençait déjà se reformer et à nous encercler tout en gardant leurs distances, ayant visiblement compris le danger que représentait Fuyuku.
« J’espère que tu as un plan madame la chasseuse ; lui lançai-je en serrant les dents.
-Pas besoin de plan face à des adversaires de leur calibre ; rétorqua-t-elle. »
Je n’avais même pas eu le temps de demander plus de précisions que la rouquine serra son pendentif et le vent se mit à souffler, exactement comme le jour où je l’avais affrontée. Une seconde plus tard, ses yeux avaient viré au doré et elle son halo d’énergie s’était amplifié tandis qu’à sa main se trouvait maintenant une longue épée sortie de nulle part et elle la pointa devant elle, en direction des molosses qui n’étaient nullement impressionnés par ce changement.
« Et maintenant ?
-Et maintenant tais-toi et prends ces cabots, je m’occupe du chef !
-Quoi ! M’étranglai-je. »
La jeune fille ne m’écouta même pas et fonça sur le plus gros des chiens en poussant un cri de guerre. Je n’eus cependant pas le temps de me préoccuper d’elle car les autres focalisèrent leur attention sur moi et passèrent également à l’attaque.
J’esquivai le premier en me baissant simplement et, au moment où ce dernier passa au-dessus de moi, je le frappai de toutes mes forces avec mon poing et il s’envola au haut dans le ciel. Immédiatement après, je sautai sur le côté pour éviter une seconde attaque mais, au même moment, un troisième chien arriva et me percuta de plein fouet.
Je m’écroulai dans l’herbe et je ne pus que mettre mon bras devant mon visage pour éviter les crocs mortels de la bête. Cependant, alors que le molosse aurait dû me déchiqueter la chair, il se volatilisa purement et simplement au contact de ma peau et son corps tomba en poussière sous mes yeux ébahis.
Interdit, je me relevai et ses compagnons prirent alors leurs distances avec moi. Lorsque je regardai mon bras, je n’y trouvai néanmoins aucune arme ni quoique ce soit qui aurait pu expliquer cette disparition soudaine mais je n’avais pas le temps de me poser des questions et je me jetai sur les molosses restants qui s’enfuirent sans demander leur reste, à mon grand désarroi. Moi qui voulais tester mon pouvoir…
Je tournai alors mon regard dans la direction de Fuyuku qui combattait toujours le dernier chien. La créature esquivait avec aisance tous les coups d’épées de la jeune fille qui avait visiblement sous-estimé la bête.
Le monstre arrêta subitement d’esquiver ses attaques et passa à l’attaque, la surprenant et la faisant tomber sur le dos et lâcher son épée qui se planta un mètre plus loin.
Je m’apprêtai à voler à son secours mais, sans raison, la rouquine me lança un regard noir me disant de rester à ma place et j’hésitai une seconde. Etait-ce sa fierté qui l’empêchait de se faire sauver par un familier…ou bien avait-elle un plan ?
J’eus aussitôt ma réponse en voyant un éclair doré surgir du corps de Fuyuku et frapper le gros chien en pleine tête puis, sans perdre une seconde, la jeune fille se releva, récupéra son épée et, d’une attaque fulgurante, découpa le monstre en deux qui s’écroula sur le sol avant de s’évaporer en laissant une trainée de sang derrière lui…Quant à moi, je ne pus que la regarder, presque effrayé de son pouvoir…
« Co…Comment ? Balbutiai-je, ne réussissant même pas à terminer ma phrase.
-Je te l’ai dit, aucun familier ne peut m’approcher ; me répondit-elle en essuyant la poussière sur son uniforme.
-Dit comme ça, ça fait vraiment peur ton truc, je comprends que tous les familiers te fuient ; plaisantai-je pour détendre l’atmosphère.
-Arrête, tu donnes l’impression que je suis une sorte de monstre en disant cela…Murmura-t-elle en baissant le regard.
-Parce que tu n’en es pas un pour me suivre partout et m’attaquer quand j’ai le dos tourné ? »
Cette blague de mauvais gout me valut un violent coup de poing dans le ventre et je tombai à genoux, la respiration coupée, sous le regard assassin de la jeune fille qui semblait réellement en colère contre moi…
« Je ne vois qu’un seul monstre ici et c’est toi ! Répliqua-t-elle, furieuse, en me tournant le dos. »
Je me sentis soudain mal à l’aise pour elle. En réalité, ma remarque innocente semblait l’avoir vraiment blessée et, même si elle m’insupportait la plupart du temps, je n’aimais pas la méchanceté gratuite…
« Désolé Fuyuku, ce n’était pas drôle, je l’avoue ; m’excusai-je. »
Pendant un instant, elle ne répondit rien et continua à me tourner le dos mais finit par soupirer par lassitude.
« Ne t’inquiète pas, tu n’y es pour rien mais j’ai simplement tellement entendu ça…alors l’entendre de la part d’un monstre, c’est le comble…
-Je ne pensais pas à mal, vraiment, je voulais simplement détendre un peu l’atmosphère ; ajoutai-je en vitesse.
-Peut-être, mais les autres ne blaguaient pas lorsqu’ils murmuraient dans mon dos…
-Tu veux dire…que d’autres que moi te prenaient pour quelqu’un d’étrange ? M’étonnai-je. »
L’épée de Fuyuku disparut dans une pluie d’étoiles scintillante et cette dernière leva les yeux ciel et mit ses mains dans les poches de sa veste pourpre pour me répondre.
« Depuis que je suis toute petite, mes pouvoirs ont toujours terrifié ceux qui m’entourent. Même en compagnie d’autres Espers comme moi, tout le monde me craignait et se méfiait de moi. J’étais le monstre de la fédération, la sorcière incontrôlable, celle qu’il fallait fuir si on tenait à la vie…
-Je…je l’ignorai…bafouillai-je, abasourdi.
-Tu ne pouvais pas savoir, mais ce n’est jamais agréable de l’entendre à nouveau ; me répondit-elle avec un léger sourire triste.
- « A nouveau » ? Est-ce que cela signifie que les autres ont arrêté de te craindre ? »
Avant que Fuyuku n’ait eu le temps de me répondre, nous entendîmes des bruits de pas provenant de l’entrée du parc et, en levant les yeux, nous vîmes deux policiers armés de matraques se diriger vers nous mais ne semblant pas nous avoir encore remarqués.
« Filons avant qu’ils ne nous trouvent. »
Avec un sourire cette fois amusé, la rouquine me prit alors la main et m’entraina à sa suite mais je n’opposai pas de résistance. Qui aurait cru que derrière ce visage innocent et ces allures joyeuses, Fuyuku avait souffert par le passé ? Et je ne comprenais pas…pourquoi mon cœur se nouait-il dans ma poitrine en écoutant ses malheurs alors qu’elle m’exaspérait au plus haut point ? Pourquoi me sentais-je proche d’elle tout à coup ? Pourquoi…avais-je le sentiment d’être exactement comme elle ?...
Nous courûmes pendant une dizaine de minutes à travers la ville afin d’être certains d’être hors de vue des deux policiers et nous nous arrêtâmes finalement devant un café, tous les deux essoufflés par notre course folle.
« Je pense qu’il vaut mieux nous séparer ici ; me dit Fuyuku en reprenant son souffle. Si on te demande, nous nous sommes enfuis et nous nous sommes perdus, c’est bien compris ?
-Je ne suis pas stupide au point de dire que nous sommes restés, c’est bon ; râlai-je en tournant déjà les talons.
-Et aussi, si jamais tu t’avises de parler de ce que j’ai vécu à qui que ce soit, je te tue sur le champ le monstre, est-ce que c’est bien compris ? Me menaça Fuyuku en m’attrapant par l’épaule.
-Je ne sais pas, tu me dois toujours un téléphone toi ; lui répondis-je d’un air innocent en haussant les épaules.
-Tu n’oserais pas…
-Je suis un monstre je te rappelle, je n’ai pas de morale.
-Oui et bien, si tu t’avises de faire ça, monstre ou pas, tu vas comprendre pourquoi on me craignait ! Me menaça la rousse. »
Elle prononça ces mots avec un tel sérieux que je ne pus m’empêcher d’éclater de rire et Fuyuku gonfla les joues en voyant que je ne tenais pas compte de sa menace. Etrangement, à ce moment précis, j’appréciai sa compagnie, comme si maintenant qu’elle s’était un peu ouverte à moi, je la comprenais mieux et pouvais passer outre mes appréhensions sur elle.
« Bien, je te le repaierai ton stupide portable, dis-moi juste quel modèle tu avais…Ronchonna-t-elle.
-Le dernier bien entendu !
-Eh, je ne suis pas non plus pleine aux as, n’exagère pas !
-C’est bon, c’est bon, prends ce que tu trouves, je m’en satisferai ; la rassurai-je.
-Va pour le modèle des années quatre-vingt-dix ! »
Je n’eus même pas le temps de protester que la rouquine tourna les talons et disparut au coin de la rue, faisant aussitôt remonter ma frustration. Tout compte fait, je ne pouvais décidemment pas la supporter, monstre ou pas…
Il n’était que quinze heures et il était hors de question de débarquer en classe en plein milieu d’un cours avec comme motif de retard que je m’étais battu avec une horde de chien enragés, d’autant plus que j’imaginais que ni Daichi, ni Fuyuku n’allaient revenir non plus.
Je décidai donc de profiter du reste de la journée pour faire un tour en ville. Les rues étaient calmes en journée et seules quelques rares voitures circulaient sur la chaussée. Il fallait dire que je me trouvais dans un coin reculé et difficile d’accès à cause des montagnes entourant la vallée et, comme la ville ne possédait pas de port, rares étaient les touristes.
Pendant ma promenade, je me remis à penser au combat contre les chiens noirs. Je ne comprenais toujours pas comment j’avais pu les vaincre aussi facilement. J’avais à peine eu besoin de le toucher pour le désintégrer. Etait-ce une coïncidence ou bien possédais-je réellement des pouvoirs finalement ?
Mais ce n’était pas ce qui me tracassait le plus. Je ne pouvais me sortir de la tête l’histoire de Fuyuku. J’avais vu de quoi elle était capable à deux reprises avec son épée et son sort de protection mais…il n’y avait pas là de quoi effrayer toute une organisation. Etait-ce moi qui ne me rendais pas compte de l’étendue de ses pouvoirs ou bien cachait-elle quelque chose d’autre ? Plus je me creusai la tête, plus je sentais que je m’éloignais de la réalité et je finis par abandonner et rentrer au dortoir.
A peine avais-je mis un pied dans le bâtiment que je me pris une porte en pleine figure et je tombai à la renverse.
« Oh non, je crois que j’ai assommé Hinata ! Gémit quelqu’un que je n’avais vraiment pas envie de voir ici.
-Tu es vivant ? Tant mieux, j’avais peur que ces chiens enragés t’aient dévoré ! Continua la voix de Daichi qui me tendit une main pour m’aider à me relever.
-Vivant…façon de parler ; grommelai-je en touchant mon nez qui avait pris tout le choc. Mais Daichi, Hoshino, est-ce que je peux savoir ce que vous faites ici ?
-Tu m’as demandé de l’amener en sécurité alors je l’ai fait ! Me répondit le blond en se tapant le torse, fier de lui. Et toi alors Hinata, comment tu t’en es sorti ?
-Je leur ai donné une bonne leçon ; lui dis-je naturellement en haussant les épaules, ce qui était exactement le contraire de ce que Fuyuku m’avait dit de raconter.
-Je…je suis désolé, c’est de ma faute…Murmura soudain la jeune fille en baissant les yeux, comme si elle avait honte de quelque chose.
-De ta faute ? Répéta Daichi, perdu. Si c’est parce que tu penses que Fuyuku et Hinata ont voulu nous protéger, ce n’est…
-Non ! Rétorqua-t-elle avec conviction. Si je n’avais pas été là, rien de tout cela ne serait arrivé ! »
La jeune fille ne nous laissa même pas le temps de répondre et s’enfuit en cachant sa figure dans ses mains et je me précipitai pour la rattraper, laissant Daichi dans l’incompréhension la plus totale derrière moi.
A vrai dire, je ne comprenais pas grand-chose non plus à la situation même si j’avais ma petite idée sur la question. Il s’agissait des mêmes chiens qui avaient attaqué Hoshino la première fois que nous nous étions vus et la coïncidence était trop grosse pour l’ignorer, d’autant plus que, comme l’avait si bien fait remarquer Fuyuku, il s’agissait de familiers et non de chiens ordinaires…
Après une ou deux minutes, je finis par trouver la blonde sur la plage, assise sur un tronc d’arbre, recroquevillée sur elle-même et regardant le va et vient des vagues sur le sable doré de la fin de l’après-midi.
« Et bien alors Hoshino, ça ne te ressemble pas de te lamenter ainsi ; déclarai-je en m’approchant d’elle.
-Tu ne me connais pas bien dans ce cas ; me répondit-elle, à la fois triste et amusée.
-Si tu ne me montres que ton côté le plus agaçant aussi… »
J’allai m’asseoir à côté d’elle et je me mis à contempler la plage à mon tour.
« Dis Hinata, tu n’as pas battu réellement ces chiens, n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle soudain d’une voix faible.
-Pourquoi ne les aurais-je pas battus ?
-Parce que… »
Hoshino s’arrêta dans sa phrase et baissa une nouvelle fois la tête, comme si elle était sur le point de me révéler un secret mais qu’elle s’était rétractée à la dernière seconde. Mais cette seconde d’hésitation venait de confirmer ce que je pensais. Hoshino aussi était liée, de près ou de loin, à ce monde de familiers et d’Espers dans lequel je vivais. Cependant, même si toutes ces choses ne lui étaient certainement pas étrangères, je décidai de lui cacher mon identité. Moins de gens étaient au courant de ma véritable nature et moins il y avait de chance qu’elle soit dévoilée.
« Tu as raison, je ne les ai pas battus cette fois-ci, ils étaient trop nombreux ; finis-je pas déclarer en prenant une voix amusée. Avec Fuyuku, nous avons juste détourné leur attention le temps de nous enfuir.
-Je suis soulagée de savoir qu’il ne vous est rien arrivé mais…S’il vous était arrivé quelque chose, je ne me le serais jamais pardonné.
-L’essentiel, c’est qu’il ne nous soit rien arrivé ; déclara soudain une voix dans mon dos. »
Je me retournai, surpris d’entendre Fuyuku alors que nous nous étions séparés moins d’une heure avant. Dernière s’avança vers nous d’une démarche assurée et vint se placer devant la blonde avant de lui lancer un sourire rassurant.
« Même s’il n’en a pas l’air, cet idiot sait courir vite quand il le faut.
-Une minute toi, n’essaie pas de me faire passer pour un trouillard ! La coupai-je aussitôt.
-Je ne fais qu’exposer les faits ; rétorqua la rouquine en haussant les épaules tout en prenant un air faussement innocent. »
Je bouillonnai de l’intérieur. Evidemment, je ne pouvais pas la démentir sans trahir nos pouvoirs à tous les deux et il fallait qu’elle ait profité de cette occasion pour me ridiculiser…Le seul point positif de son intervention fut qu’elle réussit néanmoins à redonner le sourire à Hoshino.
« Vous deux alors, on ne vous changera pas ; déclara-t-elle en se levant. Je vais vous laisser vous chamailler je pense. Encore désolée de vous avoir mis en danger. »
La jeune fille s’inclina et fila juste après sans même que l’un d’entre nous n’ait eu le temps de la retenir ou même de lui proposer de la raccompagner chez elle. Une fois qu’elle fut hors de vue, je me retournai vers Fuyuku et lui fis les gros yeux mais, avant même que je n’aie pu commencer à rouspéter, elle sortit une petite boite de sa poche que je rattrapai au vol.
Lorsque je vis de quoi il s’agissait, mon cœur rata un battement et je dévisageai la rousse, les yeux exorbités.
« Qu…Qu’est-ce que c’est que ça ? Bégayai-je, interdit.
-C’est toi qui voulais que je te repaie un portable, alors voilà, je te rembourse ta dette. Nous sommes quittes maintenant.
-Mais…je croyais que tu étais fauchée ! M’exclamai-je en lui montrant la boite du téléphone qu’elle venait de me lancer à la figure.
-Oui, je le suis mais bon, ils n’avaient plus que ça au magasin donc je m’en suis contentée ; me répondit-elle naturellement.
-Dis-moi Fuyuku… « être fauché » pour toi, qu’est-ce que ça signifie pour toi ? L’interrogeai-je, vraiment curieux de savoir si c’était ma définition qui était erronée.
-Je…je le suis vraiment ! Rétorqua la jeune fille en rougissant et en détournant le regard. Mais bon, c’était de ma faute alors…j’ai un peu cassé ma tirelire pour me faire pardonner, le monstre !
-Tu sais…j’aurais pu attendre pour le téléphone ; déclarai-je tout de même un peu gêné par un tel cadeau. Mais merci beaucoup, j’en prendrai le plus grand soin…enfin, si tu ne viens pas le démolir encore une fois évidemment. »
Alors que je pensais qu’elle allait s’énerver contre moi, la jeune fille rit de bon cœur. Elle n’ajouta pas grand-chose à cela et se contenta de me saluer avant de s’éloigner d’une démarche élégante, me laissant seul sur la plage.
Je décidai de profiter du coucher de soleil tant que j’étais là et je me rassis sur le tronc d’arbre pour contempler le paysage, désormais familier.
Ma vie avait bien changé depuis ma rencontre avec Fuyuku et Hoshino. Non seulement des dizaines de problèmes m’étaient tombés dessus entre les chiens, mes vertiges et le monde des familiers et des Espers qui commençait à révéler ses secrets, mais en plus j’avais l’impression de faire à présent partie d’une sorte de bande.
Et, même si Fuyuku et Hoshino pouvaient être insupportables, les événements de la journée m’avaient prouvé que nous n’étions peut-être pas si différents finalement. J’avais même fini par me sentir proches d’elles alors que la veille encore je ne désirais que de rester tranquille. Mais peut-être était-ce pour cela que j’étais venu dans cette ville, afin de rencontrer des personnes partageant le même secret que moi et pour apprendre à vivre avec à leurs côtés.
Lorsque je sortis de mes pensées, le soleil s’était couché et je décidai de rentrer au dortoir. Cependant, à peine m’étais-je levé que je fus à nouveau pris par des vertiges, bien plus intenses cette fois.
Ne pouvant me retenir à rien, je m’effondrai sur le sable, vidée de mes forces avant de sombrer dans l’inconscience.

Une vieille maison se dressait devant moi dans le crépuscule, au sommet d’une petite colline. Elle ressemblait à l’un de ces manoirs hantés que l’on pouvait voir dans les films, entourée d’arbres nus et cachant la pleine lune.
J’étais accompagné de deux personnes : l’homme au manteau de feu et une jeune fille, certainement la même que j’avais vu dans ma vision précédente. Cette fois-ci, je pouvais néanmoins distinguer son visage qui était celui d’une fille de quatorze ou quinze ans. Son nez était fin et s’accordait parfaitement avec ses petites lèvres et son menton arrondi. Cependant, la fatigue se lisait dans les cernes sous ses grands yeux verts.
Un vent glacial se leva et un éclair déchira le ciel noir. Nous nous arrêtâmes aussitôt et la jeune fille me prit par le bras, l’air effrayée tandis que l’homme s’avança devant nous en fronçant les sourcils.
« Il serait dangereux de continuer davantage, arrêtons-nous pour la nuit ; déclara-t-il d’une voix grave.
-Attends, tu es sûr qu’on ne risque rien en s’arrêtant ici ? Lui demandai-je en regardant de tous les côtés.
-Je ne pense pas Hinata et même s’ils arrivaient jusqu’ici, nous pourrions les repousser facilement.
-Je n’en suis pas certaine ; lança la jeune fille, tremblante. Ça fait bientôt trois jours qu’on marche sans s’arrêter, nous sommes à bout de force !
-Raison de plus pour nous arrêter ; rétorqua l’homme. »
Au moment même où nous allions rentrer à l’intérieur de la bâtisse, la porte vola en éclat et nous sautâmes sur le côté par réflexe, juste à temps pour éviter une créature ailée qui abattit un arbre d’un seul coup de griffe avant de nous faire face. Son corps velu ressemblait vaguement à celui d’une chauve-souris mais sa tête était celle d’un lézard et avait une posture totalement humaine. Deux longs crocs dépassaient de sa gueule et luisaient au clair de lune, me laissant apercevoir quelques taches de sang frais.
Un homme sortit alors de la maison abandonnée mais la cape noire qu’il portait m’empêchait de distinguer son visage mais j’eus un mouvement de recul en le voyant.
« Vous voilà enfin, traitres. Il est temps de payer pour ce que vous avez fait ! Dracula ils sont à toi. »
A peine l’homme avait-il donné cet ordre que son monstre nous sauta dessus, toutes griffes déployées. Sans hésiter, je m’interposai entre la jeune fille et le monstre et j’étendis mes bras devant elle dans un geste vain.

Je m’éveillai en sursaut dans mon lit du dortoir. Tout mon corps était en sueur, ma respiration était saccadée et mon cœur battait à toute vitesse…Ce n’était qu’un rêve…Ou plutôt un cauchemar…Mais il semblait tellement réel…Et pourquoi avais-je ce poids dans la poitrine, comme si je regrettais quelque chose ?
Une minute…comment m’étais-je retrouvé là moi ? J’étais sur la plage lorsque j’avais perdu connaissance, pas dans mon lit si mes souvenirs ne me trahissaient pas.
Déboussolé, je tentai de me lever mais ma tête tourna et je fus obligé de rester allonger et Daichi rentra au même moment dans la chambre avec fracas.
« Oh, tu es réveillé Hinata ? Tant mieux, j’étais inquiet quand je t’ai trouvé sur la plage !
-Oui, désolé, j’ai eu un léger malaise, mais je crois que ça va mieux maintenant ; lui répondis-je en passant mon regard par la fenêtre, perdu dans mes pensées.
-Tu en as souvent quand même, tu ne veux pas aller voir un médecin ? Dit-il sérieusement.
-Non, je t’assure, ce n’est rien, ça doit être ces chiens. J’ai été trop angoissé aujourd’hui je pense. »
Le cri de Tetsu venant du rez-de-chaussée interrompit notre discussion et fit sursauter mon ami.
« Ne t’inquiète pas pour moi Daichi, je vais bien maintenant.
-Je te fais confiance, mais tâche de ne plus en faire trop dans ce cas. Je repasserai quand j’aurai fini ma tournée ! »
Daichi sortit en faisant autant de vacarme qu’en rentrant et je m’allongeai aussitôt sur mon lit en mettant mon bras sur mes yeux pour cacher la lumière de la lampe du plafond.
C’est alors que je remarquai comme deux minuscules marques sur ma peau auxquelles je n’avais jamais fait attention. Il s’agissait simplement de deux trous cicatrisés mais qui avait exactement la même forme que les crocs de la créature de mon rêve.
Je ne comprenais pas...Ces visions étaient-elles réelles ou alors n’était-ce qu’une série de coïncidences ? Après tout, n’importe quelle araignée aurait également pu faire ces marques mais dans ce cas, pourquoi me sentais-je aussi nostalgique tout à coup ? Pourquoi avais-je cette impression d’avoir perdu quelque chose de très précieux ?...
Dans tous les cas, la créature de cette vision était sans aucun doute un familier et je ne connaissais personne de mieux placé que Fuyuku – à part le professeur mais je n’avais pas envie de le déranger pour ça – pour me dire s’il existait ou non, et donc si mes visions étaient réelles.
Je sortis le téléphone qu’elle m’avait offert de ma poche et je contemplai la machine. Franchement, je n’avais pas besoin d’un tel appareil pour l’usage que j’en faisais, d’autant plus que je ne savais même pas comment on s’en servait…
Je l’allumai et passai l’animation d’introduction avant de tomber immédiatement sur un message de Fuyuku sur l’écran d’accueil où il était marqué « Encore désolée, et à charge de revanche le monstre ! Yuki. »
Je ne pus m’empêcher de sourire en lisant cela. Comment appelait-on ce genre de personne dans les mangas déjà ? Des Tsundere ? Je n’aurais pas trouvé de meilleur qualificatif pour exprimer son attitude envers moi.
Vers onze heures du soir, je finis par abandonner, n’arrivant pas à comprendre le fonctionnement de cette machine infernale et je m’endormis sur mon bureau, encore habillé, le portable de Fuyuku en main.
Daichi me réveilla le lendemain de bonne heure et nous partîmes à l’école comme chaque matin, même si je m’étonnais de le voir se lever alors qu’il semblait épuisé, ce qui était totalement contraire à ses habitudes mais je pariais fortement sur l’intervention de Tetsu dans cette affaire.
Sur le chemin, nous croisâmes Hoshino qui se montra plus discrète que d’ordinaire et qui se contenta de nous saluer d’un rapide signe de tête. Elle devait encore se sentir coupable pour la veille, même si je n’avais pas la confirmation qu’elle était bien liée directement à ces chiens noirs…
Lorsque nous entrâmes dans le lycée, Fuyuku nous attendait comme chaque matin, adossée à un des murs, les bras croisés sur sa poitrine, le regard pétillant. Dès qu’elle nous vit, la rouquine se précipita sur nous, une feuille à la main.
« Te voilà Hinata ! S’exclama-t-elle en guise de bonjour.
-Bonjour Fuyuku-chan ! Lança Daichi en rougissant. »
La jeune fille l’ignora royalement et se concentra sur Hoshino et moi en dépliant son papier.
« Regardez un peu ça !
-Créez…votre club…Tu veux créer un club ? S’étonna la blonde.
-Et pourquoi pas ! Nous sommes déjà trois, ce qui est le minimum requis !
-Ce n’est pas que je n’ai pas confiance en toi mais quel genre de club veux-tu faire ? Parce que le club de cuisine, autant laisser tomber ; raillai-je.
-Rigole tant que tu veux mais ce n’est pas ce que je compte faire de toute façon. Non, moi je vous parle du club de détective du lycée ! »
Nous regardâmes tous les trois Fuyuku comme si elle était devenue folle mais elle semblait très sérieuse. Evidemment, Daichi approuva d’un air béat, Hoshino ouvrit la bouche mais ne trouva rien à redire et j’éclatai de rire, ce qui me valut un énorme coup de poing sur la tête.
« Je suis très sérieuse ! S’exclama-t-elle. Vous avez bien vu ces chiens hier, ça montre que la ville regorge de mystères à élucider !
-Je…je ne pense pas que ça soit une bonne idée de se mêler de ce genre de chose, Yuki ; grimaça Hoshino. D’autres sont mieux placés que nous pour ça.
-Peut-être mais vous n’avez jamais rêvé de résoudre des mystères comme Nessie ou le Yéti ?
-Non ; répondis-je d’une seule voix avec Hoshino.
-Je savais que vous étiez intéressés ! Hinata, accompagne-moi, on va faire les inscriptions ! »
Sans me laisser le temps de rétorquer, la rousse m’agrippa le bras et me traina de force à sa suite malgré mes protestations. Elle finit néanmoins par me lâcher une fois dans les couloirs de l’école, après s’être assurée que personne ne nous écoutait et elle se planta devant moi en reprenant son sérieux.
« Bien, est-ce que tu peux m’expliquer à quoi rime tout ce cirque ? Lui demandai-je en me massant mon bras endolori. Depuis quand tu as envie de sociabiliser au point d’ouvrir un club ?
-Je me fiche du club ; me répondit-elle en fronçant les sourcils. Mais c’est la seule couverture que j’ai trouvée.
-Une couverture ? Répétai-je sans comprendre.
-Oui. L’attaque d’hier n’était pas la première, je me trompe ?
-En effet, j’ai affronté ces chiens il y a quelques jours aussi.
-Cela signifie que ce ne sera pas la dernière non plus et j’ai peur que cela ne sème la panique de savoir que des monstres non identifiés rôdent en ville.
-Je ne vois toujours pas le rapport avec le club, surtout si notre but c’est de prouver l’existence de ces familiers…
-Réfléchis un peu le monstre ! S’écria-t-elle en tapant du pied. Le club va justement nous permettre de cacher l’existence des familiers à tout le monde en faisant passer leurs attaques ou leurs apparitions pour de simples faits scientifiquement explicables ! Et comme nous aurons une place dans le journal du lycée, notre influence n’en sera que plus grande ! »
Un déclic se fit dans ma tête. Je n’avais pas vu les choses comme ça mais maintenant qu’elle le disait, c’était une excellente idée, non seulement pour cacher l’existence des familiers aux habitants mais surtout pour être certain qu’aucun aventurier téméraire ne parte à la chasse et ne se retrouve nez à nez avec un monstre pouvant le tuer en moins d’une seconde.
« Il y a aussi quelque chose que j’aimerais confirmer en créant ce club ; continua la rousse.
-Tu aurais des soupçons sur Hoshino toi aussi ? Lui demandai-je d’un air ennuyé.
-Comment ne pas en avoir ? Me répondit-t-elle en haussant les épaules. Mais Miki m’intrigue sur bien des points et ce club sera l’occasion de découvrir dans quel camp elle se trouve.
-Dans…quel camp ? Répétai-je, étonné. »
Fuyuku regarda furtivement de tous les côtés à nouveau avant de reprendre la parole à voix basse.
« Tu es un monstre et tu ne sais vraiment rien de ce monde ? Murmura-t-elle, abasourdie.
-J’ai été lâché en pleine nature très vite et le professeur ne m’a jamais réellement parlé de ce monde je te rappelle. Apparemment, il voulait que je vive une vie normale. »
Fuyuku croisa les bras sur sa poitrine et fronça les sourcils tout en réfléchissant tandis que je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’elle racontait.
« Je ne vais pas t’en parler dans les couloirs de l’école, mais est-ce que tu pourrais virer ton boulet ce soir ?
-ça ne devrait pas être trop compliqué je pense. Mais ton histoire est si longue que ça ? M’étonnai-je.
-Délicate serait le mot le plus approprié mais on en reparlera ce soir. »
Au même moment, j’entendis des pas dans le couloir et Fuyuku coupa net la conversation et nous nous dirigeâmes vers le bureau des étudiants pour officialiser notre club. Cependant, à présent tout mon esprit était assailli de questions au sujet de l’histoire de Fuyuku. Quel était réellement ce monde de familiers et d’Espers ?


Dernière édition par Heart le Lun 23 Oct - 14:55, édité 1 fois
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Re: [Fic]Le dernier Esper

le Sam 21 Oct - 23:44
Chapitre 4 : Première expédition
Spoiler:


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4
Dix-huit heures sonnèrent au loin et je lançai un regard furtif par la fenêtre avant de fermer les rideaux. J’avais réussi à éloigner Daichi quelques temps grâce à l’aide de Tetsu et pour une fois Hoshino était repartie directement chez elle après les cours. Il n’y avait que Fuyuku et moi dans la chambre et cette dernière était assise à mon bureau, les jambes croisées et le regard sérieux.
« Bien, normalement personne ne devrait nous entendre ici ; déclarai-je après avoir tapé sur le mur.
-De tous les monstres que j’ai rencontrés, tu es bien le plus étrange ; s’amusa la rouquine en s’accoudant sur le bureau.  
-Tu es venue me parler sérieusement ou me lancer des piques gratuitement ? Rétorquai-je, déjà agacé par son attitude.
-Un peu des deux à vrai dire mais puisque tu ne sembles pas de très bonne humeur, je vais m’abstenir de te taquiner.
-Ce n’est pas ça. Mais tu m’as promis de me parler de ce monde d’Espers et de Familiers alors ne me fais pas regretter d’avoir envoyé Daichi réparer le garage de Tetsu sans raison.
-Tu sais, normalement, ce n’est pas à moi de te parler de toutes ces choses, d’autant plus que je ne sais que ce que j’ai vécu moi-même.
-C’est déjà mieux que moi qui ne sais absolument rien de ces histoires. »
La jeune fille soupira et se leva pour faire les cents pas dans la chambre.
« Dans ce cas, puisqu’il faut bien commencer par quelque part, reprenons là où nous nous sommes arrêtés à l’école.
-Tu veux parler de ces « camps » ? Lui demandai-je.
-Oui. Tu dois savoir que, dans le monde dans lequel tu es né, il existe deux factions se livrant une guerre dans l’ombre, deux factions aux idées opposées en tout point, deux factions aussi terrifiantes l’une que l’autre, deux factions qui pourraient prendre le contrôle du monde si elles le voulaient. »
Je frissonnai rien qu’en entendant cela. Son histoire commençait comme une de ces séries policières dont le professeur m’avait parlé…
« La première porte le nom de fondation ESP.
-Fondation…ESP ? Répétai-je. Ce nom me dit quelque chose…Me murmurai-je à moi-même.
-Comme son nom l’indique, il s’agit d’une organisation d’Espers comme moi et agissant soi-disant dans le but de faire évoluer l’homme à un stade supérieur.
-Faire évoluer l’homme ? Répétai-je sans comprendre. Dans quel but ?
-Va savoir ; me répondit Fuyuku en haussant les épaules. Je les ai quittés il y a quelques temps maintenant et je n’ai jamais vraiment cherché à savoir ce qu’ils fabriquaient là-bas. Mais d’après ce que j’ai entendu, leur but serait de développer au maximum les pouvoirs des Espers afin de les transformer en sorte de super-héros.
-Tu m’as l’air sceptique en disant cela ; fis-je remarquer. Tu penses que le but de cette fondation est autre ?
-Je n’en ai strictement aucune idée. Il s’agit d’une organisation secrète après tout et une simple Esper comme moi n’a accès à rien d’autre qu’aux cours qu’ils donnent.
-Mais si tu ne connais pas leur véritable but, pourquoi les as-tu rejoints, toi ? M’étonnai-je.
-Tu dois savoir que les monstres ne sont pas les seuls à être craints, les Espers le sont aussi et l’ont toujours été dans le passé. Il me semble même qu’au départ, la fondation avait été créée dans le but de nous protéger du monde extérieur, de créer une communauté où les personnes possédant des pouvoirs ne seraient pas obligées de se cacher des autres, où elles ne seraient pas craintes de tous, où elles pourraient être elles-mêmes. »
Fuyuku marqua une pause avoir dit cela et détourna le regard. Je m’arrêtai moi aussi un moment pour réfléchir. Pour une raison que j’ignorai, je me sentais vraiment proche de cette fondation alors que c’était la première fois que j’en entendais parler. Jamais le professeur n’avait évoqué une telle chose, cela m’aurait marqué…
« Et…cette fondation, où est-elle située ? Repris-je dans l’espoir de me souvenir de quelque chose.
-Elle possède des branches un peu partout dans le monde mais j’ai cru comprendre que son quartier général se trouvait en Europe. Si tu veux savoir, j’étais à Tokyo avant.
-Et…pourquoi l’as-tu quittée ? »
Le regard de Fuyuku se voila et elle baissa les yeux tandis qu’un sourire triste se dessina sur ses lèvres.
« On va dire…que je ne me sentais plus à ma place là-bas. J’avais besoin de changer d’air et de mettre mes pouvoirs à l’épreuve. »
Je fronçai les sourcils, peu convaincu par sa réponse mais je n’insistai pas. Je ne voulais pas la forcer à parler si elle n’en avait pas envie. Etrangement, je ressentis un poids dans ma poitrine, comme si j’avais moi aussi dû quitter un endroit où je ne me sentais plus chez moi…
« Et l’autre organisation alors ? Tu ne m’en as pas encore parlé ; embrayai-je pour dissiper le malaise qui venait de s’installer entre nous.  
-Je pense que tu es mieux placé que moi pour répondre à la question sur ce point-là, le monstre ; me répondit-elle en retrouvant ses sarcasmes.
-Que veux-tu dire ?
-Pour un familier, tu es bien lent à comprendre. Je t’ai dit que les deux camps étaient opposés et que je faisais partie de la fondation ESP.
-Attends…tu veux dire que je fais partie de l’autre camp sans même le savoir ? M’étranglai-je, interdit.
-L’un des buts de la fondation est de combattre les familiers et il se trouve que la plupart des maitres sont réunis sous une même bannière, celle de Savior.
-Savior…Je crois que j’ai déjà lu ce mot dans le labo du professeur…Murmurai-je à nouveau en croisant les bras.
-Ce qui prouve que tu fais bien partie de cette organisation mais je ne fais que citer une évidence. »
Mon cœur s’accéléra. J’étais malgré moi pris dans un conflit dont je n’avais même pas idée. Pourquoi le professeur ne m’avait-il rien dit à ce sujet avant de me lâcher en pleine nature ? En tant que familier, cette information m’était cruciale ! Et surtout, quel était son objectif en me créant si ce n’était pas pour me faire combattre et me laisser dans l’ignorance la plus totale ?
« Et quel est l’objectif de Savior ? Continuai-je, craignant sa réponse.
-Je ne peux pas te répondre objectivement sur ce point-là, désolée ; me dit Fuyuku d’un air ennuyé. Lorsqu’on fait partie d’un camp, on a toujours tendance à diaboliser l’autre et se donner le beau rôle donc j’imagine que te dire que Savior désire éradiquer la race humaine, prendre le contrôle du monde ou encore le détruire pour en reconstruire un nouveau ne serait pas très proche de la réalité.
-Je vois…je pense que je ferais mieux de demander moi-même au professeur la prochaine fois que je le verrai alors ; soupirai-je, un peu déçu. »
Au fond de moi, je savais que je n’allais pas le faire. En vérité, je n’avais pas envie de découvrir leurs objectifs de peur de faire partie du mauvais camp. Il était vrai que je n’étais pas lié directement à cette organisation puisque j’étais libre d’après les dires du professeur mais…j’appréciais cet homme m’ayant tout donné malgré tout et je ne pouvais pas croire qu’il ait eu de mauvaises intentions.
Et pourtant, quelque chose me disait que je ne pouvais avoir confiance ni dans Savior, ni dans fondation ESP, comme si j’avais une répugnance naturelle pour ces deux mouvements sans même les connaitre.
« Enfin, Savior ou la fondation ESP ne sont que des prétextes pour beaucoup ; reprit Fuyuku en se rasseyant. Je ne pense pas qu’il soit possible de faire des cas généraux des gens ayant rejoint ces organisations. Si je combats des familiers, ce n’est pas pour eux, c’est uniquement parce que je l’ai décidé.
-Mais tu penses sincèrement qu’Hoshino pourrait faire partie de Savior ou de la fondation ?
-Ces familiers dans le parc étaient clairement à la rechercher de Miki ; me répondit Fuyuku d’une voix grave. Soit parce qu’elle fait partie de la fondation et que, comme moi, elle combat ces monstres…ce qui me semble assez peu probable, soit elle est victimes de dissidences au sein de Savior.
-Tu es donc persuadée qu’elle a un rapport avec ce monde.
-Tu sais Hinata, les invocateurs et les Espers ne sont pas si rares dans ce monde. Lorsqu’on en côtoie tous les jours, on s’en rend compte rapidement mais nous préférons nous cacher pour ne pas effrayer les autres humains ne possédant aucun lien avec ce monde.
-Mais quand même…ce que tu me décris me semble être bien cruel et je vois mal Hoshino prendre part à cela…
-Beaucoup d’Espers ou d’invocateurs héritent simplement des dons de leurs parents et rentrent malgré eux dans ce monde… »
En disant cela, Fuyuku se releva et rouvrit les rideaux de la chambre pour regarder le coucher de soleil sur la mer au loin, pensive. Cependant, je l’étais moi aussi à présent, pas à cause de ses révélations mais à cause de son attitude. Tout au long de notre discussion, elle avait semblé différente de d’habitude. J’avais eu l’impression qu’elle se remémorait des choses qu’elle avait essayé d’oublier.
En y repensant, je ne connaissais presque rien d’elle qui, contrairement à moi, avait déjà un long passé derrière elle, passé qui n’avait certainement pas dû être de tout repos à l’écouter.
« Cette ville est vraiment paisible ; murmura-t-elle.
-Oui, avant de te rencontrer, je n’avais jamais eu besoin de me battre ; lui répondis-je en tentant de faire un peu d’humour.
-Avant de te rencontrer, je n’aurais jamais pensé qu’un jour je me retrouverai à m’allier avec un monstre ; rétorqua-t-elle en souriant légèrement.
-En parlant d’alliance justement, c’est du sérieux ton histoire de club ? Parce que l’école n’avait pas l’air très emballée à cette idée tout à l’heure.
-Evidemment que c’est du sérieux ! Des monstres rôdent en ville, je ne vais quand même pas fermer les yeux ! Répliqua Fuyuku.
-Ça va encore être une galère pour cacher ça à Daichi ; soupirai-je.
-Je t’avais bien dit que nous n’avions pas besoin de ton boulet mais tu as insisté pour l’inscrire, c’est ton problème maintenant.
-Je te signale que sans ce boulet, nous n’étions pas assez pour ouvrir le club donc prends tes responsabilités et fais ta part du travail aussi ; ronchonnai-je.
Fuyuku gonfla les joues pour toute réponse et je ne pus m’empêcher d’éclater de rire devant ce visage contrastant totalement avec l’image de la fille sérieuse et froide qu’elle essayait de se donner en public.
Nous profitâmes du reste de la soirée pour terminer nos devoirs pour le lendemain et parler de tout et de rien puisqu’il semblait y avoir à nouveau du monde dans le couloir et que je ne voulais pas que de fausses rumeurs commencent à circuler.
Fuyuku était redevenue elle-même, c’est-à-dire agaçante et me lançant des piques à chaque phrase mais je n’y faisais même plus attention. J’étais maintenant habitué à sa présence et je l’acceptai. Après tout, elle avait bien réussi à passer outre ma nature de familier, je pouvais bien lui accorder ça.
Nous nous séparâmes finalement vers dix heures, après l’heure du couvre-feu et je me sentis immédiatement un peu seul. Je ne savais pas ce que fabriquait Daichi mais il n’avait toujours pas donné signe de vie et évidemment, son portable était sur répondeur…
Je tentai d’envoyer un message au professeur également pour lui demander des précisions sur Savior mais je n’eus aucune réponse à cette heure tardive et je finis par aller me coucher, la tête remplie de questions au sujet des deux organisations.

https://www.youtube.com/watch?v=7Hcq71AJQns

Lorsque je me réveillai le lendemain, je trouvai Daichi allongé sur le sol et je l’enjambai pour aller prendre une douche fraiche et me préparer pour la journée qui promettait d’être longue puisque allions inaugurer le club.
Je n’étais toujours pas totalement convaincu par l’idée de Fuyuku mais je devais avouer que j’étais intrigué à l’idée de faire partie d’un club. J’avais lu de nombreuses choses sur ces fameux clubs de lycée mais je n’imaginais pas en faire partie un jour, si bien que malgré moi, j’abordai cette journée d’un bon pied.
Avant de partir, je vérifiai une fois de plus mes messages dans l’espoir d’une réponse mais je n’avais toujours rien. A quoi bon avoir un téléphone si c’était pour ne pas l’utiliser…
Comme chaque matin, je retrouvai Fuyuku devant les grilles et elle me lança sa pique matinale à laquelle j’étais habitué désormais. La matinée fut sans surprise, à l’exception de l’arrivée tonitruante de Daichi juste avant la pause déjeuner, pause déjeuner pendant laquelle nous découvrîmes les locaux de notre nouvelle salle de club.
Hoshino nous avait rejoints entre les cours et nous nous trouvions devant une petite porte, identique à toutes les autres portes de ce lycée si on faisait abstraction de la poussière qui s’accumulait sur la poignée.
Fuyuku, qui était allée chercher la clé un peu plus tôt, la fit tourner dans la serrure et, lorsque la porte s’ouvrit en grinçant, une vaste salle de classe vide nous fit face…
Il n’y avait à l’intérieur que quelques choses, trois tables poussiéreuses, un tableau noir sans craie, un petit placard et quelques cartons dans lesquels s’entassaient les restes de divers clubs ayant fermés. La pièce était cependant assez spacieuse et lumineuses grâce aux grandes baies vitrées donnant sur la cour.
Lorsque je posai un pied à l’intérieur, un épais nuage de poussière s’éleva et me piqua les narines et les yeux.
« C’est ça notre salle de club ? Tu es sûre que tu ne t’es pas trompée Fuyuku ? Demandai-je en toussotant à la rousse qui semblait aussi déçue que moi.
-Evidemment, les clubs les plus étranges reçoivent toujours les salles les moins belles ; soupira-t-elle. »
La rouquine s’avança et posa son sac sur l’une des tables avant d’ouvrir les fenêtres en grand pour dissiper l’odeur de renfermé qui se dégageait de la salle.
« On…on va dire qu’on aurait pu avoir pire…n’est-ce pas ? Bégaya Hoshino qui tentait de voir le bon côté des choses.
-Oui et le principal c’est qu’on soit tous les quatre ici ! S’exclama Daichi.
-Rappelle moi pourquoi est-ce qu’on l’a pris avec nous celui-là ? Me murmura Fuyuku à l’oreille d’un air désespéré.
-Parce que personne d’autre n’est assez cinglé pour trainer avec toi. »
Ma réponse me valut un croche patte qui me fit m’étaler face contre terre et qui attira toute l’attention sur moi.
« Et fais attention où tu mets les pieds Hinata, je sais que la pièce est en désordre, mais quand même ! Railla la rousse d’un air innocent qui me donna envie de l’enfermer dans le placard mais je m’abstins car je l’avais quand même un peu cherché.
-Evite de tout casser mon pote, on n’a déjà pas grand-chose, il serait dommage de brûler le budget du club pour réparer ce qui ne nous appartient pas.
-Merci pour cet excellent conseil Daichi, je prends note ; grognai-je en me relevant.
-Mais au fait, qu’est-ce qu’on va faire ici ? Nous demanda alors Hoshino. Parce que je doute qu’avec trois chaises et un tableau nous puissions prouver l’existence de quoique ce soit. »
Un sourire mauvais se dessina sur les lèvres de Fuyuku et je serrai les dents, craignant déjà ce qu’elle allait nous sortir comme folie.
« Pour l’instant, nous nous en contenterons. A vrai dire, nous n’avons besoin que d’un appareil photo et de nos jambes pour faire notre travail ! Déclara-t-elle d’un air convaincu.
-Donc si j’ai bien compris, nous allons partir à la recherche de créatures mystérieuses et dangereuses avec un simple appareil photo ? Ce n’est pas un peu risqué ? S’étonna le blond qui, pour une fois, faisait preuve de logique.
-Tout à fait ! Notre but n’est pas de tuer ces créatures après tout, simplement de prouver leur existence aux yeux du monde ! »
Je soupirai et je détournai le regard, ayant presque honte pour mon amie qui était en train de se ridiculiser devant Daichi et Hoshino qui étaient tous les deux aussi sceptiques que moi quant à son plan.
« Je…Je ne suis pas certaine que tout cela soit très prudent ; intervint Hoshino. Il faudrait peut-être attendre d’avoir un équipement un peu plus performant avant de partir à la chasse, non ?
-Ne t’inquiète pas, en cas de problème, Hinata pourra tous nous protéger, n’est-ce pas ? »
Je t’étranglai avec ma salive en entendant cela et j’écarquillai les yeux. A quoi jouait-elle ? Si nous tombions contre un véritable monstre, je ne savais même pas si j’avais les pouvoirs pour lui faire face…Mais si le but de Fuyuku était de me mettre mal à l’aise, nous allions être deux à jouer à ce petit jeu.
« Tout à fait, et puis, même si je ne peux pas, Fuyuku en sera capable. Après tout, elle est championne d’escrime et de Kendo ! »
Immédiatement la jeune fille s’empourpra et me lança un regard noir me disant que je n’allais pas m’en tirer comme ça mais elle fut interrompue par Daichi.
-Oh, tu fais de l’escrime Fuyuku-chan ? S’exclama-t-il, des étoiles dansant dans ses yeux.
-Mais…pas du tout, n’écoute pas ce que cet idiot raconte !
-Pourtant, je te vois très bien maniant une épée moi ; s’amusa Hoshino en riant de bon cœur.
-Mais arrêtez avec ça, je ne sais pas plus manier une épée que conduire un avion ! »
Nous rîmes tous de Fuyuku qui tentait de se défendre tant bien que mal, ce qui la fit bouder un petit moment et nous valut le droit d’être enfermés à l’intérieur de la salle après la pause déjeuner pendant toute l’heure qui suivit et je notai dans un coin de ma tête d’éviter ce genre de blague à l’avenir…
Mais nous profitâmes cependant de cette heure pour faire un peu de nettoyage dans la salle et la redécorer un peu avec ce qu’il restait dans le placard. Evidemment, tout cela était rudimentaire et temporaire mais j’avais déjà un peu plus envie de rester dans ce club avec la nouvelle décoration composée de rideaux rouges, d’une étagère démontable et d’une nappe pour les trois tables que nous avions collées les unes aux autres.
Nous passâmes les jours qui suivirent à embellir toujours plus notre salle, liquidant le budget du club au passage mais nous avions pu obtenir un vrai bureau en bois de chêne que nous avions placé devant les baies vitrées, plusieurs chaises, une table basse sur laquelle nous pouvions poser divers articles et journaux ainsi qu’une bibliothèque et des livres traitant de faits inexpliqués et de légendes urbaines.
Mais ces activités nous rapprochèrent tous les quatre malgré tout. Au bout d’une semaine, je fus enfin habitué aux caprices d’Hoshino et Fuyuku ne faisait même plus attention à Daichi, le considérant comme un véritable membre du club et non plus comme un squatteur.
Nous nous retrouvions chaque jour à midi dans la salle pour le déjeuner et le soir pour faire des aménagements pour rentrer assez tard, en général lessivés, si bien que cette semaine passa sans que je ne m’en rende compte.
Pendant tout ce temps, toutes ces histoires de familiers et d’Espers m’étaient totalement sorti de la tête et j’avais enfin l’impression de vivre une vie de lycéen ordinaire, oubliant parfois même ma véritable nature lorsque j’étais en groupe avec les autres.
Finalement, au bout de huit jours après le début de nos activités en tant que club, Fuyuku se décida finalement à faire quelque chose en rapport avec notre thème.

https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8

Cette dernière avait amené son ordinateur ainsi qu’un rétroprojecteur. Alors que toutes les lumières étaient éteintes et les rideaux fermés, j’étais affalé sur une chaise, la tête appuyée sur le bureau tandis que Daichi jouait sur son portable et qu’Hoshino s’amusait à lui donner des petits coups de temps à autre pour le faire perdre.
« Bon, les amis, il est temps de commencer enfin nos activités en tant que club ! Déclara Fuyuku en tapant sur le bureau d’un air déterminé.
-On va capturer le Yéti et le ramener ici ? Lançai-je en baillant, très peu motivé.
-On va faire mieux que ça, regardez ! »
La rouquine alluma son ordinateur et la photo d’une créature hideuse s’afficha sur le tableau. On aurait dit une sorte mélange entre une salamandre et un serpent. Sa tête était triangulaire mais son corps était long et fin et était dépourvu de toute écaille, comme un amphibien. Il fallait ajouter à cela des pattes atrophiées et une longue queue trainant sur le sol.
« Beurk, qu’est-ce que c’est que cette chose ? S’exclama Daichi d’un air dégouté.
-Un Lindorm ; lui répondit aussitôt Hoshino en fronçant les sourcils.
-C’est exact Miki, il s’agit bien d’un Lindorm et certains témoignages affirment en avoir aperçu un dans la forêt, près du parc. Vous vous doutez bien que nous ne pouvons pas passer à côté d’une telle créature ! Si nous réussissons à prouver son existence, c’est la gloire assurée !
-Et ton truc, il est dangereux ? Lui demandai-je, sentant déjà que j’allais devoir l’affronter moi-même si nous le croisions.
-Il est placé assez haut en dangerosité sur l’échelle des cryptiques oui ; me répondit Fuyuku avec un large sourire.
-Je suis certain que ton échelle n’existe même pas mais soit ; soupirai-je.
-Cette créature est dangereuse. Si elle rôde réellement près de la ville, il faut la capturer ou la tuer ; affirma Hoshino en se levant brutalement.
-C’est bien le but de notre club ma chère Miki ; continua la rouquine. Donc tout le monde est d’accord pour partir à la recherche de ce monstre ? »
Personne n’émit d’objection et c’est ainsi que nous prîmes tous la route de la forêt près du parc. Il devait déjà être presque dix-huit heures et le soleil commençait à décliner mais Fuyuku affirmait que nous serions de retour avant la nuit.
Sur le chemin, je pris la jeune fille à part, laissant Hoshino et Daichi marcher devant et je lui posai la question qui me brûlait les lèvres depuis que nous étions partis.
« Ton machin là, c’est du sérieux ou ce n’est qu’un prétexte ?
-Il parait que c’est du sérieux et puis, j’ai déjà vu des familiers dans ce genre. En général, ils sont utilisés en éclaireur, un peu comme les chiens que nous avons affrontés.
-En éclaireur ? Répétai-je, intrigué. Tu veux dire que Savior chercherait quelque chose dans cette ville ?
-J’en suis persuadée. La coïncidence est trop grande pour que des Lindorm et les chiens noirs se retrouvent au même endroit à une semaine d’intervalle par hasard. »
Je commençai moi aussi à avoir quelques soupçons sur Hoshino en entendant cela. Elle avait semblé particulièrement pressée de résoudre cette énigme lorsque Fuyuku l’avait montrée dans la salle et elle semblait même avoir déjà entendu parler de cette créature. Peut-être que cette expédition, aussi stupide fût-elle, allait-elle nous permettre de lever le voile de mystère planant sur la jeune fille…
Nous nous arrêtâmes à l’orée de la forêt pour évaluer la situation rapidement. Le parc était presque désert à cette heure mais il y avait encore assez de lumière pour voir où l’on mettait les pieds.
« Séparons-nous en deux groupes, comme ça nous aurons plus de chance de trouver le monstre ; déclara Fuyuku en sortant une carte.
-Je vais avec toi ! S’exclama aussitôt Daichi.
-Dans ce cas, je vais avec Hinata ; ajouta Hoshino, toujours aussi déterminée.
-J’imagine que je n’ai pas mon mot à dire dans cette histoire…
-N’oubliez pas, si vous apercevez quelque chose, contactez l’autre groupe immédiatement et surtout, ne faites rien de téméraire, c’est compris ? »

https://www.youtube.com/watch?v=J5cgX1Pxx-U

Nous acquiesçâmes puis Fuyuku et Daichi partirent sur la droite, empruntant le chemin balisé, tandis que nous prîmes l’autre direction, là où la végétation était dense et peu accueillante.
La forêt était malgré tout très belle à cette heure-ci. Les derniers rayons du soleil pénétraient à travers le talus de feuilles des arbres et dessinaient de magnifiques ombres au sol. Les couleurs étaient sublimes également. Les troncs des arbres se mélangeaient avec les fougères grimpantes et les feuilles mortes.
En levant la tête, j’aperçus quelques oiseaux mais également de nombreux insectes voltigeant à la cime des arbres, au milieu des branchages s’entrelaçant de toutes parts.
L’endroit était calme et paisible, reposant même. L’air était frais et amenait avec lui des odeurs de végétation que nous n’avions pas en ville. Cette petite balade en forêt, à défaut d’avoir été voulue, était vraiment agréable.
Je tournai la tête vers Hoshino qui marchait à côté de moi sans dire un mot depuis dix minutes maintenant et je m’étonnai de son silence inhabituel avant de remarquer qu’elle serait dans sa main une sorte de pendentif.
« Tiens, je ne savais pas que tu aimais porter des bijoux ; fis-je remarquer en brisant le silence.
-Je n’aime pas spécialement en porter mais ce pendentif est spécial à mes yeux ; me répondit-elle d’un ton où se mêlaient la nostalgie et la tristesse.
-Spécial ?
-Oui…ce pendentif…je l’ai hérité de ma mère…
-Attends, tu veux dire…
-Elle est morte il y a quelques années maintenant et c’était son dernier cadeau.
-Je…je suis désolé ; bégayai-je, mal à l’aise. Je ne voulais pas…
-Oh, ne t’inquiète pas Hinata, c’est du passé, j’ai réussi à tourner la page aujourd’hui. ; me répondit-elle avec un sourire forcé. »
Je me sentais vraiment mal pour mon amie. Même si elle était insupportable la plupart du temps, je compatissais à sa douleur comme si j’avais vécu la même chose qu’elle. Ce qui était étrange en soi puisque je n’avais pas eu le temps de perdre qui que ce soit dans ma courte existence mais peut-être était-ce cela, être humain, être capable de se mettre à la place des autres…

https://www.youtube.com/watch?v=x0n5yObwyDE

Nous continuâmes à marcher encore une demi-heure dans la forêt, jusqu’à ce que le soleil commence vraiment à décliner, rendant la forêt auparavant si belle, soudainement inquiétante et même effrayante.
Hoshino dut remarquer également ce changement soudain d’atmosphère car elle se colla à moi et se mit à trembler légèrement.
« Je crois qu’il est temps de rentrer ; déclarai-je vraiment peu rassuré. Tant pis pour le Lindorm, on va dire qu’il n’y en a pas dans cette forêt.
-Je…je suis d’accord avec toi pour une fois ! Filons d’ici, cet endroit me donne la chair de poule ! »
Sur ces mots, nous revîmes sur nos pas. En toute logique, nous étions allés toujours droit donc nous aurions dû retrouver la sortie de la forêt rapidement mais maintenant que le soleil était couché, tout se ressemblait et j’avais l’impression que nous tournions en rond malgré nous à force d’éviter les branchages et les troncs que nous ne voyions pas.
Tout à coup, un hululement brisa le silence de la nuit et j’entendis le bruit de plusieurs oiseaux s’envolant en même temps. Mon cœur s’accéléra brutalement et quelques gouttes de sueur perlèrent de mon front.
Je n’aimais vraiment pas ça. Je savais que c’était une mauvaise idée de s’aventurer en forêt, surtout juste avant la tombée de la nuit mais évidemment, personne ne m’avait écouté ! Voilà qu’à présent nous étions perdus, dans le noir, sans nourriture et sans eau, dans un endroit abritant potentiellement des familiers…
Je sursautai en entendant des brindilles craquer derrière moi mais un sentiment de soulagement m’envahit lorsque je reconnus la lumière d’une lampe torche. Cinq hommes apparurent devant nous, portant des capes noires les faisant ressembler à des magiciens. Mais je m’en fichais, je ne voyais en eux qu’une aide providentielle pour sortir de la forêt.
Cependant, alors que je m’apprêtai à aller à leur rencontre, Hoshino me retint par la manche et m’ordonna de ne faire aucun bruit.
Je ne compris tout d’abord pas sa réaction mais, en voyant que les hommes étaient suivis de créatures ressemblant en tout point aux Lindorm de Fuyuku, j’en déduis rapidement leur véritable nature et je me fis le plus discret possible.
Alors que j’entendais les invocateurs et leurs familiers s’éloigner sans nous avoir remarqués et que je me m’apprêtai déjà à filer le plus loin possible d’ici, mon cœur s’arrêta lorsque mon portable sonna dans ma poche et que les hommes se stoppèrent net.

https://www.youtube.com/watch?v=gIi-crTFllI

« Qui va là ? S’écria l’un d’eux en braquant sa torche vers l’arbre derrière lequel nous étions cachés. »
Je ne répondis rien, espérant qu’ils passent simplement leur chemin mais Hoshino poussa un cri de terreur lorsque l’un des Lindorms manqua de peu de lui mordre le pied.
En une fraction de seconde, nous fûmes encerclés par les monstres hideux et je n’osai plus faire un mouvement, de peur de provoquer chez eux une réaction inattendue. Les hommes rejoignirent rapidement leurs familiers et braquèrent sur nous ce que j’avais pris pour des lampes mais qui étaient en réalité des sortes de flammes brûlant au creux de leur main. Hoshino se cacha aussitôt derrière moi, livide.
« Qu’avons-nous là ? Deux lycéens perdus en pleine forêt et de nuit qui plus est ; déclara l’un des hommes d’une voix lente et grave.
-Chef, je crois que nous avons enfin trouvé notre cible ; intervint un autre homme en désignant mon amie. »
Je pus discerner comme un sourire se formant sur le visage du chef derrière sa capuche.
« En effet, alors comme ça, tu es enfin venue te rendre, Hoshino Miki ?
-Je…je… »
La jeune fille était tremblante et n’arrivait pas à aligner deux mots. Quant à moi, je ne comprenais pas exactement ce qu’il se passait mais je ne voyais qu’une seule chose : ces hommes faisaient très certainement partie de Savior et pour une raison ou un autre, ils en voulaient à Hoshino.
Immédiatement, ma peur se dissipa et je fis face au chef en toute sérénité.
« Hoshino, tu connais ces types ?
-Non, pas du tout…Me répondit-elle d’une petite voix.
-Allons, ton père s’inquiète pour toi, alors tu vas gentiment nous suivre sans faire d’histoire, est-ce que c’est compris ?
-Et…Et puis quoi encore ? Si je suis partie, ce n’est tout de même pas pour revenir !
-Ne nous oblige pas à employer la manière forte… »
L’homme avança son bras vers nous mais je me saisis de lui et l’arrêtai, ce qui eut l’air de le surprendre sur le moment.
« Elle n’a pas envie de vous suivre, qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans cette phrase ?
-Toi le gamin, ne te mêle pas de choses qui te dépassent ; rétorqua-t-il en se dégageant de ma prise et en me déstabilisant. »
Au même moment, une colère indescriptible m’envahit. Non seulement ce type ne m’inspirait rien de bon avec ses familiers mais en plus il semblait être ce genre de personne que je ne supportais pas à se croire au-dessus des autres.
Je ne bougeai pas d’un millimètre et je lui fis face, déterminé à ne pas le laisser s’approcher d’Hoshino d’avantage tant qu’il n’aurait pas expliqué ce qu’il lui voulait précisément.
« Tu es borné pour un gamin ; grogna l’homme à la cape. Je n’aime pas éliminer des civils mais tu ne nous laisses pas le choix j’ai l’impression. »
Immédiatement après avoir prononcé ces mots, l’un des Lindorms qui accompagnaient les hommes émit un grognement sourd et se jeta sur moi mais je ne tressaillis pas. Il était peut-être immonde et répugnant mais il n’était pas si impressionnant que ça. Il devait à peine avoir la taille d’un gros labrador vu de près.
Alors que je m’apprêtai à riposter pour protéger mon amie, le vent souffla brièvement à côté de moi et simultanément, le monstre explosa en vol tandis que le tronc d’arbre sur lequel j’étais adossé trembla lorsqu’une épée longue et fine vint se planter dans son tronc.
Nous nous retournâmes aussitôt dans la direction d’où venait l’arme et mon visage s’éclaira lorsque je reconnus Fuyuku…ou du moins ses yeux dorés luisant dans l’obscurité.
« Hinata, tu pourrais répondre au téléphone quand je t’appelle ! Hurla-t-elle, visiblement de mauvais poil.
-Qui va là ? S’écria l’homme, sur ses gardes. »
La rouquine l’ignora royalement et, d’un bond magistral, vint se placer à mes côtés, récupérant son épée au passage avant de faire face à nos ennemis.
« Désolé, mais comme tu peux le voir, nous étions un peu occupés ; raillai-je.
-Yuki…tu fais vraiment de l’escrime alors ? S’étonna Hoshino qui avait retrouvé son entrain habituel.
-On en parlera plus tard, tu veux bien ? Grimaça-t-elle.
-Oh, une Esper, je ne pensais pas que tu avais pactisé avec l’ennemi, Hoshino Miki ; ricana l’homme. Ton père sera vraiment déçu en apprenant cela…
-Miki…tu fais réellement partie de Savior ? Bafouillai-je, interdit. »
Pour toute réponse, la blonde prit son courage à deux mains et s’avança d’un pas vers l’homme au sourire carnassier.
« Je…Je me fiche de ce que pense mon père ! Si je veux m’allier avec une Esper, c’est mon droit !
-Dans ce cas, je pense que ton père ne sera pas triste d’apprendre la mort de sa fille. »
Hoshino recula prudemment tandis que les Lindorm s’agitèrent et se mirent à luire comme des lucioles. Fuyuku tressaillit avant de se mettre en position pour combattre, l’épée pointée vers l’avant et je fis de même en activant ce mystérieux pouvoir me donnant plus de force et de vitesse.
Mais, alors que nous allions passer à l’attaque, un long hurlement résonna à travers la forêt et ce fut au tour de nos ennemis de reculer d’un pas.
En me retournant, j’écarquillai les yeux et ma partenaire sursauta en voyant qu’Hoshino était entourée d’un halo d’énergie blanc, les yeux fermés, serrant son pendentif et qu’un puissant vent tourbillonnait autour d’elle.
« Mi…Miki…Bégaya Fuyuku, interdite.
-Hinata, Yuki, ne vous en mêlez pas, ceci est mon combat…
-Mais…
-Apparais, Amaterasu ! »

https://www.youtube.com/watch?v=DCP7f3UtbPg

Au moment même où Hoshino dit cela, la lumière se fit plus intense et un autre hurlement retentit, plus puissant, plus proche, plus menaçant. Un cercle de lumière apparut aux pieds de la jeune fille et les Lindorms continuèrent à reculer.
La lumière se diffusant dans toutes les directions finit par prendre une forme, celle d’un immense loup blanc. La créature devait mesurer dans les trois mètres de haut et son corps était parsemé de lignes rougeâtres tandis que sur son front, un symbole se dessinait, un cercle duquel une ligne s’échappait pour se prolonger le long de son dos. Les crocs de la bête étaient au moins aussi longs et aiguisés que des couteaux et les griffes de ses pattes n’étaient pas en reste.
Je restai sans voix de par la peur que le familier m’inspirait mais aussi de par sa beauté et l’aura qu’il dégageait.
« Ama…Terasu tu dis ? Murmura Fuyuku, tout aussi impressionnée que moi.
-Ce monstre…On ne nous avait pas dit que tu l’avais en ta possession…Marmonna notre ennemi sur ses gardes. Mais peu importe, les ennemis de Savior doivent être éliminés !
-Ceci est mon choix, et personne ne m’enlèvera cette liberté, et surtout pas mon père ! Rétorqua Hoshino ayant perdu toute sa peur. »


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Re: [Fic]Le dernier Esper

le Sam 21 Oct - 23:44

Chapitre 5 : Les pouvoirs d’un Familier
Spoiler:



https://www.youtube.com/watch?v=0GcX-HDyUwk

A peine Hoshino eut-elle prononcée cette phrase que les hommes ordonnèrent à leurs créatures de passer à l’attaque sans autre sommation. Par réflexe, je bondis en arrière et Fuyuku lança un coup d’épée vers l’un des Lindorms mais contre toute attente, les familiers ne se préoccupèrent pas de nous et foncèrent tous vers Hoshino et sa créature.
« Hoshino ! M’écriai-je, affolé. »
La jeune fille ne bougea pas d’un poil et ferma même les yeux tandis que la lueur qu’émettait son familier grandissait de seconde en seconde. Mais, alors que j’étais distrait, je reçus un puissant coup de poing dans le dos qui m’envoya valser contre un arbre.
Sonné par ce cette attaque surprise, j’eus tout juste le temps de rouler sur le côté pour esquiver un second coup porté par l’un des hommes qui fracassa le tronc devant lequel je me tenais moins d’une seconde auparavant.
Mon cœur rata un battement à l’idée que j’aurais pu me faire broyer d’un seul coup. Néanmoins, je ne me laissai pas déstabiliser et je me remis sur pieds aussitôt pour affronter mon adversaire.
Ce dernier tenta de me donner un autre coup de poing dans le ventre mais je le bloquai facilement avec mon bras. S’ensuivit alors toute une série de coups plus violents les uns que les autres, et toujours plus rapides mais malgré cela, je réussis à les bloquer tous avec une facilité déconcertante soit en les esquivant, soit en les parant avec mes mains, comme si j’avais déjà eu à faire à ce genre d’attaque par le passé…
Tout à coup, je vis une ouverture dans la pluie ininterrompue d’assauts de mon adversaire je lui attrapai le bras et l’empêchai de bouger davantage avant de le projeter au sol avec une telle force qu’un trou se forma dans la terre. Mon coup coupa la respiration à l’homme et j’en profitai pour observer le reste du combat.
Fuyuku était aux prises avec les autres hommes mais ne semblait avoir aucune difficulté à leur faire face. J’avais même l’impression que c’était elle qui attaquait plus qu’elle ne se défendait. Quant à Hoshino et à son familier, ils étaient totalement encerclés par les Lindorms qui enchainaient les attaques à répétitions.
Je n’hésitai pas une seconde et je me précipitai dans cette bataille pour aider mon amie. En m’entendant arriver, les monstres se retournèrent et tentèrent de m’attaquer en me sautant dessus mais je les évitai facilement et je réussis à me frayer un chemin pour rejoindre la blonde qui ne semblait pas savoir comment gérer cette crise.
« Un coup de main ? Lui proposai-je en me plaçant devant elle pour la protéger.
-Oh non, je crois que ça ira ; me répondit-elle d’une petite voix trahissant son manque de confiance. Et puis, tu n’as pas de familier pour te protéger toi…
-En effet, je suis mon propre protecteur ; rétorquai-je fièrement. »
La jeune fille n’eut pas l’air de comprendre sur le moment mais je ne lui laissai pas le temps de poser davantage de question car je m’élançai vers les Lindorms, concentrant mon énergie au fond de moi, comme je l’avais fait lors de mon combat contre Fuyuku.
Mon cœur s’accéléra, je sentis mon sang s’échauffer dans mes veines et une incroyable énergie m’envahit alors que les monstres fonçaient vers moi, leur gueule dégoulinant de bave, toutes griffes sorties
Lorsque le chef de la horde fut à quelques centimètres de moi, je l’attrapai par le cou et relâchai mon énergie. Le monstre se débattit quelques instants avant de perdre progressivement ses couleurs et de tomber en poussière tandis que je sentis mes forces augmenter toujours plus.
Je ne perdis pas une seule seconde et je fis de même avec le second, puis le troisième, me sentant toujours plus fort, plus rapide et plus résistant.
Cependant, alors que je pensais en avoir terminé avec ces monstres, je vis une vive lueur sur ma gauche et, lorsque je tournai la tête, un cercle lumineux, comme celui d’Hoshino, aux pieds du chef des hommes nous ayant attaqués.
« Finis de jouer les enfants, Hoshino Miki viendra avec nous, que vous le vouliez ou non ! S’écria-t-il, hors de lui. Viens à moi Lindorm !
-Encore un de ces machins ? J’en ai déjà vaincu toute une horde, ça ne suffira pas… »

https://www.youtube.com/watch?v=_pv9kOEWIXY&t

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase car Fuyuku se jeta sur moi et me plaqua au sol sans que je n’aie le temps de réagir. Avant même que je n’aie pu comprendre ce qu’il se passait, le sol trembla et je vis un torrent de flamme me frôler la tête et se diriger droit vers Hoshino.
Cependant, la jeune fille, au lieu de s’enfuir, fronça les sourcils et leva simplement le bras devant elle. Les flammes rebondirent alors sur une sorte de bouclier invisible se trouvant juste devant Amaterasu et terminèrent leur course contre des arbres de la forêt qui se mirent à brûler aussitôt.
Fuyuku se releva et serra les dents devant ce carnage.
« Ça devient dangereux par ici…Marmonna-t-elle. »
Je me relevai également et je faillis m’étrangler devant la nouvelle créature se trouvant devant nous. Le familier était exactement comme tous les autres que j’avais terrassés…mais dix fois plus grand. La tête du monstre, triangulaire, écailleuse et plate comme celle des serpents, dépassait même la cime des arbres et ses pattes avaient la largeur des troncs qui l’entouraient tandis qu’un feu bleuâtre l’entourait et nous obligeait à garder nos distances.
« C…C’est un Dragon ? M’exclamai-je, interdit.
-Non, ce n’est pas un dragon Hinata, c’est un Lindorm…ou plus exactement LE Lindorm ; grogna Fuyuku en resserrant sa prise sur son épée.
-En effet, chasseuse, il s’agit bien du Lindorm originel ; ricana l’invocateur. Mais trêve de présentation, Hoshino Miki, est-ce ton dernier mot ? Es-tu prête à voir tes amis mourir sous les coups de mon Lindorm ? Ou préfères-tu qu’ils soient asphyxiés par les flammes de cette forêt ? »
La jeune fille, au lieu d’hésiter comme je le pensais, sourit et l’aura blanche qui l’entourait s’intensifia jusqu’à en devenir aveuglante. Amaterasu poussa un hurlement qui résonna dans la nuit et un flash de lumière nous éblouit tous.
Lorsque nous recouvrâmes la vue, les flammes avaient disparues et la forêt avait retrouvé son état d’origine, exactement comme avant l’arrivée du monstre de feu. Nos ennemis regardèrent ce spectacle tout aussi abasourdis que nous mais ne se laissèrent pas démonter et leur chef ordonna à son monstre de cracher une nouvelle rafale de flammes.
En moins d’une seconde, la forêt se remit à brûler et Amaterasu éteignit à nouveau le feu de la même manière, sans faire le moindre effort.
« Amaterasu n’est pas faite pour se battre…murmura Fuyuku, tremblante.
-Que veux-tu dire ? M’étonnai-je après avoir vu ses pouvoirs.
-Hinata, recule s’il te plait. »

https://www.youtube.com/watch?v=qIEk0U782rM

Une fois de plus, je ne compris pas ce qu’il se passait mais je m’exécutai sans faire d’histoire. L’aura dorée entourant Fuyuku lorsqu’elle se battait s’assombrit jusqu’à virer au noir et l’air crépita autour d’elle. Dans ses mains, je vis alors se former deux sphères sombres qui, en contact avec l’air, émettaient autant de chaleur que les flammes du monstre qui nous faisait face.
A ce moment, sans aucune explication rationnelle, écoutant uniquement mon instinct, j’attrapai la main de la rouquine et la sphère sombre disparut aussitôt tandis que ses yeux s’arrondir de stupéfaction et que je sentis mon énergie grandir à nouveau au fond de moi.
« Qu…Qu’est-ce que…Hinata…tu… »
Je ne la laissai pas finir sa phrase et je me jetai à l’assaut du monstre gigantesque sous les regards d’incompréhension de tous. Le Lindorm cracha une nouvelle rafale de flammes dans ma direction mais je réussis à l’esquiver en sautant sur l’une des branches à côté. Derrière moi, Hoshino para l’attaque une nouvelle fois sans aucun effort et je continuai mon ascension vers la bête.
Cette dernière tenta alors de m’asséner un coup de griffe mais je réussis à passer au travers et à m’accrocher sur sa patte. Le géant essaya tant bien que mal de se débarrasser de moi mais je tins bon.
« Hinata ! Il est beaucoup trop fort pour toi ! »
Cette phrase résonna subitement dans ma tête et me fit oublier où j’étais pendant une demie seconde, demie seconde qui me fut fatale car le monstre se jeta contre l’un des arbres et m’écrasa entre le tronc et sa patte.
Je hurlai de douleur alors que je m’écrasai sur le sol, soudainement vidé de mes forces, incapable de me relever alors que le familier géant était prêt à me griller sur place. L’invocateur éclata de rire et ordonna à son monstre de m’achever.
A quoi pensai-je donc en allant affronter de front un tel familier, moi qui ne savais même pas quels étaient mes pouvoirs ? Ma vie allait donc se terminer aussi rapidement parce que je m’étais senti pousser des ailes et que j’avais voulu jouer au héros ?...
Je voulais la gueule du Lindorm s’approcher de moi et je voyais déjà ses dents acérées me déchiqueter la peau mais, au lieu de ça, j’entendis un bruit de métal et une ombre passa furtivement devant moi.
« Pour un monstre, tu manques clairement de résistance ; railla Fuyuku qui s’était interposée entre nous et qui bloquait l’attaque avec son épée.
-Dé…Désolé…
-C’est tout ce que tu trouves à dire ? Tu m’en devras une quand on sortira de cette galère ! »
D’un mouvement ferme et rapide, Fuyuku se dégagea de l’emprise du monstre et lui planta l’épée dans la bouche. Ce fut au tour du Lindorm de lâcher un sifflement de douleur et de reculer vivement tandis que son maitre cracha du sang, comme s’il prenait les mêmes blessures que sa créature.
Sans lui laisser un instant de répit et vive comme l’éclair, mon amie entailla profondément les pattes du lézard qui fut obligé de reculer tandis que son maitre posa un genou à terre en grimaçant.
« Je déteste les amphibiens alors je vous conseille de déguerpir rapidement si vous ne voulez pas que le menu de la cantine de ce soir soit cuisse de grenouille !
-C’est une salamandre ; la corrigeai-je en grimaçant de douleur mais ne pouvant manquer cette occasion.
-Je ne t’ai rien demandé le monstre ! Rétorqua-t-elle, agacée. »
Les hommes profitèrent de notre petite dispute pour filer discrètement pendant que le Lindorm disparut purement et simplement dans une épaisse fumée noirâtre. Mais Fuyuku ne poursuivit aucun d’entre eux et se retourna vers moi d’un air inquiet et furieux également.

https://www.youtube.com/watch?v=uqsNNnVjyyA

« Hinata, tu es vraiment inconscient de t’attaquer à Lindorm de la sorte ; râla-t-elle.
-Que veux-tu, je ne sais rien de ce monde, je ne connais la puissance d’aucune de ces créatures…Lui répondis-je avec une autre grimace de douleur. »
Fuyuku voulut me prendre le bras pour prendre mon pouls mais à peine eut-elle effleuré ma peau que je me crispai.
« Et bien on dirait que maintenant tu sais que ce monstre était capable de te briser les os d’un seul coup de patte ; rétorqua-t-elle sur un ton de reproche. »
Hoshino s’approcha alors timidement de nous, son familier derrière elle, ne sachant visiblement plus quelle attitude avoir à ce moment précis. Mais avant que Fuyuku n’ait pu la questionner, la blonde se mit à genoux devant moi et posa son bras sur mon torse en fermant les yeux.
« H…Hinata…ne bouge pas, ça ne sera pas long…Bégaya-t-elle. »
La jeune fille fut à nouveau entourée de cette aura blanche et je sentis une chaleur douce et agréable de propager dans mon corps. Peu à peu, la douleur disparut et mes forces revinrent exactement telles qu’elles étaient avant le début de la bataille. Son œuvre terminée, Hoshino se releva et me tendit une main pour m’aider.
« C’est le pouvoir d’Amaterasu ; déclara-t-elle d’un air gêné. Mon familier peut guérir n’importe quelle blessure…
-Amaterasu, j’ai déjà entendu parler de ce familier dans les livres sur Savior…Lança Fuyuku d’un air sceptique. Mais alors comme ça, tu es son invocatrice Miki ? Je pensais pourtant qu’un tel familier était réservé aux dirigeants de Savior.
-Ce…Ce familier n’est pas à moi ; lui répondit la blonde en baissant les yeux. Il appartenait à ma mère, Hoshino Asuka auparavant…
-Hoshino…Asuka ; répéta Fuyuku, soudainement livide. Mais…
-Oui, mon père s’appelle Anko Yukito, chef de la branche Savior du Japon. »
La rouquine recula d’un pas, soudain tremblante, prête à recommencer à se battre s’il le fallait mais Hoshino se contenta de claquer des doigts et le grand loup blanc disparut dans une trainée de poussière scintillante, faisant également disparaitre la dernière source de lumière qu’il nous restait.
« Je suis désolée Yuki, Hinata, je n’avais pas l’intention de vous le cacher…mais j’avais peur que vous me rejetiez en sachant cela ; continua Hoshino d’une petite voix.
-Pourquoi aurions-nous fait cela ? Lui demandai-je intrigué. Nous faisons tous partie de ce monde, nous devons nous serrer les coudes au contraire !
-Parce que vous êtes des Espers et que je suis la fille du chef de Savior tout simplement. Je suis la monnaie d’échange parfaite pour une rançon...vous auriez même pu me voir comme une espionne… »
Fuyuku se détendit et soupira avant de s’avancer vers la jeune fille avec un léger sourire aux lèvres.
« Savior ou pas, je m’en fiche. Je ne fais pas partie de l’organisation ESP et Hinata n’est même pas un Esper, tu n’as rien à craindre de nous ; déclara-t-elle d’une voix douce. Et puis, d’après ce que j’ai pu comprendre, tu as quitté Savior toi aussi, non ?
-O…oui…on peut dire ça même si je me suis plus enfuie qu’autre chose…
-Mais ça ne change pas les faits que nous n’avons aucune raison de te vouloir du mal.
-Mais alors…pourquoi chassez-vous les Familiers dans la forêt si vous n’avez aucun lien avec ESP ? S’étonna la blonde, ayant repris un peu confiance en elle.
-Il parait qu’il faut cacher leur existence au monde donc voilà ; lançai-je en haussant les épaules.
-J’ai mes raisons personnelles et Hinata ne sait pas pourquoi il fait ça ; me corrigea la rouquine.
-En effet, je n’ai aucune idée de pourquoi je fais ça alors que je pourrais être dans mon lit à l’heure qu’il est ; soupirai-je en baillant. »
Hoshino rit de notre dispute et je souris à mon tour, content de retrouver la fille insupportable et moqueuse que je connaissais. Soudain, la blonde bailla à son tour et se frotta les yeux avant de s’écrouler sous le poids de la fatigue.
« Un familier tel qu’Amaterasu demande énorme d’énergie ; déclara Fuyuku en passant sa main sur le front de notre amie pour s’assurer que tout allait. Je crois qu’il est temps de rentrer, je commence moi aussi à fatiguer… »
Je pris alors la blonde sur mes épaules et nous nous mîmes en tête de sortir de cette forêt avant de retomber sur d’autres familiers…
Nous ne parlâmes pas sur le chemin, Fuyuku était bien trop épuisée et mon esprit bouillonnait de questions tournant en boucle dans ma tête. Quelle était cette énergie m’ayant envahi pendant que je combattais les Lindorms ? Et pourquoi avais-je été attiré par l’énergie que dégageait Fuyuku alors qu’elle s’apprêtait à attaquer le monstre ?
Mais ces questions disparurent assez rapidement lorsque je repensai à ce qui m’avait distrait et avait failli me couter la vie. Cette voix dans ma tête…était-ce une attaque de cet invocateur ou bien était un réel souvenir ? Et s’il s’agissait bel et bien d’un souvenir…de quand datait-il ? Qui avait prononcé ces mots ? Pourquoi ? N’étais-je qu’un simple familier créé par le professeur…ou ma vie était-elle plus compliquée que cela ?...
Nous finîmes par sortir de la forêt après dix minutes de marche et nous nous retrouvâmes dans le parc. Il faisait totalement nuit et on n’y voyait pas à dix mètres mais j’étais content de me retrouver sur une allée éclairée par la lumière d’un lampadaire et non par des flammes ardentes. La lune brillait dans le ciel sans nuage de la nuit, entourée de milliers d’étoiles.
Je posai délicatement Hoshino sur l’un des bancs et je m’assis à côté d’elle pour reprendre mon souffle, de même que Fuyuku. Nous restâmes là quelque temps, toujours sans dire un mot, n’écoutant que le silence de la nuit.
« Hinata, j’aurais une question à te poser ; déclara soudainement mon amie sans me regarder.
-Une question ? Répétai-je intrigué.
-Pendant le combat tout à l’heure…qu’as-tu fait exactement ?
-Qu’est-ce que…j’ai fait ? Je me de suis battu et…
-Je parle du moment où tu as attaqué le Lindorm ; m’interrompit-elle.
-Je ne comprends pas moi-même…Avouai-je en baissant le regard. J’ai simplement eu le sentiment que c’était ce qu’il fallait faire et j’ai agi… »
Fuyuku fronça les sourcils, comme si ma réponse n’était pas celle qu’elle attendait mais ne s’attarda pas plus sur le sujet et se contenta de soupirer. Cependant, à ce moment précis, je me rappelai de ce qu’elle avait dit à Hoshino au moment où la jeune fille avait parlé de Savior et je ne pus m’empêcher de lui poser la question qui me brûlait les lèvres.

https://www.youtube.com/watch?v=OixZKhcq1fQ

« Au fait Fuyuku…tu dis toujours que tu te bats contre Savior pour des raisons personnelles mais…je ne comprends pas quelque chose : pourquoi n’as-tu pas attaqué Amaterasu ? »
La rouquine sursauta et me dévisagea d’un air craintif avant de se lever et de reporter son regard vers la lune blanche.
« Tu sais Hinata…je voue peut-être une haine absolue envers tous les monstres…mais Amaterasu…n’est pas un familier fait pour se battre ; me répondit-elle dans un murmure.
-Je ne comprends pas…que cherches-tu exactement à faire en chassant les familiers ? Tu les considères comme une menace ou quelque chose comme ça ? »
La rouquine se retourna vers moi et me lança un sourire teint par la tristesse.
« Les familiers…possèdent d’incroyables pouvoirs…des pouvoirs comme ceux d’Amaterasu permettant de guérir n’importe quel mal, des pouvoirs comme ceux de Lindorm qui pourraient alimenter en énergie ceux qui en maquent…et pourtant…je n’en ai jamais vu un seul œuvrer dans ce but…
-Mais Miki…
-Miki est peut-être l’exception qui confirme la règle ; me coupa-t-elle en posant son regard sur la jeune fille endormie à côté de moi. Mais il n’en reste pas moins que les invocateurs que j’ai connus par le passé n’agissaient pas comme elle. »
Fuyuku fit une pause dans son monologue et fit quelques pas vers la forêt avant de s’arrêter et soupirer.
« Les familiers ne sont pas une menace. Seuls leurs maitres le sont. Tu as bien vu les types dans la forêt, c’est exactement ce genre d’invocateur que je traque. Mais c’est pourquoi aussi j’ai pu t’accepter et que je n’ai rien tenté contre Amaterasu. Il n’en reste pas moins que tous les autres sont de potentielles machines à tuer…C’est pourquoi je leur fais la chasse, parce que je refuse que d’autres personnes soient tuées. »
Au moment où elle dit cela, un déclic se fit dans ma tête et je me sentis tout à coup mal pour la jeune fille en comprenant ses véritables motivations.
« Fuyuku…tu es comme Hoshino…n’est-ce pas ?
-On peut dire ça oui ; me répondit la jeune fille. Quand je dis que mes raisons sont personnelles, je ne mens aucunement. Je me fiche de Savior ou de la fondation. Je me bats uniquement par vengeance.
-La vengeance, hein ? Répétai-je dans un murmure, légèrement amusé, comme si j’avais emprunté ce chemin moi aussi… »
Je comprenais mieux à présent pourquoi elle avait monté ce club. En récoltant les témoignages des gens sous la couverture du club de mystères, il lui était plus simple de dénicher les familiers potentiellement dangereux et de les éliminer avant qu’ils ne fassent de victimes.
« Et…tes parents…comment sont-ils…
-Miki n’est pas la seule à avoir des liens directs avec son organisation, à la différence que mes parents n’étaient que de simples agents d’ESP. Quant à leur mort…comme la plupart de leurs collègues, tués en mission contre Savior.
-Et…c’est pour ça que tu as quitté la fondation alors ?
-On va dire que ça a été l’une de mes motivations, oui… »
Fuyuku semblait décidemment avoir vécu beaucoup de choses qui, contrairement à moi, lui avait forgé son caractère et sa personnalité. Et même si son passé n’avait rien de joyeux à l’écouter, je l’enviai sur un point : celui d’avoir eu une famille et un passé à raconter aux autres. Alors que moi, qu’avais-je dans ma mémoire à part ces bribes des souvenirs dont je n’avais même pas conscience et un club…
En repensant au club, je sautai de mon banc et je regardai de tous les côté, affolé en me rappelant de notre dernier membre.
« Attends Fuyuku…Je viens de penser à quelque chose…mais où est Daichi ? M’exclamai-je.
-Ah lui…bonne question, je n’en ai aucune idée ; me répondit-elle en haussant les épaules. Je l’ai laissé dans le parc avant de repartir dès que j’ai senti la présence des monstres. »
Je me pris la tête dans les bras, priant pour qu’il soit reparti au dortoir au lieu de suivre Fuyuku mais je n’avais pas vraiment le temps de penser à lui. Nous avions encore Hoshino et avec ces types rôdant dans les environs, il était beaucoup trop dangereux de la laisser seule pour le moment.
« Bon, maintenant, qu’est-ce qu’on fait pour Hoshino alors ?
-Et bien, à moins qu’elle n’accepte de dormir par terre, je ne pense pas pouvoir l’accueillir chez moi ce soir ; déclara Fuyuku d’un air ennuyé.
-Je ne pense pas que Tetsu accepte de la laisser au dortoir quant à moi…Surtout qu’il y a déjà Daichi…
-Ce n’est pas trop grave, je pourrai toujours le convaincre, il n’a pas l’air si terrible ton grand gaillard.
-Je te laisse te débrouiller dans ce cas ; soupirai-je, déjà fatigué rien qu’à imaginer les négociations. »
Nous attendîmes que l’intéressée se réveille quelques minutes plus tard puis nous lui exposâmes notre plan pour le soir. Evidemment, la jeune fille n’émit aucune protestation, d’abord parce qu’elle était d’accord avec nous pour le danger que représentaient les invocateurs mais aussi parce que cela semblait l’amuser de venir squatter ma chambre pour une raison qui m’échappait.
Lorsque nous arrivâmes aux portes du dortoir, je crus tout d’abord que nous pourrions passer inaperçus comme toutes les lumières étaient éteintes mais, alors que je m’assurai que tout le monde était couché, une ombre menaçante surgit de la loge du gardien et je tombai à la renverse devant le regard assassin de Tetsu.
« Alors Hikaru, c’est à cette heure-là qu’on rentre ? Me gronda-t-il en prenant un air furieux.
-Pardonnez-nous monsieur Tetsu mais Hinata a eu un léger contretemps ce soir ; intervint alors Fuyuku, nullement impressionnée.
-Ah oui ? J’espère qu’il est crédible pour revenir à une heure pareille, avec des filles dans le dortoir en plus !
-En fait, on se baladait et… »
Fuyuku fit taire Hoshino qui allait sortir quelque chose qui nous aurait tous condamnés d’un coup sur la tête et reprit la parole.
« En fait, Miki ici présente a provoqué un dégât des eaux chez elle en préparant le diner si bien qu’elle ne peut pas rentrer chez elle ce soir.
-Eh, je n’ai… »
Ce fut à mon tour de faire taire la blonde avant qu’elle n’aggrave la situation qui était déjà assez tendue à mon gout.
« Je ne peux pas l’accueillir chez moi malheureusement et Hinata est son dernier espoir si elle ne veut pas dormir dehors ce soir, dans le froid et exposée à tous les dangers de la nuit.
-Je sais bien tout ça jeune fille mais je ne peux pas la laisser dormir dans le dortoir des garçons, c’est contre le règlement…enfin je crois ; lui répondit le grand gaillard en se frottant le crâne d’un air coupable. En plus il ne reste qu’une seule place, et c’est dans ma chambre mais j’imagine que tu n’en voudras pas ?
-Oh non, surtout pas ; s’exclama Hoshino en se cachant derrière moi.
-Si tu es prêt à l’accueillir, je suis d’accord, du moment que vous ne faites pas de bêtise, c’est compris ? Ah oui, et je récupère ce fainéant de Sora par la même occasion…
-Marché conclu ! »
Nous scellâmes notre pacte en nous tapant dans la main et nous montâmes tous vers ma chambre dans laquelle je trouvai Daichi affalé sur son lit en train de ronfler paisiblement. En nous entendant rentrer, ce dernier sursauta et tomba au sol avant de pousser un cri de terreur en voyant qui m’accompagnait.
« On a fait un marché avec Hikaru, il t’a échangé avec cette fille, ce soir, tu dors dans ma chambre !
-Quo ? Hinata, pourquoi m’as-tu vendu pour elle ! Oh non…ne me dis pas…
-Je t’expliquerai une prochaine fois, mais pour le moment je suis assez fatigué, donc si tu pouvais sortir rapidement, ça m’arrangerait ; dis-je en baillant. »
Sans lui laisser le temps de protester, Tetsu empoigna Daichi par la taille comme un ballon de rugby et l’emmena avec lui de force. Je l’entendis gémir encore quelques instants puis tout redevint calme dans le dortoir alors que j’étais le dernier debout avec Fuyuku et Hoshino qui se demandaient à quoi elles venaient d’assister.
« Tu…tu es sûr que ça va aller pour lui ? S’inquiéta la blonde.
-Ne t’inquiète pas ; la rassurai-je. Tetsu a peut-être l’air rude, mais tout ce que Daichi risque, ce sont des histoires assommantes jusqu’à minuit.
-En tout cas, je vais vous laisser tous les deux. Le monstre, si tu tentes quoique ce soit, sois sûr de retrouver ton cadavre dans la mer demain, c’est bien compris ? Me menaça la rouquine en me lançant un regard noir.
-Je te signale que c’est toi qui a proposé cette idée…Rétorquai-je, lassé.
-Et ne me le fais pas regretter. Sur ce, je repasserai demain pour voir si tout va bien. »
Fuyuku s’éclipsa à son tour, ce qui ne laissa plus qu’Hoshino et moi dans le couloir. La jeune fille semblait étrangement calme cette fois-ci mais je la comprenais après ce que nous avions vécu. Je tentai donc de lui changer les idées en lui parlant de tout et de rien, de la vie au dortoir, de mon arrivée en ville et même de ma nature de familier libre, ce qui occupa une bonne partie de la conversation. Hoshino était décidemment beaucoup plus indiscrètes que Fuyuku sur ces questions mais cela ne me dérangeait pas d’en parler maintenant que je savais qu’elle faisait partie du même monde que moi.

https://www.youtube.com/watch?v=jLFg30ACkY0

« Tiens, ça me rappelle une histoire que ma mère me racontait quand j’étais petite ; déclara-t-elle soudain à propos de ma nature. Il parait qu’à une époque, les familiers n’étaient pas liés aux humains !
-Vr…Vraiment ? Bégayai-je, interdit. Dans ce cas, que s’est-il passé ? Pourquoi maintenant tous les familiers sont-ils liés aux humains ?
-Je ne sais pas et puis, ce n’est qu’une légende parlant de l’antiquité ; me répondit-elle d’un air amusé. Je ne suis pas même pas certaine qu’elle soit vraie. En tout cas, ma mère y croyait dur comme fer ! C’est peut-être pour ça que j’ai ressenti que tu étais différent dès le premier jour où nous nous sommes vus !
-Tu avais l’air très proche de ta mère…murmurai-je, envieux.
-Pas tellement en fait. Ma mère était membre de Savior comme mon père et elle avait elle aussi un rôle assez important, si bien qu’elle n’avait pas vraiment le temps de s’occuper de moi quand j’étais petite…
-Des parents…qui privilégient leur travail à leurs enfants…murmurai-je, compatissant comme si j’avais moi-même vécu ça.
-Enfin, elle ne privilégiait pas vraiment son travail, au contraire. Elle s’assurait de me tenir éloignée de toute menace en étant constamment en mission pour attirer l’attention sur elle, mais c’est peut-être aussi ce qui a causé sa perte… »
Hoshino marqua une pause et prit le pendentif qu’elle portait à son coup dans ses mains et le regarda avec un sourire mi amusé, mi triste avant de reprendre.
« Un jour, la fondation a attaqué ma mère et mon père et elle s’est sacrifiée pour le protéger.
-Mais…Amaterasu…n’appartenait-elle pas à ta mère ? Je croyais qu’elle pouvait soigner toutes les blessures.
-Oui, en théorie mais pas cette fois et elle a succombé à ses blessures sous les yeux de mon père, impuissant. J’ai hérité de son familier, Amaterasu, il porte tous ce en quoi ma mère croyait, la paix, un monde plus beau, libéré de toute souffrance… »
Hoshino marqua une autre pause alors que sa voix se brisait tandis que je restai sans voix devant son récit, ne trouvant ni les mots, ni l’attitude à avoir dans ce genre de situation, ne l’ayant jamais vécu moi-même.
« Savior…ne comporte aucun de ces idéaux et c’est pourquoi ma mère comptait les quitter en m’emmenant avec moi…
-C’est donc pour ça que tu t’es enfuie ? Terminai-je pour elle. Pour continuer le rêve de ta mère à sa place ?
-Peut-être…Je ne le sais pas moi-même à vrai dire, je voulais simplement…fuir ce monde auquel je n’appartenais pas, auquel je ne voulais pas appartenir…
-Tu sais, je ne pense pas que fuir soit la bonne solution…Lâchai-je soudainement. »
Les yeux d’Hoshino se voilèrent de tristesse et je grimaçai, soudain honteux d’avoir dit cela. Qui étais-je pour penser cela alors que je n’avais aucune idée de comment elle avait vécu la mort de sa mère ?
« -Désolé, ce n’est pas…
-Non, tu as raison Hinata, et je le sais très bien…
-Alors, pourquoi continues-tu ?
-Parce que…je veux pouvoir vivre ma propre vie, pas celle que L’Organisation a prévue pour moi. »
Je compris aussitôt où la jeune fille voulait en venir. Si le professeur m’avait obligé à faire ce qui lui plaisait malgré ma nature, au lieu de me laisser libre, j’étais persuadé que, comme elle, j’aurais fui son laboratoire. Je ne pouvais que partager ce sentiment d’enfermement qu’elle avait dû vivre au sein de Savior, moi qui craignais souvent qu’on m’ait menti sur ma nature…
« Tu n’as plus à fuir maintenant Hoshino ; déclarai-je soudain avec un sourire chaleureux. Fuyuku et moi sommes là désormais et nous n’appartenons ni à Savior, ni à la fondation.
-Oui, j’ai eu de la chance de vous trouver. Même si je ne sais pas ce que j’aurais fait si vous aviez été des ennemis…
-Tu aurais fui j’imagine.
-Eh, ce n’est pas sympa ça ! Je ne fais pas que fuir dans la vie ! Protesta-t-elle. »
Nous éclatâmes de rire en même temps avant d’entendre quelqu’un dans la chambre voisine taper sur le mur pour nous indiquer qu’il était plus que temps d’aller nous coucher.
Avant de m’endormir, mes pensées allèrent à mes deux amies. J’avais encore du mal à croire qu’à mes côtés se trouvaient une ancienne membre de chaque organisation. Etrangement, je me sentais vraiment proche d’elles alors que je n’avais pas de famille, moi un familier…Cependant, je me demandais si Fuyuku et Hoshino n’étaient que des cas isolés ou si tous les membres de Savior et d’ESP avaient perdu des membres qui leur étaient chers à cause de cette guerre que les deux camps se livraient dans l’ombre…

https://www.youtube.com/watch?v=zQaF_0Y3gxA

Un grand bâtiment blanc se trouvait devant moi et à côté, il y avait une petite chapelle devant laquelle jouaient des dizaines d’enfants sous l’œil attentif d’une femme qui regardait tout le monde d’un air amusé.
Je me trouvai un peu à l’écart du groupe, assis sur une balançoire et sur un banc en face de moi, il y avait un autre garçon ayant l’air un peu plus âgé que moi à en juger par sa taille mais je n’arrivai pas à distinguer son visage, caché par une sorte de brume.
« Eh Hinata, tu es sûr que tu ne veux pas rejoindre tout le monde ? Les autres ont l’air de bien s’amuser ! »
Je lui répondis d’un simple signe de tête et il soupira.
« Tu es vraiment désespérant tu sais. Pas étonnant que je sois ton seul ami.
-C’est faux, il y a Kagi aussi ; rétorquai-je d’une voix monocorde.
-Si tu veux, deux amis.
-Et Saori.
-Ta sœur ne compte pas Hinata ! Rétorqua le garçon. En plus, tu peux me dire quand elle est venue te voir pour la dernière fois ? »
Je ne répondis rien et me contentai de détourner le regard.

Un rayon de soleil chaud me réveilla en me caressant la joue. Cependant, je ne me levai pas tout de suite et je restai dans mon lit, pensif. J’avais encore fait un rêve s’apparentant à un souvenir enfoui dans ma mémoire…sauf que cette fois-ci, il remontait à une époque que je n’aurais pas dû connaitre en tant que familier, mon enfance.
Mais plus étrange que tout, dans ce rêve, j’avais évoqué une sœur. Si j’avais été humain par le passé comme le laissaient suggérer ces rêves et j’avais réellement de la famille quelque part dans ce monde…pourquoi n’en avais-je aucun souvenir ? Etait-elle à ma recherche ? Mais surtout, comment étais-je devenu un familier ? Comment m’étais-je retrouvé dans le laboratoire du professeur ce jour-là ?
L’heure n’était plus aux questions. Il me fallait des réponses désormais. J’en étais persuadé, je n’étais pas ce familier libre que le professeur me faisait croire. J’avais été humain et je comptais bien percer le mystère de ma transformation le plus vite possible.
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Re: [Fic]Le dernier Esper

le Sam 21 Oct - 23:44
Chapitre 6 : Amnésie

Spoiler:


https://www.youtube.com/watch?v=7Hcq71AJQns

Après dix minutes passées dans mon lit avec l’esprit encore embrumé et rongé de questions, je me souvins soudain que j’avais une invitée et je regardai vers le lit de Daichi mais il était vide. Me disant qu’Hoshino était sûrement déjà descendue, je m’habillai rapidement, avec un simple sweat, un jean et des baskets avant de prendre la direction du réfectoire.
Je repérai rapidement la jeune fille assise à ma place habituelle, à côté de Daichi, tous deux semblant bien s’amuser en mon absence sous les regards intrigués des autres résidents à la vue d’une fille dans le dortoir et je m’empressai de les rejoindre.
« Hinata, tu es bien matinal dis-moi ; railla Daichi en me montrant sa montre.
-J’ai pu dormir moi au moins ; répliquai-je à la vue de ses cernes.
-Ne te moque pas de moi, c’était affreux ! Non seulement il m’a parlé toute la nuit de catch, mais en plus, il ronfle ! S’il te plait Hinata, laisse-moi revenir, je t’en supplie ! Gémit le blondinet en se mettant presque à genoux.
-Ne t’inquiète pas Daichi, je vais mieux aujourd’hui, tu vas pouvoir reprendre ta place ; lui répondit Hoshino avec un grand sourire qui me confirma qu’elle avait repris des forces.
-Tu es sûre de toi ? Ce n’est pas trop dangereux ? Il serait peut-être plus prudent que je te raccompagne non ? »
Hoshino accepta ma proposition avec plaisir, ce qui me laissa entendre que ces types étaient peut-être encore dans les parages et qu’il fallait que je me tienne prêt à les affronter.
Fuyuku se pointa vers onze heures du matin, la mine rayonnante. Apparemment, les combats de la veille ne l’avaient pas fatiguée le moins du monde. Elle semblait même encore plus agitée que d’habitude…
Lorsque Daichi lui demanda ce qu’il s’était passé dans la forêt après son départ, la rouquine lui répondit simplement que nous nous étions perdus…ce que je ne pouvais pas contredire puisque je n’avais pas de meilleure excuse et mon camarade de chambre ne rata pas cette occasion pour se moquer de moi.
« Et puisque vous vous êtes perdus, vous avez bien croisé une ou deux créatures étranges, non ? Nous demanda-t-il.
-Malheureusement non, il n’y avait rien du tout ; lui répondis-je aussitôt. J’ai comme l’impression que ce que nous faisons ne sert à rien…
-Allez Hinata, ce n’est pas parce qu’on a essuyé un échec qu’il faut renoncer, je suis certaine qu’il y a encore des tas de monstres dans la forêt qui n’attendent que nous ! S’exclama Fuyuku, enthousiaste.
-Personnellement, ça me va très bien si nous n’en croisons aucun…Lança Hoshino d’une voix trahissant sa peur.
-Pas de chance pour toi Miki, mais j’ai acheté le journal d’aujourd’hui et regardez ça ! »
La rouquine nous mit sous le nez le quotidien de la ville sur lequel figurait en première page une grande ombre d’un animal volant dans le ciel, possédant des ailes immenses me faisant penser à celles des reptiles volants préhistoriques. La description en dessous donnait une prime à ceux qui arriveraient à capturer cette créature inconnue…
« Alors, prêts à repartir chasser du monstre ? Nous demanda Fuyuku.
-Très peu pour moi, j’ai assez donné hier ; lui répondis-je en baillant. »
Cette réponse me valut un coup de journal sur la tête et la jeune fille m’agrippa par la capuche avant de m’entrainer à l’écart du groupe.
« Eh le monstre, je te rappelle que nous n’avons pas le choix ; me murmura-t-elle en me lançant un regard noir. Si quelqu’un découvre ce familier avant nous, je ne te dis pas les problèmes qu’on aura sur le dos !
-Mais…il doit bien y avoir des gens qui s’occupent de ça en dehors de nous, non ? Fis-je remarquer.
-Oui, mais je préfère qu’ils ne s’emmêlent pas ; me répondit Fuyuku en se mordant la lèvre.
-Pourquoi donc ? Si ce sont des professionnels, il n’y a aucune raison de craindre…
-Ne discute pas le monstre ! Si je te dis qu’il faut détruire ce familier le plus vite possible, c’est qu’il y a une raison ! »
Je soupirai et me frottai les yeux, déjà fatigué alors que la journée venait à peine de commencer. Au moins, cette fois-ci, il faisait jour, ce qui allait nous éviter de tourner en rond dans la forêt pendant des heures. Cependant…ce n’était vraiment pas prudent pour Hoshino de repartir en exploration avec ces types dans les parages et je fis part de cela à Fuyuku qui croisa les bras sur sa poitrine pour réfléchir.
« Dans ce cas, laissons Hoshino hors de cette histoire pour le moment et laissons-là avec ton boulet. De toute façon, une créature de cette taille ne devrait pas être difficile à repérer, nous serons revenus bien assez tôt pour la raccompagner chez elle. »
Ne trouvant plus d’objection, je me contentai d’acquiescer et nous retournâmes au réfectoire pour faire part du plan aux deux autres membres du club. Même si Hoshino comprit immédiatement pourquoi il valait mieux qu’elle reste au dortoir et qu’elle ne demandait rien de mieux, Daichi fut plus dur à convaincre mais, après dix minutes de lutte acharnée, Tetsu surgit de nulle part prit le relais et embarqua le blond derrière les fourneaux pour le diner du soir.
« Hinata, Yuki, soyez prudents, ce familier appartient aux mêmes hommes qu’hier ; nous prévint Hoshino alors que nous nous apprêtions à partir.
-Ne t’inquiète pas Miki, on ne m’appelle pas la chasseuse pour rien ! Lui répondit Fuyuku en serrant le point avec un sourire confiant. Et puis, j’ai le monstre avec moi pour m’aider au cas où !
-Sérieusement, qu’on en finisse rapidement. Ces histoires commencent sérieusement à me fatiguer…
-Oh mais ce n’est que le début, attends de tomber sur des familiers comme le Kasaï Rex ou le Léviathan et tu verras ce qui est fatigant ; lança Fuyuku d’un ton mi ironique, mi menaçant. »
Sur ces paroles rassurante, Hoshino nous souhaita bonne chance et nous prîmes, comme la veille, la direction de la forêt. A cette heure-ci, il y avait du monde dans le parc, surtout par un temps aussi ensoleillée mais nous ne nous arrêtâmes pas pour piqueniquer et nous continuâmes notre chemin vers la partie non balisée de la forêt.

https://www.youtube.com/watch?v=lcHTDY6HSPI

Visiblement, nous n’étions pas les seuls à avoir été mis au courant de l’existence du familier et quelques rares téméraires s’étaient également aventurés avant nous dans la forêt mais cela ne sembla pas gêner Fuyuku.
Pendant une bonne partie du trajet, j’hésitai à lui faire part de mes doutes sur mon identité ainsi que sur mes souvenirs brumeux mais j’avais peur que quelqu’un que j’aurais manqué nous entende et je m’abstins donc pour le moment.
Nous marchâmes jusqu’à midi en nous enfonçant toujours plus profondément dans la forêt sans croiser l’ombre d’un familier ni d’un animal. Tout était calme…un peu trop calme même. Je n’entendais aucun oiseau et ne voyais aucun insecte alors que cette partie était censée être totalement sauvage.
Fuyuku dut faire le même constat que moi car cette dernière s’arrêta et regarda le ciel à travers l’épais talus de feuilles en fronçant les sourcils.
« Hinata, je crois qu’il est temps de prendre un peu de hauteur ; déclara-t-elle. »
Avant même que je n’aie eu le temps de m’étonner de sa phrase, la rouquine fut entourée de son halo d’énergie doré et, d’un seul bond, atteignit la cime des arbres, dix mètres plus haut, en se réceptionnant parfaitement.
Lorsque je vis cela, je refusai de rester derrière et je concentrai mes forces dans mes jambes. Comme à chaque fois, mon cœur s’accéléra, mon sang bouillonna dans mes veines et je tentai de la rejoindre…sans succès. Mon saut ne me porta qu’à une branche à un mètre au-dessus du sol et je dus escalader péniblement pour la rejoindre à la cime de l’arbre.
Lorsque je fus enfin à sa hauteur, j’étais épuisé et mon front était couvert de sueur alors que la jeune fille me regardait avec amusement, debout sur sa branche.
« Alors le monstre, on est incapable de me suivre ? Railla-t-elle.
-Tais-toi…un peu…Haletai-je. Et puis d’abord…quelle idée de monter ici ?
-On cherche un oiseau non ? Ce n’est pas en restant à terre que nous le trouverons.
-Un truc aussi gros, je vois mal comment on pourrait le rater…
-On parle d’un familier. Lorsqu’il n’est pas relâché pour l’espionnage, il n’a aucune raison d’être au sol. Notre seule chance de le trouver est d’observer le ciel depuis ici. »
Sur ces mots, Fuyuku s’assit sur sa branche et sortit un sandwich de sa poche pour le déjeuner et je me rappelai soudain que je n’avais pas pensé à ce détail alors que mon estomac criait famine et je me contentai d’observer le paysage…
De notre position, nous pouvions voir toute la ville, ainsi que la mer et les montagnes l’entourant au loin. Je me demandais bien ce qu’il pouvait y avoir de l’autre côté. Je n’avais jamais vraiment pensé à regarder sur une carte mais ces montagnes m’intriguaient vraiment.
Elles n’étaient pas très hautes mais les parois étaient particulièrement escarpées, ce qui rendait les routes très difficiles. De plus, il n’y avait pas de plateau, simplement des parois rocheuses, comme un mur infranchissable séparant les deux côtés.
« C’est vraiment une belle ville ; déclara soudain Fuyuku.
-Au fait Fuyuku, je ne t’ai jamais demandé mais pourquoi es-tu dans cette ville ? Ce n’est pas simplement pour chasser du familier puisque tu as pris la peine de t’inscrire à l’école. »
La jeune fille baissa la tête vers son sandwich et un léger sourire amusé s’inscrivit sur sa figure.
« Tout simplement parce que c’est ici que mes parents se sont rencontrés ; me répondit-elle.
-Tes parents ?
-Oui. Avant d’entrer au sein de la fondation, mes parents ont fait leurs études ici et nous sommes venus souvent ici pour les vacances avant que je ne développe mes pouvoirs. Je passais beaucoup de temps avec les enfants de l’orphelinat je me souviens, je m’amusai bien.
-Il y a un orphelinat en ville ? M’étonnai-je.
-Oui, à côté d’une petite chapelle. »
Mon sang se glaça dans mes veines lorsque j’entendis cela. Non…il ne pouvait pas s’agir du même endroit que dans mon rêve tout de même…A moins que je sois déjà passé devant sans y faire attention et que je l’aie intégré dans mon rêve mais…ce n’était pas un rêve. C’était un souvenir, j’en étais persuadé.
D’un bond, je me relevai, oubliant que j’étais assis sur un branche et je faillis faire une chute mortelle de dix mètres mais je me rattrapai juste à temps.
« Fuyuku, est-ce que tu pourras me conduire à cet orphelinat après ? M’exclamai-je.
-Euh…oui mais je crois qu’il a été fermé depuis le temps donc…
-Ce n’est pas grave, j’ai simplement besoin de le voir !
-Tu es sûre que tout va bien Hinata ? Tu es tout pâle tout à coup. Peut-être que nous devrions redescendre et… »
La jeune fille n’eut pas le temps de terminer sa phrase car, au même moment, un long cri strident retentit au loin et je vis des dizaines d’oiseau effrayés s’envoler. Une seconde plus tard, à l’autre bout de la forêt, je vis une grande ombre s’élever dans le ciel, exactement comme sur la photo sauf que je pouvais discerner les traits de la créature. Comme je l’avais deviné, il s’agissait bien d’un reptile volant préhistorique, à l’exception que ses pattes arrière avaient été remplacées par une autre paire d’ailes, plus petites.
La créature était beaucoup trop loin pour que nous puissions l’atteindre et se dirigeait vers les montagnes. Fuyuku jura en voyant cela mais sortit néanmoins son portable pour prendre une photo de la créature avant qu’elle ne disparaisse derrière l’horizon.
« Eh, qu’est-ce que tu fais ? Je croyais que notre but était de prouver qu’il n’existait pas !
-Justement, je ferai un montage photo quand je serai rentrée, ça devrait détourner l’attention pendant un petit moment, le temps de retrouver cette créature et son invocateur. »
Frustrée, la rouquine sauta de la branche et atterrit sur le sol tout en douceur. Quant à moi, je ne risquai pas une seconde fois d’utiliser mes pouvoirs et je descendis prudemment, branche par branche, jusqu’à atteindre le sol.
« Bon, c’est raté pour cette fois mais au moins, nous savons que ce n’est pas qu’une rumeur, c’est déjà ça ; déclara Fuyuku.
-Dis, ça t’arrive souvent ce genre de chose ?
-Plus que tu ne le crois mais on ne peut pas réussir à chaque fois ; me répondit-elle en haussant les épaules.
-Quand on t’entend parler, j’ai vraiment l’impression d’entendre un chasseur…
-Même si officiellement je n’en ai pas le titre ni la formation, j’ai appris sur le terrain on a dire. Après une année à ne faire que ça, on finit par savoir deux ou trois trucs. Mais bon, c’est raté, on aura sûrement plus de chance la prochaine fois et puisqu’il est encore tôt, je pense que nous avons le temps de visiter l’orphelinat. »
Non content de ne pas avoir à me battre cette fois-ci et de sortir de cette forêt en vitesse, j’acquiesçai aussitôt.
Nous retournâmes donc dans le parc, beaucoup plus sereins désormais que nous savions que le familier s’était éclipsé pour le moment et Fuyuku prit à partir d’ici la tête et je la suivis à travers la ville.
« Au fait le monstre, tu es sûr que tu veux garder ton boulet dans le club ? Si nous n’étions que trois, les choses seraient bien plus simples ; déclara Fuyuku sur le chemin.
-N’oublie pas qu’à trois, nous ne pourrons pas pratiquer nos activités ; lui fis-je remarquer. Et malgré tout, il est utile Daichi.
-Vraiment ? Et en quoi ? »
Je ne répondis rien pendant quelques secondes, le temps de lui trouver une véritable utilité.
« C’est un témoin ! Déclarai-je alors.
-Un…Témoin ? Répéta Fuyuku, sceptique.
-Oui, tu sais bien, la personne qui est là pour confirmer qu’elle n’a rien vu de bizarre parce qu’elle était avec nous ! »
La rouquine croisa les bras sur sa poitrine, peu convaincue par mon argument.
« Mais pourquoi est-ce que tu veux t’en débarrasser à ce point ? M’étonnai-je.
-Parce que c’est un boulet évidemment ! Si un jour nous tombons dans une embuscade et qu’il est avec nous, ça va être impossible de le défendre ! Rétorqua-t-elle en haussant la voix.
-Oui, je vois ce que tu veux dire mais…
-Lorsque ça arrivera, ça sera ta responsabilité Hinata ; me coupa-t-elle. »
Après cela, nous ne dîmes plus un mot pendant le reste du trajet. Je pouvais comprendre le point de vue de Fuyuku qui était certainement plus sage que le mien, mais j’avais de la peine pour Daichi et je n’avais pas la force de le laisser sur la touche alors qu’il l’était déjà à l’école…
Nous marchâmes pendant une bonne dizaine de minutes dans des quartiers que je connaissais assez mal jusqu’à arriver en périphérie. Là, il n’y avait que peu d’habitations et elles semblaient bien plus rustiques que les belles maisons du centre.
Le nombre de personnes que nous croisions avait également grandement diminué, de même que les voitures sur la route qui menait aux montagnes.
Finalement, je vis le clocher de l’église s’élever au-dessus des habitations et un vieux bâtiment à l’abandon se dessina à l’horizon. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Tout était exactement comme dans mon rêve, à l’exception des barrières de sécurité mais je revoyais parfaitement cette femme assise sur les marches de l’église, observant les enfants s’amuser avec un sourire aux lèvres.
Cependant, l’endroit qui m’avait paru si accueillant dans mon rêve me faisait froid dans le dos maintenant qu’il était abandonné. L’herbe du parc poussait de manière anarchique et commençait à empiéter sur la pierre composant le grand bâtiment aux portes et vitres closes.
Nous nous arrêtâmes devant les grilles et, lorsque j’essayai de les pousser pour rentrer, je reçus un violente décharge électrique qui me fit reculer instantanément.
« C’est vraiment dommage qu’ils aient fermé cet endroit sans rien en faire par la suite mais bon, peut-être était-ce mieux ainsi ; déclara Fuyuku d’un air nostalgique.
-Et est-ce que tu sais pourquoi ils l’ont fermé par hasard ? Lui demandai-je tout en cherchant un moyen de rentrer.
-Officiellement, la femme qui s’en occupait serait tombée malade et personne n’aurait repris le flambeau après elle.
-Officiellement ? Tu penses que ce n’est pas ça ?
-Evidemment que ce n’est pas ça ! rétorqua la rouquine. Lorsque je suis revenue l’année suivant la fermeture, mon père a eu vraiment une drôle d’expression et nous a éloignés de cet endroit aussitôt. Comme si…comme s’il avait eu peur de quelque chose quand j’y repense… »
Fuyuku croisa les bras sur sa poitrine et commença à taper du pied sur le sol comme à chaque fois qu’elle se mettait à réfléchir tandis que je continuais à chercher du regard un passage pour rentrer dans cet endroit qui m’intriguait tant.
« Mais oui, c’est ça ! S’exclama soudain mon amie en me faisant sursauter.
-Tu as compris quelque chose ? »
Pour toute réponse, la jeune fille posa un genou à terre, toucha le sol d’une main et ferma les yeux tandis que son corps fut à nouveau entouré de ce halo doré. Cependant, alors que je m’apprêtai à lui demander ce qu’elle faisait, je vis des tâches sombres apparaitre au sol, comme des traces de pas à moitié effacées et se dirigeant tout droit vers la chapelle.
« C’était donc ça…marmonna Fuyuku en se relevant. »
La jeune fille se tourna vers moi d’un air sérieux tout en matérialisant son épée dans sa main.
« Hinata, je crois que nos recherches d’aujourd’hui ne sont pas terminées ; déclara-t-elle gravement.
-Tu veux dire qu’il y a des familiers ici ? M’étranglai-je.
-Je ne sais pas. Les familiers laissent des traces d’énergie sur leur passage et il m’est très difficile de les dater. Cependant…oui, des familiers sont venus ici.
-C’est donc comme ça que tu réussis à repérer les familiers ? Grâce à leur énergie ? M’étonnai-je.
-Oui, c’est une technique de base utilisée par les chasseurs. Si tu veux, je t’apprendrai un jour mais pour le moment, j’ai besoin de confirmer quelque chose. »
Sans rien ajouter, Fuyuku tenta de sauter au-dessus de la barrière comme elle l’avait fait dans la forêt mais contre toute attente, elle se heurta à un mur invisible qui l’obligea à retomber à côté de moi, frustrée.
« Je ne sais vraiment pas ce qu’il s’est passé ici, mais apparemment quelqu’un ne tient pas à ce qu’on le sache ; grimaça-t-elle.
-Et qu’est-ce que c’était que ça cette fois ?
-Un mur d’énergie. Une sorte de barrière érigée par les invocateurs pour repousser les Espers et les familiers. Mais je me demande vraiment pourquoi une telle barrière a été placée ici… »
N’ayant pas de réponse, j’activai à mon tour mes pouvoirs et je m’approchai à nouveau de la barrière électrique, pensant que j’allais pouvoir forcer le passage en faisant abstraction de l’électricité grâce à mes capacités de familiers.
Une fois de plus, j’attrapai les barreaux du grand portail et je reçus une décharge, cette fois-ci beaucoup plus faible tandis que je sentais ma force s’accroitre soudainement. En une seconde, je réussis à ouvrir un passage suffisamment large pour nous permettre de passer, sous le regard exorbité de Fuyuku.
« Tu…Tu…Comment as-tu fait ça ? Bégaya-t-elle, interdite.
-Aucune idée, mais c’est ouvert donc autant y aller non ? »

https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8

Je fus le premier à entrer et la rouquine me suivit. Aussitôt de l’autre côté, un frisson me parcourut l’échine tandis que mon cœur s’accéléra encore maintenant que j’étais à l’intérieur. Il n’y avait plus aucun doute : j’avais déjà vu le tableau qui s’offrait à moi. Je ne savais plus quand ni pourquoi mais je connaissais cette vue d’ensemble sur le grand bâtiment et la chapelle.
« Hinata, je ne sais pas ce qu’on va trouver ici mais reste sur tes gardes ; me lança Fuyuku en serrant son épée. Je sens que quelque chose ne tourne pas rond ici. »
J’avais moi aussi cette impression et je ne désactivai donc pas mes pouvoirs pour être paré au combat à n’importe quel moment.
Nous avançâmes prudemment dans le parc couvert de feuilles mortes et de mauvaises herbes, à l’affut du moindre mouvement, du moindre bruit suspect mais tout comme dans la forêt, un silence de mort régnait.
Plus nous avancions dans le parc et plus l’atmosphère devenait pesante. J’avais constamment l’impression d’être épié mais, lorsque je levai la tête, je ne voyais rien, pas même un oiseau.
Fuyuku suivit les traces de pas qu’elle avait fait apparaitre jusqu’à la chapelle où ces dernières disparaissaient mystérieusement. Cependant, à l’endroit même où elles s’arrêtaient, le sol semblait légèrement brûlé et l’herbe n’avait pas repoussé, formant un trou assez visible au milieu de la pelouse de mauvaises herbes.
« Apparemment, il y a eu un combat par ici et les familiers ont été éliminés ici ; dit Fuyuku d’un air sceptique. Cependant, je n’arrive pas à déterminer si ces traces datent d’avant ou d’après la fermeture… »
Au lieu d’écouter les considérations de la jeune fille, mon esprit était captivé par la chapelle devant laquelle nous nous trouvions. Contrairement au reste de l’endroit, le temps ne semblait pas l’avoir beaucoup affectée et seules quelques brins d’herbes poussaient à travers les marches.

https://www.youtube.com/watch?v=eIqxHpK97m4

Sans savoir pourquoi, comme attiré par cet endroit, je poussai les deux lourdes portes qui s’ouvrirent en grinçant. L’intérieur de la chapelle n’avait rien d’exceptionnel. Les bancs étaient encore en place, les vitraux laissaient passer la lumière et même l’autel était intact.
Je m’avançai lentement dans la nef, perdu dans mes pensées. Je ne savais pas si c’était parce que cette chapelle n’avait rien de spécial ou parce que j’étais déjà venu ici mais je connaissais cet endroit.
Je m’arrêtai à la croisée du transept, juste devant l’autel sur lequel était encore disposée une nappe et les bougies, comme avant une cérémonie lorsque soudain, je fus pris d’un mal de crâne tellement intense que je fus obligé de poser un genou à terre et de me prendre la tête dans les bras en fermant les yeux.
Un flot incontrôlable d’image défila alors dans mon esprit. Je me vis, enfant, dans cette chapelle, avec la femme à côté de moi qui me souriait simplement puis dans une chambre avec le garçon que j’avais vu en rêve, vint ensuite une jeune fille me ressemblant comme deux gouttes d’eau ainsi qu’une autre, plus jeune se tenant à mes côtés. La dernière image qui me traversa l’esprit fut celle d’une créature immonde se jeter sur moi alors que je tentais de m’enfuir.
Lorsque tout s’arrêta, j’étais haletant, en sueur, les yeux ronds fixant désespérément le sol de pierre de la chapelle. J’avais raison. Je n’avais pas toujours été un familier. J’avais eu une vie avant cela, une vie dans cette ville, plus précisément cet orphelinat.
Encore tremblant, je tentai de me relever et je regardai autour de moi ce lieu qui m’était si familier et si inconnu à la fois. Que s’était-il passé ici ? Où étaient passées toutes ces personnes que j’avais connues ?
« Hinata, il y a un problème ? Résonna soudain la voix de Fuyuku depuis l’entrée de la chapelle. »
Je ne répondis pas immédiatement et elle s’approcha de moi, inquiète avant de se figer et de regarder frénétiquement de tous les côtés en fronçant les sourcils. Je ne compris pas tout de suite sa réaction jusqu’au moment où Fuyuku dégaina son épée.

https://www.youtube.com/watch?v=4Dy_EsPsOoM

J’eus juste le temps d’entendre un bruit de métal avant de voir une dague se planter dans le sol juste à côté de mon amie.
Je levai la tête vers la voute et je vis alors une ombre se mouvoir près de l’orgue. Vive comme l’éclair, Fuyuku ramassa la dague et la projeta dans cette direction mais la chose avait déjà disparu de notre champ de vision et l’arme rebondit simplement sur les hauts tuyaux de l’instrument.
« Ne trainons pas ici le monstre. »
La rouquine m’attrapa par le bras et me traina à l’extérieur sans perdre une seconde. Tout mon corps me faisait souffrir après ces visions mais je tentai de le cacher et de suivre le rythme.
Cependant, nous nous arrêtâmes brusquement sur les marches de la chapelle. Devant nous se tenait un homme, seul, au visage balafré, à la barbe mal rasée et aux cheveux grisonnant coupés au carré. Dans sa main se trouvaient trois autres dagues comme celle que Fuyuku avait déviée.
Mais même en faisant abstraction de ses armes, je sentais que quelque chose n’allait pas…exactement comme le jour où j’avais rencontré Fuyuku.
Lorsque je me rendis compte de cela, il ne me fallut pas plus d’une seconde pour comprendre quel était le genre de personne qui me faisait face et je me crispai, sachant que le combat allait être inévitable puisque j’étais un familier et lui un chasseur…
« Un familier et une Esper associés ? J’aurais tout vu dans ma carrière ; s’amusa l’homme.
-Evidemment, ce n’est pas en restant à la solde de la fondation que vous allez découvrir le monde, chasseur ; rétorqua Fuyuku ironiquement.
-Oh, aurais-je l’honneur de faire face à une déserteuse ?
-Traitez-moi de tous les noms, je n’ai plus rien à faire avec la fondation. Cependant, je suis étonnée de voir un chasseur ici alors qu’il n’y a aucun familier.
-Au contraire jeune fille, il y en a un juste devant moi.
-Ne jouez pas à ce jeu avec moi ! S’écria Fuyuku. C’est vous qui avez installé cette barrière à l’extérieur, mais dans quel but ?
-Je ne suis qu’un gardien affecté ici, je n’ai pas à répondre à cette question… »
En prononçant ces mots, le visage de l’homme se fendit d’un sourire mauvais et je reculai d’un pas prudemment mais mon amie ne bougea pas et resta de marbre.
« Cependant, ma mission est d’éliminer les intrus, qu’ils soient Esper, familier, invocateur ou civil. »

https://www.youtube.com/watch?v=pjLekG0YJZM

Sans autre sommation, l’homme lança les trois dagues qu’il tenait dans sa main mais Fuyuku les dévia aisément en faisant tournoyer son épée devant elle avec une agilité déconcertante. La jeune fille m’impressionnait de plus en plus chaque jour par ses talents d’escrimeuse et les pouvoirs qu’elle possédait mais l’homme n’eut aucune réaction face à cela.
« Pourquoi il a fallu que ça tombe sur moi ; soupira-t-il.
-Parce que vous êtes plusieurs en plus ? Lui demandai-je. »
Il ne me répondit pas et se contenta de lever le bras devant lui. Au même moment, je vis les dagues plantées dans le sol revenir vers lui et Fuyuku recula pour se mettre à ma hauteur.
« Eh le monstre, il serait peut-être temps que tu t’y mettes aussi si tu ne veux pas finir en charpie ; me prévint-elle. »
Cependant, alors qu’elle était distraite en me parlant, l’homme lança à nouveau une dague vers nous et je me jetai en avant, attrapant l’arme au vol juste avant qu’elle n’atteigne mon amie.
« Tu devrais peut-être faire plus attention toi aussi ; raillai-je. »
La jeune fille me lança un regard noir, furieuse d’avoir été prise au dépourvu de la sorte et elle se jeta sur l’homme. Mais, alors que je pensais que son épée allait le transpercer, notre ennemi disparut dans une trainée de poussière avant de réapparaitre quelques mètres plus loin en riant.
Frustrée, Fuyuku retenta une nouvelle attaque mais le même scénario se reproduisit et son épée ne frappa que de l’air tandis que l’homme nous regardait toujours de son air moqueur.
Je tentai de me jeter à mon tour dans le combat pour donner un coup de main à mon amie mais mes mouvements étaient gauches et mes mains continuaient de trembler.
Mais, alors que je voyais Fuyuku donner des coups d’épée dans le vide et l’homme se téléporter d’un point à l’autre du parc, quelque chose attira mon attention au loin, comme un spot lumineux au milieu de la pelouse.
« Retournes-y ; résonna une voix dans ma tête. Là où tout a commencé. »
Faisant confiance à cette voix, je m’élançai vers le grand bâtiment, faisant mine d’attaquer l’homme avec la dague que je lui avais volée. Ainsi, avec Fuyuku, nous le fîmes reculer toujours plus profondément dans le parc, l’amenant tout près du spot lumineux.
Mais, alors que nous étions quelques mètres de mon objectif, l’homme s’arrêta et para le coup d’épée de Fuyuku en bloquant la lame entre ses deux mains avec une facilité déconcertante.
« Fini de jouer les enfants, vous commencez à m’ennuyer. »
Notre ennemi envoya valser la rouquine au sol sans qu’elle ne puisse riposter et m’asséna un violent coup de poing dans le ventre qui me fit reculer mais je ne fléchis pas. J’étais comme un papillon attiré par la lumière et je repassai à l’attaque avec la dague cette fois-ci.
Nos lames s’entrechoquèrent et je vis même des étincelles se former mais je n’abandonnai pas et je mitraillai l’homme d’une pluie de coups qu’il para tous avec une seule main avant de soudain riposter d’un coup de pied qui m’envoya au sol.
Je ne comprenais pas…Cet homme n’aurait pas dû nous poser plus de problèmes que l’armée de Lindorms de la veille et pourtant…nous n’arrivions même pas à le toucher…
« Finissons-en, j’ai mon café qui m’attend. »
L’homme leva sa dague au-dessus de moi mais, au même moment, ce dernier du faire un bond en arrière pour éviter l’épée de Fuyuku qui alla se planter dans un arbre derrière nous. Je ne perdis pas une seconde et je rejoignis la jeune fille. Cependant…elle était désormais désarmée et l’homme possédait toujours ses dagues, prêtes à nous transpercer la chair.
« Les Espers sont vraiment ennuyeux ; grogna Fuyuku.
-Alors, c’est terminé ? Vous vous rendez ?
-Un autre jour, j’ai promis à Hoshino de la ramener chez elle ce soir ; railla mon amie. »
Tout comme dans la forêt, le halo de lumière qui l’entourait s’intensifia et s’assombrit avant de virer au noir tandis que deux sphères se formèrent dans ses mains. En voyant cela, l’homme fronça les sourcils et jeta ses dagues vers nous.
Alors que je m’apprêtai à les intercepter comme je l’avais déjà fait, Fuyuku me barra la route et se contenta de lever le bras devant elle. A la seconde même où les dagues entrèrent en contact avec les sphères noires, ces dernières se volatilisèrent dans une explosion d’énergie dont l’onde de choc me projeta violemment vers l’arrière.

https://www.youtube.com/watch?v=ZVrwihPBf-A

Cependant, j’atterris pile au centre du cercle de lumière qui se dessinait dans le sol. Lorsque mon pied toucha l’herbe, un vent violent se leva autour de moi et attira l’attention des deux combattants.
« Hinata…qu’est-ce que…S’affola Fuyuku. »
L’homme grimaça et tenta de m’attaquer avec sa dernière dague mais elle fut repoussée immédiatement.
Le vent autour de moi soufflait de plus en plus vite, de plus en plus fort, jusqu’à créer un tourbillon de feuilles et de poussière m’emprisonnant totalement et je sentis une énergie nouvelle m’envahir tandis que ma main s’illumina d’une lumière rougeâtre.
Je ne comprenais rien à ce qu’il se passait mais étrangement, je ne paniquai pas. Peu à peu, le vent prit une forme, celle d’un être humain scintillant de la même façon que ma main.
Lorsque le vent s’arrêta soudainement, je n’étais plus seul au centre du spot de lumière. A côté de moi se tenait un grand homme aux cheveux blonds tombant sur son front. Son visage était celui d’un adolescent de dix-sept ans mais ses yeux rouges comme le sang reflétaient une sagesse et un calme digne d’un sage. Il portait également un long manteau rouge aux extrémités orangées au-dessus d’un pantalon de la même couleur.
Fuyuku écarquilla les yeux de surprise à la vue de cet individu et notre ennemi lâcha un cri de colère avant projeter toutes ses dagues vers le nouvel arrivant. Ce dernier, sans tressaillir, les attrapa toutes d’une seule main sous les yeux exorbités de notre ennemi.
Ignorant la menace, l’individu se retourna vers moi et je déglutis, ne sachant pas s’il s’agissait d’un ennemi ou d’un allié.
« On…on se connait…n’est-ce pas ? Bégayai-je, tremblant.
-Sasaki Ryuga. Enfin nous nous retrouvons, Hinata. »
Sans ajouter un mot, le dénommé Ryuga se jeta sur l’homme avec une vitesse phénoménale et cette fois-ci, il n’eut pas le temps de disparaitre et reçut le coup en pleine poitrine avant de voler dix mètres plus loin sous les yeux ébahis de Fuyuku.
« Sale… »
L’homme n’eut même pas le temps de terminer sa phrase que le nouvel arrivant disparut de notre champ de vision avant de réapparaitre derrière l’ennemi et lui asséna un coup de poing si violent qu’un cratère se forma dans le sol en soulevant un épais nuage de poussière.
Lorsqu’elle se dissipa, notre ennemi avait disparu et seul restait Sasaki Ryuga. Il se tourna ensuite vers Fuyuku et mon amie se crispa. Cependant, sans ajouter un mot, l’étrange individu ferma les yeux et disparut dans une multitude de particules scintillantes, ne laissant derrière lui qu’un cratère fumant.
Je sentis alors toutes mes forces m’abandonner d’un seul coup et Fuyuku m’attrapa juste avant que je ne heurte le sol.
« Hi…Hinata…Tu…tu es invocateur ? Bégaya-t-elle. »
Je n’eus pas la force de lui répondre et, vidé de toute mon énergie, tout devint noir autour de moi avant de sombrer dans l’inconscience.

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Re: [Fic]Le dernier Esper

le Sam 21 Oct - 23:45

Chapitre 7 : Le plus puissant des familiers

Spoiler:


https://www.youtube.com/watch?v=ZKCCs9DNEJs

Des créatures…des milliers de créatures m’encerclaient, moi, cette fille aux cheveux d’argent et cet homme au manteau pourpre qui m’avait sauvé la vie. Mes mains étaient en sang, tous mes muscles endoloris et tous mes sens étaient brouillés et mes deux compagnons n’étaient pas dans un meilleur état. Cependant, l’homme continuait à se battre, repoussant tous les monstres s’approchant de nous avec des vagues d’énergie mais je savais que son corps n’allait pas pouvoir supporter cela bien longtemps…
Soudain, il poussa un hurlement et une onde de choc bien plus puissante que les précédentes élimina tous les monstres dans un rayon de cinquante mètres autour de nous puis l’homme tourna la tête vers moi et me sourit.
« Allons bon, ils ne se lasseront jamais ; lança-t-il d’une voix calme en haussant les épaules. »
Sur ces mots, il tourna les talons et se dirigea à la rencontre des monstres d’une démarche assurée.
« Attends, où vas-tu comme ça, Ryuga ? Tu n’as aucune chance contre eux ! M’exclamai-je, affolé.
-Tu as oublié ce que je t’ai dit, Hinata ? Me répondit-il en s’arrêtant sans se retourner. Je suis le plus puissant d’entre eux. »

https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4

Ma vue se brouilla totalement et je me réveillai en sursaut dans mon lit au dortoir, haletant et transpirant.
« Tiens, le monstre se réveille enfin, tu es moins endurant que tu n’en as l’air ; lança une voix désagréable à côté de moi. »
Je tournai la tête et je vis Fuyuku assise à mon bureau, tapotant frénétiquement dessus avec ses doigts comme si elle attendait quelque chose. Son visage était parsemé d’égratignures et ses habits en lambeaux mais elle ne semblait pas s’en soucier plus que ça. Quant à moi, un mal de crâne affreux m’empêchait d’avoir les idées claires.
Soudain, je me souvins des derniers événements et je sautai de mon lit, affolé.
« Fuyuku, où est passé le type de tout à l’heure ? M’exclamai-je.
-Tu pourrais au moins me remercier, j’ai dû te trainer jusqu’ici et tu n’es pas léger ; grogna la rouquine d’un air mécontent.
-Ah…oui, désolé. Merci de m’avoir sauvé… »
Cette dernière soupira mais ne releva pas davantage avant de reprendre d’une voix où se mêlaient crainte et incompréhension.
« Et puis, avant de poser des questions, réponds à la mienne le monstre : qu’est-ce que c’était que ça ?
-ça ? Répétai-je sans comprendre.
-Ne joue pas au plus malin avec moi, tu as très bien vu la même chose que moi alors réponds à ma question. Comment un monstre peut-il en contrôler d’autres ? Continua-t-elle en fronçant les sourcils. »
Je fis semblant de réfléchir pendant une seconde mais je n’avais vraiment aucune idée de ce qu’il s’était passé pendant notre combat contre ce membre de la fondation…
« Je ne sais pas ; finis-je pas avouer.
-Tu ne sais pas ? Tu te fiches de moi ? Tu es en train de me faire croire que tu as invoqué un familier sans même savoir ce que tu faisais ? S’écria-t-elle, interdite.
-Oui, c’est ça…J’ai simplement été…attiré par un point lumineux dans le jardin…Et quand je l’ai touché, cet homme est apparu… »
Fuyuku serra les dents et se mit à faire les cent pas dans ma chambre tout en marmonnant des phrases incompréhensibles. Quant à moi, je me contentai de me rasseoir, encore fatigué de mon combat.
Finalement, la jeune fille s’arrêta et se prit la tête dans les mains en riant nerveusement, à tel point que je me demandai pendant un instant si elle n’avait pas perdu la raison…
« C’est ridicule…Totalement ridicule ! S’exclama-t-elle. D’abord un monstre qui se prétend libre et maintenant capable d’en invoquer d’autres ? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond ici !
-Est-ce que tu peux m’expliquer le problème calmement ?
-Il n’y a rien à expliquer Hinata, tu défies simplement toutes les lois qui existent dans le monde des Espers et des invocateurs !
-Je ne comprends pas…
-Dans ce cas, je vais te le dire en trois mots : tu es anormal.
-Merci de me le rappeler…Grimaçai-je.
-Sérieusement, tu es bouché ou tu le fais exprès ?
-Je te rappelle que je ne sais rien des lois de ce monde ; rétorquai-je. Pourquoi ne pourrais-je pas contrôler de familier ? »
Je crus que la rouquine allait vraiment s’énerver mais elle se retint et finit par s’asseoir et se tourner vers moi et dans son regard, je pus voir un sérieux que je n’avais encore jamais détecté chez elle.
« Ecoute moi bien Hinata, je vais peut-être te choquer mais tu n’es pas un familier.
-Tu recommences encore avec ça ? Répliquai-je, sceptique. Je te rappelle que j’ai été créé par le professeur Fujishima et que toi-même tu m’as reconnu comme tel la première fois que l’on s’est rencontré et maintenant tu viens me dire que je n’en suis pas un ? Tu perds la mémoire ?
-Je suis sérieuse. Aucun familier ne peut en contrôler d’autre…et encore moins contrôler un familier d’un tel niveau…
-D’un tel niveau ?
-Oublie ça. »
La jeune fille détourna le regard et le passa vers la fenêtre mais elle s’était beaucoup trop avancée pour que je laisse ça passer à présent. Il me fallait des réponses et elle seule était capable de m’en donner.
« Tu sais quelque chose sur ce familier que nous avons rencontré ? Si oui, dis-le-moi s’il te plait parce que…j’ai fait un rêve dans lequel il était présent…
-Franchement, heureusement que je ne travaille pas pour garder le secret de la fondation…Soupira-t-elle. Ce familier que tu as vu tout à l’heure…Est simplement le plus puissant des familiers recensés dans les archives de la fondation ESP, un familier qui avait disparu de la circulation depuis cinq ans.
-Le plus…Puissant ?
-Oui. Même si des monstres comme le Léviathan, les hydres ou les monstres mythologiques en général sont les créatures les plus dangereuses, les familiers humains sont de loin les plus puissants.
-Attends, qu’entends-tu par familier humain ? Des monstres comme moi ressemblant à des hommes ?
-Non, je parle bien de familiers ayant été humains par le passé mais je pense que pour t’expliquer correctement, il va falloir que je te raconte la légende sur l’origine de la guerre entre invocateurs et Espers.
-Mais je croyais que ce n’était qu’un conflit d’idéologie…

https://www.youtube.com/watch?v=TvB8E8FgMug

-Oui, mais ce n’est pas le conflit que tu crois. Vois-tu, le premier Esper est apparu il y a cinq-mille ans, en Grèce antique. On l’appelait Chaos. On ne sait pas trop quels étaient ses pouvoirs mais la légende raconte qu’il était le plus puissant Esper de tous les temps et qu’il était capable à lui seul de raser une ville entière d’un seul regard. Face à cela, les hommes le prirent pour un dieu et le vénérèrent comme tel. Cependant, il n’en était pas un et cela se vit lorsque sa fille, Gaia, se montra incapable de produire les mêmes miracles que lui. Et c’est là qu’un autre miracle se produisit : Alors que Chaos régnait en maitre sur le monde, Gaia, à partir de rien d’autre que de la poussière et d’un cheveu de Chaos, réussit à donner vie au premier Familier de l’histoire, un familier du nom de Typhon. Ainsi naquirent deux camps : ceux qui décidèrent de suivre Chaos et qui héritèrent de ses pouvoirs, devenant à leur tour Espers, et ceux qui se rangèrent derrière la protection de Gaia, formant ainsi les premiers invocateurs.
-Attends une minute Fuyuku ! Tu n’es pas en train de me raconter une version alternative de la mythologie grecque là par hasard ? Lui demandai-je sceptique.
-Plus ou moins. Beaucoup de mythologies ont pris comme fondement le récit du premier Esper mais laisse-moi terminer. Je disais donc que deux camps s’étaient créés, deux camps qui se sont livrés une bataille sans merci jusqu’à maintenant et ces deux camps, tu les connais : Savior, ceux qui veulent sauver la planète de l’emprise de Chaos, et la fondation ESP, une école suivant l’enseignement de Chaos. Mais tu auras vite compris que leurs objectifs ont quelque peu changé avec le temps et que même moi je ne suis pas sûre de comprendre quel est leur but actuel puisque presque tout le monde a oublié l’existence de cette légende…
-Et…quel est le rapport avec les familiers humanoïdes dans cette histoire ?
-J’y viens justement. Les recherches de la fondation ont permis de révéler quelle était l’origine des pouvoirs de Chaos et…il se trouve que Chaos n’était pas un Esper mais un familier.
-Je…Je ne comprends plus rien là, tu peux réexpliquer ça ?
-Il n’y a rien à comprendre : le premier Esper était également le premier familier, un familier humain.
-Mais qui était le maitre de Chaos dans ce cas ?
-Il n’en avait pas. Il était un familier libre. Chaos était comme toi, Hinata. »
Je tombai à la renverse en entendant cela et j’écarquillai les yeux. Je tentai bien de répondre quelque chose mais aucun son ne sortit de ma bouche tant j’étais choqué.
« Pour tout te dire, je ne croyais pas à ce récit mais quand je t’ai rencontré, j’ai senti que quelque chose était différent et c’est pour ça que je t’ai fait confiance.
-Mais…mais…Mais ton récit diffère totalement de ce qu’Hoshino m’a raconté ! Rétorquai-je, le cœur battant à tout rompre. Elle m’a dit qu’il y avait une époque où tous les familiers étaient libres et toi tu me dis que les familiers sont nés de Gaia et que le seul libre était Chaos ! Je ne comprends plus rien !
-Les légendes sont toujours incompréhensibles et possèdent leur part de vérité et leur part d’ombre ; soupira la rouquine. Quoiqu’il en soit, voilà pourquoi les familiers humains sont si puissants : parce qu’ils sont ce qui se rapproche le plus de Chaos, ils sont à la limite entre ce qui sépare les familiers des Espers.
-Mais…Si tu dis que le plus puissant des Espers était un familier libre…
-Alors tu dois être le plus puissant des familiers ; termina Fuyuku sans sourciller. Même si j’en doute fort étant donné la raclée que ce sous-fifre t’a mise tout à l’heure.
-Une minute, tu n’as pas fait mieux que moi je te signale ! Rétorquai-je sans même faire attention au début de sa phrase.
-Je me suis retenu, c’est tout ; continua-t-elle en haussant les épaules. Si j’avais vraiment voulu battre ce type, tu ne serais même plus là pour râler. Mais ce n’est pas le sujet. Pour en revenir à mon histoire, Chaos n’avait qu’un seul point faible : il était incapable de créer.
-Comment ça ?
-Chaos était le premier Esper, mais il était également un familier. Cependant, il n’a jamais réussi à reproduire le miracle de sa fille…Et personne n’avait réussi jusque-là. Alors je vais te poser la question une bonne fois pour toute : qui es-tu, Hinata ? Ou plutôt : qu’es-tu ?
-Je te l’ai déjà dit : je ne sais pas, j’ai été créé par…
-Et bien au lieu de répéter cette phrase en boucle, appelle le ton professeur et demande-lui directement ! S’exclama Fuyuku en tapant du poing sur la table. »
Pour une fois, je ne contestai pas et je m’exécutai aussitôt. Pour une fois, elle avait raison et j’étais tout aussi désireux de connaitre la vérité qu’elle. Je composai donc le numéro du professeur et j’attendis…une seconde, puis dix, puis une minute, mais personne ne me répondit et je finis par raccrocher en soupirant.
« Non, rien à faire, il est encore injoignable.
-Allons bon, ton professeur n’a pas l’air très curieux de savoir ce que sa créature devient ; railla la jeune fille.
-Il doit être occupé j’imagine…
-Mais nous règlerons ce problème plus tard. Pour le moment, nous avons encore du pain sur la planche.
-Et…qu’avons-nous à faire ?
-Tu verras ; me répondit-elle avec un sourire malicieux qui ne présageait rien de bon. »

https://www.youtube.com/watch?v=kQuEOHbNDfI

Fuyuku se leva et me fit signe de la suivre. Nous sortîmes ainsi du dortoir et nous prîmes la direction de la forêt et sur le trajet, je n’arrêtai pas de ruminer la légende que je venais d’entendre.
Je n’étais pas vraiment préoccupé par cette histoire de plus puissant des familiers ni même par les objectifs des deux camps. Non, ce qui m’intriguait, c’était l’origine de Chaos. Hoshino prétendait que les familiers étaient libres à une époque mais selon Fuyuku, les familiers avaient pris naissance en même temps que les Espers, avec Chaos…
Se pouvait-il donc qu’en vérité, Chaos n’ait pas été le premier familier ? Qu’avant lui, d’autres existaient déjà mais qu’ils aient été oubliés ? N’était-il pas en vérité…Les dernier familier libre ?
Oui, cette théorie me semblait plausible et faisait concorder les versions d’Hoshino et Fuyuku mais elle ne résolvait pas tout. Qu’étaient devenus les autres familiers libres ? Pourquoi avaient-ils disparu et comment moi, Hikaru Hinata, avais-je hérité de cette faculté unique ?
Perdu dans mes pensées, je ne vis même pas que la rouquine s’était arrêtée et je lui rentrai dedans de plein fouet.
« Eh, fais attention le monstre ou sinon je vais vraiment te tuer par erreur ! Râla-t-elle.
-Dé…Désolé…M’excusai-je. »
Je relevai enfin la tête et je fus surpris de voir qu’Hoshino se tenait seule au milieu d’une petite clairière faiblement éclairée par quelques faibles rayons de soleil passant à travers les branches basses et les épais feuillages des arbres. L’endroit était une sorte de cuvette et au sol était dessiné un immense dessin dans le sable : une étoile à huit branches, exactement comme celles se trouvant sur les boussoles, à l’intérieur d’un cercle dans lequel inscrit des caractères en grec ancien.
« Ah, Yuki, Hinata, par ici ! S’exclama Hoshino en nous voyant.
-Je vois que tu as tout préparé comme je te l’avais demandé ; lui répondit mon acolyte en passant sa main sur le dessin au sol.
-Oui, même si je dois avouer que j’ai été un peu surprise hier quand tu m’as dit ce qu’il s’était passé.
-A…Attends, répète ça ? Hier ? M’étranglai-je, interdit.
-Oui, tu as dormi toute la journée mais passons ; dit Fuyuku évasivement. Est-ce que ça va vraiment marcher selon toi ?
-Je ne sais pas trop…J’ai reproduit le motif d’après mes souvenirs mais je ne suis pas certaine pour certaines inscriptions…Enchaina Hoshino en se grattant la joue, peu sûre d’elle. Mais dis-moi Yuki, tu es certaine de vouloir faire ça ? La fondation ne va vraiment pas…
-Peu importe ce que veut la fondation ! La coupa-t-elle. Hinata, place-toi au milieu du cercle ! M’ordonna ensuite la rouquine.
-Et pour faire quoi ? Je n’ai pas le droit de savoir ce qu’il se passe ?
-Yuki tenter d’invoquer le familier que vous avez vu hier ; me répondit Hoshino.
-L’invoquer ? Répétai-je. Tu veux dire, comme tu le fais avec Amaterasu ?
-Non pas exactement. Vois-tu, il y a trois façons de contrôler un familier : soit en le créant, soit en l’obtenant de quelqu’un d’autre, soit en l’invoquant s’il existe déjà mais qu’il ne possède plus de maitre pour une raison ou une autre.
-Mais je ne sais pas faire ça moi ! Protestai-je.
-Tu n’as pas besoin de savoir faire quoi que ce soit ; me lança Fuyuku qui s’était adossée à un arbre et attendait, les bras croisés sur sa poitrine. Contente-toi de suivre ce que te dis Miki.
-Et vous êtes certaines que c’est une bonne idée ? Demandai-je, quelque peu craintif.
-Honnêtement…Non, c’est une très mauvaise idée ; répondit Hoshino avec un large sourire. Tu pourrais même mourir dans le procédé si le familier invoqué est beaucoup trop puissant pour toi et que lui donner forme te prenait toute ton énergie ! »
Je déglutis difficilement et je fis un pas en arrière, une goutte de sueur perlant de mon front.
« Tu n’es pas sérieuse…rassure-moi… ? »
Hoshino ne répondit rien et alla se placer à côté de Fuyuku, me laissant seul au milieu du cercle. A ce moment-là, je savais que j’aurais dû partir mais les mots de la rouquine me revinrent en mémoire, à propos de mes soi-disant pouvoir d’invocateur. Etait-ce un coup de chance, une coïncidence incroyable que ce familier soit apparu devant moi ou possédai-je vraiment des pouvoirs que mon prédécesseur lui-même ne possédait pas ?
La curiosité fut vraiment plus forte et je restai à ma place, attendant les instructions de la cadette du groupe, non sans appréhension.

https://www.youtube.com/watch?v=kwCJUkDRUOA

« Bien, Hinata, commence par fermer les yeux et essaie de visualiser précisément l’image du familier que tu veux invoquer ; me dit Hoshino. Surtout ne perds pas cette image de vue avant que je te le dise. »
Je m’exécutai et rapidement, le visage de l’homme au manteau pourpre se dessina dans mon esprit : un visage d’un homme de dix-sept ans, des cheveux d’un blond éclatant tombant sur son front, des yeux rouges comme le sang et des habits flamboyants…Oui, je me souvenais parfaitement de son apparence.
« Moi, Hoshino Miki, gardienne d’Amaterasu, je t’ordonne d’apparaitre et de servir un nouveau maitre, familier égaré, Sasaki Ryuga ! »
Les yeux toujours fermés, je sentis le vent se mettre à souffler autour de moi, exactement comme la veille lors de mon combat contre l’homme aux dagues et, même si je ne voyais rien, je pouvais facilement devenir que le cercle à mes pieds s’était illuminé d’une lumière intense.
Un grondement sourd résonna dans le ciel puis la terre trembla légèrement sous mes pieds mais je ne perdis pas ma concentration, continuant à visualiser l’image de l’homme au manteau pourpre.
Soudain, mon mal de crâne qui me suivait depuis mon réveil s’accentua brutalement et me fit perdre toute concentration. Je tentai tant bien que mal de garder l’image dans mon esprit mais il n’y avait rien à faire, tout commençait à se brouiller et j’entendis Fuyuku me hurler dessus.
Avant que je puisse comprendre ce qui m’arrivait, je fus saisi de vertiges et je me sentis arraché à mon propre corps et ma conscience m’abandonna.

https://www.youtube.com/watch?v=UCiJGl9NOBQ

Lorsque je rouvris les yeux, je n’étais plus dans la forêt mais dans un espace sombre, avec une atmosphère pesante et oppressante. Je me sentais lourd et j’avais vraiment du mal à respirer. Je ne pouvais rien distinguer d’autre dans cet océan de noir qu’une faible lueur au loin ainsi que des sons indistincts, comme des murmures plaintifs.
Instinctivement, je me mis à marcher vers la lumière et, plus je m’en rapprochais, plus des sons s’intensifièrent, sans que je ne parvienne à en saisir le sens. Etrangement, je n’avais pas peur. Au contraire, je me sentais même apaisé au fur et à mesure que je m’approchais, comme si je retrouvai un lieu connu.
Finalement, je parvins à une sorte de temple sur lequel brûlait une flamme bleue à l’origine de la faible lueur mais je n’étais pas seul. Sans que je ne le remarque, des dizaines de créatures s’étaient approchées de moi, des familiers à en juger par leur apparence allant de la simple plante étrange au serpent géant mesurant plusieurs dizaines de mètres.
Cependant, je ne m’arrêtai pas et je me mis à grimper les quelques marches menant au pinacle où quelqu’un m’attendait. La personne était de dos mais je pouvais facilement la reconnaitre grâce à son accoutrement, éclairé par la seule lueur bleue de l’imposante flamme.
« Ainsi donc l’heure est enfin venue, Hikaru Hinata ; déclara l’homme d’une voix lente et grave. Cela faisait cinq ans que j’attendais ce moment.
-Cinq ans ? Répétai-je légèrement intimidé. Mais je n’existai même pas il y a cinq ans…
-Tu n’as pas changé malgré ta renaissance, mon vieil ami ; reprit-il d’un ton amusé.
-Comment ça ma « renaissance » ? Que savez-vous sur moi exactement ? »
L’homme ne me répondit rien et se retourna vers moi pour me regarder dans les yeux mais, cette fois-ci, les siens n’étaient pas rouge sang mais d’un bleu profond, lui donnant l’air bien plus humain.
« Il est temps de renouer le contrat que nous avions eu jadis, maitre. »
A ce moment, il déploya sa main devant moi et tout son corps se mit à luire d’une intense lumière rougeâtre tandis que le mien s’illuminait d’une aura bleu turquoise.
« Moi, Sasaki Ryuga, accepte Hikaru Hinata comme seul et unique maitre. Je promets d’être son épée et son bouclier, de suivre chacun de ses ordres et de le servir jusqu’à la fin. »
A ces mots, des dizaines d’autres lumières émanant des familiers présents autour de nous apparurent et illuminèrent ce monde si sombre, me laissant entrevoir l’endroit où je me trouvais : un monde gris, fait de pierre nue, sans aucune forme de vie et où seuls les familiers et les quelques bâtiments décolorés brisaient la monotonie des lieux.
« Est-ce ça…Le monde des familiers ? Murmurai-je, consterné. »
Au bout de quelques secondes, tout redevint noir et je me réveillai au milieu de la forêt ; plus exactement au centre du centre et au-dessus de moi étaient penchées les deux jeunes filles qui me regardaient d’un air ennuyé, comme si elles avaient fait une bêtise.
Lorsqu’elles virent que j’avais ouvert les yeux, elles sursautèrent et reculèrent vivement, comme si elles avaient vu un fantôme.
Mon premier réflexe fut de me frotter la tête, mon mal de crâne n’ayant toujours pas disparu puis je tentai de me relever mais j’étais comme vidé de mes forces et je m’écroulai aussitôt au sol.
« N’en fais pas trop Hinata, mon invocation a drainé beaucoup de ton énergie ; déclara une voix à côté de moi. »
Je mis quelques secondes avant de réaliser qui se tenait à mes côtés mais, lorsque l’information arriva à mon cerveau, ce fut à mon tour d’avoir un mouvement de recul, rejoignant les deux filles qui étaient tout aussi pétrifiées que moi devant le nouveau venu qui n’était autre que Sasaki Ryuga.
« Alors le voilà…Le plus puissant des familiers ? Chuchota Fuyuku.
-Je n’aurais pas cette prétention, jeune fille. Après tout, je ne suis qu’un simple humain à l’origine. Mais je suis néanmoins capable de faire ça. »
Sans prévenir, et sans même se retourner, Ryuga lança une sphère d’énergie derrière lui, sphère qui heurta quelque chose en plein vol et explosa, arrachant tous les buissons qui nous camouflaient. Deux hommes apparurent alors, armés de pistolets, leur viseur pointant directement sur nous.
« Je t’avais dit qu’il fallait les descendre plus tôt ; râla l’un des hommes.
-Impossible avec ce champ de protection ; rétorqua l’autre en grimaçant.
-Oh non, il ne manquait plus que les idiots de la fondation pour que la journée soit complète ; soupira Fuyuku. Mais bon, c’est l’occasion de voir si ce familier est réellement aussi puissant qu’on le dit. »
Sans une autre sommation, les deux hommes nous tirèrent dessus à nouveau mais, d’un geste semblant naturel, Ryuga attrapa toutes les balles sans même être blessé avant de les projeter sur nos assaillants dont les armes volèrent en éclats à l’instant même où leurs propres balles les touchèrent.
« C’est tout ce que vous avez en réserve messieurs ? Leur lança mon familier, l’air un peu déçu.
-Les chasseurs de la fondation ne reculent devant rien ! S’exclama l’un des deux en se relevant et en pointant une nouvelle arme vers nous.
-Et bien vous devriez, même moi je battrais en retraite ; leur répondit Fuyuku en prenant place aux côtés de Ryuga, les bras toujours croisés. »
Les deux hommes finirent par enfin notifier la présence de la rouquine et ils se raidirent immédiatement.
« T…Toi ? Balbutia celui qui était toujours désarmé, livide.
-Oui, je ne suis pas morte contrairement aux rumeurs, désolée de vous décevoir. Mais vous voulez peut-être essayer de la rendre vraie ? »
Les deux se regardèrent un instant puis détalèrent comme des lapins sans demander leur reste. Mais, alors que je pensais que tout allait enfin se calmer et que j’allais enfin pouvoir laisser mon cerveau se reposer quelques instants, la jeune fille se tourna vers Ryuga et je remarquai alors que ses yeux étaient devenus dorés, exactement comme lorsqu’elle se battait.
« Hinata, j’ai une faveur à te demander : Laisse-moi affronter le plus puissant des familiers.
-Qu…Quoi !? M’étranglai-je. Tu as perdu la tête ?
-Non, j’ai besoin de vérifier quelque chose… »
Confus, je me tournai vers mon familier qui se contenta de hocher la tête et je soupirai. Depuis mon réveil, je n’avais pas eu un seul instant de répit et des milliers de questions me torturaient toujours l’esprit, questions auxquelles Ryuga avait certainement une réponse, lui qui semblait me connaitre personnellement…
Malheureusement, je savais que si je répondais négativement, elle était capable de m’attaquer pour provoquer la réaction de Ryuga…
« Hoshino, est-ce que tu peux invoquer Amaterasu ?
-Evidemment ! Tu veux prendre les paris aussi ? Moi, je mise la place de Daichi dans ta chambre sur Yuki !
-Pourquoi est-ce que tu veux absolument t’installer là…
-Trêve de bavardages ; nous interrompit Fuyuku. Je propose des règles simples : le premier à prendre un coup direct perd, comme ça, pas de blessé.
-Cela me va ; répondit Ryuga sans même me consulter. Hinata, nous aurons à parler toi et moi après ce combat.
-Je pense aussi oui… »
Fuyuku et Ryuga se placèrent chacun d’un côté du cercle et nous nous éloignâmes un peu avec Hoshino, histoire de ne pas finir en dommage collatéral. Amaterasu apparut également à nos côtés et déploya une barrière d’énergie pour plus de sécurité.

https://www.youtube.com/watch?v=qIEk0U782rM

Les deux adversaires se dévisageaient, comme s’ils se sondaient mutuellement et essayaient d’analyser les forces et les faiblesses de l’autre et cela dura une bonne minute pendant laquelle seul le bruit du vent se faisait entendre. Même si mon amie semblait confiante, je voyais néanmoins sa main trembler légèrement.
Finalement, Fuyuku fut la première à attaquer et se précipita vers Ryuga, lui asséna un violent coup de poing au ventre mais ce dernier ne sourcilla même pas et resta de marbre. Les coups suivants ne furent pas plus efficaces et aucun d’entre eux ne semblait affecter le familier.
Voyant son échec, la jeune fille prit en main son talisman et fit apparaitre son épée dorée dans la main tandis que l’aura autour d’elle devint dorée et elle repassa à l’attaque.
Cette fois-ci, Ryuga ne prit pas le risque de se prendre le coup et esquiva avec une facilité déconcertante, se décalant simplement sur le côté à la dernière seconde et tout ce que trancha l’arme de Fuyuku fut la poussière. Je pus néanmoins comprendre quelle puissance elle avait mis dans son attaque à la vue de l’énorme cratère formé à ses pieds…
Elle ne se laissa pas démonter et continua à attaquer Ryuga avec son épée, encore et toujours mais aucune attaque n’arrivait même à le frôler et il ne semblait pas non plus se fatiguer, contrairement à Fuyuku qui commençait à s’essouffler.
« Je ne comprends pas…Pourquoi n’active-t-elle pas ses vrais pouvoirs ? Marmonnai-je.
-Ses…Vrais pouvoirs ? Répéta Hoshino, intriguée. »
Je ne répondis rien mais je savais que mon amie était loin d’être à sa puissance maximale et qu’elle se battait, non pas avec ses propres pouvoirs d’Esper mais avec celui du talisman qu’elle portait toujours à son cou. Pourquoi avait-elle voulu affronter Ryuga si ce n’était même pas pour tester ses propres limites ?
Après cinq minutes de coups dans le vide, le familier finit par dévier l’une des attaques de la jeune fille et attrapa la pointe de son épée, l’immobilisant totalement.
« C’est terminé. »
Cependant, alors que je croyais que le familier allait mettre fin au combat, un sourire se dessina sur le visage de Fuyuku et aussitôt, Ryuga lâcha l’épée et recula vivement. Un instant plus tard, la rouquine fut à nouveau entourée de cette même aura noire que lors du combat contre le Lindorm et contre l’homme aux dagues et son épée s’entoura de cette même aura, faisant crépiter l’air autour d’elle à son simple contact.
« C’est de ça que tu me parlais Hinata, les pouvoirs de Yuki ?
-Je crois oui, même si je ne les ai jamais vus en action jusqu’à maintenant… »
C’était vrai. A chaque fois, Yuki avait été interrompue avant même de pouvoir relâcher ses pouvoirs à cause de moi mais cette fois-ci, il n’y avait aucune raison que le combat soit interrompu et pour tout avouer, j’étais vraiment intrigué par ces fameux pouvoirs lui ayant donné une réputation de monstre, même parmi les Espers…
Avec un cri de rage, elle se jeta sur Ryuga mais contrairement à avant, ses mouvements étaient beaucoup plus rapides et beaucoup plus précis, si bien que son adversaire avait plus de mal à esquiver les coups et cela ne s’arrangeait pas avec le temps puisque chacun de ses coups se rapprochait dangereusement de Ryuga.
Soudain, de l’épée de la jeune fille s’échappa une vague d’énergie sombre qui fut une fois de plus esquivée par le familier mais qui, lorsqu’elle finit sa course dans un arbre, le désintégra purement et simplement, ne laissant rien de lui, comme s’il n’avait jamais existé et mon cœur rata un battement.
« Qu...Qu’est-ce que c’était que ça ? S’exclama Hoshino, terrifiée. »
Malheureusement, nous n’eûmes pas le temps d’en voir davantage car, voyant la menace qui pesait sur lui, Ryuga passa à son tour à l’attaque et, vif comme l’éclair, réapparut juste derrière Fuyuku, dans l’angle mort de son épée et celle-ci fut incapable de l’atteindre. D’un simple mouvement de bras, l’épéiste fut projetée hors du cercle, mettant un terme à ce combat sous nos yeux ébahis.
« C’est donc ça…Le plus puissant des familiers…Articula Fuyuku avec difficulté tandis que l’aura sombre autour d’elle disparaissait, de même que son arme et que ses yeux reprenaient leur couleur normale. »
Ryuga se tourna alors vers moi et je compris ce qu’il voulait sans qu’il n’ait besoin de prononcer un mot puis il disparut dans une trainée d’étoiles scintillantes. Bientôt, j’allais avoir enfin des réponses à mes questions : quelle était ma véritable nature ? Quel était mon lien avec ce familier ? Qui étais-je vraiment ? Tout était sur le point de s’éclairer…
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Re: [Fic]Le dernier Esper

le Jeu 26 Oct - 18:03
Chapitre 8 : Investigations
Spoiler:

https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4
Je verrouillai la porte de ma chambre à clé et mis un gros carton devant au cas où il prendrait à Daichi la mauvaise idée de rentrer de force puis je fermai les rideaux, ne laissant que la lampe du plafond éclairer la petite pièce qui était un peu trop peuplée à mon gout…
Nous étions assis en cercle par terre, Fuyuku, Hoshino et moi tandis que Ryuga, mon nouveau familier, examinait l’endroit avec intérêt.
« C’est donc ici que tu vis à présent, Hinata ? Dit-il en regardant avec intérêt les quelques livres qui trainaient sur mon bureau. Tu aimes décidemment les dortoirs.
-Je n’ai pas vraiment choisi ; rétorquai-je, agacé par lui pour une raison qui m’échappait. Mais assez parlé, tu me dois quelques explications il me semble.
-Et que voudrais-tu savoir exactement ? Il n’y a rien que je sache que tu ne saches pas également mon vieil ami ; me répondit-il, toujours aussi nonchalamment.
-Justement, j’ai besoin de savoir qui je suis. »
Le familier fit une pause et pencha légèrement la tête sur le côté, surpris, avant de se reprendre.
« Je ne peux pas te dire ce que tu es actuellement mais je peux te dire qui tu as été par le passé.
-Alors Hinata a bien été humain avant ? S’étonna Hoshino.
-C’est fort probable oui. Et en parlant de ça, je dois avouer que j’ai été choqué en te retrouvant en tant que familier.
-Vraiment ? Et qu’y a-t-il de si choquant si tu en es un toi-même ? Le questionnai-je, sceptique.
-Tu ne te souviens vraiment de rien ?
-Non, absolument rien…Avouai-je en baissant les yeux. Même si parfois j’ai quelques flashs de mon passé, tout reste très sombre…
-Je vois, je ne peux rien faire dans ce cas ; soupira Ryuga en haussant les épaules.
-Attends, comment ça tu ne peux rien faire ? S’exclama Fuyuku en se levant d’un bond. Je croyais que tu savais des choses !
-Et c’est la vérité, Hinata et moi avons été liés par le passé après tout. »
Les regards des deux filles se tournèrent vers moi et je ne pus dire laquelle de Fuyuku ou Hoshino était la plus choquée mais je me sentis soudain très mal à l’aise.
« Ce qui veut dire que…Hinata…Tu étais le maitre du plus puissant des familiers ? Murmura la rouquine, livide.
-Sûrement…mais je n’en ai aucun souvenir…
-Pourtant, c’est une conclusion à laquelle nous aurions dû arriver beaucoup plus tôt ; reprit Hoshino d’une petite voix. Contracter avec un familier de ce niveau sans expérience aurait dû être impossible en théorie, à moins qu’Hinata soit un prodige ou qu’il ait déjà un lien avec son familier.
-Mais…Mais c’est impossible ! Répliqua mon amie, les yeux ronds. Le maitre du plus puissant des familiers a été tué il y a cinq ans et… »
Elle s’arrêta net et tomba à la renverse sur mon lit, le regard complètement vide et les mains tremblantes et Ryuga reprit la parole, toujours aussi calme.
« Ce qui explique donc qu’un familier puisse en contrôler un autre.
-Attendez, je ne comprends plus rien moi ! Est-ce que vous pouvez redire ça dans un langage compréhensible ! Râlai-je, totalement perdu. »
Hoshino me prit par l’épaule et me lança un regard empli de compassion et de tristesse.
« Hinata…Je sais que ce que je vais te dire va te choquer mais…Tu es mort…
-Q…Quoi ? »
Ma seule réaction fut de la regarder comme si elle était devenue folle mais à en juger par l’expression de Ryuga et le teint de Fuyuku, je compris rapidement qu’elle ne blaguait pas et ce fut à mon tour de m’asseoir sur mon lit, ne sachant même plus quoi répondre à cela.
« Je suis désolée de te dire ça mais tu n’as pas été créé par des humains comme tu le pensais. Tu as été ressuscité ; continua la blonde, gardant son air désolé.
-Je…Mais…Le professeur m’a pourtant affirmé qu’il m’avait créé…Tu es en train de me dire qu’ils n’ont fait que jouer avec mon corps défunt…Hoshino ?
-Je ne peux rien affirmer pour le moment, surtout en prenant en compte ta nature de familier libre…Me répondit-elle en secouant la tête. »
Alors comme ça…J’avais été humain…et qui plus est, invocateur avant d’être tué et ressuscité en tant que familier libre…Ridicule ! Tout cela était ridicule ! Pourquoi le professeur m’aurait-il caché une telle information si tout cela était vrai ? Quel intérêt avait-il à me ressusciter puis me laisser partir dans la nature sans même me dire la vérité ? Je ne pouvais pas croire de telles bêtises !
Et pourtant…Au fond de moi, je savais que c’était la vérité…C’était la seule explication à ces bribes de souvenirs qui venaient me hanter…
« Dis…Ryuga…Si tout est vrai…Pourquoi ai-je été tué ? Murmurai-je sans oser relever la tête.
-Cinq ans…C’était il y a cinq ans…Marmonna Fuyuku. Je m’en souviens…
-Oui, moi aussi je m’en souviens ; lui répondit Hoshino en fermant les yeux.
-Que…S’est-il passé il y a cinq ans ?
-Savior et ESP se sont livré bataille en face à face pour la première fois depuis plus de cent ans et c’est là que tu as été tué, Hinata ; me répondit Ryuga en croisant les bras sur son torse.
-J’ai…participé à une guerre ? Moi ? Couinai-je, soudain terrifié.
-Te raconter tout ça par bribe ne sert à rien mais je ne suis pas le mieux placé pour te révéler toute l’histoire.
-Dans ce cas…Qui le peut ? Y a-t-il quelqu’un d’autre sur cette terre qui m’ait un jour connu ? Qui pourrait me dire qui je suis vraiment ?
-Ta sœur, Hikaru…Saori.
-Saori ? S’étrangla Fuyuku. Tu veux parler de celle qui est considérée comme l’une des plus puissantes Espers de la fondation ? »
Ryuga ne répondit rien à la rouquine et se tourna vers moi, ses yeux rouges de familier me fixant sévèrement alors que j’étais encore recroquevillé sur moi-même.
« Hinata, je sais que nous venons à peine de nous retrouver et que j’ai des dizaines de choses à te dire mais je vais devoir m’absenter si tu veux retrouver la mémoire.
-Fais comme bon te semble… »
Ryuga se contenta de s’incliner devant moi avant de disparaitre dans une trainée d’étoiles scintillantes, ne laissant que Fuyuku, Hoshino et moi dans la chambre, ainsi qu’un immense malaise planant au-dessus de nous.

https://www.youtube.com/watch?v=4TTzGc6rCa0

Je n’arrivai toujours pas à l’accepter…Ce n’était même pas le fait d’être mort une fois qui me dérangeait le plus, c’était que le professeur m’avait menti sur ce point…M’avait-il alors aussi menti sur ma nature ? N’étais-je en fait pas libre ? Que sa marionnette ? Qu’une expérience ?
Je me pris la tête dans les mains en pensant à cela et je me recroquevillai encore plus sur moi-même, me mettant à trembler de tous les muscles de mon corps. Fuyuku avait raison…elle ne pouvait pas me faire confiance…Peut-être agissais-je même contre les deux filles sans même le savoir…
Je ne pouvais pas…rester ici plus longtemps…
« Hoshino…Fuyuku…Je suis désolé mais je… »
Je n’eus pas le temps de finir ma phrase que je reçus une puissante gifle qui me fit tomber à la renverse et je me cognai la tête contre le mur de la chambre avant même de réaliser ce qu’il m’arrivait.
« Oh non le monstre, tu ne vas pas commencer avec ça ! S’exclama Fuyuku en gonflant les joues.
-Mais je n’ai encore rien…
- « Désolé mais je dois m’en aller », c’est ce que tu allais dire, n’est-ce pas ? Ne sois pas ridicule, déjà où irais-tu et ensuite pourquoi ?
-Qui sait si je suis vraiment libre ? Je suis peut-être contrôlé par quelqu’un et je pourrais vous tuer à n’importe quel moment alors il vaut mieux…
-Il vaut mieux que tu restes avec nous ; me coupa Hoshino en serrant le col de son tee-shirt.
-Mais tu n’as pas entendu ce que je viens de dire ? Je… »
Fuyuku m’interrompit une nouvelle fois, cette fois-ci en dégainant son épée et en la pointant juste sous mon menton et en me dévisageant d’un regard assassin.
« Justement, j’ai dit que j’allais garder un œil sur toi pour m’assurer que tu ne me racontes pas de sornettes alors ne t’avises pas de me fausser compagnie ou je te tranche la gorge sur le champ, tu m’as bien entendue ? Je ne t’ai pas épargné pour entendre des bêtises pareilles !
-Et puis, quand bien même tu serais contrôlé par quelqu’un, pour l’instant, tu agissais de toi-même, n’est-ce pas ? Je ne crains pas les familiers, j’ai toujours vécu avec eux et je sais que beaucoup possèdent leur propre volonté, comme Amaterasu ou comme toi ; ajouta Hoshino en me souriant.
-Mais ça ne vous dérangerait pas, vous, de penser connaitre quelqu’un pour apprendre que ce n’était pas la personne que vous croyiez ? M’étonnai-je.
-ça ne serait pas la première fois, ni la dernière ; lança Fuyuku en haussant les épaules. Si je me mettais à raisonner de la sorte, je ne ferais plus confiance à personne.
-D’ailleurs, s’il s’avérait un jour que tu n’agissais pas par toi-même, alors ton maitre serait une personne bien attentionnée ; continua la blonde en me prenant la main. Après tout, tu m’as sauvée dans la forêt contre les Lindorms et sur la plage contre les chiens alors, libre ou non, je te dois une fière chandelle.
-En tout cas, je pense que tu es bel et bien libre moi. Aucun maitre ne serait assez stupide pour t’ordonner d’agir comme tu l’as fait jusqu’ici ; railla mon amie.
-Et qu’est-ce que tu entends pas là exactement ? Lui demandai-je, vexé.
-Tout et rien à la fois ; me répondit-elle avec un sourire malicieux.
-Il ne me semble pas avoir fait d’erreurs flagrante jusqu’ici ! Rétorquai-je en me relevant pour lui faire face. »
Hoshino éclata de rire face à notre dispute tandis que Fuyuku, au lieu de se mettre en colère et de me frapper comme elle le faisait si souvent, m’adressa un léger sourire de soulagement.
« Tu vois, seul quelqu’un totalement libre de ses mouvements tomberait aussi facilement dans un piège aussi gros.
-Peut-être que tu as raison…Oui…Grognai-je, mécontent de m’être fait avoir de la sorte. Mais il n’empêche que je ne suis pas celui que je croyais être.
-Et alors ? Tu n’es pas un simple familier mais un ancien invocateur tué au combat puis revenu à la vie en tant que familier libre, pourquoi te plains-tu ? Si ça avait été l’inverse, j’aurais compati mais je ne suis pas sûre que tu te rendes compte de ce que cela implique.
-Pas vraiment non…
-Dans ce cas, je vais te le dire simplement : tu as le pouvoir de contrôler les familiers, Hinata, tu es leur roi. »
Normalement, j’aurais éclaté de rire en entendant quelque chose d’aussi gros, surtout dans la bouche de Fuyuku, mais mes souvenirs du premiers combat contre les chiens me revinrent en mémoire : il m’avait suffi de leur donner un ordre pour qu’ils déguerpissent sans demander leur reste…Mais ce n’était pas tout, lors de notre deuxième rencontre, une voix dans ma tête m’avait dit que je ne pouvais pas les contrôler…Etait-ce vrai alors ? Mon pouvoir en tant que familier n’était donc pas de la force…mais celui d’en contrôler d’autre ? Mais dans ce cas, quelle était cette énergie qui coulait dans mes veines à chaque fois que je me battais ? Dans tous les cas, il n’y avait qu’un seul moyen de le savoir.
« Hoshino, est-ce que tu peux invoquer Amaterasu une nouvelle fois ? Lui demandai-je en me levant.
-Si tu veux tenter de la contrôler, c’est inutile, Hinata ; me répondit la blonde avec un large sourire.
-Ah oui ? Et pourquoi ? M’étonnai-je. Je croyais que je pouvais contrôler les familiers !
-Oui, tu peux les contrôler, mais dans le cas d’Amaterasu, ce n’est même pas la peine d’essayer, le lien qui m’unit à elle est beaucoup trop fort.
-Dans ce cas, je ne comprends pas : comment savoir quels familiers je peux contrôler ou non ?
-ça, il n’y a qu’un seul moyen de le savoir, le monstre : de partir à la chasse !
-Je savais que tu allais dire un truc du genre…Soupirai-je, déjà fatigué.
-Tu as une meilleure option peut-être en attendant le retour de ton familier qui est parti je ne sais où ? Rétorqua la rouquine en me foudroyant du regard.
-Non…Pas vraiment…Admis-je, vaincu. »

https://www.youtube.com/watch?v=7Hcq71AJQns

Fuyuku m’adressa un petit sourire malicieux avant de se lever et de sortir de la pièce, non sans nous avoir donné rendez-vous dès le lendemain pour une réunion de club. Hoshino ne tarda pas non plus et, après s’être assuré que je n’avais aucune blessure, parti à son tour, me laissant seul dans ma chambre.
Enfin, je me demandai encore s’il s’agissait vraiment de ma chambre ou d’une salle de réunion secondaire étant donné le nombre de fois que les filles venaient s’incruster. J’avais l’impression de ne pas avoir eu de moment de tranquillité depuis une éternité…
Soudain, je me souvins que je n’étais pas seul en temps normal dans ma chambre et je sautai du lit avant de me rasseoir aussitôt. Daichi était certainement encore de corvée repas ce soir-là. Je n’avais aucune raison de m’inquiéter pour lui.
Profitant du calme relatif, je m’allongeai et me mis à repenser aux derniers événements. Si je devais récapituler ce qu’il s’était passé en à peine quarante-huit heure, nous nous étions rendus dans un orphelinat abandonné où apparemment, j’avais des souvenirs ; nous nous étions faits attaqués ; un familier surpuissant avait fait son apparition avant de nous révéler ma vraie nature et voilà que maintenant il était parti et je devais confirmer que j’étais bien capable de contrôler les familiers…et encore, je passais les détails comme la légende ou les rivalités entre Savior et Esp…
Je me pris la tête dans les mains, commençant à avoir un sérieux mal de crâne. Pourquoi tout devait-être aussi compliqué ! Le professeur n’aurait-il pas pu m’expliquer cela avant de me lâcher dans la nature et de disparaitre ?
Enfin…s’énerver et essayer de comprendre toute la situation était certainement inutile et tout allait s’éclairer en temps voulu…enfin, je l’espérais parce que je ne comptais pas en rester là.

La soirée fut assez courte. Je retrouvai effectivement Daichi derrière les fourneaux au diner puis je ne perdis pas de temps et allais me coucher tôt, sentant qu’une longue et dure journée m’attendait le lendemain…
Je ne m’étais pas trompé car, à peine avais-je mis un pied à l’intérieur de l’école que Fuyuku me tomba dessus comme chaque jour avec son éternel journal du jour, l’air fière d’elle.
« Le monstre, je crois qu’on va avoir du boulot dans les prochains jours ! S’exclama-t-elle en me mettant le journal sous le nez.
-Tu pourrais au moins me saluer ; grognai-je de mauvaise humeur.
-On verra plus tard pour ça, regarde plutôt le gros titre du journal : C’est le retour du lézard volant !
-Encore lui ? Je te rappelle qu’on a échoué lamentablement la dernière fois…Grommelai-je en repoussant son bout de papier.
-Sauf que cette fois-ci, j’ai un vrai plan ; rétorqua-t-elle, l’œil brillant. Je vous en parlerais tout à l’heure, il y a trop d’oreilles indiscrètes ici.
-Evidemment, si tu te places en plein milieu du hall d’entrée…Soupirai-je. »

https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4

Comme promis, le soir après les cours, Fuyuku me traina de force dans la salle du club, et Daichi nous suivit comme à son habitude sans même savoir de quoi nous parlions. Hoshino quant à elle arriva un peu plus tard et la rouquine sortit à nouveau son rétroprojecteur et ses diapositives qui me firent bailler rien qu’en les voyant.
Cette fois-ci, une image du lézard volant s’afficha à l’écran, ainsi que plusieurs mots que je ne lus même pas, sachant très bien que de toute façon, ce briefing était totalement inutile.
« Bien, les journaux affirment avoir vu ce monstre dans les environs avec même des photos à l’appui ; commença-t-elle d’un air solennel qui ne lui allait pas du tout. Cependant, je suis certaine qu’il s’agit de montages et je compte bien le prouver !
-Pourtant, toutes ses photos m’ont l’air bien réelles ; fit remarquer Daichi qui, évidemment, ne savait pas de quoi il parlait. »
Je soupirai. Cet idiot venait de rallonger de cinq minutes un briefing qui n’aurait déjà dû pas en durer plus de deux. Parfois, je me demandai si je n’aurais pas mieux fait d’écouter Fuyuku et de le laisser sur le côté…
« Peut-être qu’elles sont réelles oui, et ça serait tant mieux pour nous mais je préfère rester méfiante. Après tout, les cryptozoologues sont souvent des imposteurs.
-Les crypto…Quoi ? S’interroge Hoshino en penchant la tête sur le côté, l’air perdue.
-Les cryptozoologues, ceux qui comme nous, chassent les créatures étranges et paranormales ; expliqua la rouquine, fière d’avoir pu placer ce mot compliqué pour désigner une chose simple. Bref, il faut qu’on vérifie cette information par nous-même et pour cela, j’ai élaboré un plan ! Nous allons nous séparer cette fois-ci : Daichi, tu iras vérifier du côté du nord de la ville. Hinata, toi tu iras au sud, Hoshino à l’est et moi à l’ouest. Nous devrions couvrir un maximum de terrain comme ça et si une créature de cette taille se cache, nous la trouverons à coup sûr ! »
Tout en disant cela, je vis Fuyuku me lancer un petit regard, ainsi qu’à Hoshino, qui nous disait déjà que nous n’allions pas nous en tenir à ce plan.
« Et quand est-ce que tu comptes faire ça ? Lui demandai-je.
-Ce week-end évidemment ! »
Je grimaçai. Cela ne laissait pas beaucoup de jours de repos…mais en un sens je n’étais pas mécontent. Je n’allais pas avoir à trop attendre pour découvrir mes pouvoirs ainsi.
La réunion se termina là et nous nous séparâmes…enfin, nous fîmes semblant car, une fois Daichi suffisamment loin, nous retournâmes à l’intérieur et nous prîmes soin de verrouiller toutes les portes et de fermer tous les rideaux pour être certain que personne ne nous découvre.
« Bon et maintenant, quel est le véritable plan, Yuki ?
-C’est très simple, nous allons faire une grande sortie camping tous les trois à la montagne !
-Oh, super, j’adore le camping ! S’enjailla Hoshino en tapant des mains comme une petite fille.
-Et…Tu peux nous expliquer pourquoi ? La questionnai-je, sceptique.
-Tu as bien vu comme moi que ce familier s’est dirigé vers les montagnes. Je pense qu’il se trame quelque chose là-bas d’assez gros…
-Et…Tu penses vraiment que nous sommes prêts ? Et si jamais il s’agissait d’un repaire d’invocateurs pire ; fis-je remarquer.
-Aucune chance ! Fais-moi confiance, aucun invocateur ne serait assez stupide pour établir son camp en montagne ! Affirma la rouquine, confiante.
-Et pour Daichi du coup ? Reprit Hoshino qui était visiblement la seule à se soucier de lui.
-Ah, ne t’inquiète pas, je l’ai envoyé dans un trou paumé où j’ai déjà vérifié qu’il n’y avait rien d’intéressant à part des champs ; lui répondit la rouquine sans une once de sympathie pour le pauvre garçon qui allait s’embêter seul pendant une journée entière. Mais si vous n’avez pas d’autre question, on se retrouve samedi devant le parc ! »
La réunion s’acheva sur ces joyeuses paroles. Malheureusement pour moi, je n’avais jamais fait de camping et encore moins en montagne. Je fus donc obligé de me documenter pendant les jours qui suivirent et d’acheter le matériel nécessaire avec le maigre argent de poche du professeur car il était hors de question que je m’abaisse à demander à Fuyuku, elle aurait été bien trop contente de me rabaisser…
Finalement, le week-end arriva plus vite que je ne l’aurais pensé avec tous ces préparatifs et je me levai dès l’aube pour rejoindre Fuyuku et Hoshino dans le parc.

https://www.youtube.com/watch?v=J5cgX1Pxx-U

L’air était frais en cette matinée et la rosée perlait encore sur les plantes et les feuilles des arbres, leur donnant un arome assez singulier que je n’avais pas eu l’occasion de sentir souvent jusqu’à maintenant mais qui était loin d’être désagréable.
Le soleil n’était pas encore tout à fait levé et projetait ses rayons orangés sur le parc, presque à l’horizontal, créant des ombres gigantesques et modifiant les couleurs du parc en lui donnant un aspect flamboyant que je ne lui connaissais pas.
Il n’y avait pas encore grand monde à cette heure et tant mieux parce que nous n’avions vraiment pas l’air malin avec nos sacs à dos aussi gros que nous et nos divers accessoires tous plus ridicules les uns que les autres, tels que des casseroles, des tapis de sols et d’énormes bouteilles d’eau.
Mis à part cela, Fuyuku avait revêtu un pantalon marron assez large, ainsi qu’une veste kaki et de grosses chaussures tandis qu’Hoshino avait opté pour une tenue plus légère avec une simple jupe noire, des bottes et un t-shirt beige. Je me sentis tout à coup idiot de m’être habillé comme tous les jours mais je gardais ma dignité et m’avançai vers elles comme si de rien n’était.
« Salut les filles ! Lançai-je joyeusement.
-Hello Hinata ; me répondit Hoshino avec un large sourire. Prêt pour camper ? On va bien s’amuser, j’ai tout prévu pour que ça soit parfait !
-On ne part pas vraiment camper mais chasser un monstre répugnant je te rappelle ; rétorqua Fuyuku qui n’était visiblement pas du matin à en juger par ses cernes immenses. Bon sang, quelle idée de donner rendez-vous à l’aube…
-Et sinon, nous te suivons, c’est ton expédition après tout ; reprit-je, voyant que la ville commençait à s’éveiller.
-Oui, oui…allons-y…Soupira-t-elle en prenant la tête. »
Nous nous rendîmes aux montagnes les plus proches en bus, ce qui n’était pas exactement le genre de moyen de transport que j’aurais imaginé pour une Esper comme Fuyuku mais au moins nous arrivâmes en moins d’une heure au pied du mont Hiuchi qui, vu d’aussi près, était vraiment magnifique, perdu dans la brume du matin.
Notre aventure commença là…même si nous nous contentâmes de suivre le sentier balisé traversant une petite forêt, elle-même longeant un cours d’eau tranquille. Le trajet était vraiment magnifique en cette fraiche matinée. Le vent était frais mais pas désagréable, le soleil désormais complètement levé réchauffait l’atmosphère sans nous aveugler et les oiseaux se réveillaient en chantant. Avec tout cela, j’en finis presque par oublier quel était notre objectif et je m’abandonnai totalement à profiter de cette sortie.
Sur le chemin, je discutai beaucoup avec Hoshino qui m’apprit beaucoup de choses utiles sur le camping même si, étrangement, j’avais l’impression de savoir déjà comment faire la plupart de ses astuces. Certainement encore en rapport avec ma vie passé, pensais-je.
Fuyuku, quant à elle, était étonnement silencieuse pour une fois. Elle ne me fit même aucune remarque sur la vitesse à laquelle nous allions qui n’était franchement pas rapide puisque Hoshino s’arrêtait dès qu’elle voyait un animal ou une plante hors du commun. Cependant, je n’osais pas lui demander ce qui clochait, de peur de me prendre une avalanche de reproches sans queue ni tête.
Nous marchâmes ainsi deux bonnes heures avant de prendre une pause au bord de la petite rivière, sur une sorte de plateau où la vue était assez dégagée sur les environs. Mon premier réflexe fut de chercher la ville et je ne mis pas très longtemps à la trouver. Je fus néanmoins surpris par la distance qui nous séparait d’elle. Vus depuis la forêt, les monts paraissaient tout proches mais vue d’ici, la ville n’était qu’un minuscule point perdu entre l’océan et la marée d’arbres.
« Ah, les marches en montagne, il n’y a rien de tel pour changer d’air ! S’exclama Hoshino en inspirant un grand coup.
-Je vous rappelle qu’on est ici pour détruire un monstre ; grogna Fuyuku.
-Tu ne me sembles pas vraiment de bonne humeur ; fis-je enfin remarquer. Pourtant tu avais l’air enthousiaste il y a encore quelques jours.
-Non, je suis de très bonne humeur, ça ne se voit pas ?! Allez, finis la pause, il est temps de repartir ou ce familier va nous filer entre les doigts. »
Sans ajouter un mot, la rouquine remit son sac sur le dos et partit sans même nous attendre. Nous nous regardâmes avec Hoshino, surpris par tant d’agressivité mais nous ne cherchâmes pas à en savoir davantage et nous reprîmes nous aussi notre chemin à travers la forêt.
La deuxième partie de l’excursion fut légèrement plus compliquée car nous nous éloignâmes un peu des sentiers battus qui, selon Fuyuku, étaient bien trop fréquentés pendant la journée et nous continuâmes notre chemin à travers les rochers et la végétation dense, ce qui n’avait pas l’air de ravir Hoshino qui n’était pas du tout habillée pour cela.
Vers midi, nous prîmes une seconde pause pour le déjeuner, cette fois-ci, assis sur des arbres morts mais l’humeur de notre organisatrice ne s’était toujours pas améliorée. Je commençais sérieusement à me demander s’il n’y avait pas un problème dont elle préférait ne pas nous parler pour une raison obscure…
« Nous en avons encore pour deux heures de marche je pense ; déclara-t-elle en regardant vers le sommet. Une fois en haut, nous installerons notre campement et il n’y aura plus qu’à attendre que ce monstre se pointe.
-Et…Comment peux-tu être certaine que nous allons le voir ? Lui demanda Hoshino, sceptique.
-Juste une intuition…Répondit Fuyuku évasivement. »
Je fronçai les sourcils. Décidemment, quelque chose n’allait pas avec mon amie et je comptais bien découvrir le problème. Certes, je n’appréciais pas spécialement quand elle passait son temps à me dénigrer mais la voir ainsi était vraiment trop étrange pour moi.
Nous levâmes le camp une demi-heure plus tard pour continuer notre ascension et, plus nous montions, plus je sentais que quelque chose n’allait pas ici. Peu à peu, les bruits de la forêt tels que les chants des oiseaux ou même le vent bruissant dans les feuilles des arbres, disparaissaient pour ne faire place qu’à un silence pesant. Même les insectes se raréfiaient, y compris les moustiques si agaçants…
Au bout d’un moment, le bruit de nos pas et nos respirations devinrent les seuls sons que nous pouvions entendre tant la forêt était calme. Je ne savais pas si c’était un phénomène naturel lorsqu’on gravissait les montagnes mais l’expression d’Hoshino me disait le contraire…
Je décidai de lancer quelque chose, histoire de détendre l’atmosphère qui commençait à vraiment devenir pesante.
« Dites, Hoshino, Fuyuku, vous savez à quoi ressemble le sommet ?
-Non mais j’ai entendu dire qu’il était vraiment beau. Il parait qu’il y a même un lac mais il est assez difficile d’accès donc peu de gens s’y aventurent ; me répondit la blonde tout en râlant contre une branche qui s’était encore accrochée à sa jupe.
-Ouai, c’est ce qu’il parait ; enchaina Fuyuku sans conviction.
-Tu sais ce qu’elle a ? Murmurai-je suffisamment bas pour que notre meneuse ne nous entende pas.
-Si seulement. Elle était encore de très bonne humeur hier, non ?
-De bonne humeur, c’est relatif mais oui, elle était normale en tout cas…
-Va savoir, peut-être qu’elle ne s’est pas levée du bon pied qui sait ; hasarda-t-elle en haussant les épaules. »
Cette explication ne me convainquait pas du tout mais je voyais qu’Hoshino n’avait pas plus de réponse que moi et je laissai tomber pour le moment.
Finalement, notre ascension prit beaucoup plus de temps que prévu entre les détours à cause des broussailles ou des taillis trop épais et des nombreuses pauses faites à cause de la fatigue, si bien que nous n’arrivâmes au sommet qu’une fois la nuit presque tombée.
Même si la visibilité était réduite, je pouvais néanmoins affirmer que nous nous trouvions sur un grand plateau recouvert d’herbe et entouré de sommets bien plus hauts, dont certains étaient même enneigés.
« Bon, installons-nous ici, ça ne sert à rien de continuer alors qu’on y voit rien, on risquerait même de tomber dans le lac sans même s’en apercevoir ; déclara Fuyuku en posant ses affaires. »
Nous n’eûmes aucune objection et nous nous attelâmes à monter la tente, récolter du bois pour le feu de camp et sortir tous les ustensiles qui allaient nous être utiles.
Cependant, monter une tente dans le noir n’était pas la chose la plus simple à faire et, après trois coups de marteau sur mes doigts en voulant enfoncer les piquets, je décidai d’abandonner et de dormir simplement à la belle étoile et personne ne fut contre cette idée.
Le diner fut assez sommaire, de simples saucisses au feu de bois et du riz, le tout cuisiné par Hoshino qui s’avéra presque aussi douée que Daichi. Une fois le repas terminé, alors que je pensais que nous allions simplement nous coucher, Hoshino me retint près du feu et afficha un sourire malicieux.

https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8

« Bien, maintenant c’est l’heure de la traditionnelle histoire de fantômes ; déclara-t-elle.
-Vous n’avez pas passé l’âge pour vous faire peur avec ce genre de truc ? Rétorquai-je, exténué après notre marche de la journée.
-C’est la tradition, Hinata, tu n’as pas le choix ! »
Vaincu et surtout trop fatigué pour protester, je me rassis à côté de Fuyuku qui n’avait presque pas dit un seul mot depuis le début du diner et Hoshino se râcla la gorge avant de commencer d’une voix lente et se voulant mystérieuse.
« Ce que je vais vous raconter ici est une histoire totalement vraie. C’est celle de la poupée Robert, une poupée hantée. Un jour, un peintre nommé Robert Eugène Otto reçut une poupée de la part d’un des serviteurs et prêtre vaudou de sa famille qu’il prénomma de son propre nom. Au début, tout allait bien, il jouait avec elle, inventait des histoires où il la faisait parler mais un beau jour, les parents d’Eugène entendirent un vacarme assourdissant provenant de sa chambre et, lorsqu’ils arrivèrent, ils le virent recroquevillé dans un coin, tous les meubles saccagés et la poupée seule au milieu du désastre. Voyant cela, les parents décidèrent d’enfermer la poupée au grenier mais les voisins affirmèrent alors l’avoir vue bouger seule et…
-Ce serviteur devait être un bien piètre invocateur ; la coupa Fuyuku sans prêter vraiment attention à l’histoire. Après tout, le vaudou n’est qu’une dérive plus ou moins fidèle de la création de familiers.
-Hein quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ? M’étonnai-je.
-ça fait bien longtemps que je ne crois plus aux histoires de fantômes. La plupart sont bel et bien vraies mais ce ne sont ni des fantômes, ni des esprits, simplement des familiers, très faibles pour la plupart.
-Je ne suis pas d’accord Yuki ! Rétorqua Hoshino, frustrée d’avoir été interrompue dans son histoire. Peut-être que Robert est bel et bien un familier mais comment expliques-tu le diamant Hope par exemple ? On ne peut pas créer de familier autour d’un objet pareil !
-Ah ça…Pour le coup, c’est de la superstition, rien de plus, mais moi j’ai une histoire vraiment flippante ; lui répondit-elle avec un léger sourire au coin de la bouche qui me rassura un peu, me montrant qu’elle était simplement ailleurs pendant la journée et que rien de grave ne se passait.
-Vas-y, je t’écoute, essaie de nous faire peur ; la défia la blonde en croisant les bras sur sa poitrine.
-Laissez-moi donc vous raconter l’histoire d’Hanako-san.
-Eh, mais c’est nul ça, tout le monde la connait cette histoire et elle ne fait même pas peur ! Protesta la jeune fille, déçue.
-Donc tu vois que toi-même tu n’y crois pas ; s’amusa la rouquine. »
Pour toute réponse, Hoshino gonfla les joues et alla directement se coucher.
« Tu devrais y aller aussi, Hinata, il se fait tard et une longue journée nous attend demain.
-Tiens, tu ne me traites pas de monstre aujourd’hui ? m’étonnai-je.
-Je suis trop fatiguée pour ça ; se contenta-t-elle de répondre. »
Mon amie alla se coucher à son tour et, même si son comportement continuait à m’intriguer, j’étais moi aussi bien trop épuisé pour me poser des questions.
Cependant je fus réveillé assez rapidement par les moustiques et le froid dans mon sac de couchage. Décidemment, je n’étais pas habitué à la vie en plein air car Hoshino, elle, avait prévu sa moustiquaire et dormait profondément. Fuyuku, quant à elle…
Je m’étonnai soudain de voir que son sac de couchage était vide. Je pensais d’abord qu’elle était simplement allée faire un tour mais au bout de dix minutes, ne la voyant pas revenir, je commençai à sérieusement m’inquiéter et je partis à sa recherche…ce qui était stupide puisque je ne voyais pas à deux mètres devant moi…
Heureusement, je n’eus pas à chercher bien longtemps car je la trouvai assise sur un rocher non loin de là, recroquevillée sur elle-même. Je fis exprès de faire un peu de bruit en arrivant pour ne pas lui faire peur mais ma présence ne sembla même pas l’étonner.
« Désolée pour aujourd’hui, le monstre, je n’étais pas vraiment dans mon assiette ; déclara-t-elle d’une voix mélancolique.
-Ca je l’ai bien remarqué oui ; lui répondis-je en prenant place à côté d’elle. »
Je vis alors qu’elle tenait dans sa main le pendentif qu’elle utilisait toujours avant de se battre.
« Alors, qu’est-ce qui ne va pas ?
-Rien, je repensais simplement à ma dernière excursion ici ; soupira Fuyuku. Nous avions dû faire demi-tour à mi-chemin parce que je m’étais foulé la cheville. »

https://www.youtube.com/watch?v=e6Ri_uA_R2k

La jeune fille émit un petit rire amusé en prononçant ses paroles mais, même si elle n’était pas très précise, j’avais très bien compris de quoi elle parlait.
« J’imagine que tu n’as jamais vu le sommet encore dans ce cas ; lui répondis-je sans oser la regarder.
-Non. J’avais même piqué une crise en demandant à mon père de me porter alors que j’avais douze ans…ce qu’il avait refusé catégoriquement, évidemment ; s’amusa la rouquine, se parlant plus à elle qu’à moi.
-C’était donc ça ton véritable but ?
-On va dire qu’il y avait de ça oui…Avoua-t-elle en baissant les yeux. Sincèrement, je ne sais pas si on va trouver ce familier ici…mais je voulais simplement trouver une excuse pour vous emmener ici…Je ne voulais pas y retourner seule…Mais désolée si je n’ai pas paru très agréable aujourd’hui, j’étais vraiment perdue dans mes souvenirs… »
Je ne trouvais rien à répondre à cela. Je n’avais aucun souvenir de ma vie d’humain et encore moins de mes parents si j’en avais eu. Mais étrangement, je pouvais comprendre ce que Fuyuku ressentait rien qu’à l’entendre. J’avais certainement vécu une situation similaire un jour…
Je levai les yeux au ciel et je fus étonné de constater à quel point le ciel était pur ici. Le maigre croissant de lune était à peine visible dans la mer d’étoiles qui planaient au-dessus de nos têtes. Finalement, je ne regrettai pas d’être venu ici. Rien que pour voir ce spectacle, le déplacement en valait la peine.
« Tu as de la chance…de pouvoir te souvenir d’autant de choses ; finis-je par lâcher dans un murmure. Les souvenirs, heureux ou douloureux, restent des souvenirs, des preuves de ta vie passée.
-Crois-moi le monstre, je peux t’assurer qu’il y a des choses qu’il vaut mieux oublier ; rétorqua-t-elle avec un léger sourire. Mais j’imagine que tu as raison, j’ai de la chance… »
Nous restâmes là pendant une bonne dizaine de minutes, sans rien nous dire, à simplement contempler les étoiles au-dessus de nous, dans l’infini silence de la nuit. Je ne pensais à rien. J’étais juste heureux d’être là, en compagnie de Fuyuku et Hoshino qui étaient peut-être agaçantes la plupart du temps mais qui restaient deux amies précieuses.
« Un jour, toi aussi tu retrouveras la mémoire ; déclara-t-elle soudain.
-Comment peux-tu l’affirmer avec autant de certitude ?
-Une intuition on va dire et au pire, on t’aidera ; me répondit mon amie avec un large sourire. »
Je rougis en la voyant. C’était la première fois qu’elle me souriait de la sorte, sans ironie ni arrière-pensée, simplement de l’espoir.
Sur ces mots, nous retournâmes dormir, l’aube étant encore loin mais je me pris à vouloir que cette sortie ne s’arrête jamais et que ces jours paisibles continuent éternellement, loin de ces histoires de Savior et de fondation, comme si nous n’étions que trois amis ordinaires, souhaitant simplement passer du temps ensemble…
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Re: [Fic]Le dernier Esper

le Mer 27 Déc - 21:33
Chapitre 9 : Enlèvement

Spoiler:


https://www.youtube.com/watch?v=J5cgX1Pxx-U

Le lendemain, après un petit déjeuner aux aurores, nous nous remîmes en route. Je fus soulagé de voir qu’après notre discussion de la veille, Fuyuku était redevenue elle-même et s’agitait dans tous les sens dans l’espoir de trouver son fameux reptile volant.
De jour, je pouvais voir distinctement le mont Hiuchi et, comme décrit dans les livres, il était vraiment magnifique.
Nous nous trouvions sur un haut plateau entièrement recouvert d’herbe et parsemé de petites fleurs de montagnes telles que des Edelweiss ou des campanules bleues. De temps à autres, la pelouse était entrecoupée de petits points d’eau limpide dans lesquels se reflétait un ciel bleu comme l’azur et sans nuage. Un paysage typique des montagnes japonaises mais qui ne cessait de m’émerveiller.
Les monts aux alentours se perdaient dans les nuages et leurs sommets était recouverts d’une fine couche de neige étincelante. J’aurais bien aimé aller voir cela de plus près mais Fuyuku semblait bien décidée à trouver son monstre volant…
« Au fait, Fuyuku, dis-moi un truc ; lançai-je pour briser le silence.
-Oui, je t’écoute ?
-Qu’est-ce qu’on cherche exactement ? Il a bien un nom notre lézard volant, non ?
-Ah…Peut-être bien oui, je ne suis pas experte dans ce domaine. Je me contente de les exterminer sans vraiment savoir ce qu’ils sont ; me répondit la rouquine en haussant les épaules.
-Si vous voulez mon avis, ce qu’on cherche doit être un Ropen ; lança alors Hoshino en se joignant à la conversation d’un air joyeux. C’est un familier souvent utilisé pour les repérages grâce à leur très bonne vue dans le noir ! Ils sont même capables d’émettre de la lumière comme des balises dans la nuit !
-Et…C’est tout ce dont ils sont capables ? M’étonnai-je.
-Oui, il ne me semble pas qu’ils aient beaucoup d’autre capacités et… »

https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8

Hoshino s’interrompit net dans sa phrase et écarquilla les yeux avant de regarder furtivement tout autour d’elle, l’air effrayée. Je penchai la tête sur le côté, déconcerté et Fuyuku s’arrêta, intriguée par l’attitude de la jeune fille.
La blonde sortit alors son téléphone portable et je vis une goutte perler de son front mais avant que je n’aie pu voir ce qui la terrifiait tant, elle rangea son appareil dans sa poche et tenta de sourire, en vain.
« Un problème, Miki ? S’inquiéta Fuyuku.
-N…Non, rien du tout, tout va bien ! S’exclama Hoshino avec un rire forcé. Je me suis juste rappelé à l’instant que j’avais oublié de fermer la porte de chez moi ! »
Nous nous regardâmes avec Fuyuku, ne croyant ni l’un ni l’autre au mensonge d’Hoshino mais aucun de nous deux n’eut envie de la questionner davantage et nous reprîmes notre chemin comme si de rien n’était.
Cependant, au moment où nous nous remîmes en marche, je sentis comme un courant d’air froid dans ma nuque, comme si quelqu’un respirait tout près de moi alors qu’il n’y avait personne…
Nous avançâmes ainsi encore pendant une bonne demi-heure et ce sentiment de ne pas être seuls me suivit pendant toute la marche. Hoshino ne semblait pas plus rassurée que moi et sursautait à chaque craquement de brindille et à chaque cri d’oiseau au loin.
Soudain, Fuyuku, qui jusque-là n’avait montré aucun signe d’inquiétude, s’arrêta brutalement et se retourna vers un rocher derrière nous.
« Allez, arrête de te cacher et sors de là maintenant ! S’exclama-t-elle. »
Au début, je crus qu’elle était devenue folle mais mon cœur rata un battement lorsque j’entendis des bruits de pas dans l’herbe et qu’un instant plus tard, je vis surgir Daichi, l’air attrapé et visiblement assez mécontent d’avoir été découvert.

https://www.youtube.com/watch?v=ek_ReBed57g

« Vous n’êtes pas cool les gars ! Se plaignit-il. Vous m’envoyez dans un trou paumé pendant que vous vous amusez en montagne !
-Co…Comment as-tu su ? Bégayai-je, me rendant compte du danger qu’il courait.
-J’ai écouté aux portes évidemment ! Franchement, si vous ne vouliez pas de moi dans votre club, il fallait le dire avant et… »
Le blondinet fut interrompu par un soupir de Fuyuku qui, baissant les épaules, tourna le dos à la montagne vers laquelle nous nous dirigions et se mit à faire demi-tour, elle aussi ayant certainement compris qu’il était inutile de continuer avec Daichi sur le dos.
« De toute façon, on n’a rien trouvé ; dit-elle d’un ton las. Tu n’as rien raté à part les gémissement d’Hinata qui est incapable de faire trois pas en montagne.
-Eh, je ne te permets pas ! Protestai-je. »
Fuyuku ne releva pas davantage et commença la descente et je m’apprêtai à la suivre lorsque je me rendis compte qu’Hoshino s’était figée au milieu de la pelouse, les yeux ronds et tous les membres tremblants.
« Eh…Hoshino-san…Est-ce que tout va bien ? S’inquiéta alors Daichi.
-S…Sl…Bafouilla la blonde, incapable de terminer sa phrase.

https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8

Un puissant vent glacial souffla sur la plaine et amena avec lui un épais brouillard sorti de nulle part. Le ciel, une seconde auparavant bleu et sans nuage, était à présent invisible, de même que les montagnes et les fleurs. C’était à peine si j’arrivai à distinguer les ombres de Fuyuku, Hoshino et Daichi dans cette purée de pois.
La rouquine recula prudemment et se rapprocha de moi jusqu’à ce que nos dos fussent collés et j’entendis sa respiration s’accélérer. Mon pouls s’emballa lui aussi lorsque je compris que ces événements étaient tout sauf naturels.
Tout à coup, je vis une quatrième ombre se dessiner à côté de Daichi et tout mon corps fut parcourut d’un frisson. L’ombre était celle d’un homme incroyablement fin, presque comme un squelette de deux mètres de haut et dont les yeux rouges perçaient à travers l’épaisse brume.
« Daichi, Dégage de là ! Lui ordonnai-je, affolé. »
Mon ami eut tout juste le temps de se retourner et de se jeter à terre pour éviter les deux bras filiformes de la créature qui allaient se refermer sur lui.
Tentant de profiter de cette attaque ratée, je me jetai sur le monstre mais, au moment où j’aurais dû frapper la créature, mon poing se heurta à du vide et l’ombre se dissipa dans le brouillard.
« Co…Comment…
-Hinata…Changement de plan…Grimaça Fuyuku en me rejoignant. Il n’est plus question de trouver ce Ropen…
-On prend la fuite ? Suggérai-je, ayant hâte de sortir de là.
-Non…On ne peut pas…
-Comment ça « on ne peut pas » ? M’étranglai-je.
-Notre ennemi…Est un Familier de rang A+, ayant déjà fait de nombreuses victimes partout dans le monde, mieux connu sous le nom de…
-Slender Man…Couina Hoshino en se blottissant contre moi. »
Je retins ma respiration. J’avais déjà entendu parler de ce Slender Man sur internet et ce que j’avais lu à son sujet ne me rassurait pas du tout. Je comprenais à présent mieux la réaction d’Hoshino un peu plus tôt. Si le mythe était vrai, alors elle avait dû ressentir la présence oppressante de cette créature et son téléphone s’était certainement détraqué à proximité de lui…
En temps normal, je n’aurais pas été inquiété mais Daichi changeait radicalement la donne. Ni Fuyuku, ni Hoshino, ni moi ne voulions révéler à un garçon ordinaire nos pouvoirs et il était, contrairement à nous, bien plus vulnérable.
Je serrai le poing, tentant de contrôler mes tremblements et je me rapprochai un peu plus de Fuyuku.
« Dis…Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Lui murmurai-je à l’oreille.
-Je ne sais pas…Je t’avais bien dit que ton boulet allait nous attirer des problèmes ; grogna-t-elle, sur ses gardes. Quelle plaie…Sur tous les familiers existants, il a fallu qu’on tombe sur lui…
-Est-ce qu’il y a un moyen de mettre Daichi à l’abri le temps de vaincre ce monstre ?
-Aucun ; me dit-elle d’un ton catégorique. Mais si tu avais une cervelle, tu chercherais à te mettre d’abord à l’abri avant de protéger ton boulet…
-Vraiment ? Je ne vois pas… »
La rouquine ne me laissa pas terminer ma phrase et me poussa à terre, juste à temps pour éviter les doigts squelettiques du familier qui allaient se refermer sur moi.
Je vis Fuyuku dégainer son épée et tenter de les trancher mais, comme mon attaque, la sienne ne trancha que de la brume et le monstre se dissipa à nouveau.
Soudain, j’entendis un cri derrière moi. Je me retournai en sursaut et ce que je vis me glaça le sang. Sous mes yeux, Hoshino se fit happer par les bras du Slender Man et disparut dans le brouillard sans qu’aucun d’entre nous n’eût pu réagir.
« H…Hoshino-San…Bégaya Daichi, livide. »
Mon amie tenta de se lança à la poursuite du monstre mais au même moment, l’épais voile de nuage se dissipa, de même que toute trace du monstre ou de la cadette…
Sous le choc, je me relevais en titubant et me mis à regarder de tous les côtés, cherchant désespérément un signe de mon amie ou du monstre mais rien, pas même une trace de pas.
Je me tournai vers la chasseuse pour lui demander ce qu’il fallait faire maintenant mais son regard était vide et elle fixait le sol, les épaules basses.

https://www.youtube.com/watch?v=gwkvdKg18ZY

« Fuyuku…Commençai-je.
-Je le savais…Je savais que c’était une mauvaise idée…Marmonna-t-elle. »
Prudemment, je m’approchai d’elle et je lui mis ma main sur l’épaule. Elle releva timidement la tête et je lui lançai un regard chaleureux pour tenter de la réconforter.
« Le monstre…Murmura-t-elle, au bord des larmes.
-Tout ira bien. On retrouvera Hoshino ; la rassurai-je.
-Tu…Tu ne sais vraiment pas à qui tu as à faire…Rétorqua-t-elle.
-Si, je le sais. Et c’est pour ça que je refuse d’abandonner.
-Qui t’a parlé d’abandonner ? Evidemment que je n’abandonnerai pas Miki à son sort ! Répliqua la rouquine en élevant légèrement la voix. C’est juste que…Par ma faute, quelqu’un se retrouve encore en danger…
-Que veux-tu, ce sont les risques du métier j’imagine ; dis-je en haussant les épaules. »
Je me tournai ensuite vers Daichi qui n’avait pas dit un seul mot depuis la disparition de notre amie.
« Rentre au dortoir, Daichi. On s’occupe du reste.
-Comment ça ? Vous voulez que je vous laisse affronter le Slender Man seuls ? S’étrangla le garçon. C’est hors de question, je viens avec vous ! »
Pour toute réponse, Fuyuku, vive comme l’éclair, se rapprocha du blondinet et lui mit l’épée sous la gorge sans qu’il n’ait eu le temps de réagir mais, contre toute attente, il ne paniqua pas et garda un sang froid extraordinaire.
« Je…Je suis aussi l’ami d’Hoshino-san et je suis membre du club, je veux venir aussi !
-Tu vois bien que, si je l’avais voulu, j’aurais pu te trancher la gorge, Daichi ; le menaça la rouquine. Slender Man n’est pas un ennemi à prendre à la légère et lui, il ne te fera aucun cadeau.
-Je le sais bien ! Mais…Si Hoshino s’est faite enlever…J’ai l’impression que c’est en parti à cause de moi…Alors s’il vous plait, laissez-moi me racheter ! Je sais que je peux être stupide et irréfléchi voire même lourd mais je ne veux pas que les autres souffrent à cause de moi ! Je ne veux pas être un fardeau ! »
J’eus un pincement au cœur lorsque mon colocataire dit cela en repensant à toutes les fois où Fuyuku l’avait traité de boulet. Elle aussi dû se sentir mal car elle grimaça et fit disparaitre son épée en soupirant.
« Est-ce que tu te rends compte au moins qu’en nous accompagnant, tu seras le pire boulet existant ?
-Je peux me protéger seul, je sais me battre…plus ou moins ! Rétorqua Daichi, déterminé.
-Ce n’est pas ce que je veux dire. Je…Enfin, nous sommes des Espers, Hinata et moi, nous pouvons facilement affronter ces monstres mais toi…
-Des Espers…hein ? Répéta le blondinet à voix basse. J’ai toujours su que vous aviez quelque chose de plus et que vous me cachiez des choses…
-Peut-être mais ce n’est pas le moment de parler ! Pendant que nous dissertons, Hoshino est peut-être en danger ! Les interrompis-je. Daichi, si tu veux venir, viens mais si les choses tournent mal, fuis.
-ça, aucun problème, je sais faire ! »
A ce moment-là, je ne compris pas ce qui me prit mais je fus envahi d’une énergie nouvelle et, prenant les devants de Fuyuku, je prononçai les mots qu’elle s’apprêtait à dire :
« Changement d’objectif : on abandonne le Ropen et on part à la chasse au Slender Man ! M’exclamai-je. Mission : Sauver Hoshino à tout prix ! »
Nous levâmes nos poings au ciel en chœur avant de reprendre notre chemin là où nous l’avions arrêté, nous enfonçant un peu plus dans les montagnes.

https://www.youtube.com/watch?v=x0n5yObwyDE

Plus nous avancions et plus les montagnes auparavant joyeuses et attrayantes perdaient leur charme. Plus d’herbe verte ni de petites fleurs bleues. Seules la roche nue et les mousses verdâtres peuplaient un paysage monotone et sans vie.
Fuyuku avait reprit la tête de l’expédition et Daichi marchait au milieu, à l’affut du moindre bruit suspect ou du moindre mouvement louche. Quant à moi, j’assurais nos arrières en fermant la marche.
Selon les dires de la jeune fille, le Slender Man – ou plutôt son invocateur – utilisait la brume pour attaquer et ainsi désorienter ses adversaires qui croyaient à l’attaque d’une sorte de fantôme.
Cependant, Daichi avait souligné un point plutôt inquiétant : ce familier, en plus de faire dysfonctionner les appareils électroniques, était capable de manipuler l’esprit des gens…
Evidemment, il ne prenait pas possession de leur cerveau mais il émettait des ondes susceptibles de modifier le comportement des personnes fragiles.
Aucun d’entre nous ne disait un mot. Nous étions totalement focalisés sur le sauvetage d’Hoshino et même Daichi n’avait pas cherché à en savoir plus sur nos pouvoirs, lui qui était le roi des commères en temps normal.
Soudain Fuyuku s’arrêta brutalement et scruta le ciel en fronçant les sourcils avant de poser un genou à terre et d’examiner le sol stérile et froid.
« Un problème ? S’étonna Daichi.
-Oui…Je déteste ce type de familier ; grommela la rouquine. Etre capable de se déplacer dans la quatrième dimension, cela devrait être interdit…
-Attends…la quatrième dimension tu dis ? Répétai-je, interdit.
-D’après la légende oui, il serait capable de se volatiliser dans un espace parallèle pendant un court instant ; ajouta Daichi, peu rassuré.
-On parle d’un familier de rang A+ je te rappelle. Même s’il en existe des bien plus puissants, il n’est que dans la moyenne haute. Ce genre de pouvoir ne devrait pas t’étonner, Hinata ; ricana Fuyuku.
-V…Vraiment ? Et si voyager dans la quatrième dimension n’est que la moyenne haute…Qu’y a-t-il tout en haut de l’échelle ? Frissonnai-je.
-Des créatures « divines » on va dire, genre Cthulhu ou Quetzalcoatl ; me répondit-elle en haussant les épaules.
-J’imagine…Qu’on devrait être content de n’avoir qu’un A+ alors…
-Mais pour le moment, tu as perdu sa trace, Fuyuku-chan, n’est-ce pas ? Reprit le blondinet. »
La jeune fille se releva en soupirant. Le soleil avait beau être au zénith, nous n’avions pas plus de visibilité qu’en pleine nuit dans cette affaire.
« Daichi, donne-moi ton téléphone ; ordonna-t-elle au garçon.
-Et…Pourquoi ça ?
-Donne-le moi c’est tout. »
Sans faire davantage d’histoire, le blondinet sortit son portable et Fuyuku tenta de l’allumer. L’écran de veille de Daichi apparut mais il était brouillé et entrecoupé de bandes noires, comme si le verre était brisé.
« Bon, le monstre est toujours dans les parages, c’est déjà ça ; déclara-t-elle. Logiquement, le téléphone devrait réagir à la présence du Slender Man.
-Je vois, un peu comme une boussole…C’est plutôt intelligent ; m’étonnai-je.
-Bof, ce n’est qu’un tour de passe-passe ; me répondit-elle en haussant les épaules. »
Suivant ainsi notre boussole de fortune, nous nous enfonçâmes toujours plus profondément dans les montagnes et surtout, toujours plus haut. L’air commençait à se rafraichir violemment et rapidement, nous fûmes les pieds dans la neige.
Mais aucun de nous ne se plaignit. Nous n’avions pas le temps pour ça. Il nous fallait sauver Miki au plus vite.
Je n’avais d’ailleurs pas vraiment de doute sur l’identité des ravisseurs. Il devait certainement s’agir des hommes aux Lindorms et aux chiens noirs encore une fois…
« Dis-moi, Hinata…Commença soudain Daichi. Ça fait longtemps que vous chassez les monstres sans moi ? »
Je lançai un regard interrogateur à Fuyuku pour lui demander s’il fallait lui révéler toute l’histoire mais son désintérêt pour la question m’incita à tout révéler à Daichi. Ainsi, je lui racontais tout ce que je savais sur les deux jeunes filles et je prétendis être un simple Esper pour faire simple.
Le garçon écouta avec intérêt mon histoire tout en continuant notre chemin et, lorsque j’eus terminé, celui-ci croisa les bras sur son torse, l’air pensif.
« Et dire que tout cela se passait sous mon nez et que je n’ai rien vu…
-Heureusement que tu n’as rien vu ; rétorqua Fuyuku d’un ton sec sans même se retourner. Quel genre d’Esper serais-je si j’avis commis une erreur aussi grossière ? Mais je ne pensais pas que tu serais assez stupide pour nous rejoindre.
-J…J’imagine que j’aurais mieux fait de rester dans mon coin…oui…Bredouilla le garçon en baissant la tête.
-Enfin, ce qui est fait est fait. L’heure n’est pas aux reproches mais au sauvetage de Miki. »
Honteux, mon ami baissa un peu plus les yeux et fixa le sol. J’avais un peu pitié de lui mais Fuyuku, même si ses mots étaient crûs, avait raison.
Nous escaladâmes cette haute montagne encore une demi-heure avant d’arriver sur un haut plateau aride faisant penser à un décor presque lunaire. L’eau était en partie gelée et autour, seules quelques rares mousses arrivaient à survivre dans ces conditions extrêmes.
Fuyuku s’arrêta et regarda le téléphone de Daichi : l’écran était à présent presque entièrement noir. Nous ne devions plus tout proche de notre but.
Cependant…Nous ne pouvions pas aller plus haut de là où nous étions. Ce plateau était le sommet de la montagne et l’autre versant était un immense ravin…
« Et maintenant ? Demandai-je à notre guide.
-Laisse-moi réfléchir… »
La rouquine s’approcha du lac et je regardai Daichi en penchant la tête sur le côté mais il se contenta de me répondre par un haussement d’épaules et nous rejoignîmes la jeune fille.
Sans prévenir, Fuyuku lança le téléphone de mon ami au beau milieu du lac sous nos yeux effarés mais, avant que le blondinet n’eût le temps de protester, une vive explosion se produisit lorsque l’appareil heurta la surface de l’eau.
« Bingo ; se félicita la jeune fille.
-Et…C’était pour quoi ça ? S’indigna Daichi. »
Fuyuku l’ignora royalement et se contenta de matérialiser son épée, un sourire vainqueur se dessinant sur ses lèvres.
« Allez, sors de là, Slender Man ! »

https://www.youtube.com/watch?v=uGy45tGyDCA

Au moment même où elle prononça ces mots, l’épais brouillard qui avait envahi la montagne un peu plus tôt réapparut et nous enveloppa à nouveau. Daichi émit un gémissement de peur et je me mis sur mes gardes, prêt à intercepter ce monstre.
Une ombre fantomatique se dessina à l’endroit où le téléphone avait explosé. Deux yeux rouges percèrent dans le brouillard et la silhouette d’un homme squelettique apparut.
Lentement, la brume autour de la créature se dissipa, comme si elle était absorbée par le familier et je pus voir distinctement le corps du monstre : il s’agissait d’un humanoïde de deux mètres, portant un costume noir, au crâne chauve et à la tête dénuée de visage à l’exception d’une bouche remplie de dents acérées. Ses bras et ses jambes étaient longs et les manches flottaient, comme s’il n’y avait que des os sous ce costume.
Dans le dos du monstre, juste au niveau du cou se déployaient comme des sortes de tentacules d’ombre émanant une aura inquiétante et ondulant lentement. Le familier semblait léviter quelques centimètres au-dessus du sol et, à ses pieds, inconsciente, se trouvait Hoshino.
« Hoshino ! S’écria Daichi, les yeux ronds de peur. »
Le garçon tenta de s’approcher mais Fuyuku lui barra la route avec son épée, sans quitter le Slender Man des yeux.
Etrangement, le monstre ne bougeait pas et l’atmosphère était pesante, comme si des dizaines d’autres paires d’yeux nous observaient au même moment.
« Je vois…Alors comme ça, mes hommes disaient vrai, ma fille s’est vraiment associée à la chasseuse ; déclara le monstre d’une voix lente et grave qui me fit frissonner.
-Anko…Yukito je présume ? Grimaça Fuyuku.
-Ma fille m’a déjà présenté…Fort bien, cela m’épargnera de long discours ; continua le père d’Hoshino à travers la bouche du familier. Cependant, il est temps pour moi de mettre un terme à cette fugue ridicule. Je vous suis reconnaissant de vous être occupés d’elle mais à présent, il est temps pour elle de rentrer à la maison. »
Le familier se baissa pour attraper Hoshino mais Fuyuku l’en empêcha en tirant un rayon d’énergie noire avec sa main pile entre la jeune fille et le bras du monstre.
« Oh, de la résistance ? Sachez que Miki étant sous ma responsabilité, je peux considérer que vous la retenez actuellement en otage ; reprit l’homme d’une voix dénuée de sentiment.
-Si cela vous fait plaisir, oui, nous la retenons en otage ; répliqua Fuyuku avec un calme faisant froid dans le dos.
-Dans ce cas, je suis dans mon droit de vous attaquer sans craindre de représailles de la loi…
-Venez, je vous attends ! S’exclama la rouquine en brandissant son épée devant elle. »
Lentement, le monstre changea de cible et se tourna vers nous. Le Slender Man écarta les bras et ses tentacules s’allongèrent derrière lui et la lueur dans ses yeux redoubla d’intensité tandis que son corps s’éleva haut au-dessus de nous, entouré d’une aura noire.
Une goutte de sueur coula le long de mon front et j’ordonnai à Daichi de se mettre à l’abri…ou du moins d’éviter autant que possible le combat, ce qu’il fit immédiatement et sans demander son reste.

https://www.youtube.com/watch?v=CoRbgUZb0n4

« Mon nom est Anko Yukito, président de la branche Savior au Japon, détenteur du familier communément appelé Slender Man ! Vous n’avez aucune chance face à moi ! S’exclama le familier. »
Tout en prononçant ces mots, un vague d’énergie s’échappa de son corps et la bourraque produite me déstabilisa et je vis que Fuyuku faisait son possible pour ne pas chanceler également.
Sans autre sommation, l’homme maigre passa à l’attaque, projetant ses tentacules droit vers nous. J’esquivai de justesse le premier assaut et le tentacule s’écrasa sur le sol, ouvrant un énorme cratère de plusieurs centimètres de profondeurs.
Je déglutis devant la puissance de ce familier. Les Lindorms étaient déjà terrifiants mais ce Slender Man…Rien qu’avec ce coup, je sentais que notre adversaire était d’un tout autre niveau.
Je tournai la tête vers ma partenaire et je la vis trancher d’un seul coup les membres sombres du monstre mais ceux-ci se reformaient aussitôt en aspirant la brume qui nous entourait.
Rapidement, la rouquine fut également obligée de reculer et vint à côté de moi, à une distance suffisante pour être hors de portée des attaques du monstre.
« Que je déteste ce type de familier ! Cracha-t-elle, furieuse. Je suis totalement désavantagée !
-Tu sais comment le battre ? Lui demandai-je en serrant les dents.
-Aucune idée…Non, mais je vais improviser ! »
Sans me laisser le temps de répondre, la jeune fille repassa à l’attaque, fonçant dans le nuage de tentacules de la créature, tentant de forcer le passage en tranchant tout avec son épée mais rien n’y faisait, les défenses du monstre étaient bien trop grandes et Fuyuku finit par être repoussée violemment.
Avec un cri de douleur, ma partenaire fit un vol plané et je la rattrapai de justesse avant qu’elle ne plonge dans le lac gelé.
« Bon sang…Quelle saleté ce familier…Grogna-t-elle en se remettant debout, secouée par le choc.
-Dis-moi…Est-ce que tu penses que je pourrais le contrôler et…
-Non, surtout pas ! S’écria-t-elle, affolée. »
Je sursautai, surpris d’une réponse aussi violente.
« Slender Man est un familier qui agit directement sur le cerveau, tenter de le contrôler reviendrait à t’exposer pleinement à son pouvoir !
-Dans ce cas…Qu’est-ce que je peux faire ?
-Protège le boulet en attendant que je trouve une solution ! »
La rouquine ne me laissa même pas objecter et repartit à l’assaut du monstre, commençant à lui tourner autour dans l’espoir d’attaquer dans son angle mort mais ses tentacules semblaient avoir des yeux et ripostaient quel que fût l’angle d’attaque.
Quant à moi, comme demandé, je restai auprès de Daichi au cas où un autre familier aurait surgi mais soudain, mon ami se jeta sur moi et me fit rouler sur le côté. Je m’apprêtai déjà à le traiter de fou lorsque je vis le sol carbonisé juste à l’endroit où nous nous trouvions un instant plus tôt.
J’écarquillai les yeux, interdit, ne voyant aucun signe de l’attaque qui provenait clairement de derrière nous…
« Q…Que s’est-il passé ? Bafouillai-je.
-Un tentacule est sorti de nulle part derrière nous…Me répondit le blondinet, confus.
-De…Nulle part ? »
Mon esprit tilta à ce moment-là et je me souvins des mots de Fuyuku lorsqu’elle me parlait de la capacité de ce monstre à se déplacer dans la quatrième dimension…
Cela ne sentait pas bon du tout. Si le Slender Man utilisait cette faculté pour attaquer, il n’y avait aucun endroit sûr et nos yeux ne nous étaient d’aucune utilité…
Je voulus prévenir Fuyuku mais avant que je n’aie pu la rejoindre, deux bras squelettiques surgirent devant moi et m’attrapèrent les jambes.
Je m’étalai de tout mon long sur la pierre dure et je ressentis une vive douleur au poignet qui avait servi pour amortir ma chute.
Lorsque je réalisai que les doigts griffus de la créature s’enfonçaient dans ma chair, je me débattis et, concentrant toute mon énergie dans mes jambes, je fis un bond de trois mètres en arrière si puissant que les mains du monstre lâchèrent prise.
J’atterris en douceur près de Daichi et aussitôt, je tentai d’arrêter l’hémorragie en déchirant un bout de mon pantalon. La blessure était profonde et risquait de s’infecter si rien n’était fait mais pour le moment, nous devions trouver un moyen de vaincre cette créature au plus vite.
Fuyuku continuait à tourner autour du monstre, portant des coups vifs aux endroits non protégés mais à chaque fois, des tentacules d’ombre se formaient à partir de la brume et repoussaient les assauts de la rouquine qui s’épuisait à vue d’œil.
« Daichi…Comment est-ce qu’on bat le Slender Man dans ton jeu stupide ? Lui demandai-je alors, désespéré et à court d’idée.
-Comment ça, le battre ? Répéta-t-il comme si je venais de dire quelque chose de stupide. On ne peut pas battre le Slender Man, il faut fuir quand on le voit !
-Très utile comme conseil…Grommelai-je. »
Pendant que nous cherchions un moyen de vaincre ce monstre, j’entendis un cri provenant de Fuyuku. Nous nous retournâmes en sursaut et nous vîmes que le pied de la jeune fille avait été attrapée par l’une des tentacules du Slender Man et qu’elle pendait en se débattant vainement à deux mètres du sol.
« Fini de jouer les enfant, Miki rentre à la maison à présent ! »
D’un geste ample, le monstre projeta Fuyuku contre moi et cette fois-ci, je fus incapable de la rattraper et nous nous écroulâmes tous les deux sur le sol.
L’épée de la jeune fille se planta à quelques mètres de nous entre deux rochers tandis que la rouquine tenta de se relever avant de retomber aussitôt, un long filet de sang perlant le long de sa jambe.
« Attaquer par le sol…ça devrait être interdit ça aussi…Maugréa-t-elle, incapable de faire le moindre geste. »
Voyant Fuyuku à terre, je cherchai Daichi du regard pour le protéger et mon cœur rata un battement lorsque celui-ci se saisit de l’épée dorée et la brandit devant lui.
« Attends…Qu’est-ce que tu comptes faire avec ça ? M’étranglai-je.
-Je…C’est en partie de ma faute tout ce qui arrive…alors même si je suis un boulet…Je veux être un boulet utile ! S’exclama le garçon, tremblant.
-Oh ? Tu n’es ni un Esper ni un invocateur, que comptes-tu faire ? S’amusa le père de Miki à travers la bouche de son familier. »
Daichi grimaça et, poussant un cri de rage, commença à foncer vers Slender Man. Le monstre émit un sourire et désarma le pauvre garçon d’un seul coup avec l’une de ses tentacules.
« Un humain qui connait les secrets d’ESP et de Savior…Doit mourir ; déclara calmement le monstre. »
La brume forma un nouveau tentacule aiguisé comme un épieu et le familier attaqua Daichi sans autre sommation.
« Daichi ! M’écriai-je, affolé. »
Sans réfléchir une seule seconde, et voyant uniquement mon ami en danger, j’oubliai complètement les avertissements de Fuyuku et j’activai les mêmes pouvoirs que ceux utilisés contre les chiens noirs.
« Stop ! Ordonnai-je au monstre. »
Comme répondant à mon ordre, le tentacule s’arrêta à quelques centimètres du cœur de Daichi qui poussa un soupir de soulagement.
Mais alors que je pensais que j’avais réussi à contrôler ce monstre, le Slender Man tourna lentement sa tête vers moi et le monde commença à se distordre sous mes yeux.

https://www.youtube.com/watch?v=izEqFumCraY

Le familier se mit à grandir, encore et encore, comme une ombre grandissante et ses tentacules se mirent à m’entourer jusqu’à m’emprisonner totalement dans une prison entièrement noire, sans aucune lumière.
Mon cœur battait la chamade, je suai à grosse goutte et ma tête me faisait affreusement mal. Je me mis rapidement à avoir du mal à respirer et sous mes pieds, deux immenses yeux rouges se dessinèrent.
Je fis un bond, effrayé et le Slender Man réapparut devant moi, entouré de son aura sombre et un sourire malsain se dessinant sur sa bouche sans lèvre et aux dents acérées.
« Allons bon, voilà un Esper qui se croit tout puissant ; ricana la voix du père d’Hoshino. Tu pensais vraiment pouvoir utiliser tes facultés psychiques sur Slender Man ? La chasseuse s’entoure de bien des incompétents… »
Je ne répondis rien, cherchant simplement à m’enfuir de cet endroit mais j’étais totalement emprisonné dans ce qui semblait être l’esprit du familier.
« Tu viens de t’exposer directement au pouvoir qui classe Slender Man au rang A+ et il est temps pour toi d’en subir les conséquences ! Il parait que pour un Esper, le souvenir de comment contrôler ses pouvoirs est ce qu’il y a de plus important… »
Sans que je ne puisse bouger, je vis les doigts griffus et squelettiques de Slender Man s’approcher de ma tête et la pénétrer comme si mon crâne n’existait pas.
Pendant plusieurs instants, mon cœur cessa de battre. Je ne voulais pas perdre le peu de souvenirs que j’avais de mon temps passé avec Fuyuku…Mais je ne pouvais rien faire, j’étais totalement paralysé…
Je le sentais, l’esprit du familier s’introduisant dans mon intimité et fouillant dans ses moindres recoins pour retrouver mes souvenirs les plus précieux…
Soudain, un éclair jaillit de ma tête et le familier se retira vivement, tombant à la renverse sur le sol, les yeux ronds et son sourire ayant quitté ses lèvres pour ne faire place qu’à une grimace et un regard terrifié.
« Non…Ce n’est pas possible…Tu ne devrais même pas exister…Hikaru Hinata ! Gémit le père de Miki en mettant les mains devant son visage pour se protéger. »
La prison sombre vola au même moment en éclats et me libéra. Haletant, je tombai à genoux devant Fuyuku et Daichi tandis qu’en face de nous, le familier reculait prudemment.
« Hinata, mon pote, est-ce que tout va bien ? S’affola Daichi.
-Je…Je crois que oui…Bégayai-je, encore sous le choc de l’attaque.
-Tu es stupide ou quoi ? Je t’avais dit de ne pas tenter de le contrôler ! Râla la rouquine en se remettant debout en se servant de son épée comme d’une béquille.
-Ce qui compte, c’est le résultat…Dis-je entre deux respirations. »
La chasseuse se tourna alors vers Slender Man et pointa son épée vers lui. Même s’il semblait quelque peu désorienté, il n’avait pas l’air d’avoir abandonné la partie et nous faisait toujours face, deux mètres au-dessus du sol, les tentacules déployées derrière lui.

https://www.youtube.com/watch?v=HVPZ-KZNlrQ

« Hinata…Daichi…Eloignez-vous s’il vous plait ; nous demanda Fuyuku très calmement. »
Sans nous faire prier, nous obéîmes et la jeune fille prit son épée à deux mains. Tout son corps fut alors illuminé d’un éclat doré, comme celui qui brillait dans ses yeux lorsqu’elle combattait. Son arme prit également cette teinte et sa composition même sembla changer. La lame s’allongea, noircit tandis que la garde changea de forme, grossissant, se courbant et se couvrant d’une plaque dorée.
Slender Man repassa à l’attaque en utilisant son pouvoir de traverser les dimensions mais, lorsque l’épée de Fuyuku trancha le tentacule, celui-ci ne repoussa pas et le monstre poussa un cri de douleur.
« Co…Comment ? Hurla le père de Miki, fou de rage. »
Pour toute réponse, la rouquine leva son arme aussi dessus de sa tête et ferma les yeux. Ses cheveux crépitèrent et virèrent au doré eux aussi tout en s’élevant légèrement derrière elle, comme flottant dans son dos grâce à une force invisible.
Le monstre repassa plusieurs fois à l’attaque mais, à peine entrait-il en contact avec la peau de Fuyuku que ses membres se désagrégeaient sans pouvoir repousser, comme si le corps de Fuyuku…
« Je ne comptais pas me servir de mon pouvoir une nouvelle fois…Mais il n’y a aucun autre moyen…Murmura la jeune fille.
-C’est une feinte ! Je ne peux pas perdre ce combat ! Hurla Slender Man, redoublant de violence dans ses attaques.
-Anti-Mater Sword…Dark Excalibur !! »
La rouquine abattit son épée devant elle et je vis un immense rayon noir fuser droit vers le Slender Man qui ne pu parer l’attaque et fut heurté de plein fouet.
Le monstre poussa un rugissement de douleur tandis que je vis son corps être annihilé progressivement puis, dans une explosion de lumière, Slender Man disparut définitivement de notre champ de vision et la brume se dissipa immédiatement, nous laissant entrevoir Hoshino, toujours inconsciente au milieu du lac, couchée sur un bloc de glace.
Fuyuku, lâchant son arme qui disparut immédiatement, tomba à terre et Daichi la rattrapa juste avant qu’elle ne touche le sol.
Quant à moi, je restai bouche bée devant la puissance de l’attaque de la rouquine, à la fois fasciné et terrifié par son pouvoir, comprenant soudain à quel point j’avais frôlé la mort de près le jour où elle m’avait attaqué…
« F…Fuyuku…Balbutiai-je. Qu’est-ce que c’était que…
-Mon…Mon joker…On va dire…Articula-t-elle avec difficulté.
-Mais alors, ton pouvoir…ce n’est pas cette épée…
-Bien vu…Le monstre…Je peux créer…De l’antimatière… »
A bout de forces, mon amie s’écroula dans les bras de Daichi, inconsciente, nous laissant tous les deux abasourdis et choqués.
« Fuyuku…Tu pourrais détruire le monde avec un tel pouvoir…Murmurai-je alors. »


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Re: [Fic]Le dernier Esper

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